Skip to main content

Full text of "Rapport de la Commission royale sur la violence dans l'industrie des communications"

See other formats


1 167 
1975' 




Ontario 



apport de 

a Commission royale sur 
a violence dans 
l'industrie des communications 



Volume 



Exposé du problème, 

conclusions 

et 

recommandations 




^.. ^- 



r 




il 






w 










al . 4Vv \ ^- 




Uk'B 


Nu^^Sf 


T\ 1 


M/l 


W, IV 1 



*\\'l 





r,'% 



r 



'1^ M f R^P 



Ontario 



Rapport de 

Commission royale sur 

violence dans 
l'industrie des communications 



Volume 




Exposé du problème, 

conclusions 

et 

recommandations 



Publié par 

la Commission royale sur la violence 

dans l'industrie des communications 

Imprimé par 

J. C. Thatcher, 

Imprimeur de la Reine en Ontario 

Disponible au 

Centre des publications 

Ministère des Services gouvernementaux 

Queen's Park 

Toronto, Ontario 

ou 

Librairie du Gouvernement de l'Ontario 

800, rue Bay 

Toronto, Ontario 



La Commission royale sur la violence dans l'industrie des 
communications a été établie par décret du conseil en mai 
1975 et a publié un rapport intérimaire en janvier 1976. 
Elle a tenu des audiences dans toute la province de 
l'Ontario, d'octobre 1975 à mai 1976. 

Le volume I. disponible en anglais et en français, 
comprend des mémoires soumis par le public, des rapports 
sur les consultations effectuées auprès des pays étrangers et 
les conclusions et recommandations de la Commission 
royale sur la violence dans l'industrie des communications. 

Le volume II comprend la bibliographie de la Commission. 

Vingt-huit études indépendantes des médias ont été 
entreprises à l'intention de la Commission et sont 
contenues dans les volumes III à VII. 



A son Honneur, 

le Lieutenant-gouverneur de l'Ontario 

Respectueusement, 

Vous avez approuvé, le 7 mai 1975, le décret du conseil 1299, 
conformément aux dispositions de la loi intitulée The Public 
Inquiries Act (1971), nous désignant pour faire un rapport sur 
les préjudices possibles que peut porter à l'intérêt général 
l'exploitation croissante de la violence dans l'industrie des 
communications, nous conférant les pouvoirs pour ce faire et 
donnant mandat à la Commission: 

1. d'étudier les effets sur la société de l'exposition constante 
de la violence dans l'industrie des communications; 

2. de déterminer s'il y a une relation quelconque ou un rapport 
de cause à effet entre ce phénomène et l'incidence de crimes 
violents dans la société; 

3. de tenir des audiences publiques pour permettre aux 
groupes et aux organismes, aux citoyens et aux représentants 
de l'industrie de faire connaître leurs opinions sur le sujet; 

4. de faire les recommandations appropriées, le cas échéant, 
sur les mesures qui devraient être prises par le gouvernement 
de l'Ontario, par d'autres paliers de gouvernement, par le 
pubhc et par l'industrie. 

Nous avons étudié les effets sur la société de l'exposition crois- 
sante de la violence dans l'industrie des communications. Nous 
avons établi une relation entre ce phénomène et l'incidence de 
crimes violents dans la société. Nous avons tenu des audiences 
publiques pour permettre aux groupes et organismes, aux 
citoyens et représentants de l'industrie de faire connaître leurs 
opinions sur le sujet. 

Nous soumettons maintenant respectueusement à votre 
Honneur les recommandations appropriées. 

J.V.LaMarsh Js/^^t^ A.M^Ut.M^^ 

Présidente •^z*'*^ / ^V 




Lucien A. Beaulieu 
Commissaire 




Scott A. Young 
Commissaire 




Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

Tiie Law Foundation of Ontario & the Ontario Council of University Libraries 



http://www.archive.org/details/rapportdelacommiOOonta ^ 



Lorsque nous livrons nos yeux, nos oreilles et nos 
émotions aux intérêts commerciaux c'est comme si nous 
laissions à une société privée le soin d'exprimer la parole 
publique ou si nous remettions l'atmosphère terrestre en 
monopole à une compagnie. 

-Marshall McLuhan 
Understanding Media, p. 57 
McGraw-Hill Book Company, 
New York, 1966 



Contrôler la violence c'est . . . élever le niveau de la 
société. Ceux qui produisent et qui vendent des 
programmes socialement irresponsables voient en leurs 
spectateurs une populace et non une communauté. La 
populace est le type communautaire le plus bas; c'est 
une société complètement homogène organisée pour la 
haine et elle ne restera pas longtemps populace à moins 
qu'elle ne trouve quelqu'un sur qui s'acharner ou 
quelque chose à détruire. 

-Northrop Frye, Commissaire 
Symposium sur la violence à télévision 
Conseil de la radiodiffusion et 
des télécommunications canadiennes 
Kingston, 
Août 1975. 



La Commission royale 
sur la violence dans 
l'industrie des communications 



J. V. LaMarsh, Présidente 
L. A. Beaulieu, Commissaire 
Scott A. Young, Commissaire 

Administration 

Anne Cameron, Directrice 

Jeanne Langford* 
Flora McAfee 
Frances Kieran 
C. Watson-White* 
Robert Wright* 

Participation du public 

Sheila Kieran, Directrice 

Lynda Douglas** 
Louise Rabin 
Patricia Robinson* 
Marcia Topp** 

Recherche 

C. K. Marchant, Directeur 

Barbara Léonard, Première assistante de recherche 

Gail Corbett 
David Johnson 
Carol Newall** 
Timm Zemanek 
Corinne Korzen* 
Valérie Clare 
Kathleen D'Souza** 
Linda Gaylard 
Penny Nettlefold 
Kelvin Pearcey 



*1975 
**1976 



Décret du conseil 

Copie d'un décret du conseil approuvé par son Honneur le 
Lieutenant -gouverneur, en date du 7 mai 1975. 

Sur les recommandations du Premier ministre, le comité en conseil 
recommande que, conformément aux dispositions de la loi intitulée The 
Public Inquiries Act, 1971, S.O. 1971, chapitre 49, une commission soit 
établie, désignant 

l'Honorable Julia Verlyn LaMarsh, C.P., C.R., LL.D., Le juge Lucien 
Arthur BeauUeu et Scott Alexander Young, 

et nommant ladite Julia Verlyn LaMarsh présidente de ladite 
commission pour étudier les préjudices possibles que peut porter à 
l'intérêt général l'exploitation croissante de la violence dans l'industrie 
des communications; le mandat de la Commission est le suivant: 

1. étudier les effets sur la société de l'exposition constante de la violence 
dans l'industrie des communications; 

2. déterminer s'il y a une relation quelconque ou un rapport de cause à 
effet entre ce phénomène et l'incidence de crimes violeots dans la 
société; 

3. tenir des audiences publiques pour permettre aux groupes et aux 
organismes, aux citoyens et aux représentants de l'industrie de faire 
connaître leurs opinions sur le sujet; 

4. faire les recommandations appropriées, le cas échéant, sur les mesures 
qui devraient être prises par le gouvernement de l'Ontario, par d'autres 
paliers de gouvernement, par le public et par l'industrie. 

Le comité recommande également que, conformément à ladite loi 
intitulée The Public Inquiries Act, lesdits commissaires reçoivent le 
pouvoir de convoquer toute personne et de requérir que cette personne 
témoigne, sous serment, et produise les documents et objets que les 
commissaires jugent nécessaires à l'investigation complète des sujets à 
examiner. 

Et le comité recommande également que tous les ministères, conseils, 
agences et comités du gouvernement assurent de leur totale assistance 
lesdits commissaires qui, afin de mener à bien leurs charges et leurs 
fonctions, auront le pouvoir et l'autorité nécessaires pour engager le 
personnel de secrétariat et autre, et les conseillers techniques, comme ils 
le jugent bon, à un taux de rémunération et de remboursement à 
approuver par le conseil de gestion du Cabinet. 



Contenu des volumes 



1. Exposé du problème, conclusions et 
recommandations 

Le problème tel qu'il se pose 

La recherche 

La parole est au public 

Conclusions 

Recommandations 

Extraits des mémoires 

Résumé des sondages 

Liste des participants 

Consultations auprès des pays étrangers 

Agences internationales 

Tableau: données sur la télévision, le cinéma et 

la presse dans 16 pays 

Description de la télévision, du cinéma et de la 

presse dans 16 pays 

Organismes de recherche 

Chronologie des recherches, études et directives 

relatives à l'industrie des communications 

2. La violence dans les médias: bibliographie 

3. La violence à la télévision, au cinéma et dans la 
presse 

A Content Analysis of Entertainment 

Télévision Programming— T.M. Williams, M. 

Zabrack, L. Joy 

Télévision Crime Drama: A Mythological 

Interprétation— J. Taylor 

Images of Différent Worlds: An Analysis of 

English-and-French-language Télévision— 

A. H. Caron (in French and English) 

A Content Analysis of Feature Films— J. Linton 

and G. Jowett 

Content Analysis of the News Media: 

Newspapers and Télévision— D. Gordon and 

B. Singer 

Content Analysis of the News Media: 

Radio— D. Gordon and L. Ibson 

4. La violence dans les livres et la musique 

The Control of Mass Entertainment Media in 

Canada, the United States and Great Britain: 

Historical Surveys— G. Jowett, P. Reath and 

M. Schouten 

Speaking the Unspeakable: Violence in the 

Literature of Our Time— R. Fulford 

Violence in Literature for Children and Young 

Adults— Claire England 

Magazines and Violence— E. Beattie 

Violence and Popular Music— P. Goddard 



5. A l'écoute des médias 

Télévision Violence Effects: Issues and 

Evidence— R. Goranson 

Télévision and Pro-Social Behaviour— 

P. Rushton 

Replications of Media Violence-P. Stanley and 

B. Riera 

Studies of Télévision and Youth Sports— 

A. McCabe and D. Moriarty 

The News Media and Perceptions of 

Violence— A. Doob and G. Macdonald 

Collective Conflict, Violence and the Media— 

R. Jackson, M. Kelly and T. Mitchell 

6. Vulnérabilité aux médias 

Effects of Télévision on Children and Youth: A 

Development Approach— G. Fouts 

Télévision and the Family as Agents for 

Socialization— F. Rainsberry 

Violence, the Media and Mental Disorder— 

J. Renner 

InstitutionaUzed Populations' Views on 

Violence and the Media— J. Renner 

Viewers' Perceptions of Selected Télévision 

Programs— E. Tate 

7. Les industries des médias: où allons-nous? 

A Descriptive Study of Perceptions and 

Attitudes among Journahsts in Ontario— 

A.M. Osier 

An Analysis of Some News-flow Patterns and 

Influences in Ontario— A.M. Osier 

Economie Déterminants of Violence in 

Télévision and Motion Pictures and the 

Implications of Newer Technologies— 

H. Edmunds and J. Strick 

Future Mass Media— G. Thompson 

Alternatives for Canadian Télévision— 

S. Griffiths (in English and French) 

Constitutional Jurisdiction over Violence in the 

Mass Media Industries— P. Hogg 



Table des matières 

Chapitre 1 Le problème tel qu'il se pose 2 

2 La recherche 6 

3 La parole est au public 38 

4 Conclusions 60 

5 Recommandations 66 

Extraits des mémoires 82 
Résumé des sondages 377 
Liste des participants 38 1 

Consultations auprès des pays étrangers 404 

Agences internationales 405 

Tableau: données sur la télévision, le cinéma 
et la presse dans 16 pays 411 

Télévision, cinéma et presse: 
Autriche 414 
Belgique 418 
Danemark 422 
Finlande 428 
France 435 
Allemagne 443 
Hongrie 453 
ItaHe 457 
Pays-Bas 464 
Norvège 468 
Pologne 475 
Suède 479 
Suisse 489 
Royaume-Uni 493 
Etats-Unis 503 
Canada 518 

Instituts et organismes de recherche 536 



Chronologie des recherches, études et directives relatives à 
l'industrie des communications 541 



La violence telle que la Commission la définit 



Nature de la violence 

Est violente toute action qui porte préjudice au bien-être 
physique, psychologique ou social de personnes ou de 
groupes. 

Les conséquences de la violence sont multiples et vont de 
l'insignifiant au catastrophique. 

La violence peut être évidente ou subtile. 

Elle peut émerger naturellement ou être causée par les 
hommes. 

La violence peut s'exercer contre des personnes ou contre 
la propriété. 

Elle peut être justifiée ou injustifiée, ou justifiée selon 
certains critères et non d'autres. 

Elle peut être réelle ou symbolique. 

La violence peut être soudaine ou graduelle. 

Nature de la violence dans les médias 

La violence représentée au cinéma, à la télévision, à la 
radio, dans la presse ou au théâtre n'est pas 
nécessairement la même que la violence manifestée dans 
la vie réelle. 

Des choses non violentes dans la réalité peuvent être 
violentes dans la façon dont elles sont décrites. 

La violence présentée dans les médias peut atteindre un 
grand nombre de gens alors que ce n'est pas le cas de la 
violence réelle. 

Les médias peuvent utiliser de nombreux artifices pour 
diminuer ou amplifier les eff'ets de la violence sur les 
émotions et sur la société. 

La violence décrite peut causer des torts que la violence 
originale ne causerait pas ou elle peut être sans 
conséquence. 



delà 
Commission 




Chapitre I 



Le problème 
tel qu'il se 
pose 



Le mandat idéal pour une Commission royale 
d'enquête serait de déterminer une fois pour 
toutes si le soleil se lève à l'est, ou si deux et deux 
font quatre. Or, le mandat de la Commission 
royale d'enquête sur la violence dans l'industrie 
des communications se situe plutôt à l'autre 
extrême. Télévision, journaux, films, livres, revues, 
théâtre, bandes dessinées, concerts, disques, tous 
ces média véhiculent de la violence dans leur 
message ordinaire; devant ces faits nous nous 
posons les questions suivantes: affichent-ils trop 
de violence? si, effectivement, il y en a trop, en 
quoi est-ce néfaste? dans le cas où il serait prouvé 
que l'étalage excessif de violence dans les média 
est préjudiciable à la société parce que les actes 
criminels ou anti-sociaux sont présentés comme 
des exemples à imiter, ou sous un jour qui les rend 
acceptables, quelles mesures faudrait-il alors 
envisager? et quelle importance faut-il attacher au 
fait que la violence que l'on trouve dans les média 
au Canada provient en grande partie de l'extérieur 
du pays; ne s'agit-il pas là d'une culture étrangère 
que l'on impose aux Canadiens? 

A aucune de ces questions il n'est possible 
d'apporter une réponse catégorique. Au moins 
l'une d'elle n'est pas du ressort de la Commission; 
elle concerne certains média en particulier la 
télévision et le cinéma, qui nous administrent des 
doses de culture américaine à ce point massives 
que la nôtre s'en trouve menacée. Il n'en reste pas 
moins que ce sujet est abordé dans chacune des 
études, à travers les témoignages et les opinions 
exprimés tant par des hommes de science que par 
de simples citoyens, comme faisant partie 
intégrante du problème. 

Au début de nos travaux, nous ne nous étions 
pas rendu compte que notre mission portait sur 
l'environnement intellectuel de millions de 
Canadiens -jeunes et vieux, mais surtout d'âge 
intermédiaire - et non sur la violence telle qu'elle 
apparaît dans les médias. Cet envirormement 
intellectuel est le fruit de tous les produits 
conjugués d'une industrie évaluée à un milliard de 
dollars dans laquelle, même lorsque ses objectifs 
sont les plus nobles, la plupart des décisions 
importantes se prerment dans une optique 
purement commerciale, l'intérêt du public, 
lorsqu'on en tient compte, étant relégué bien bas 
dans l'échelle des priorités, plus bas, certainement 



que le respect du dollar. Pourtant, la bonne 
volonté ne manque pas. 

La recherche de la vérité est le but avoué de la 
majorité des professionnels de l'information et des 
affaires publiques, tant dans la presse écrite que 
dans la presse électronique, but auquel ils parvien- 
nent avec plus ou moins de succès ou d'échecs. 
Mais si, par exemple, dans sa recherche de la 
vérité, un journal ou une revue ne réussit pas en 
même temps à attirer le genre de lecteurs que 
souhaitent les annonceurs, les jours de la revue ou 
du journal en question sont comptés. Emoustiller, 
choquer, informer, distraire, exciter la curiosité, 
faire peur, tromper, éveiller les sens et les instincts 
sadiques, faire rire, étaler la violence, donner des 
directives (depuis la cuisson d'un gâteau jusqu'à la 
construction d'une bombe, en passant, sans doute 
inconsciemment, par la mise au point détaillée 
d'un assassinat, d'une extorsion, ou encore d'un 
bon tour), voilà les éléments qu'utilise l'industrie 
des communications pour se constituer un public; 
dans certains média (journaux, radio, télévision, 
revues) ils servent à attirer de l'argent par le biais 
de la publicité, tandis que dans d'autres (livres, 
films, disques, théâtre) c'est une clientèle à la 
recherche de tels éléments qu'ils attirent directe- 
ment. 

Tout compte fait, l'intérêt du public est un 
facteur dont la portée est réduite à sa plus simple 
expression; autrement dit, on n'en tient compte 
que dans la mesure où l'on veut éviter que le 
contenu d'un média ne contrevienne à la loi. 

Au milieu de tout cela, des millions de gens, qui 
ont les yeux et les oreilles grands ouverts, sont 
profondément convaincus de leur propre compé- 
tence, ou de celle de leur groupe, à reconnaître 
tout au moins ce qui est néfaste pour eux; et paral- 
lèlement, des centaines de spécialistes du compor- 
tement essaient d'évaluer ce qui est bon et ce qui 
ne l'est pas. Sans doute, il était normal que ce soit 
les gens eux-mêmes, le grand public, qui nous 
aient paru avoir l'idée la plus nette de ce qui est 
dommageable et de ce qui ne l'est pas. D'instinct, 
ils semblaient se rendre compte, en ce qui les 
concernait du moins, que d'être soumis à un 
régime soutenu de violence dans des émissions 
dites d'action, de regarder des films explicitement 
violents, et d'apprendre tous les détails des 
meurtres, fusillades, viols et bagarres dont 



regorgent les nouvelles, ne pouvait les rendre 
meilleurs et ne pouvait, au contraire, que saper les 
valeurs morales auxquelles ils aspirent, eux et leurs 
enfants. Les psychologues, sociologues et spécia- 
listes des autres disciplines d'ordre social se 
montrent généralement plus prudents, en ce sens 
que dans leurs conclusions, ils font état d'indica- 
tions plutôt que de faits établis; toutefois, ils 
semblent croire, dans l'ensemble, que la violence à 
la télévision a des eff'ets nocifs, et en cela, leur 
opinion concorde avec celle, bien que moins 
éclairée, exprimée par le grand public. 

Parmi les profanes comme parmi les spécia- 
listes, il y a ceux qui s'élèvent contre les courants 
d'opinion actuels, et qui prétendent avoir vu, lu ou 
entendu des scènes de violence pendant toute leur 
vie sans pour autant avoir tué ou violé, ni même 
bousculé qui que ce soit à un arrêt d'autobus; et 
parmi les spécialistes, il y en a qui trouvent 
inacceptable que l'on impute aux médias une aussi 
large part de blâme lorsque tant de facteurs 
influencent le comportement des gens (chômage, 
misère, stress, contraintes attribuables à des 
sources autres que les médias). Dans l'industrie 
des médias, les dirigeants d'entreprise partagent 
ces deux points de vue. Pour leur part, les éditeurs 
de journaux et de revues se retranchent générale- 
ment derrière le rôle traditionnel de ces médias, 
qui consiste à fournir à la fois un miroir où les 
gens peuvent se voir vivre, et une fenêtre par 
laquelle ils peuvent voir vivre le monde. S'ils sont 
conscients que l'image de la vie que donne ce 
miroir-fenêtre est, de façon caractéristique, plus 
violente que la réalité, à toute suggestion de 
changement pour le bien de la société ils opposent 
la vieille ritournelle selon laquelle agir dans ce 
sens équivaudrait pour eux à se saborder. Quant 
aux radiodiff^useurs d'émissions de divertissement 
et aux producteurs de films, ils avancent à peu 
près les mêmes arguments, en ajoutant qu'ils ne 
font en général qu'off'rir au public ce que les cotes 
d'écoute à la télévision et les recettes des cinémas 
mettent en évidence: "la violence se vend bien". 

Il semble toutefois que certains artisans du 
domaine du divertissement aient récemment 
réajusté leur tir en annonçant, de temps en temps 
et à grand bruit, qu'ils veilleraient à ce qu'à 
l'avenir, les émissions comportent moins de 
violence. Apparemment, ils se seraient rendu 



compte, depuis que certaines agences de publicité 
conseillent de refuser tout support financier à la 
violence, depuis que certains consommateurs 
boycottent des produits dont on vante les qualités 
dans des émissions où règne la violence, et depuis 
aussi que le public se livre à de nombreuses 
manifestations de réprobation, qu'il était plus 
avantageux pour eux de battre en retraite. Au 
moment où ce Rapport était rédigé, le président 
du réseau nbc-tv, Robert T. Howard, annonçait 
que le nombre d'émissions dont l'intrigue 
comporte une grande part de violence est devenu 
excessif, et que cette tendance allait s'atténuer 
dans le cadre du programme de la saison 1977- 
1978. Cependant, nbc n'est pas, parmi les 
principaux réseaux d'Amérique du Nord, celui où 
la violence tient le plus de place. Les recherches 
effectuées dans le cadre de la présente 
Commission révèlent que c'est le réseau privé 
canadien ctv qui remporte la palme dans ce 
domaine. 

Il n'est pas facile de ramener tout cela dans le 
cadre d'une Commission royale d'enquête dont le 
mandat consiste à évaluer l'état dans lequel se 
trouve la société, d'un certain point de vue, et à 
formuler des recommandations dont elle n'est 
même pas sûre qu'elles seront suivies. Les 
problèmes que cela soulève ne sont pas du même 
ordre que s'il fallait décider, par exemple, de la 
façon de diviser une ville pour en faciliter l'admi- 
nistration, du montant de l'aide financière à 
accorder aux éditeurs, ou encore du taux d'aug- 
mentation acceptable sur les factures d'eau. Ces 
problèmes, toutefois, si délicats soient-ils, sont 
jusqu'à un certain point, purement arithmétiques. 

Il est vrai que la présente Commission 
d'enquête s'inscrit dans une certaine tradition à 
laquelle on doit déjà les codes de production du 
cinéma et de la télévision, ainsi que l'étude des 
pressions qui ont amené leur élaboration, les 
études faites aux Etats-Unis sur la violence à la 
télévision et ses effets, les études portant sur les 
média écrits, au Canada et à l'étranger. Mais 
jamais personne auparavant n'avait été chargé 
d'étudier l'ensemble du climat créé par les média. 
Il ne s'agissait donc pas de se borner à froncer les 
sourcils devant certains titres fracassants, de faire 
le décompte des meurtres à se produire en une 
heure à la télévision, ou quoi que ce soit du genre. 



En fait, aucune personne sérieuse n'approuve la 
violence, ni ne la considère comme bonne, de 
sorte que le problème ne se situait pas là. 

Il n'en reste pas moins qu'il a fallu tracer une 
ligne de démarcation entre agressivité et violence, 
et bien faire ressortir le fait que certaines formes 
d'agressivité ne sont pas obligatoirement 
mauvaises, mais qu'au contraire, dans certains 
domaines comme les affaires et les sciences, elle 
pouvait se révéler un atout, tant sur le plan 
individuel que collectif. 

Le rôle de la Commission s'en trouvant ainsi 
imperceptiblement réduit, elle devait néanmoins 
se pencher sur tout le côté humain de l'industrie 
canadienne des communications (en tenant 
compte de l'envahissement qu'elle subit de la part 
des Etats-Unis) et déterminer jusqu'à quel degré le 
public et les analyses scientifiques considèrent 
comme dommageable l'actuel climat de violence 
qui caractérise les média et qui constitue l'environ- 
nement intellectuel des masses populaires; c'est 
également à la Commission qu'il incombe de 
trouver les moyens de remédier à la situation, tout 
en ayant constamment à l'esprit le fait que la très 
grande majorité de la population estime que la 
censure, celle qui consiste à laisser aux bureau- 
crates ou aux hommes politiques le soin de décider 
ce qu'elle peut et ne peut pas voir, lire ou vivre, est 
un mal presque aussi grand que tous les autres. Le 
principe qui a inspiré et guidé la nomination des 
membres de la présente Commission royale est 
celui selon lequel trois personnes dont la forma- 
tion, les habitudes, les préventions et les opinions 
diffèrent considérablement, pourraient en venir à 
un consensus sur l'attitude du public et des spécia- 
listes et pourraient, sans aller nécessairement 
jusqu'à condamner l'industrie des média dans son 
ensemble ou ses mobiles, trouver les moyens de 
cerner les excès jugés les plus graves, en vue d'une 
action éventuelle venant de l'industrie elle-même, 
du gouvernement ou du public. C'est dans cette 
optique que la Commission royale espère trouver 
dans l'industrie des média la largeur d'esprit qui 
lui permettra d'étudier les conclusions de 
l'enquête, sans se réfugier dans une attitude de 
défense exagérée, mais en cherchant plutôt à 
mettre davantage l'accent sur ce qui est positif et 
valable socialement, et à éliminer graduellement 
ce que les commissaires estiment porter atteinte à 



la qualité de la vie au Canada. Dans un pays 
comme le nôtre, où la liberté d'expression s'inscrit 
dans une longue tradition de démocratie, la 
manière forte est une méthode qu'il n'est ni 
possible ni souhaitable d'utiliser, bien qu'elle 
puisse avoir cours ailleurs; par contre, lorsque la 
preuve aura été faite que l'enjeu est le bien 
général, il est permis d'espérer que les dirigeants 
d'entreprises sauront prendre leurs responsabilités. 
La persuasion a donc toujours été la principale 
préoccupation de la Commission lors de la formu- 
lation de ses recommandations ainsi que des 
moyens suggérés pour les faire respecter. 

La méthode choisie par la Commission a été 
simple et directe. Avant tout, nous avons dû nous 
familiariser avec toutes les recherches faites 
antérieurement sur le sujet. Ceci nous a ramenés à 
plus de 50 ans en arrière, à l'époque des premières 
tentatives pour mettre un terme aux pires excès 
qu'aient jamais connus le cinéma et la radio (les 
termes utilisés à l'époque pour décrire la situation 
ressemblent d'ailleurs étrangement à ceux que l'on 
utiUse de nos jours pour parler de la télévision et 
du cinéma). Cependant, la plupart des recherches 
importantes portant sur les effets spécifiques des 
scènes de violence présentées par ces média datent 
des années 1950 et 1960 et s'échelonnent jusqu'à 
aujourd'hui. Bien que d'autres pays aient connu 
des problèmes similaires, c'est sur les Etats-Unis, 
en tant que principal producteur de films et 
d'émissions de télévision à teneur violente destinés 
à la distribution internationale, que portent la 
plupart des recherches: une impressionnante liste 
d'environ 4000 titres. L'analyse de ces recherches 
nous a permis de constater que leur application 
dans le contexte canadien présenterait certaines 
lacunes. Ceci a donc incité la Commission à 
mettre sur pied son propre programme de 
recherche comportant 28 études, dans le cadre 
desquelles on établirait un rapport entre les 
conclusions provenant de recherches antérieures 
et le problème au Canada, et on étudierait en 
détail les caractéristiques particulières du contenu 
que les média proposent aux Canadiens. Troisiè- 
mement, la Commission devait chercher à 
connaître l'opinion des Ontariens sur la qualité du 
contenu proposé par les média dans leur propre 
province. A cette fin, des personnes, des groupes, 
de même que des représentants de l'industrie de 



communications ont été invités à se présenter lors 
des 61 audiences publiques tenues dans des 
centres de grande et de moindre importance, d'un 
bout à l'autre de la province. Environ 700 
mémoires et des milliers de témoignages ont 
permis de consigner l'opinion de la population. 
Quelques mémoires, parmi les plus complets et les 
plus représentatifs, sont reproduits en tout ou en 
partie, plus loin dans ce même livre. Des citations 
tirées d'autres mémoires figurent au chapitre 3 de 
ce Rapport. Le chapitre suivant expose en détail la 
méthode employée par la Commission pour mener 
à bien son enquête, les conclusions qui en décou- 
lent, ainsi que les programmes de participation 
publique. 



Chapitre II 



La Recherche 



Il est possible, grâce à quelques données très 
simples, de se faire une idée assez juste de la place 
énorme que tiennent les médias actuels dans la vie 
des Canadiens. 

• Plus de 96 pour cent des foyers canadiens 
possèdent un téléviseur, et le spectateur moyen 
passe près de 24 heures par semaine à regarder des 
émissions en provenance de 102 stations 
canadiennes. Si l'on ajoute à ce nombre 723 
stations réémettrices, on obtient un total de 825 
émetteurs-relais; de plus, environ 47 pour cent de 
Canadiens peuvent capter une ou plusieurs 
stations de télévision américaines. 

• Dans environ 75 pour cent des foyers 
canadiens (84 pour cent en Ontario) on lit un des 
1 14 quotidiens ou des 1013 hebdomadaires 
canadiens locaux. 

• Les Canadiens achètent pour environ $ 100 
millions de disques, en moyenne, par an. 

• Environ 24 millions de livres de bandes 
dessinées sont vendus au Canada chaque année en 
plus des quelques millions de livres et revues de 
tous genres. 

• Au Canada, les amateurs de cinéma (pour la 
plupart âgés de moins de 35 ans) déboursent 
environ $200 millions par an en frais d'admission. 

• Il existe plus de 15 millions d'appareils radio- 
phoniques au Canada, qui captent pendant 
plusieurs heures par jour l'une des 407 stations 
AM ou des 174 stations FM canadiennes. 

Tous ces éléments combinés offrent aux 
Canadiens une "réalité" que nombre d'entre eux 
considèrent comme un reflet assez fidèle du 
monde qui les entoure. De l'influence autrefois 
puissante d'institutions telles que l'église, la 
famille, l'école, c'est l'industrie des communica- 
tions qui, à certains égards du moins, prend la 
relève. C'est ainsi qu'elle joue un rôle déterminant 
dans le façonnement des valeurs, des attitudes, des 
comportements et des modes de vie. La responsa- 
bilité que cela comporte est énorme. Les voies 
spécifiques qu'emprunte l'industrie des communi- 
cations lorsqu'elle assume ou n'assume pas ces 
responsabilités se prêtent, quoiqu'à des degrés 
diff^érents, à l'analyse scientifique. Déjà, certains 



symptômes se manifestent, et rares sont ceux qui, 
après les avoir analysés, n'en arrivent pas à la 
conclusion que l'environnement créé par les 
média, tel qu'il existe aujourd'hui, et tel qu'il 
s'annonce dans les années qui viennent, est 
inacceptable pour la société. 

Mais à quoi au juste ressemble-t-il, cet 
environnement? Le programme de recherche qui 
devait le définir dans la perspective de la présente 
enquête s'est révélé une stratégie intellectuelle qui 
se heurtait au mandat de la Commission, au 
terrain préalablement exploré dans des recherches 
antérieures, et aux possibilités et limites de la 
méthodologie propre aux sciences sociales. Un tel 
programme était donc voué à confirmer certaines 
impressions généralement admises, mais il a 
néanmoins permis de recueillir de l'information 
fraîche et intéressante, et d'apporter des solutions 
de rechange possibles. 

Considérées individuellement, certaines conclu- 
sions du programme de recherche de la 
Commission sont étonnantes: 

• Ainsi, par exemple, un enfant qui a l'habitude 
de regarder la télévision seul dans sa chambre est 
peut-être plus porté que d'autres à admirer les 
criminels et même à vouloir en devenir un lui- 
même. 

• Ou bien, à un niveau plus général, on constate 
que les Téléromans de la télévision française au 
Québec, qui sont presque entièrement dépourvus 
de violence, ont une cote d'écoute, calculée sur 
une base individuelle, supérieure à toute autre 
série dramatique de langue anglaise, ce qui nous 
pousse à nous demander pourquoi nous n'adopte- 
rions pas cette formule en anglais pour supplanter 
le matériel importé? 

• Ou encore que l'impact du réseau anglais 
d'Etat s'aff'aiblit régulièrement avec la progression 
de la télévision par câble, tandis que le support 
financier que lui accorde le gouvernement 
augmente d'année en année. Le Canada vient au 
premier rang dans le monde pour la télédistribu- 
tion. Ceci a pour résultat de fragmenter l'auditoire 
et de favoriser l'augmentation régulière du 
nombre de Canadiens qui regardent des émissions 
américaines. Si l'on calcule à combien s'élèveront 
dans 10 ans les subventions qu'il faudra accorder 



au seul réseau anglais de Radio-Canada, au 
rythme où augmentent les coûts actuellement, on 
constate, en se basant sur une étude faite en ce 
sens, qu'en 1988, les Canadiens devront payer la 
somme ahurissante de $2 milliards annuellement. 
C'est payer bien cher pour un service dont 
l'ascendant sur la population canadienne et par le 
fait même, le rôle, diminuent constamment au 
milieu de l'indifférence générale. 

Bien que l'influence du seul réseau cbc sur la vie 
des Canadiens ne soit pas le principal souci de la 
Commission (signalons tout de même au passage 
qu'il se classe parmi les meilleurs en Amérique du 
Nord, meilleur dans le présent contexte signifiant, 
qui comporte peu de violence), il est important de 
noter cependant que si le réseau cbc doit 
constituer pour le Canada un rempart contre 
l'invasion d'une culture étrangère, et entre autres, 
de la violence, il est évident qu'il ne sera plus en 
mesure de remplir cette fonction si son auditoire 
diminue constamment. Des changements radicaux 
s'imposent donc dans la structure tout entière de 
la radiodiffusion canadierme, afin de renverser 
cette tendance, si l'on veut que la télévision 
canadienne, tant privée que publique, devienne un 
agent sur lequel le Canada aura toute l'autorité 
nécessaire pour préserver la qualité de la vie et de 
la culture canadiennes. Des changements de cet 
ordre ont d'ailleurs fait l'objet d'une étude dont le 
rapport a déjà soulevé de nombreuses discussions 
publiques. Ce rapport propose l'étabhssement 
d'un nouveau système de radiodiff'usion à canaux 
multiples off'rant sensiblement la même quantité 
d'émissions produites aux Etats-Unis et ailleurs 
qu'actuellement, mais qui, en même temps, 
présenterait aux Canadiens un plus large éventail 
de productions canadiennes intéressantes et 
concernant toutes les régions du pays, qu'ils 
pourraient capter plus facilement et qui seraient 
moins liées aux crédits gouvernementaux. La seule 
pensée que le gouvernement doive verser au 
réseau cbc dès 1988 une somme annuelle de $2 
milliards est suffisante pour garantir que le public 
sera réceptif à toute solution de rechange possible. 
Mais il s'agit là, en fait, de constatations aléatoi- 
res qui s'écartent quelque peu de la voie tracée par 
le programme de recherche qui s'est voulu le plus 
vaste possible afin de faire du mandat de la 



Commission et de ses objectifs un programme de 
recherche opérationnelle touchant tous les média 
populaires. 

Dès le début des travaux de la Commission, une 
priorité s'est imposée, celle de constituer une 
bibliographie et une bibliothèque spécialisées dans 
des ouvrages couvrant tous les problèmes que 
devrait traiter la Commission. Ceci a permis de 
réunir en un ensemble extrêmement précieux des 
travaux de recherche et des ouvrages de référence 
qui seront légués à une importante université de 
l'Ontario. La bibliographie figure dans l'un des 
livres du rapport. 

De plus, un comité consultatif composé d'uni- 
versitaires a été formé dans les premières semaines 
qui ont suivi le début des travaux de la Commis- 
sion, afin de conseiller la Commission et son 
directeur de la recherche. Ce comité se composait 
d'un psychiatre et d'un psychologue, d'un socio- 
logue chevronné, spécialisé dans les média, d'un 
politicologue spécialisé dans les communications, 
ainsi que d'un philosophe et d'un professeur de 
droit. Mettant en commun ce large éventail de 
disciplines, le groupe se réunit régulièrement au 
cours d'une période couvrant environ dix 
semaines en 1975. Les discussions de haut calibre 
et parfois après auxquelles ils se livrèrent portaient 
sur les forces, les faiblesses et les lacunes de la 
httérature existante et sur la façon de démêler les 
problèmes relatifs à la violence dans les média afin 
de fixer des objectifs de recherche opérationnelle 
et d'élaborer une politique efficace. 

Comme complément à ce comité consultatif, 
des contacts furent établis dans tout le Canada, 
ainsi qu'aux Etats-Unis et en Europe, avec des 
spécialistes et des chercheurs dans les domaines 
des communications et des effets des communica- 
tions. Ceci avait pour but de mettre la 
Commission en étroite relation avec la recherche 
qui se faisait ailleurs et qui reflétait l'attitude 
d'autres pays devant les effets de l'environnement 
créé par les média. 

Au moment de mettre sur pied son programme 
de recherche, la Commission eut à prendre un 
certain nombre de décisions importantes 
concernant les méthodes et les champs de la 
recherche. Ces décisions portaient sur les points 
suivants: 



1. Etudes longitudinales 

Ce sont celles qui s'étendent sur une période de 
temps donnée et par lesquelles on tente de 
mesurer des effets déterminés, par rapport au 
temps. Ainsi, par exemple, pour déterminer des 
effets cumulatifs, on peut faire des relevés auprès 
d'une population au moment zéro, un an plus 
tard, deux ans plus tard, et ainsi de suite. 

Bien que les effets cumulatifs se soient sans 
aucun doute inscrits parmi les préoccupations de 
la Commission, le peu de temps dont celle-ci 
disposait ne lui a pas permis d'entreprendre des 
études longitudinales. Une importante technique 
de recherche devenant ainsi inutilisable, il a donc 
fallu avoir recours à d'autres types de procédés 
pour arriver à démontrer qu'il existait des effets 
cumulatifs ou à long terme. 

2. Etudes de commande 

Placée devant l'alternative, d'une part, de 
commander des études hors Commission et, 
d'autre part, de réunir les personnes qualifiées et 
de faire tout ou en partie des études "sous son 
toit", la Commission opta pour la première 
solution. Celle-ci offrait l'avantage de donner 
accès à des ressources beaucoup plus grandes 
auprès des universités et de firmes de consultants 
que si on avait opté pour la seconde solution. 
En commandant ainsi des études, on évitait 
d'avoir à multiplier le matériel nécessaire pour les 
mener à terme. Cette formule permettait 
également une plus grande diversification du point 
de vue géographique, ce qui était souhaitable à 
bien des égards, en particulier parce que cela 
favorisait le développement de la recherche en 
cours dans les universités canadiennes, dans le 
domaine des communications. Cette approche par 
études commandées diffère de la méthode 
employée aux Etats-Unis par le Service fédéral de 
la santé publique, dans le cadre du U.S. Surgeon 
Gênera Ts Advisory Commit tee on Télévision and 
Social Behavior, la plus importante étude faite 
dans ce pays sur ce sujet, au début des années 
1970. Plutôt que de greffer les études sur un 
programme de recherche structuré, celles-ci 
avaient été exécutées, après soumissions, par des 
équipes universitaires de recherche, d'où il est 



résulté une moins grande cohésion dans 
l'ensemble des travaux. 

3. Répétition de travaux antérieurs 

Il ne paraissait pas souhaitable de recommencer 
des études qui avaient déjà été faites lorsqu'il y 
avait tout lieu de croire qu'elles aboutiraient aux 
mêmes résultats au Canada. Par exemple, dans le 
cas d'une recherche ayant pour but d'établir une 
corrélation entre le fait pour un individu d'avoir 
assisté à une scène de violence et d'avoir par la 
suite manifesté de l'agressivité. Des centaines 
d'études de ce genre ont été faites aux Etats-Unis 
et en Europe, de même que quelques-unes au 
Canada. Fait certain, on s'est préoccupé de façon 
excessive de cette catégorie de conséquences, 
négligeant de rechercher d'autres conséquences 
possibles de la violence dans les média. 

D'un autre côté, il était important de réunir des 
données canadiennes dans des secteurs où les 
résultats, en particulier ceux qui provenaient des 
Etats-Unis, risquaient de ne pas s'appliquer dans 
notre pays. 

En outre, il fallait chercher à étabhr d'impor- 
tants points de comparaison entre les émissions de 
télévision canadiennes et américaines de divertis- 
sement et d'information. Les villes américaines 
connaissant un taux plus élevé de crimes accom- 
pagnés de violence que leurs homologues 
canadiennes, il s'avérait donc impossible de 
conclure que les populations de ces deux pays 
avaient une même perception de la violence telle 
qu'elle pouvait apparaître dans les média. 

4. Corrélation entre les études 

Une des principales difficultés rencontrées lors de 
l'intégration de la recherche sociologique existante 
à l'élaboration d'une politique a été celle d'harmo- 
niser les études entre elles; comme, par exemple, 
lorsqu'il s'est agi d'établir une relation entre 
analyses de contenu et analyses d'auditoires, ou 
entre l'un ou l'autre de ces facteurs ou les deux et 
des travaux portant sur certains effets bien 
spécifiques. En conséquence, le programme de 
recherche de la Commission a dû chercher, 
chaque fois que cela était possible, à établir une 
corrélation entre les études. Les diflTérents 
éléments sur lesquels repose cette corrélation sont 



exposés dans le tableau et la description analy- 
tique du plan de recherche présentés plus loin. 

5. Diversité des disciplines 

Ce qui fait l'originalité de la méthode adoptée par 
la Commission pour mener ses travaux, c'est 
d'avoir tenté de les intégrer dans la perspective de 
toutes les disciplines concernées. Les études 
effectuées antérieurement relevaient pour la plus 
grande part de la psychologie et de la sociologie. 
Or, cette Commission souhaitait également 
prendre en considération l'optique des disciplines 
suivantes: 

• la psychologie du développement, qui permet 
de connaître toutes les formes d'interactions 
susceptibles d'être engendrées par les média aux 
différents stades du développement émotiormel, 
cognitif et physique de l'enfant. 

• l'éducation, qui permet de connaître l'impor- 
tance de l'impact éducationnel des média, et 
surtout de la télévision. 

• le droit, à la fois sous l'angle de l'appareil des 
lois, du partage des juridictions constitutionnelles 
et sous l'angle des valeurs philosophiques et 
politiques telles qu'exprimées dans la loi, par 
rapport aux média et à l'intérêt du public. 

• les sciences politiques, en particulier sous 
l'aspect de la relation qui existe entre les média, 
les conflits collectifs et la violence dans la 
politique. 

• la psychiatrie, en particuher par rapport aux 
comportements déviants et aux troubles mentaux. 

• l'anthropologie, en particulier par rapport aux 
rôles symboliques de la violence dans la culture 
populaire. 

• l'économie, entre autres sous l'aspect de la 
structure économique, des impératifs et des 
motivations de l'industrie des média. 

• la recherche dans les communications, en tant 
que discipline relativement nouvelle, entre autres 
dans des domaines tels que l'analyse du contenu. 

• l'ingénierie, par rapport aux technologies 
futures de radiodiffusion. 



• la médecine et la physiologie, avec une 
attention particulière pour l'aspect physiologique 
des réactions des gens face à la présentation de la 
violence par les média. 

• la critique littéraire, musicale et cinématogra- 
phique en tant que source classique d'analyse et 
de connaissances par rapport au contenu des 
média. 

• la bibliothéconomie, par rapport aux 
principaux genres de littérature. 

• le journahsme, par rapport surtout à l'analyse 
professionnelle du contenu des nouvelles et du 
comportement des entreprises d'information. 

• l'histoire, la place des média dans cette 
perspective. 

Malheureusement, le budget alloué à la 
Commission n'autorisait aucune recherche sur le 
plan médical et physiologique. 

6. La dimension canadienne 

Bien que constituée et subventionnée par le 
gouvernement de l'Ontario, la Commission décida 
que ses travaux devaient déborder les frontières 
ontariennes. On jugea que la portée de l'enquête 
de la Commission se situait à une échelle plus 
vaste que celle de l'Ontario, et que sous ses aspects 
les plus importants, le sujet serait mieux cerné à 
l'échelle du Canada tout entier. De plus, il existait 
hors de l'Ontario, d'importants noyaux de 
recherche susceptibles d'être exploités. 

La Commission eut ainsi recours à des 
chercheurs et à des consultants du Québec, des 
Maritimes et des provinces de l'Ouest, en plus de 
ceux de l'Ontario. Aucune étude ne fut cependant 
commandée à l'extérieur du Canada. Il semblait 
important de donner la priorité aux données 
canadiennes en ce qui concerne les effets des 
média à l'intérieur du Canada et de s'assurer que 
les projets de recherches tiennent compte du 
contexte canadien. 

7. Diversité des média. 

Par la nature même de son mandat, la 
Commission devait se pencher sur l'ensemble des 
média dans son étude sur les effets de la violence 



dans les organes d'information. C'était là une 
méthode d'enquête logique, puisque toute 
personne "consomme", en principe, différents 
genres de média; il en découle donc un mélange 
d'impressions plutôt que des impressions compar- 
timentées selon les média. 

8. La violence dans l'information 

Il existait déjà un nombre incalculable d'études 
portant sur les effets de la violence dans le cadre 
d'articles ou d'émissions destinés à divertir. Un 
très petit nombre seulement s'était déjà penché sur 
la nature et sur les effets de la violence dans 
l'information. Ceci devait inciter la Commission à 
commander des études approfondies portant sur 
les entreprises d'information et comprenant 
l'analyse du contenu, les effets, ainsi que l'organi- 
sation et le comportement de cette industrie. 

9. Définition de la violence 

La définition très large que la Commission donne 
de la violence au début du présent livre, 
mentionne explicitement les formes de violence 
autres que la violence physique, telles que la 
violence psychologique et la violence sociale. La 
plupart des études faites antérieurement passaient 
sous silence ces catégories. Or, malgré certaines 
difficultés d'ordre pratique que cela entraîne, il 
était indispensable de tenir compte des formes de 
violence non physique car la violence psycholo- 
gique et la violence sociale existent et peuvent 
entraîner de lourdes conséquences. 

10. Effets des média sur la société 

Les enquêtes précédentes portant sur les 
problèmes causés par les média présentent toutes 
la même lacune, en ce sens qu'elles ont toutes 
fortement tendance à considérer avant tout 
l'agressivité comme un postulat de l'exposition à 
la violence dans les média. Or, pendant qu'un très 
grand nombre d'études, la majorité, en fait, 
aboutissent invariablement à la conclusion que 
certains sujets, pris dans les populations échantil- 
lonnées, manifestent plus d'agressivité après avoir 
été exposés à la violence par les média, ou à cause 
de cela, quantité d'autres effets possibles par 
contre, ceux, en particulier, où l'imitation ne joue 
pas, étaient la plupart du temps laissés de côté. 



10 



Parmi ces effets possibles, il y a toute la gamme 
des frayeurs et de l'angoisse exagérées, l'asservis- 
sement, l'hypersensibilisation qui engendre une 
attitude de défense excessive, la désensibilisation 
qui engendre la tolérance à la violence. La défor- 
mation de la réalité et la généralisation des conflits 
et des affrontements sont des facteurs qui peuvent 
avoir une importance considérable sur l'équilibre 
mental de la société. Même s'il est évident que la 
violence dans les média ne transforme pas toute la 
société en criminels violents (bien que ce soit vrai 
dans certains cas), il peut arriver que notre santé 
mentale individuelle et collective peut s'en trouver 
affectée de façon très subtile. 

11. Effets pro-sociaux comme terme de 
comparaison 

Il a également été décidé que la Commission 
tenterait de déterminer l'existence éventuelle 
d'effets pro-sociaux découlant du contenu des 
média, pendant logique de la recherche d'effets 
anti-sociaux découlant de la violence dans les 
média. Une accumulation de preuves convain- 
cantes a permis de constater qu'un impressionnant 
potentiel positif demeurait largement inexploité. 
Ce potentiel pro-social apparaissait donc, plutôt, 
que l'absence d'effets négatifs, comme le terme de 
comparaison logique pour évaluer le contenu des 
média. 

12. Innovations technologiques 

Les mass média, et en particulier la télévision, 
connaissent une évolution très rapide vers de 
nouvelles techniques. Une politique qui, en ce 
domaine, ne tiendrait essentiellement compte que 
du système actuel, risquerait d'être dépassée aussi 
rapidement que le système lui-même. C'est dans 
cette optique que la Commission a tenu à se 
pencher aussi bien sur les innovations technolo- 
giques que sur les procédés actuels de 
radiodiffusion. 

Une fois que ces critères eurent été sélectionnés 
et retenus, le directeur de la recherche procéda à 
l'élaboration de directives ainsi que d'un modèle 
de plan de recherche. 

On prépara tout d'abord un tableau d'analyse 
de système détaillé, exposant les problèmes causés 
par la violence dans les média, ainsi que les études 



commandées par la Commission. Ce tableau se 
composait de 18 catégories d'éléments 
(représentées par les 18 cadres du tableau 
reproduit plus loin), reliées les unes aux autres par 
des flèches indiquant soit des rapports directs, soit 
des effets de rétroaction. 

En font partie les catégories d'éléments 
suivants: 

a) réalité 

b) genre de production et sélection du contenu 

c) analyse du contenu du média 

d) facteurs modifiant les réactions et les percep- 

tions 

e) exposition du public au média, réactions, 

perceptions 

f) attitudes engendrées, comportements et effets 
Le modèle de recherche, résumé dans le tableau 
annexé, représente, sous une forme schématique, 
les relations qui existent entre les divers éléments 
et influences; depuis les mobiles et les impératifs 
qui guident les choix dans l'industrie des média 
jusqu'aux conventions, pratiques et comporte- 
ments propres à chaque média et qui se reflètent 
dans le contenu. Ce dernier, à son tour, influence 
les choix du public et ceux-ci combinés aux 
modèles d'exposition aux média, engendrent des 
modèles de réactions, de perceptions et d'effets. 
D'autres éléments, tels que la personnalité de 
chaque individu, de même que certaines influences 
étrangères aux média peuvent aussi modifier, et 
modifient, effectivement, les résultats. Les modèles 
d'attitudes et de comportements qui en découlent 
font à leur tour partie intégrante de la réalité 
individuelle et sociale. 

En fonction de ce plan, on dressa ensuite une 
série provisoire de projets de recherche destinés à 
fournir des données et des conclusions dans 
certains domaines clés où la recherche existante 
s'avérait incomplète. Les directives provisoires 
fixèrent ensuite certaines conditions indispen- 
sables à une véritable cohérence entre les projets 
d'étude: utiliser, dans la mesure du possible, les 
mêmes échantillons de contenu ou les mêmes 
données de base, les mêmes échelles d'évaluation 
dans les études connexes, et coordonner les projets 
basés sur les mêmes éléments d'analyse. 

Les directives accompagnant le plan de 
recherche mentionnaient également seize grandes 



11 



*Si2 



OJ 


?^ 


CL 


C 
O 


o 


ci 


fTl 


u 








e 






S 


u 


E 


-dj 


r , 



7S~T 



ik. 









»- o c 

C3 :y; OJ 



I 



"I TfZ 



OJ 



O 



8 e 



ou 






_- D c/j 

■S ii-o 

«j o £ 

Oj 3 (L» 



(U 



3 
C 
V 

C 
O 
O 

3 
■O 

C 
O 

'■3 c/3 

o o3 

- 1 
c K 

O -O 

-S 2 § 



c 
_o 

y. 2 

"^ ■s 

o. Cl, 

1) 
o 

— 1) 

î; Cl. 

§ § i2 

« nj <u 

- •- C 
1) '2 ^ 

- -2 Ë 

^ T3 OJ 



"^T 



M »; ta 



— 


•IL» 






CL-— OJ 


r: 


x 


m 3 


n 




o TD 






c -r 


n 


1^ 


^.C 


0-» 


-o 


C -o 



7^" 



§S2.S 



II. 



= 0. 

•^ o r- 

c ji E 

:=; o d 

o i- j- 



il-n 


o 


o 


c r 


ij 


n 


H ,o 


r3 


^ 



u '— — cA 






-OJ ^ TD (/) 3 <£ 

o S «^ g ™-- 



ai 



t^ o c 
«•3 C 



O 3 



CM 

U 



U 



y^ — ~ 






^! 



C/5 
OJ 
U 

c 

i) 

C 3 
O îC 
■3 C 

c/) y ;~ 

ï 2 == 



i 3 

■ !/) U 

I U -^ 

1 3 JD 

» 3 Û- 



^J 



X O 3 

1- -c OJ dS 
•u o :_ o "^ 
■C 3 « - -g 



U 



f- ^ '^ 

« o C.2 

t- O IJ "O 

O- . C -(U 

, c/-. C- _ 

;/î U O h 

c 3 c (/, 



1— 1 ^^ ^- .ii 

2 ïj a u 2 



(U 

■U O 2 
S X S 



■o .s 

t- «J o 



CÛ 



iJ o ù ^ 

- 9^ g .- 



o CL(U 



< 






u 



< cQ u û ui P-i 



ca 



12 



catégories d'effets découlant de la violence dans 
les média: 

a) attentes reliées à la violence 

b) agressivité 

c) imitation de modèles de criminels et de 

procédés présentés dans les média 

d) peur et angoisse 

e) asservissement 

f) hypersensibilisation et attitude défensive 

exagérée 

g) désensibilisation et accoutumance 
h) violence dans la politique 

i) violence dans la vie de tous les jours 

j) violence dans le domaine du divertissement 

k) diminution de la motivation et libération des 

émotions 
1) généralisation des conflits et des 

aff'rontements 
m) dépendance intellectuelle (les média dictent 

au public ce qu'il doit penser) 
n) propagation de l'information 
o) violence dans le sport présentée par les média 
p) divers 

Après révision par la Commission, le modèle de 
recherche et les directives firent l'objet de trois 
révisions subséquentes dans le cadre de séminaires 
organisés dans trois villes canadiennes. L'un 
d'eux, à Montréal, réunissait un groupe multidisci- 
plinaire de spécialistes du Québec, de l'Ontario et 
des provinces de l'Atlantique. Un autre, à 
Toronto, réunissait un groupe similaire de spécia- 
listes attachés à diff'érentes universités 
ontariennes. A Vancouver, le séminaire regroupait 
des professeurs de plusieurs universités de l'Ouest 
canadien. De plus, un éminent psychologue et 
chercheur canadien dans le domaine des commu- 
nications, maintenant attaché à une université 
américaine renommée, participa à la révision au 
cours d'une visite au Canada. (La liste des partici- 
pants figure à la fin du présent chapitre). 

Parce que les travaux de la Commission 
d'enquête constituaient la première étude d'impor- 
tance jamais entreprise au Canada sur le contenu 
des organes d'information des masses, les 
recherches poursuivies dans ce cadre furent 
conçues comme une contribution dont l'impor- 
tance se révélerait peut-être primordiale pour 
l'ensemble de la recherche qui se fait au Canada 
dans la domaine des communications. A cette fin. 



quatre dispositions spécifiques furent ajoutées au 
programme de recherche. 

Premièrement, chacune des études devait être 
conçue de façon à soulever des questions 
auxquelles tout le monde pourrait répondre et qui 
pourraient avoir des eff'ets sur l'attitude à adopter 
par les individus, les entreprises de média et les 
gouvernements. 

Deuxièmement, dans le but de favoriser la plus 
large diffusion possible des résultats, les rapports 
de recherche devaient être remis à la pressse au fur 
et à mesure qu'ils seraient terminés, au lieu d'être 
retenus jusqu' à la publication du Rapport final de 
la Commission. 

Troisièmement, la Commission décida de 
publier les études sous forme de collection perma- 
nente sur laquelle la Commission fonderait son 
Rapport final, ceci afin d'assurer une très large 
disponibilité des travaux de la Commission, tant 
au Canada qu'à l'étranger. 

Finalement, afin d'encourager la poursuite de la 
recherche dans ces domaines, il fut stipulé que les 
résultats de ces études seraient diflTusés dès la fin 
des travaux de la Commission, ceci dans l'espoir 
de faciliter l'accès le plus large de ces documents à 
la recherche. 

Par suite de ces diverses considérations et 
décisions, la Commission commanda 28 projets de 
recherches indépendants. Afin d'obtenir une 
bonne coordination de la recherche, que la 
dispersion géographique des travaux d'exécution 
rendait diflficile, des rencontres eurent lieu à 
certains stades de leur évolution, chaque fois 
qu'elles apparurent nécessaires et réahsables. 

Voici la liste de ces projets de recherche ainsi 
qu'un résumé de leurs conclusions: 

1. Analyse du contenu des émissions de 
divertissement à la télévision 

Tannis MacBeth Williams, Merle L. Zabrack, 
Lesley A. Joy, University of British Columbia. 

Cette étude porte sur l'analyse systématique d'un 
échantillonnage d'émissions hautement représen- 
tatives de celles que transmettent les réseaux 
canadiens et américains de télévision, de même 
que certains postes indépendants le l'Ontario. 
Parce que sa définition de la violence est plus 
large, parce qu'elle porte sur une plus grande 



13 



variété de facteurs tels que les types de person- 
nages, leurs rapports, le cadre de l'action, les 
armes utilisées, etc., et parce qu'elle englobe divers 
genres d'émissions, entre autres le documentaire 
qui a toujours été laissé de côté dans ce type de 
recherche, cette étude est plus approfondie que 
toutes les précédentes analyses de contenu. Le 
contenu des émissions d'information a été traité 
séparément, dans des recherches décrites plus loin. 

Les conclusions de l'étude révèlent que dans les 
différents genres d'émissions, et spécialement dans 
les histoires policières, l'agressivité est plus 
accidentelle qu'essentielle à l'intrigue. Autrement 
dit, à la télévision, l'agressivité est souvent 
gratuite. Les blessures sont rarement visibles, et 
l'attaque directe apparaît, somme toute, comme le 
seul moyen d'arriver au but. La conciliation, les 
résolutions constructives et la négociation sont 
rarement présentées comme des moyens de mettre 
fin à des conflits. La plupart du temps, les person- 
nages sont soit condamnés à mort, soit acquittés. 

Il y a deux fois plus d'hommes que de femmes 
parmi les principaux personnages; les stéréotypes 
basés sur le sexe sont courants. Les comédies de 
situation, les drames policiers et les dessins animés 
sont les émissions où, au total, il entre le plus de 
conflits, d'injustices et d'agressivité. Comparées 
aux émissions d'autres réseaux ayant fait l'objet 
d'une analyse, celles du réseau anglais de Radio- 
Canada comportaient moins d'épisodes violents. 

Dans l'ensemble, la violence dans les drames 
policiers est présentée sous une forme plus 
complexe que dans les autres genres d'émissions. 
La technique de production, le message, la 
programmation, le cadre et les types de person- 
nages sont plus variés que dans les autres genres 
d'émissions. Une des raisons de leur popularité 
pourrait bien être leur meilleure qualité du point 
de vue dramatique. La nocivité de ces émissions 
vient de ce qu'elles présentent la violence gratuite 
sous un jour attrayant. 

2. Les séries noires à la télévision: Interprétations 
d'ordre mythologique 

James Taylor, Université de Montréal. 

Cette étude fait le relevé et l'analyse, au moyen de 
techniques structuralistes, des modèles culturels 
que l'on trouve habituellement dans les émissions 



policières. Il en ressort que celles-ci peuvent 
véhiculer une foule d'idées, entre autres des 
messages portant sur le comportement en fonction 
du rôle, les moeurs d'une société et les structures 
politiques. 

Le grand équivalent structurel, tel qu'il apparaît 
dans la violence à la télévision, est la violation de 
l'ordre établi dans une société, qui peut être 
cataloguée soit en fonction de l'objet de la viola- 
tion, soit en fonction du contexte dans lequel elle 
se produit. Les thèmes de la violation servent à 
établir un lien entre le drame policier moderne et 
des formes plus anciennes d'expression mytholo- 
giques et sont révélateurs des préoccupations 
d'une société donnée. En général, les émissions de 
télévision sont le reflet des nombreuses ambiva- 
lences et contradictions qui se rattachent aux 
valeurs morales les plus importantes d'une société. 

Le drame policier moderne est un produit bien 
présenté, hautement stylisé, axé sur l'imitation, 
donc économique. Cependant, il n'exploite que 
très superficiellement le genre policier, et 
supprimer carrément les scènes de violence 
manifestes ne suffirait pas à le rendre plus 
"propre". Mieux vaudrait un plus grand respect et 
une plus large utilisation des nombreuses 
ressources de ce genre en tant que tel. 

3. Les frontières culturelles de l'imagerie 
télévisuelle: Une analyse de la télévision 
d'expression anglaise et française 

A ndré Caron, Université de Montréal. 

La première partie de cette étude dresse un 
parallèle entre les quatre marchés que repré- 
sentent les régions de Montréal, Ottawa, Hull, 
Sudbury - Timmins - North Bay et Toronto. Elle 
fait ressortir le rôle important que jouent les 
facteurs économiques et linguistiques dans les 
diff'érences de coût de la télévision et dans les 
préférences des téléspectateurs. 

Dans la région Montréalaise, d'importantes 
tranches de la population captent et choisissent les 
émissions en langue française produites locale- 
ment. Les émissions américaines ne l'attirent que 
modérément. Les réseaux qui intéressent la plus 
grande partie de l'auditoire anglophone présentent 
une proportion beaucoup plus forte d'émissions 
américaines et en particulier, d'émissions 



14 



policières. Le réseau CTV présente plus de drames 
policiers que tout autre réseau important de 
télévision en Amérique du Nord. Ceci peut 
signifier qu'uniquement pour des raisons de distri- 
bution, on présente des émissions policières à des 
téléspectateurs que la comédie et les variétés 
intéressent davantage en réalité, comme c'est le 
cas dans les régions de Toronto, Ottawa, Hull et 
Sudbury - Timmins - North Bay. 

La seconde partie de l'étude porte sur un certain 
nombre d'épisodes tirés de sept téléromans de 
langue française. Largement exempts de violence, 
ils confirment les valeurs sociales et les aspirations 
des Québécois de la classe moyenne. Bien que de 
nombreux problèmes de la réalité quotidienne y 
soient exagérés ou négligés, ils ne sont pas moins 
un reflet plus fidèle d'une certaine société que les 
émissions policières avec leur rythme accéléré et 
les comédies de situation qui nous viennent des 
Etats-Unis. 

4. Analyse du contenu de films présentés à la 
télévision 

James Linton et Garth Jowett, Université de 
Windsor. 

Cette étude fait l'analyse détaillée d'un échantil- 
lonnage stratifié (évaluation en fonction de leur 
popularité) portant sur 25 des 441 films présentés 
à la télévision en Ontario, au cours de 1975. 
L'étude y décèle un très haut degré de violence. 
Cette évaluation de la violence varie cependant en 
fonction de l'origine du film, de sa popularité et de 
son genre: les films canadiens sont les moins 
violents; les films moins populaires sont plus 
violents que les plus populaires et les films où il y a 
beaucoup d'action sont plus violents que ceux où 
il y a moins d'action. 

Les personnages des films sont presque exclusi- 
vement des humains et pour la plupart des mâles 
de race blanche. Parmi ceux-ci, un grand nombre 
ont des démêlés avec la justice. D'une manière 
générale, le monde qui les entoure semble hostile. 
Les conflits sont la plupart du temps de caractère 
violent et se règlent par la force. Souvent, la 
violence est motivée par un désir de domination 
physique et lorsqu'elle est justifiée, elle l'est dans 
un contexte de défense ou de vengeance. 

Contrairement à ce qu'ont révélé les études 



portant sur les émissions produites pour la télévi- 
sion, la violence dans les films n'est généralement 
pas gratuite. Dans la plupart des cas, elle est direc- 
tement liée à l'intrigue. Cependant, elle est 
apprêtée de façon à créer une impression de 
puissance et d'activité plus grandes; ou encore elle 
est atténuée par le fait que les blessures physiques 
sont souvent non apparentes, ou que la violence 
ne cause ni blessures ni n'entraîne la mort. D'un 
film à l'autre, cependant, les composantes varient 
presque à l'infini. 

5. Analyse du contenu de l'information dans les 
journaux et à la télévision 

Benjamin Singer et Donald Gordon, Université 
Western Ontario. 

Cette étude a examiné et classé au total 12,913 
nouvelles présentées sur six jours, au cours de la 
dernière quinzaine de mai 1976, par dix journaux 
ontariens à grand tirage, neuf stations ontariennes 
et six stations américaines de télévision. 

L'étude révèle que plus de 90 pour cent de 
toutes les nouvelles d'ordre général et de nouvelles 
sportives entrent dans le cadre de l'un des 23 
scénarios types ou formules de nouvelles ayant 
servi à la codification. Parmi les échantillons de 
nouvelles générales, 40 pour cent ont un rapport 
avec la violence et 24 pour cent rapportent direc- 
tement de la violence. Les nouvelles traitant de la 
violence sont les plus susceptibles de paraître en 
première page des journaux ou de faire la 
manchette du journal télévisé. Les nouvelles 
sportives sont essentiellement non violentes. 

L'étude fait également état des diflTérences qui 
existent entre un journal et un autre et une station 
de télévision et une autre, en ce qui concerne la 
quantité de nouvelles traitant de la violence et le 
degré de violence qu'elles comportent. Il en ressort 
que l'information diff'usée à la télévision 
canadienne a une coloration plus violente que 
l'information diflusée à la télévision américaine et 
plus violente aussi que dans les journaux 
canadiens. Toutefois, les nouvelles à la télévision 
américaine semblent plus axées sur la mort, tandis 
qu'à la télévision canadienne, elles mettent 
davantage l'accent sur les crimes non violents 
contre la propriété. 

Les scénarios types, ainsi qu'une échelle d'éva- 



15 



luation du degré de violence dans les nouvelles ont 
été approuvés de façon indépendante par un jury 
formé de citoyens. 

6. Analyse du contenu de l'information diffusée à la 
radio 

Donald R. Gordon et Lynn Ibson. Conseillers en 
Communications. 

Un total de 1,482 nouvelles diffusées par sept 
postes ontariens et deux postes américains ont été 
examinées et classées de la même manière que les 
nouvelles diffusées par les journaux et la télévi- 
sion. Un échantillonnage provenant de trois 
stations de London, en Ontario, a également fait 
l'objet d'une étude distincte. 

La présente étude révèle que dans presque 60 
pour cent des cas, les nouvelles étaient reliées à la 
violence et aux conflits. Par comparaison avec les 
journaux et la télévision, où l'on avait noté de la 
violence dans 40 pour cent des cas, l'écart paraît 
important. Les nouvelles sportives à la radio ne 
comportent aucune violence. Les postes améri- 
cains mettent davantage l'accent sur les meurtres 
et la violence physique, tandis que les postes 
canadiens mentionnent plus souvent les conflits et 
les dommages à la propriété. L'échantillonnage 
portant sur les trois postes de London fait 
nettement ressortir la différence qui existe entre 
chacun d'eux dans la façon de traiter de la 
violence. 

7. Contrôle dans le divertissement diffusé par les 
média au Canada, aux Etats-Unis et en Grande- 
Bretagne: Historique 

Garth Jowett, Penny Reath et Monica Schouten, 
Université de Windsor. 

Cette étude historique passe en revue les 
différentes tentatives faites dans trois pays anglo- 
phones, au cours des quatre derniers siècles, dans 
le but d'exercer un contrôle sur le contenu du 
divertissement public. Ces travaux révèlent que les 
média de divertissement font toujours l'objet 
d'une certaine méfiance lors de leur apparition 
parce qu'on a tendance à les considérer comme 
une menace aux intérêts ou à l'autorité établis. Il 
est cependant difficile d'exercer un contrôle sur 
eux du fait qu'ils sont généralement absents du 



cadre légal. Le premier facteur de conflit entre le 
gouvernement et un média apparaît généralement 
lorsque le média accepte de se doter d'un 
organisme interne de contrôle, ceci étant généra- 
lement perçu comme un moyen de se dérober au 
contrôle du gouvernement. 

Cependant, lorsque les média doivent faire face 
à des pressions économiques plus grandes, ils se 
tournent vers un contenu dont l'impact est d'ordre 
émotionnel: le sexe et la violence. C'est ce qui fait 
que le public considère les média comme 
incapables d'exercer leur propre contrôle. C'est là 
tout le problème du conflit entre le droit du public 
et des média de divertissement à la "liberté 
d'expression" et le droit établi ou l'obligation pour 
un gouvernement de protéger ses citoyens contre 
un contenu éventuellement néfaste ou antisocial. 

8. La violence dans la littérature destinée aux 
enfants et aux adolescents 

Claire England, Université de Toronto. 

Depuis toujours et aujourd'hui encore, la violence 
va de pair avec la littérature destinée aux jeunes. 
Les poésies enfantines et les contes de fées basés 
sur l'histoire sociale, du seizième au dix-neuvième 
siècle, contiennent de nombreuses références à la 
mort, à la mutilation et à la cruauté en général. 

Certains prétendent que ce genre de violence 
favorise le développement psychologique de 
l'enfant. La justice rudimentaire ou les horribles 
menaces que l'on trouve dans les contes de fées 
sont susceptibles de séduire les enfants qui n'ont 
pas encore assimilé le concept des circonstances 
atténuantes. Le "nouveau roman réaliste" destiné 
aux enfants plus âgés traite des problèmes 
contemporains et contient des thèmes qui étaient 
auparavant réservés à la littérature pour adultes. 
Les livres de fiction écrits pour les garçons portent 
souvent sur le passage à l'état adulte et s'accompa- 
gnent fréquemment de violence. 

Le débat sur le déclin des habitudes de lecture 
n'est toujours pas clos. Chez les enfants, toutefois, 
il semble qu'un transfert soit en train de se 
produire, car s'ils délaissent les "classiques", ils 
lisent par contre des romans d'aventure, des livres 
de bandes dessinées et des romans pour adultes. 
Le transfert le plus significatif, cependant, est le 
passage de la lecture à la télévision. La concur- 



16 



rence qui existe entre les livres et la télévision peut 
avoir des effets positifs aussi bien que négatifs. 
Ainsi, les enfants pourraient lire des livres que la 
télévision leur fait connaître, qu'il s'agisse de 
longues chroniques télévisées ou de matériel 
original. Mais certains auteurs pourraient 
également se laisser aller à exploiter indûment la 
violence pour satisfaire des lecteurs conditionnés 
par la télévision. 

9. Ces mots qu'il faudrait taire: La violence dans la 
littérature contemporaine 

Robert Fulford, Saturday Night. 

La violence n'est pas réservée à la seule littérature 
qui s'adresse à la masse; on en trouve également 
dans la littérature dite sérieuse. Ceci est une 
conséquence directe de deux épisodes violents de 
notre histoire, qui ont eu une importance consi- 
dérable et dans l'ombre desquels nous vivons 
encore: l'extermination raciale massive pratiquée 
dans les camps sous Hitler, et la bombe d'Hiros- 
hima. Ces événements ont été l'occasion d'une 
accablante prise de conscience en ce qui concerne 
la violence dans notre culture. 

L'auteur de l'étude étaye sa thèse avec les 
oeuvres de Jerzy Kosinski, Elie Wiesel, William 
Burroughs, Hubert Selby Jr., et Norman Mailer. 

Les auteurs qui diffusent la violence sont dans le 
courant culturel contemporain. Les lecteurs, eux, 
sont prêts à accepter ce genre de message, à cause 
de la transformation qui s'est opérée au vingtième 
siècle dans l'opinion des hommes, et qui a modifié 
radicalement l'idée qu'ils entretenaient sur 
l'aptitude à la violence chez l'humain. 

10. La violence dans les périodiques 

Earle Beattie, Université York. 

Les périodiques, en tant que média et véhicules de 
culture populaire, reflètent le mercantilisme de la 
démocratie libérale. Par le contenu, le style, et les 
techniques graphiques qui les caractérisent, les 
périodiques se situent "au centre", par rapport aux 
journaux qui sont "au premier plan" et aux livres 
qui sont "à l'arrière-plan". Une tendance s'est 
manifestée dans les périodiques, celle de la spécia- 
hsation qui attire des lecteurs dont les caractéris- 
tiques démographiques bien précises, (âge, revenu 



et sexe) sont du plus haut intérêt pour les annon- 
ceurs. 

Cette étude analyse une série d'extraits puisés 
dans des magazines, et les classe en fonction de 12 
critères de violence. Celle-ci, en effet, peut 
emprunter des formes très diverses, depuis la 
connivence jusqu'à la violence statique, institu- 
tionnelle. Dans cette optique, Reader 's Digest, 
Time ainsi que certaines revues policières 
"officielles" sont jugées passablement violentes. 
Deux pages couvertures de Maclean's font 
également l'objet de critiques en ce sens. 

Un grand nombre de magazines féminins sont 
jugés violents parce qu'ils font étalage de violence 
sociale, par les stéréotypes et la dépersonnalisa- 
tion, entre autres. Les magazines masculins vont 
de ceux qui dépersonnalisent et stéréotypent à 
ceux qui exploitent la violence sexuelle ou la 
violence comme stimulant sexuel. Les revues 
policières sont jugées ultra- violentes et axées sur la 
torture, les attaques à coups de couteaux et 
d'objets divers, le cannibalisme et sur d'autres 
crimes brutaux et sadiques. 

n. La violence dans la musique populaire 

Peter Goddard, The Toronto Star 

La violence revêt divers aspects dans la musique 
contemporaine. Elle peut même être utihsée 
comme moyen d'expression. Ainsi par exemple, ce 
que l'on appelle le "punk rock" (rock sale, 
répugnant) constitue une caricature de la brutalité 
évidente de la société. La violence peut également 
servir à choquer et à agacer le spectateur ou 
l'auditeur; ou encore, à faire vendre des disques, 
par le biais d'illustrations sur les pochettes. De 
même, un groupe musical peut utiliser la violence 
pour amener l'auditoire à se conformer à ses 
désirs. 

A cause du caractère commercial de la musique, 
la violence peut être un sous-produit de l'exploi- 
tation du musicien par ce système, et de l'auditoire 
par le promoteur, lors de concerts de musique 
rock. 



17 



12. Conséquences de la violence à la télévision: 
Problèmes et preuve 

Richard Goranson, Université York 

Cette étude résume les principaux ouvrages 
portant sur la violence et l'agressivité dans les 
média. Ses conclusions apportent des réponses 
aux questions les plus importantes et les plus 
courantes sur la violence dans les média: les 
enfants deviennent agressifs en voyant de la 
violence à la télévision; les scènes de violence à la 
télévision peuvent déclencher des agressions et des 
réactions émotionnelles; exceptionnellement, 
l'agressivité peut être partiellement neutralisée par 
la vue des conséquences qu'entraîne la violence; 
les gens qui ont l'habitude de regarder la télévision 
pendant de longues heures perçoivent souvent le 
monde qui les entoure de façon non réaliste et 
avec méfiance et crainte. 

Cette étude replace la théorie de la violence 
considérée comme soupape de sûreté dans une 
perspective plus juste, celle d'un mythe tenace et 
pernicieux. Elle indique également que les parents 
peuvent atténuer l'impact de la violence à la 
télévision sur les enfants, et qu'environ 10 pour 
cent de la violence dans la société peuvent être 
attribués à la violence dans les média. 

13. Télévision et comportement pro-social 

J. Philippe Rushton, Université de Toronto. 

La présente étude est le pendant de la précéden- 
te.Les conclusions qu'elle tire, après avoir passé en 
revue les recherches faites antérieurement sur les 
effets pro-sociaux de la télévision, confirment que 
la télévision peut influencer le comportement des 
enfants dans un sens positif et pro-social. Ainsi, 
des émissions de télévision qui ne sont pas 
spécifiquement didactiques peuvent, par exemple, 
se révéler une précieuse source d'information, 
apprendre aux enfants à se comporter avec moins 
d'agressivité, à ne pas tricher, ou à dominer des 
craintes injustifiées. Les parents peuvent choisir ce 
qu'ils veulent que la télévision apporte à leurs 
enfants: ce que ceux-ci apprennent dépend des 
émissions qu'ils regardent. 



14. La violence dans les média: un modèle à imiter 

Paul Stanley et Brian Riera, A.R.A. Consultants 
Ltd 

Cette étude à pour but de déterminer les éléments 
qui permettent de croire que les gens apprerment 
la violence par les média et cherchent à l'imiter. 

Ses conclusions indiquent que des jeunes 
peuvent ainsi apprendre à jouer des rôles violents 
ou à faire l'expérience de techniques de violence 
sans intention malicieuse ou criminelle. Pour 
certains individus qui appartiennent à des sub-cul- 
tures, au sein de la société, où la violence est 
acceptable, la télévision est un moyen d'acquérir 
des techniques nouvelles, comme c'est le cas pour 
certains criminels. D'autres, qui ont une nature 
impressionnable, peuvent assister à des scènes de 
violence ou en lire des comptes-rendus 
s'accordant avec leurs propres fantasmes, ou 
susceptibles de leur suggérer un moyen d'attirer 
l'attention sur leurs besoins ou d'exprimer soit leur 
colère, soit leur hostilité. L'étude cite et analyse un 
certain nombre de cas où les procédés employés 
ont pu être tirés d'un film, d'une émission de 
télévision ou d'un article de journal. 

L'étude signale également qu'il existe une très 
forte probabilité pour que des scènes violentes 
diff"usées par un média soient imitées lorsqu'une 
arme particuUère est utilisée, lorsque les victimes 
sont facilement identifiables dans la réahté 
(membres de groupes ethniques ou raciaux, etc.) et 
lorsque le lieu des scènes de violence est bien 
défini et facilement identifiable. 

15. Le sport à la télévision et les jeunes 

Ann McCabe et Dick Moriarty, Université de 
Windsor. 

Cette étude, en partie théorique et en partie 
pratique, cherchait à déterminer les eflTets anti- 
sociaux et pro-sociaux des média sur le compor- 
tement de 259 enfants, tous membres d'équipes de 
baseball, de crosse et de hockey. On a fait voir aux 
enfants des extraits de matches et l'on a observé 
leur comportement après 24 heures et pendant la 
semaine qui a suivi. 

Les résultats révèlent que les émissions de 
nature pro-sociale ont engendré un comportement 
nettement plus pro-social qui s'est manifesté par 



18 



une agressivité symbolique, et non pas physique 
ou verbale. On n'a pu noter aucun rapport 
significatif entre différents degrés d'agressivité et 
le contact expérimental avec les média, non plus 
qu'une modification dans la perception de la 
violence par suite de ce même contact. 

Les données recueillies au moyen d'un 
questionnaire démontrent que, par comparaison 
avec ceux qui jouent au baseball, les enfants qui 
jouent à la crosse et au hockey regardent des 
émissions portant sur les sports où il entre une 
plus grande part d'agressivité. Ces mêmes enfants 
sont également plus portés que les autres à afficher 
des attitudes qui se retrouvent dans le sport 
professionnel, par opposition au sport amateur. 

L'étude note également une importante 
augmentation d'émissions portant sur les sports 
d'agressivité depuis 15 ans. 

16. Les média face aux conflicts collectifs et à la 
violence 

Robert Jackson, Michael Kelly et Thomas Mitchell, 
Université Carleton. 

Cette étude porte sur une analyse quantitative de 
données internationales, l'incidence de la violence 
dans la politique en Ontario et au Québec, le 
traitement par la presse des incidents entraînant 
des conflits collectifs et de la violence, et l'examen 
de sept cas. 

L'analyse de données recueillies à l'échelle 
nationale dans 1 8 pays ne dénote aucun rapport 
significatif entre, d'une part, la disponibilité des 
média, et d'autre part, l'intensité des conflits 
collectifs et de la violence. L'examen des données 
recueillies en Ontario et au Québec au cours des 
dernières années met en évidence la fréquence de 
la violence dans la politique, mais sous des formes 
sensiblement différentes d'une province à l'autre. 
La violence en politique a occupé une place de 
choix dans les journaux tels que The Globe and 
Mail, mais on n'a pu établir de relation entre 
l'importance des incidents et la façon dont ils ont 
été rapportés. 

En Ontario, l'envahissement par les média 
américains a été jugé assez sérieux pour qu'on y 
voie une des causes des conflits collectifs et de la 
violence dans cette province. Les média eux- 
mêmes peuvent influencer directement le cours 



d'événements violents à teneur politique et de 
conflits collectifs en ce sens que les reportages 
qu'ils en font ont tendance à se concentrer sur la 
violence elle-même plutôt que sur les problèmes 
sous-jacents. L'analyse souligne certains 
problèmes qui surviennent fréquemment dans les 
relations police - média dans les cas de violence 
politique et de conflits collectifs. 

17. Média d'information et perception de la 
violence 

Anthony Doob et Glenn Macdonald, Université de 
Toronto. 

Cette étude a examiné, par des recherches en 
laboratoire et par une enquête concernant les 
habitudes des téléspectateurs, les eflTets des média 
sur la perception qu'ont les gens de la violence 
dans le monde qui les entoure. 

Les travaux en laboratoire révèlent que les 
personnnes consultées ont tendance à exagérer 
l'incidence des crimes violents, les dangers que 
présentent les endroits publics, l'incidence des 
attaques perpétrées par des inconnus, et 
l'indifférence de leurs concitoyens. Ces travaux 
ont aussi démontré que lorsque l'on donne une 
information de base, dans le cadre de certains 
événements, c'est-à-dire, lorsque, par exemple, on 
affirme que des incidents comme celui qui fait 
l'objet du reportage sont extrêmement rares, on 
remarque des changements radicaux de la part du 
sujet dans sa perception de la violence. Une série 
d'articles publiés par le Toronto Star, et destinés à 
fournir aux lecteurs une information de base, 
n'ont toutefois pas obtenu ce genre de résultats, 
comme le démontre la présente étude. Ceci est 
probablement dû au fait que les articles en 
question consacraient la même importance au 
rappel d'événements dramatiques, et parfois 
violents, qu'à l'élaboration d'une véritable infor- 
mation de base. 

L'enquête menée auprès de personnes 
provenant de quatre quartiers diff'érents de 
Toronto, indique qu'elles ont toutes tendance à 
exagérer l'incidence de la violence et des dangers 
associés aux endroits publics. Cependant, elle 
indique également qu'une perception déformée de 
la violence ne peut être attribuée uniquement à un 
trop grand nombre d'heures d'écoute consacrées à 



19 



la télévision; il faut plutôt l'attribuer à un 
ensemble très complexe de facteurs socio-écono- 
miques, géographiques et culturels qui se ratta- 
chent à la fois à la perception de la violence et aux 
habitudes des téléspectateurs. Comparées aux 
personnes qui vivent dans des quartiers où le taux 
de criminalité est faible, les personnes qui vivent 
dans des quartiers où ce taux est élevé ont 
tendance à regarder la télévision plus souvent et à 
considérer plus souvent la violence comme une 
éventualité. 

18. Effets de la télévision sur la jeunesse: Une 
approche développementale 

Gregory Fouîs, Université de Calgary. 

Cette étude utilise une approche développe- 
mentale pour analyser les effets découlant des 
caractéristiques des média, des caractéristiques de 
la famille, des attitudes et du comportement des 
parents, des caractéristiques des enfants, des 
raisons pour lesquelles ils regardent la télévision, 
ainsi que des émissions préférées des enfants sur: 

(a) leurs perception et déformation de la réalité, 

(b) leurs attitudes et penchant à l'agressivité, (c) 
leur vulnérabilité face à un contenu violent et (d) 
leur aptitude à tyranniser et à rationnahser. 

Il en ressort que les conséquences qu'entraînent 
les scènes de violence à la télévision sont extrê- 
mement complexes. On a réussi à mettre en 
évidence une série de variables significatives, en 
examinant un ensemble d'effets découlant des 
média, tels que déformation de la réalité, 
désensibilisation, agressivité, etc., qui peuvent, à 
leur tour, se diviser en sous-ensembles d'effets plus 
spécifiques. Les enfants extrovertis, par exemple, 
semblent croire à la vengeance physique et en 
certains stéréotypes, celui, entre autres, de la vie 
excitante du criminel. Ces enfants sont également 
plus vulnérables que d'autres à certaines formes 
subtiles de violence, telles que la violence psycho- 
logique. Les enfants qui éprouvent du plaisir à 
regarder des émissions de télévision portant sur 
des activités criminelles et sur la violence physique 
sont le plus souvent des introvertis. On a pu 
étabhr que les enfants qui croient en des stéréo- 
types de criminels réussissent moins bien en classe 
et ont une attitude agressive à l'égard des crimi- 
nels; ils sont, par exemple, en faveur de la peine de 



mort. Les enfants habitant des maisons où il existe 
plus d'un appareil de télévision valorisent 
davantage le crime et perçoivent les véritables 
criminels et ceux des émissions de télévision de 
façon plus positive. Les enfants que leurs parents 
encouragent à regarder la télévision réagissent 
avec agressivité dans la vie de tous les jours. 

L'étude révèle de plus, qu'un certain nombre 
d'effets posés comme postulats avaient des 
rapports entre eux. Par exemple, que les enfants 
insensibles devant la violence ont une attitude 
agresssive à l'égard des criminels et s'intéressent 
aux armes à feu. L'étude révèle en outre que la 
télévision influence les enfants d'une multitude de 
façons, tant positives que négatives. L'inventaire 
de ces variables est susceptible de fournir une 
information précieuse pour les parents, les éduca- 
teurs et les gens de l'industrie des communica- 
tions. 

19. Réactions des téléspectateurs face à une 
sélection d'émissions 

Eugène Tate, Université de Saskatchewan. 

Cette étude porte sur une enquête faite auprès de 
téléspectateurs choisis au hasard parmi la 
population adulte de Saskatoon. Chaque personne 
a répondu à une série de questions se rapportant à 
l'une des quatre émissions de télévision présélec- 
tionnées. 

Par les réponses, on a pu constater en général 
que moins les personnes étaient scolarisées, plus 
elles regardaient la télévision et que les personnes 
âgées la regardaient moins que les jeunes. De 
même, plus le niveau socio-économique des télés- 
pectateurs est élevé, moins ceux-ci regardent la 
télévision. Ceux qui se sont révélés les plus aliénés 
socialement, d'après l'échelle d'évaluation utilisée, 
ont tendance à regarder seuls la télévision, 
souvent dans le but, justement, d'oublier leur 
solitude. On n'a toutefois pas pu établir de 
relation entre "l'attitude de retranchement" (plus 
grand nombre de verrous sur les portes, plus 
grande méfiance à l'égard des étrangers) et le 
nombre d'heures passées à regarder la télévision 
en général ou des émissions policières de façon 
régulière. 

Tous les téléspectateurs, aliénés ou non, perce- 
vaient le message des émissions d'une façon qui 



20 



confirmait leurs opinions respectives. Tous 
semblaient également percevoir moins de violence 
que n'en relèvent les analyses de contenu objec- 
tives. Les téléspectateurs qui regardent réguliè- 
rement les émissions policières regardent 
également les émissions d'aventure, d'action, de 
sport, de théâtre familial pour adultes. Ils jugent la 
télévision passionnante. Ceux qui regardent les 
téléromans régulièrement les considèrent comme 
une détente et un bon moyen de passer le temps. 
Ceux qui regardent régulièrement les émissions 
pour adultes invoquent les mêmes raisons et 
ajoutent que la télévision est pour eux une 
habitude. Ces deux derniers groupes de téléspecta- 
teurs conçoivent la télévision comme une bonne 
gardienne d'enfants. 

Le plus souvent, les téléspectateurs ont répondu 
qu'ils regardaient la télévision pour "savoir ce qui 
se passe dans le monde"; ceci explique qu'un 
grand nombre de personnes interrogées aiment 
regarder les émissions d'information. Lorsqu'on 
demande à ces personnes de citer les villes 
d'Amérique du Nord où il y a le plus de violence, 
on remarque que leurs réponses sont liées de façon 
étonnante à ce qu'elles voient dans les nouvelles. 

20. La télévision et la famille, comme agents de 
socialisation 

F.B. Rainsbeny, Ontario Institute for Studies in 
Education 

Cette étude décrit la télévision et la famille comme 
des forces déterminantes dans l'évolution créatrice 
de l'enfant, la famille apparaissant comme le 
facteur le plus important concernant l'usage de la 
télévision par l'enfant. A cet égard, l'attitude des 
parents peut apparaître soit comme la 
confirmation, soit comme le désaveu de certaines 
valeurs sociales. 

Afin de favoriser une utilisation plus positive de 
la télévision, il est indispensable que les produc- 
teurs se familiarisent avec le processus de 
l'apprentissage chez l'enfant et que des améliora- 
tions soient apportées au niveau des scénarios et 
des genres d'émissions destinées aux enfants. 
Idéalement, parents, éducateurs, producteurs et 
tous ceux qui ont pour responsabilité la croissance 
et le développement des enfants devraient 



coopérer afin d'off'rir aux jeunes une télévision 
dont ils pourront tirer le maximum de profit. 

2L Violence, média et handicapés mentaux 

John Renner, A.R.A. Consultants Ltd. 

Cette étude compare les effets des média sur des 
personnes normales et sur des personnes affectées 
de troubles mentaux mais qui ne vivent pas dans 
des établissements spécialisés. 11 en ressort qu'un 
grand nombre de réactions négatives associées aux 
média, telles que l'agressivité, l'angoisse, 
l'asservissement, l'accoutumance à l'agressivité et 
l'appréhension face au monde extérieur sont 
rehées à un très grand usage de la télévision. Ces 
symptômes se sont manifestés autant chez les 
personnes normales que chez les personnes menta- 
lement handicapées. 

Il peut arriver que chez des personnes menta- 
lement handicapées, ces réactions, associées à des 
scènes de violence à la télévision, soient plus 
intenses que chez des personnes normales; ces 
dilTérences, toutefois, découlent vraisembla- 
blement de la symptomatologie des troubles 
mentaux plutôt que de l'usage de la télévision ou 
du choix des émissions. 

22. Violence dans les média: réactions des 
handicapés mentaux vivant dans des établissements 
spécialisés 

John Renner, A.R.A. Consultants Ltd. 

Par comparaison avec la précédente étude qui 
porte sur les personnes ne vivant pas dans des 
établissements spécialisés, l'étude présente indique 
qu'il existe peu de rapports entre les habitudes des 
téléspectateurs et les réactions prévues, face à la 
violence à la télévision parmi les handicapés 
mentaux vivant dans des établissements spécia- 
lisés. Ceci signifie qu'il existe une grande 
diflTérence entre ce qui incite un handicapé mental 
vivant dans une institution à regarder la télévision 
ainsi que le contexte social dans lequel il la 
regarde, et la motivation et le contexte social des 
personnes ne vivant pas dans des établissements 
spécialisés: dans les institutions, par exemple, les 
heures consacrées à la télévision sont fixes et 
davantage contrôlées. 

Les diflTérences d'attitudes et de comportements 



21 



entre les groupes de personnes habitant et 
n'habitant pas dans des institutions semblent 
beaucoup plus reliées à leurs caractéristiques 
intrinsèques qu'aux différences qui existent dans 
l'usage qu'elles font de la télévision et dans leurs 
préférences. 

Cette étude, ainsi que la précédente, visent à 
définir des populations présentant des risques, en 
rapport avec la violence à la télévision. Leur 
conclusion, à toutes deux, rejoint celle de Richard 
Goranson dans une étude antérieure: il est impos- 
sible d'affirmer avec certitude que seuls certains 
individus sont influencés par la violence à la 
télévision. Tout le monde peut appartenir à une 
population qui présente des risques. 

23. Raisons économiques de la violence à la 
télévision et au cinéma et conséquences des 
Technologies Nouvelles 

Hugh Edmunds et John Strick, Université de 
Windsor. 

Cette étude met en évidence le fait que le marché 
canadien tend à être inondé par les émissions et 
les films produits aux Etats-Unis. Les principaux 
facteurs de cette situation sont les similitudes de 
goûts entre les auditoires des deux pays, la nature 
de ces industries qui est propice à l'oligopole, un 
marché canadien de dimension limitée et des 
économies dont l'échelle est à l'avantage des 
producteurs américains, non des producteurs 
canadiens. 

Environ 91 pour cent de tous les droits cinéma- 
tographiques payés au Canada vont à des films 
américains. Les émissions américaines de télévi- 
sion, qui coûtent moins cher aux radiodiffuseurs 
canadiens que les productions canadiennes, ont 
généralement une meilleure cote d'écoute et, de ce 
fait, rapportent plus d'argent par la publicité. Tous 
ces facteurs combinés font que les émissions 
américaines sont de loin plus intéressantes 
financièrement. 

En ce qui regarde les films de violence, il ne 
semble pas y avoir de relation d'ordre économique 
entre les coûts de production et les recettes. 
Comparés à d'autres genres de films, cependant, 
les films de violence sont plus faciles à produire et 
sont une source de revenus plus sûre pour les 
investisseurs. 



Quant aux émissions de télévision qui 
comportent des scènes de violence, si elles coûtent 
cher à produire, elles sont, par contre, les plus 
faciles à financer. Les comédies de situation sont 
encore plus coûteuses et plus difficiles à produire, 
ceci étant dû, en partie, à une pénurie d'auteurs et 
de comédiens spécialisés dans ce genre. Une 
analyse portant sur la demande, dans le domaine 
des émissions, révèle que certaines comédies ayant 
connu un grand succès peuvent être plus 
populaires que des émissions de détectives ou 
d'aventures. 

On prévoit que dans l'avenir, l'amélioration des 
techniques de distribution, combinée avec l'intro- 
duction de la télévision payante, permettra jusqu'à 
un certain point un plus grand choix d'émissions 
qu'à l'heure actuelle, mais entraînera en même 
temps la prolifération d'émissions du même type. 

24. Les mass média de demain 

Gordon Thompson, conseiller en communications. 

Cette étude traite des développements et des 
innovations dans le domaine de la communication 
des masses. Elle décrit toute une série de systèmes, 
depuis ceux qui comportent des avantages écono- 
miques concentrés jusqu'à ceux qui comportent 
des avantages sociaux distribués dans toute la 
société. 

Les systèmes qui présentent des avantages 
économiques concentrés seront vraisembla- 
blement développés les premiers, à cause de 
l'intérêt qu'ils présentent du point de vue commer- 
cial. 

Pour l'un d'entre eux, la télévision payante, la 
télévision conventionnelle et des ordinateurs 
servant aux transferts de fonds seront rassemblés 
en un inquiétant système de commerciahsation 
globale. Une version plus positive de télévision 
payante permettra à l'usager de puiser dans une 
vidéothèque; une innovation de ce genre réduira 
la dépendance du téléspectateur vis-à-vis de la 
télévision conventionnelle et permettra d'étabhr 
des programmes sur mesure. D'autres développe- 
ments importants pourraient survenir avec la 
possibilité de créer un média de communication 
fonctionnant avec des terminaux intelligents et 
interactifs et une utilisation plus large et plus 
Imaginative de la télévision communautaire. 



22 



25. Solutions de rechange pour la télévision 
canadienne 

Stuart Grijfiths, conseiller en communication. 

Cette étude propose la restructuration du régime 
actuel de télévision au Canada qui, sous une foule 
d'aspects, s'est révélé impuissant à fournir à la 
communauté canadienne un service adéquat. 

Le nouveau système de radiodiffusion regrou- 
perait trois organismes: un premier, de propriété 
publique, serait chargé de programmer le service; 
un deuxième, de propriété publique et privée à la 
fois, veillerait à fournir l'équipement technique 
nécessaire pour produire les émissions et 
assurerait un service national de diffusion par 
câble dans tout le pays; un troisième serait 
constitué par un ensemble de spéciahstes indépen- 
dants auxquels serait confiée la production des 
émissions pour le système en question. 

L'installation du câble relèverait également de 
ce nouveau régime, c'est-à-dire, la pose et le 
fonctionnement des branchements dans tous les 
foyers canadiens. Douze canaux pourraient ainsi 
être créés et diffuser leurs émissions en français et 
en anglais par le truchement de ces branchements. 
Les canaux seraient programmés verticalement, de 
façon à offrir des canaux spécialisés dans des 
émissions de nouvelles et d'afTaires publiques, ou 
de divertissement et d'émissions enfantines, par 
exemple. 

Un système de ce genre serait financé à la fois 
par les recettes provenant de la publicité pour la 
pose du câble et par les subventions gouvernemen- 
tales. Une part de ces recettes pourrait servir à 
mettre sur pied une section dynamique de 
création, composée de pigistes, et chargée de 
produire pour ce nouveau régime des émissions 
canadiennes de niveau international, et de faire 
l'acquisition de matériel produit à l'étranger. 

26. Analyse de certains aspects de la diffusion des 
nouvelles et des sources d'influence en Ontario 

Andrew M. Osier, Université de Windsor. 

Cette étude passe en revue les divers éléments qui 
constituent le réseau d'information en Ontario, le 
genre d'information qui y circule ainsi que les 
importantes influences qui s'y font sentir. 
La Presse canadienne est le pivot du réseau 



d'information en Ontario. Elle est, en fait, le seul 
lien véritable entre les différents média de la 
province. La Presse canadienne accorde à Toronto 
une importance extraordinaire, voire exagérée, 
comme source de nouvelles. L'étude révèle, toute- 
fois, que les journaux et la télévision réservent une 
très large place aux nouvelles d'ordre local et que 
la place consacrée dans les journaux à l'infor- 
mation transmise par télétype est relativement 
faible, comparée au volume d'information qui 
parvient aux services de presse. 

L'étude révèle également les similitudes qui 
existent entre les média au niveau des thèmes, ce 
qui crée une impression de monotonie et de répéti- 
tion. La violence apparaît comme un élément très 
important de l'information, non seulement dans 
les articles relatant des événements violents, mais 
aussi dans ceux où la violence passe au second 
plan. Il est à remarquer que plus une nouvelle 
vient de loin, moins on en parle dans les différents 
média; par contre, plus une nouvelle est violente, 
plus elle est susceptible d'être publiée, même si elle 
vient de loin. 

27. Étude descriptive des réactions et attitudes des 
journalistes en Ontario 

Andrew M. Osier, Université de Windsor. 

Cette étude, basée sur des entrevues, révèle que les 
journalistes et rédacteurs ont des nouvelles une 
perception éminemment centrée sur l'événement 
qu'ils analysent en termes de conflit et de crise, de 
non-conformité au schéma social, et pour leur 
caractère de soudaineté par rapport au lieu et au 
temps. Ceux qui font de l'information ont 
tendance à se situer hors des événements qu'ils 
couvrent et à devenir insensibles à la violence. On 
note également chez eux une très grande méfiance 
à l'égard du gouvernement, particulièrement en ce 
qui concerne ses intentions à l'égard de la presse. 

Il ressort clairement de cette étude que les 
journalistes doivent exiger une sanction 
quelconque pour l'exercice de la profession et 
qu'ils doivent veiller à transmettre une infor- 
mation axée davantage sur le sens profond de 
l'événement plutôt que sur son aspect sensa- 
tionnel. 



23 



28. Juridiction constitutionnelle ayant rapport avec 
la violence dans l'industrie des média 

Peter Hogg, Osgoode Hall Law School. Université 
York 

Cette étude se penche sur l'actuel partage des 
pouvoirs en ce qui concerne la législation existante 
sur la violence dans les média. D'une manière 
générale, tout ce qui touche à l'industrie elle- 
même et au contenu, en matière de radiodiffusion, 
relève exclusivement de l'autorité fédérale. Tout 
ce qui ne concerne pas le contenu des films, livres, 
magazines, bandes dessinées, journaux, disques, 
théâtre et concerts est normalement de juridiction 
provinciale. 

La réglementation du contenu des média autres 
que la radio et la télévision pourrait aussi bien 
relever du fédéral que du provincial, tout 
dépendant de leur forme. Le partage des juridic- 
tions en cette matière n'étant pas clairement 
définie, les tribunaux pourraient éventuellement 
être appelés à trancher certaines questions. La 
juridiction fédérale en ce qui concerne les médias 
modernes n'est pas clairement définie par le conte- 
naire Acte de l'Amérique du Nord britannique, et 
peut être influencée par des décisions de justice. A 
cela s'ajoute également l'importante théorie selon 
laquelle le droit de légiférer sur la liberté 
d'expression ne se limite pas aux média mais 
revient dans tous les cas au fédéral, quel que soit 
le véhicule d'expression. Les gouvernements 
fédéral et provinciaux, dans le cadre de leur 
juridiction respective, ont un champ de législation 
très vaste. 



Résumé de l'étude 

Comment concilier ces divers éléments? L'étude 
faite par la Commission étant la première du 
genre, comment faire pour que le tout s'imbrique 
convenablement? Quelles sont les conclusions qui 
en ressortent? Associées à d'autres faits évidents, 
dans quel sens orientent-elles notre ligne de 
pensée sur le sujet? 

Le contenu 

Les analyses de contenu exécutées pour la 
Commission nous renseignent sur la place que 
tient la violence dans les différents médias. Ces 
études confirment que la violence prédomine de 
façon habituelle dans les émissions de divertis- 
sement à la télévision, dans les films, les nouvelles, 
la littérature contemporaine, les livres pour 
enfants, les magazines et même dans certaines 
formes de musique populaire. 

Ces analyses vont bien au-delà de ce qui, pour 
certains, est une confirmation de l'évidence. 
Néanmoins, il apparaît essentiel de faire le point 
sur la violence dans les média, en dépit d'une 
rhétorique inspirée par l'intérêt personnel, et dans 
laquelle les discussions se sont noyées dès le 
commencement du débat. La violence est un 
phénomène présent dans tous les média. Il est 
étendu, pénétrant, évident et sujet à se répéter. 
Toute exposition aux média comporte une forte 
probabilité d'exposition à la violence. La violence 
est le principal ingrédient des produits fabriqués 
par les média, y compris les nouvelles. 

Le fait que les média soient une source très 
riche d'effets en puissance est largement confirmé 
par l'analyse du contenu. On présente au public 
des modèles de rôles; des normes de violence; des 
règlements de conflits et des formes de socialisa- 
tion; des images reflétant ce qui se passe dans le 
monde; des événements qui pourraient se 
produire et comment ils pourraient se produire, de 
même que des expériences émotionnelles suscep- 
tibles de provoquer du stress ou de lésensibiliser. 

Les sources auxquelles nos média puisent la 
violence qu'ils nous servent sont aussi très bien 
documentées. La violence dans les média de diver- 
tissement est en très grande partie, sinon exclusi- 
vement, un phénomène d'importation. Compte 



24 



tenu des catégories d'émissions et des propriétés 
du contenu, c'est la télévision américaine qui 
présente le plus de violence. Cela confirme 
l'impression générale, mais ce que nous ne savions 
pas c'est que les stations commerciales 
canadiennes en sont de bien plus grands diffuseurs 
que les principaux réseaux américains eux-mêmes. 

Les Canadiens, ailleurs qu'au Québec, 
regardent surtout les émissions américaines. 
D'autre part, les émissions canadiennes, en langue 
anglaise, ont un moins grand public et comportent 
moins de violence. Au Québec, les émissions de 
divertissement, produites localement, sont en 
grande partie exemptes de violence bien qu'elles 
aient la plus forte cote d'écoute. 

De la même manière, la violence dans les films 
est un phénomène indiscutablement américain. 
Non seulement nous importons directement la 
violence dans les films, mais, en plus, ce sont les 
styles et les thèmes des films américains qui prédo- 
minent dans ce média et qui imprègnent même 
nos propres longs métrages. 

La violence dans les nouvelles est aussi un 
phénomène d'importation, de façon peut-être 
moins marquée, mais non moins significative. Les 
valeurs et les conventions qui président au choix 
des nouvelles sont définies de manière à mettre 
l'accent sur les nouvelles à caractère violent. Ceci 
est particulièrement évident lorsque les média 
visuels sont en cause. Grâce à cette politique 
navrante, une nouvelle venant de l'étranger est 
beaucoup plus susceptible d'être choisie si elle est 
teintée de violence que si elle ne l'est pas. Ce qui 
fait qu'on introduit beaucoup plus de terrorisme, 
de désastres, de crimes bizarres dans nos maisons, 
que tout autre information sur le monde en 
général. 

L'analyse du contenu s'est-elle révélée un outil 
d'évaluation efficace, capable de renseigner aussi 
bien sur la performance pro-sociale qu'anti-sociale 
des média? En partie, la réponse est un oui reten- 
tissant. Mais le contenu d'un média est complexe, 
ni clair ni net, et il en est de même de son action 
sur le public, ainsi qu'on le démontre plus loin. 
Sous certains aspects importants, les effets de 
l'exposition aux média sont largement des phéno- 
mènes individualisés. 

De plus, en regard de certains domaines essen- 
tiels, les outils d'analyse du contenu sont 



inexistants. Ainsi, une analyse de contenu 
complète décrirait en détail de quelle façon le 
contenu d'un média accroche son public, de quelle 
façon il le retient, et tout ce qu'il lui livre pendant 
qu'il regarde, lit ou écoute. Mais, si la documen- 
tation recueillie est incomplète dans les détails, 
elle est claire dans ses grandes lignes. 

Les caractéristiques du contenu des mass média 
reflètent dans une grande mesure les impératifs de 
l'industrie et du commerce. Cela s'applique aux 
nouvelles, aux films et aux magazines, à une 
certaine musique populaire, et aux livres dans une 
moins grande proportion. Mais cela est surtout 
vrai pour la télévision privée (la télévision 
publique, lorsqu'on lui en donne la possibihté, 
parvient à s'en dégager). 

La télévision privée, donc, affiche un intérêt 
outrecuidant pour l'argent, ce qui se traduit par 
une extraordinaire sollicitude à l'égard des gens 
qui sont susceptibles de composer son pubhc. 
Ceci, en toute logique, l'amène ensuite à 
rechercher un contenu qui alimentera cet intérêt 
commercial très sélectif. A la limite du possible, 
l'expérience des téléspectateurs est soigneusement 
dirigée dans toutes ses dimensions: émotionnelle, 
cognitive et temporelle, à des fins commerciales. 

Le téléspectateur, malgré un choix très large, en 
apparence, se trouve en réalité face à un horaire 
d'émissions très structuré et scrupuleusement 
planifié. Par définition, une programmation à 
caractère commercial est celle qui joue sur les 
intérêts des auditeurs en leur laissant le minimum 
de latitude, de façon à ce qu'ils s'exposent aux 
messages des commanditaires de la station ou du 
réseau en question. En retour, ce qui intéresse les 
réseaux commerciaux, c'est le feed-back en termes 
de nombre de téléspectateurs et de cote d'écoute. 
Mais loin de mesurer ce que le pubhc veut, les 
cotes d'écoute sont avant tout la mesure d'un 
succès relatif, en confinant le choix du pubhc aux 
émissions d'une station ou d'un réseau en particu- 
lier. 

La formulation est une arme clé dans l'arsenal 
du contenu commercial. Les émissions policières, 
entre autres, font l'objet de la formulation la plus 
rigoureuse. Elles doivent, par exemple, comporter 
une amorce et quatre actes au cours desquels 
l'action se corse de plus en plus jusqu'à la pause 
commerciale. La structure dramatique est donc 



25 



imaginée en fonction de la réclame. Les 
principaux personnages d'une série sont campés 
avec soin, en tenant compte de détails vestimen- 
taires spécifiques, d'un mode de vie donné, d'un 
certain comportement vis-à-vis d'autres catégories 
de personnes, et aussi de leur fonction drama- 
tique. Chaque épisode doit demeurer fidèle à la 
conception de l'émission. C'est sa raison d'être sur 
le plan dramatique. Toutes ces caractéristiques 
sont renforcées par une généreuse répétition 
d'eff'ets sonores avec la musique, visuels avec le 
travail de la caméra et même dramatiques dans le 
dénouement, où l'on assiste, au dernier acte, à la 
traditionnelle "chasse à l'homme". 

On pourrait penser que le crime de la semaine et 
ceux qui le commettent vont introduire quelque 
élément de nouveauté, mais là encore, cela reste 
superficiel. Ainsi que l'étude le démontre, les 
scénarios du genre policier off'rent, à un point 
extrême, des similitudes qui ont leurs racines 
profondes dans des mythes relatifs aux normes 
sociales. Les émissions à succès comportent des 
éléments dramatiques propres à ce genre, 
savamment entremêlés de métaphores socio-cultu- 
relles liées au sexe et à la violence, thèmes de la 
"vie" et de la "mort", le tout bien agencé dans une 
formule. 

La formulation d'ailleurs se prête admira- 
blement à la standardisation, sous un angle 
commercial. D'épisode en épisode, le public 
s'attend à ce qu'on lui serve un produit qui a pour 
lui une valeur d'expérience, même si les téléspecta- 
teurs ne retirent pas tous la même expérience 
d'une même émission ou d'une même série. Ceci 
constitue vraisemblablement un important facteur 
dans le choix d'un public, en regard des éléments 
à utiliser et des gratifications à lui off'rir. On sait, 
en eff'et, à partir d'expériences en esthétique, que 
ce qui attire, c'est la combinaison du famiher et du 
nouveau. Des études démontrent que les émissions 
policières à la télévision américaine ofi'rent, sur le 
plan esthétique, une complexité rassurante et 
attrayante où entrent ces deux éléments. La 
formule est le fan lier et le nouveau est, dans une 
large mesure, très superficiel. 

La formulation se prête aus , à la production de 
série qui caractérise la télévision privée aux Etats- 
Unis. La conception de l'émission, le style, les 
principaux personnages, constituent un investis- 



sement donné qui doit rapporter un certain 
nombre de fois, mais qui, à la longue, se déprécie. 
On fait l'essai de nouvelles formules avec des 
produits éprouvés commercialement. Il est 
également à noter que les émissions de violence 
sont plus faciles à produire que les comédies de 
situation. Elles sont aussi plus faciles à exporter 
que l'humour, donc plus payantes aussi à long 
terme. 

Mais il ne faut pas croire que seules, les 
émissions dramatiques se prêtent à la formulation. 
Pour ces mêmes raisons d'ordre commercial, le 
cinéma a utilisé des formules pendant des années. 
De films à succès, on fait de nouvelles versions 
afin d'exprimer d'une heureuse formule, tous les 
dollars qu'elle peut rapporter. 

Dans les films et les livres pour enfants et 
adultes, on retrouve exactement les mêmes struc- 
tures sous-jacentes, les mêmes symboles de sexe et 
de violence. 

Dans une très large mesure, les nouvelles sont 
elles aussi présentées selon des formules qui, 
d'après l'étude, se manifestent dans le choix des 
valeurs auxquelles elles s'intéressent, et par les 
styles de présentation. Chaque jour, on réunit à 
notre intention une myriade d'événements 
typiques en un petit ensemble de recettes à base 
d'information. 

La formule nous apporte l'élément familier et la 
variété peut même devenir superficielle. Des gens 
qui devraient, pour nous, Ontariens ou Canadiens, 
être sans importance, comme Patty Hearst et Gary 
Gilmore, en viennent à tenir la première place 
dans nos média d'information. 

Un facteur très important de l'esthétique 
contemporaine dans les émissions dramatiques de 
télévision en Amérique du Nord, surtout dans la 
catégorie des émissions policières, est son 
apparent réaUsme. En eff'et, les émissions 
policières américaines arrivent si bien à nous 
persuader de leur réalisme qu'on les confond 
couramment avec la réalité. Les gens prennent ce 
qu'ils voient pour la réalité, même s'ils savent qu'il 
s'agit d'acteurs et de mise en scène. 

Or, dans les faits, les émissions de télévision, 
tant dramatiques que d'un autre genre démontrent 
un sérieux manque de réalisme dans de 
nombreuses facettes importantes d'où le public 
tire ses impressions. Le travail de la police et le 



26 



nombre de policiers sont bien différents dans la 
réalité et dans le monde de la télévision. De la 
même manière, la fréquence des règlements de 
conflits par la violence, la relation entre agresseurs 
et victimes, les conséquences de la violence, n'ont 
rien de commun avec la réalité, tels qu'ils sont 
dépeints par la télévision de divertissement; 
pourtant ils paraissent, il faut bien le dire, 
plausibles dans l'émission dramatique. Le télés- 
pectateur se laisse prendre au jeu des apparences, 
même si le message qu'il reçoit, et bien souvent il 
n'en est pas conscient, ne repose sur rien de 
concret. 

Le public est aussi attiré et manipulé physi- 
quement par les propriétés suggestives du contenu. 
Au stade le plus élémentaire, ce sont nos yeux et 
nos oreilles, créés pour s'ajuster /jar réflexe au 
mouvement et aux variations des sons, qui sont 
abusés par l'ampleur du champ où se déroule 
l'action, de même que par les rapides déplace- 
ments de la caméra, et aussi par un fond sonore 
spécialement imaginé pour capter et garder 
l'attention auriculaire. De semblables techniques 
sont utilisées par les producteurs de messages 
commerciaux qui n'ont parfois que 30 secondes 
pour exercer leur art. 

Génétiquement, les humains sont programmés 
pour réagir par leurs émotions aux grands 
problèmes liés à la vie (sexe, famille) et à la mort 
(violence, agression) y compris ceux qui sont 
symboliques, comme les normes de comporte- 
ment. Ceci explique pourquoi les émissions 
dramatiques à la télévision sont enracinées dans 
des mythes systématiquement enrobés dans des 
formules, tel qu'on y a fait allusion plus haut. 
Chaque réaction émotionnelle a son équivalent sur 
le plan physiologique, qui s'accompagne de sécré- 
tions hormonales distinctives. En termes familiers, 
c'est ce que nous ressentons. L'esprit et le corps 
sont susceptibles de réagir, généralement, de deux 
façons: soit par une augmentation ou une 
diminution de l'incitation à l'action et de l'excita- 
tion, soit par de l'aversion et un repli sur soi. A un 
stade plus avancé, l'impact des média de la 
première catégorie est agréable, tandis que 
l'impact des média de la deuxième catégorie est 
généralement associé à l'inconfort. 

Même si les producteurs de télévision n'ont pas 
testé les émissions en fonction de ces données 



physiologiques, car ils les testent, leur intuition les 
sert admirablement, quand il s'agit de manipu- 
lation sur les plans émotionnel et physiologique. 
On peut donc en déduire, par la fréquence des 
actes violents gratuits à la télévision, que les 
producteurs ne reculent devant rien pour livrer un 
produit excitant. Il s'agit là de considérations 
d'ordre commercial où les préoccupations au sujet 
d'effets possibles sur la société n'ont pas leur 
place. Il est rare que les radiodiff'useurs de stations 
privées se montrent sensibles aux problèmes 
sociaux, à moins que ces derniers ne coïncident 
avec des intérêts commerciaux. Ainsi, la télévision 
est purifiée de la violence (mort sans eff"usion de 
sang) afin d'en diminuer les eff'ets négatifs, confor- 
mément à un code de réseau. Mais le mal n'est pas 
éliminé pour autant. Ce qu'on a retranché, c'est 
l'inconfort de la cible commerciale, c'est-à-dire, 
du public. 

Une télévision qui offre, de façon bien agencée, 
des produits excitants ou relaxants, qui le sont 
d'ailleurs souvent par les techniques de manipu- 
lation décrites précédemment, peut, à la longue, 
faire l'eff'et d'une drogue et ainsi servir à de très 
nombreuses fins commerciales de tous ordres. 

Comment se situe le public sur le plan 
émotionnel par rapport aux personnages des 
émissions, voilà un autre sujet clé relié au contenu, 
qui peut se révéler important en regard de 
plusieurs types de perceptions et d'effets sociaux 
décrits plus loin. 

L'identification à un personnage est une façon 
de se situer, dans le cadre d'une émission drama- 
tique à la télévision, sur un certain plan 
émotionnel. L'expérience vicariante est fournie 
par l'identification qui est basée sur les percep- 
tions qu'a le spectateur, de caractéristiques 
partagées avec une personne (expérience, âge, 
sexe) et d'autres caractéristiques non partagées 
(expérience, compétence, genre de vie, succès). Le 
personnage auquel on s'identifie n'a pas besoin 
d'être positif, bien qu'il le soit souvent. C'est 
pourquoi la vedette ou le personnage principal est 
si important. Il peut y avoir identification à un 
personnage négatif si les similitudes avec le 
spectateur sont grandes. Ainsi les vrais criminels 
peuvent s'identifier aux criminels à la télévision. 

Parce que les gens ne ressentent pas tous au 
même degré ce désir d'identification, les émissions 



27 



dramatiques qui ont du succès à la télévision, 
accrochent les téléspectateurs en leur offrant un 
certain nombre de possibilités d'identification, 
ordinairement sous forme de nombreux person- 
nages attrayants. Le succès d'un personnage peut 
être une contrainte pour une série et renforcer les 
tendances à la formulation. On doit veiller de près 
à l'évolution d'un personnage si l'on ne veut pas 
risquer de perdre une partie du public, en 
manipulant le personnage auquel il s'identifie. 

Pour un certain nombre de raisons, le téléspec- 
tateur peut s'identifier à différents personnages au 
cours d'une émission dramatique, car sur le plan 
dramatique, on nous invite naturellement à nous 
insérer dans la condition difficile et à partager les 
espoirs de différents personnages au cours des 
différences scènes du spectacle. Fait rassurant à 
propos des films où l'on nous montre des catastro- 
phes, c'est qu'il est beaucoup plus facile de 
s'identifier à ceux qui s'en sortent qu'à ceux qui y 
restent. 

Les spectateurs peuvent se situer, sur le plan 
émotionnel, autrement que par identification à un 
personnage. Ils peuvent ainsi s'imaginer qu'ils 
entretiennent des relations avec un personnage, et 
que ces relations sont différentes de celles que le 
personnage a avec les autres à l'écran. Ou bien, ils 
peuvent se situer, toujours sur le plan émotionnel, 
comme simples témoins qui regardent les événe- 
ments se dérouler. Ces catégories de spectateurs 
sont toutes les deux importantes. 

Les émissions de télévision peuvent aussi attirer 
les téléspectateurs de façons différentes. Ainsi, on 
a soutenu que dans le cas de deux séries de 
Norman Lear, l'une a suscité le rire et la moquerie 
du public, alors que dans l'autre, il s'est identifié à 
Archie Bunker et à Mary Hartman. 

Ces facteurs ont tous une importance primor- 
diale dans la conclusion qui est au centre de 
l'étude des effets: à savoir que les gens ne sont pas 
tous touchés de la même manière par la télévision 
et les autres média. Ils sont affectés différemment 
parce qu'ils viennent au contact des média avec 
des personnalités, des motifs et des perceptions 
bien différents. Pour connaître le succès, le 
contenu des média destinés aux masses doit 
prévoir quelque chose pour tous et chacun, en 
termes de possibilités d'interaction émotionnelle. 

Bien que la discussion se soit concentrée sur la 



télévision, des commentaires analogues, assortis 
cependant de certaines restrictions, s'appliquent 
aux films et aux autres média qui exploitent la 
fiction. Dans le cas des films et des livres, c'est le 
choix personnel du spectateur et le style qui 
priment. Le choix personnel restreint le nombre 
des spectateurs qui verront tel ou tel film en parti- 
culier (de toute façon le public qui va voir des 
films est moins nombreux que celui qui regarde la 
télévision), et le phénomène de la répétition ne 
crée pas le même problème qu'à la télévision. On 
remarque que le film offre un très large éventail de 
possibilités au niveau du style, et que la violence y 
est plus fréquemment au centre de l'intrigue 
qu'elle ne l'est dans une émission de télévision. Le 
style est également d'une importance capitale dans 
la littérature et la musique populaire. Ces média 
peuvent, tous trois, procurer au public des 
émotions beaucoup plus fortes que la télévision 
commerciale qui reflète un esprit des plus conser- 
vateurs au niveau de ce qui est acceptable. 

Beaucoup de ces mêmes caractéristiques, 
propres à la télévision dramatique, s'appliquent 
aussi aux nouvelles. Ainsi qu'il est noté plus haut, 
on abuse des formules dans la présentation des 
nouvelles. Les nouvelles et les émissions drama- 
tiques à base de fiction jouent sur les mêmes 
espoirs, les mêmes mythes, les mêmes peurs. 

Les conventions, dans le cas des nouvelles, sont 
aussi axées sur le potentiel dramatique, lequel ne 
garantit pas toujours l'information. L'immédiateté 
entre en ligne de compte quand il s'agit d'impact 
sur le plan émotionnel. Les bons reportages 
fournissent de bonnes possibilités d'identification. 
L'exagération inhérente à la sélectivité basée sur la 
violence, les conflits et le drame, dépasse la pure 
réalité, où la fréquence de la violence n'est pas, et 
de loin, proportionnelle à nos peurs. A la télévi- 
sion, les speakers vedettes, la sélection des 
nouvelles (des incendies par exemple), selon leurs 
propriétés visuelles et l'utilisation généreuse 
d'effets propres à divertir, ajoutent une dimension 
qui va au-delà de l'objectivité, et qui est souvent 
ridicule. Nos yeux, notre pensée, notre corps, sont 
manipulés par les manchettes des journaux, la 
disposition des articles et des illustrations, et aussi 
par ce qui joue ce même rôle dans la production 
des nouvelles à la télévision et à la radio. Il s'agit 
de la même manipulation que dans le cas des 



28 



émissions dramatiques à la télévision. Et comme 
on le verra plus loin, les nouvelles peuvent avoir 
les mêmes effets nocifs sur les individus et les 
structures de la société que les média de divertisse- 
ment. 

Les effets 

Il est regrettable que la recherche se soit fondée, 
en grande partie, sur l'aspect rhétorique des 
problèmes engendrés par la violence dans les 
média. Il en résulte des erreurs de caractérisation, 
de fausses dichotomies et un déplacement artificiel 
du fardeau de la preuve. 

Très tôt, les discussions se sont resserrées autour 
des notions d'agressivité et de catharsis, comme 
effets de la violence dans les média. 

La théorie de la catharsis s'est révélée tout au 
long de l'étude du problème de la violence dans 
les média, comme un mythe dangereux. 
Fréquemment mal définie, lorsqu'elle l'était, cette 
théorie se basait sur la notion de libération des 
tendances agressives par l'identification à un 
agresseur dans un film ou dans une émission 
dramatique à la télévision. Vue sous cet angle, elle 
apparaît comme une forme hybride du concept 
aristotélicien de la catharsis, basé sur la libération 
de sentiments issus d'une situation tragique par 
une identification vicariante, d'une part, et d'autre 
part, sur la notion freudienne de la substitution 
d'une activité agressive (non destructive) à une 
autre qui pourrait être dangereuse. La place qu'oc- 
cupent ces deux notions, aristotélicienne et 
freudienne, dans notre culture populaire, rendait 
plausible de prime abord cette théorie hybride. 

Finalement, les expériences scientifiques et l'évi- 
dence se sont révélées massivement contre cette 
notion de la catharsis, en tant que libération de 
l'agressivité par identification à une autre 
personne. Il a même été prouvé, à travers une 
impressionnante documentation, que la violence 
dans les média augmente, et c'est logique, l'agres- 
sivité d'un nombre significatif, quoique peu élevé, 
de téléspectateurs, et par-dessus tout, celle des 
enfants. 

Malgré l'évidence, on se refuse encore à 
admettre que la catharsis puisse être considérée 
comme dangereuse au même titre que d'autres 
effets de la violence dans les média. C'est peut-être 



parce que la plupart des gens sont peu disposés à 
admettre que les choses qu'ils aiment puissent 
avoir des effets négatifs; ou bien l'étude menée n'a 
pas réussi à identifier et à isoler les effets suscep- 
tibles de brouiller le problème, comme par 
exemple le divertissement, l'évasion et la détente. 

Ce souci constant de vouloir démêler agressivité 
et catharsis a imprimé une certaine orientation au 
problème, qui a provoqué des difficultés lorsqu'il 
s'est agi de reconnaître toute la gamme d'effets 
engendrés par la violence dans les média. Parmi 
ces effets on peut ranger la déformation de la 
réalité, la désensibilisation, tout l'éventail des 
problèmes causés par le stress, et les effets positifs 
comme le divertissement. Les modestes corréla- 
tions établies par les expériences scientifiques et 
les enquêtes, entre l'exposition à la violence dans 
les média et l'agressivité, ont été interprétées par 
certains comme une faiblesse dans les résultats. 
Or, il aurait plutôt fallu les percevoir comme la 
preuve indiscutable de la diversité des effets de la 
violence dans les média sur différentes personnes. 

Cette même concentration exagérée sur l'agres- 
sivité a aussi entretenu une certaine obsession à 
vouloir établir une preuve concluante, dans un 
sens ou dans l'autre et selon des normes qui ne 
s'appliquaient peut-être pas dans le cas présent. 
Pour certaines entreprises de média, l'occasion 
était belle de proclamer très haut que les conclu- 
sions sur le sujet n'étaient pas irréfutables et qu'il 
n'y avait donc pas lieu de s'inquiéter. C'était là 
tirer avantage des contraintes méthodologiques 
imposées à la recherche sociologique sur ce terrain 
particulièrement complexe. Parce qu'il n'aurait 
pas été conforme à l'éthique que des chercheurs 
tentent, à des fins d'expériences scientifiques, de 
provoquer, en laboratoire, de vrais viols, des 
meurtres, des coups et blessures, on jugea que les 
procédés de remplacement utilisés ne pouvaient 
pas être considérés comme sérieux puisqu'ils ne 
reflétaient en rien la violence dans la société. De 
même, parce que tant de facteurs peuvent entrer et 
entraient enjeu, il était relativement facile de 
contester ou de faire paraître contestables 
l'enquête et l'étude qui établissaient, de façon 
statistique, une corrélation entre la véritable 
violence et l'exposition aux média. Mais tout ceci 
n'est que critique destructive pure et simple. 
Partout où un quelconque phénomène dérive, ou 



29 



subit l'influence de toute une série de facteurs 
complexes, n'importe laquelle de ces influences en 
particulier, peut être éliminée parce qu'elle est 
écrasée par la combinaison de toutes les autres 
influences. Et si l'on raisonne par l'absurde, rien 
n'est causé par rien. 

Des aspects complexes de diff"érentes sortes 
n'ont pas été saisis correctement par certains 
champs principaux de recherche, pas plus d'ail- 
leurs que par les critiques qui en ont été faites. 

L'un de ces aspects est la diversité des média. 
Par intuition, nous savions tous qu'il n'est guère 
plausible que les expériences tirées des média et 
leurs eff'ets soient bien diff"érenciés à l'intérieur de 
chaque individu. La plupart des gens ont des 
contacts avec de nombreux média; de ce fait, les 
effets sont composites. Toutefois, comme le 
démontre l'étude de la Commission, il existe des 
diff'érences importantes entre usagers de divers 
média, et entre les façons de se servir des média. 
Par combinaison avec d'autres facteurs dont il est 
fait mention plus loin, un contenu à peu près 
semblable, mais perçu à travers divers média, peut 
donner des résultats qui s'opposent, se renforcent, 
s'ajoutent ou se neutralisent. 

On a aussi accordé moins d'attention qu'il 
n'aurait fallu aux effets de répétition dans l'impact 
de la violence propagée par les média. Ceci est dû 
en partie au fait que mesurer les eff"ets dans le 
temps constitue un problème complexe, et dans le 
cas de la Commission royale, avoir simplement le 
temps de la faire était un problème complexe en 
soi. 

Comme l'étude le démontre, les effets de 
répétition sont de deux sortes: tout d'abord il y a 
la catégorie des effets cumulatifs. Comme pour 
d'autres catégories d'eff'ets découlant des média, 
ils peuvent varier d'une personne à l'autre. Par 
moments, des eff'ets apparemment contradictoires, 
peuvent se conjuguer et avoir un résultat de 
renforcement chez le même individu. 

La désensibilisation, face à la violence, est une 
importante catégorie d'eff"ets cumulatifs. L'acqui- 
sition de normes, à long terme, en est une autre. 

Viennent ensuite certaines catégories d'eff'ets à 
court terme plutôt que cumulatifs, qui peuvent 
persister parce qu'ils sont remis sur le tapis sans 
arrêt. Ceci peut s'appliquer à l'agressivité basée 
sur l'incitation ou la provocation à l'hostilité telles 



qu'on les trouve dans les reportages sur le crime, 
deux cas soulignés dans l'étude. 

On peut aussi rencontrer des situations 
complexes et trompeuses opposant effets à court 
terme et effets à long terme. C'est ainsi qu'une 
grande partie de la recherche a tenté de déter- 
miner si oui ou non les effets de la violence à la 
télévision, tels que l'agressivité, persistent pour 
passer du court, au moyen et au long terme. Cette 
façon de voir semblerait impliquer que les effets à 
long terme sont toujours, dans un premier temps, 
à court terme; or, souvent, les eff'ets à court terme 
et les effets à long terme peuvent être différents. 
C'est dans ce même ordre d'idées qu'on a voulu 
faire croire que les eff"ets à court terme qui ne 
persistent pas ne sont pas importants, ou peuvent 
être expliqués. Si l'on raisonne de cette façon, on 
ne devrait pas se préoccuper des meurtres isolés, 
mais seulement des meurtres qui sont commis par 
la même personne sur un certain nombre 
d'années. 

Quelques-uns des eff'ets, ceux qui se traduisent 
par de l'agressivité y compris, sont très clairement 
des eff'ets immédiats ou du moins c'est ce qu'on 
tend à démontrer. 

Ils sont néanmoins très importants du fait qu'ils 
reviennent à intervalles réguliers. Il existe une 
possibilité plus subtile selon laquelle les effets 
positifs immédiats comme le divertissement, l'exci- 
tation et la détente nous masquent les effets à long 
terme plus importants, surtout les eff'ets cumulatifs 
comme la désensibilisation, la méfiance, la non 
acquisition négative. Il faut peut-être noter que la 
possibilité d'accumuler s'accroît si les gens 
ressentent du plaisir dans leur rapport avec les 
média. La télévision est peut-être un mode de vie 
dont les plaisirs immédiats qu'on en tire génèrent 
des conséquences à long terme. Comme il a déjà 
été dit, les effets de la violence dans les média sont 
beaucoup plus nombreux et plus complexes que 
ne le laissaient entendre les recherches antérieures. 

Il est maintenant reconnu que les effets de la 
violence dans les films peuvent se classer dans les 
diff'érentes catégories suivantes: 

Attentes reliées à la violence 

Agressivité 

Imitation des modèles présentés par les média et 
des techniques criminelles exposées 

Peur et angoisse 



30 



Asservissement 

Hypersensibilisation et attitude de défense 

Désensibilisation et accoutumance 

Déformation de la réalité 

Divertissement, incitation à l'action, détente 

Généralisation des conflits, confrontations 

Dépendance intellectuelle et propagation de 
l'information 

Utilisation de la violence par les média dans le 
but de manipuler le public pour la sacro-sainte 
publicité. 

Il est intéressant de noter que ces effets peuvent 
résulter tout aussi bien des média qui se consa- 
crent aux nouvelles qu'aux média voués au diver- 
tissement. Malheureusement la complexité du 
sujet ne se limite pas là. Chacune de ces catégories 
se divise en sous-catégories. Les efi'ets 
s'influencent mutuellement. Des facteurs 
démographiques, sociaux, individuels entrent en 
ligne de compte. 

Certaines sous-catégories distinctes sont impor- 
tantes. La désensibilisation peut être une désensi- 
bilisation pure, ou une conséquence physiologique 
de la violence, ou bien elle peut résulter d'une 
tolérance à la violence plus sciemment acquise. On 
peut être poussé à se conduire dans l'immédiat de 
façon agressive ou bien développer à long terme 
des comportements agressifs. L'asservissement 
peut avoir comme point de départ les attentes de 
violence transmises par les média ou se baser sur 
des imitations de rôles. Cela peut devenir une 
façon générale de se comporter ou bien ne se 
manifester qu'à l'occasion de circonstances 
dramatiques qui agissent comme détonateurs. 

De plus, certains eff"ets peuvent se produire 
simultanément. 

L'agressivité, en tant que norme acquise de 
comportement, va de pair avec une représentation 
erronée des conséquences de la violence et 
l'attente de comportements violents de la part des 
autres. Un sentiment exagéré d'insécurité 
entretenu par les média peut se combiner avec un 
comportement agressif faisant partie d'une 
stratégie de défensive. Il découlera du tout une 
attitude de retranchement. Des prévisions 
erronées concernant la fréquence de l'apparition 
de la violence peuvent engendrer l'angoisse qui, 
par un mécanisme de défense, se transforme en 
désensibilisation. 



Il a été clairement établi que le contact avec la 
violence par l'intermédiaire des média peut 
générer des comportements agressifs ou violents 
quoique ce ne soit pas vrai pour tout le monde, ni 
pour tout le temps. Il a également été établi que la 
relation qui existe entre la violence dans les média 
et la violence dans la société est aussi complexe 
que les relations mentionnées plus haut. Les 
criminels qui sont ou ont été influencés par les 
média l'ont été de façons différentes et complexes. 
Comme les recherches l'ont démontré, les rapports 
de cause à effet existant entre ce qu'oflTrent les 
média et l'imitation qu'on en retrouve dans les 
actes violents et criminels sont éminemment 
complexes. Les études tendent à démontrer qu'il y 
a là l'action conjuguée d'occasions favorables, de 
caractéristiques personnelles, d'expériences et de 
situations vécues, de processus de groupe et de 
société, de mécanismes de déclenchement qui 
tiennent à une situation donnée ou qui sont 
autonomes. La complexité du problème facilite les 
arguments des sceptiques. L'impact des média 
comme agent de socialisation est important mais 
difficile à prouver. Les rapports des forces agitant 
la société tendent à démontrer que l'impact social 
de la violence dans les média non seulement 
s'infiltre partout subtilement mais se manifeste de 
façon aiguë dans les couches en marge de la socié 
té et d'une manière qu'il est difficile d'attribuer à 
l'un ou l'autre facteur. 

De la même façon que lors d'une crise écono- 
mique, tout le monde ne perd pas son emploi; le 
chômage frappe les couches marginales de la 
société mais tout le monde est touché d'une façon 
ou de l'autre. En dépit de la complexité, les 
recherches de la Commission ont démontré que la 
société doit se préparer à faire face au fait que la 
violence des média a un effet universel sur la 
trame de la société, effet dont les résultats 
apparaissent surtout échelonnés sur les zones 
limitrophes. On ne sait pas et on ne saura 
siirement jamais suivant quel schéma particulier la 
violence affecte toute la société. On sait, par 
contre, que la violence sème par petites doses, 
mais que les effets potentiellement négatifs s'accu- 
mulent. On peut considérer le même phénomène 
selon deux perspectives différentes: celle de la 
société et celle de l'individu. Le postulat de base 
posant le problème de l'impact des média sur la 



31 



société consiste à dire qu'il existe des schémas 
sociaux et culturels qui à la fois déterminent le 
contenu des média et sont déterminés par lui. Cela 
se vérifie à un certain niveau par un parallèle qui 
se crée entre les média et des modes sociaux et 
culturels comprenant des perceptions culturelles 
partagées, basées sur l'expérience de la télévision 
ou sur l'expérience des autres média. 

Cependant, le contenu des média ne se contente 
pas de marquer notre société de son empreinte 
culturelle et normative. Les recherches démon- 
trent que le contenu des média agit d'une façon 
plus subtile et plus puissante par l'intermédiaire 
des instruments de socialisation et d'acculturation 
de la société, comme les mécanismes régissant la 
famille, les sports, les groupes de pairs. 

Les actions mutuelles s'exerçant entre la famille 
et la télévision sont sans aucun doute beaucoup 
plus complexes. La télévision joue un rôle déter- 
minant dans les relations familiales internes de 
pratiquement chaque foyer nord-américain. Les 
enfants sont influencés par la façon dont leurs 
parents utilisent la télévision, par la réaction de 
leurs parents au contenu des émissions, par 
l'attitude des parents envers l'utilisation que font 
les enfants de la télévision et par le propre 
comportement des parents envers le phénomène 
général de la télévision. La télévision non 
seulement a une influence directe sur les enfants 
mais elle agit aussi, quelquefois pour le pire, par 
l'intermédiaire des parents. Il se peut que ces 
phénomènes interfèrent avec l'impact de sociali- 
sation et ne consohdent pas forcément la relation 
directe qui existe entre enfants et parents. 

Dans la plupart des sociétés, les sports sont un 
facteur important dans le développement de la 
socialisation. La plupart des sociétés ne disposent 
pas cependant, dans ce domaine important, de 
l'action massive des mass média. Il y a autre 
chose: la télévision nord-américaine donne de 
plus en plus d'importance à la diff'usion de ces 
sports qui portent à une imitation génératrice de 
conflits. Le football, le hockey et la boxe à un 
moindre degré, sont des sports que les jeunes gens 
aiment regarder à la télévision. Il est certain, donc, 
qu'ils se font continuellement démontrer l'impor- 
tance de la victoire et de l'agressivité, et les 
tactiques basées sur la violence tendent parfois à 
se substituer à celles qui se basent sur l'adresse et 



l'esprit sportif. Il est beaucoup moins certain qu'ils 
reçoivent là des démonstrations éloquentes de la 
valeur socialisante du sport qui peut avoir un eff"et 
positif très important. Les sports, et leur place 
dans les média s'entremêlent intimement avec les 
mécanismes qui régissent les groupes de pairs. 
Cette interdépendance assure et renforce l'impact 
des média sur la culture et la société. Les enfants, 
les adolescents et les adultes, chacun d'une façon 
diff'érente, s'inspirent dans leur comportement 
social et culturel de l'exemple de leurs pairs. Ces 
derniers à leur tour s'inspirent en grande partie, 
dans leur comportement, des expériences 
présentées par les média, expériences qui sont 
partagées parfois par propagation et diffusion à 
l'intérieur du groupe de pairs même. 

Des expériences ont démontré que l'impact des 
média peut atteindre son maximum quand il est 
renforcé et reflété par des compagnons et par des 
gens connus. Les films et la musique populaire 
sont des média déterminants pour les adolescents. 
La musique populaire est très directement associée 
à la révolte des enfants contre l'autorité de leurs 
parents. Les films et la musique populaire déter- 
minent dans une large mesure le comportement 
des jeunes dans leur vie sociale et lors de leurs 
fréquentations. 

Le film Orange mécanique, ainsi que d'autres 
spectacles présentés par les média ont déjà 
démontré que les mécanismes régissant les 
groupes de pairs peuvent jouer un rôle essentiel 
dans les imitations qui se font de la violence 
représentée par les média. 

Entre adultes, on parle beaucoup de ce qu'on 
voit et de ce qu'on lit dans les mass média et on 
assure ainsi l'universalité de leur influence sur la 
trame socio-culturelle. De plus, les mass média 
jouent des rôles spécifiques, notamment en ce qui 
concerne la violence dans les sous-cultures conmie 
celle des pauvres des centres-ville. La représen- 
tation des crimes et de la violence dans les média 
semble exercer une certaine influence sur la sous- 
culture criminelle en ce qui concerne des aspects 
comme l'apprentissage de comportements 
criminels et leur justification. 

La structure des mécanismes qui régissent les 
relations média-groupes et média-société renforce 
la probabilité de l'universalité de l'influence des 



32 



média sur la trame sociale, y compris sur ses zones 
limitrophes. 

Une autre démarche possible consiste à se 
concentrer sur l'individu et sur les différences 
individuelles par rapport aux relations avec les 
média et à leurs effets. Il existe une variété consi- 
dérable de modèles d'interaction entre les 
individus et le contenu des moyens de communi- 
cation. Parmi les groupes complexes de facteurs 
qui déterminent les effets des média on trouve: la 
personnalité, le style de vie, l'ambiance qui 
entoure l'individu, les motifs pour lesquels il 
regarde les émissions, des facteurs démogra- 
phiques et des caractéristiques personnelles varia- 
bles. Les généralisations les plus importantes 
qu'on peut tirer d'une telle démarche ne 
concernent pas les effets spécifiques sur l'ensemble 
de la population. Au contraire, la conclusion est 
que presque tout le monde est atteint mais de très, 
très nombreuses façons différentes. Nous sommes 
tous exposés au risque. La recherche démontre 
qu'il est malhonnête de faire croire que seuls les 
handicapés mentaux et les personnes qui 
s'écartent des normes de comportement acceptées 
en sont affectés. Cela étant, les permutations et les 
combinaisons, y compris celles qui sont les plus 
dangereuses, sont en nombre infini. 

L'effet du contenu des média sur l'individu peut 
être examiné dans la perspective de perceptions 
sélectives de même que dans celle de son utili- 
sation et de ses satisfactions. La perception 
sélective joue un rôle important dans l'impact du 
contenu, et pour les enfants, et pour les adultes. 
Des émissions de télévision ainsi que d'autres 
présentations par les média fournissent plus 
d'information qu'une personne peut absorber d'un 
seul coup. Ce qui est aussi important, c'est le fait 
que les spectateurs ont tendance à voir ce qu'ils 
veulent voir, consolidant ainsi l'idée qu'ils se font 
du monde. Les perturbés, les autoritaires, les 
"polyanna", tous ont tendance à surtout voir les 
messages qui les confirment dans leurs croyances. 

Ces mêmes croyances peuvent jouer un rôle 
important dans la satisfaction qu'on recherche 
dans les différents programmes de télévision et 
l'utilisation qu'on en fait. Une utilisation impor- 
tante concerne l'incitation à l'action ou l'éveil. Des 
spectateurs peuvent rechercher certaines émissions 
en particulier, afin d'intensifier leur désir d'action 



par l'excitation, ou encore, afin de le réduire par la 
détente ou le divertissement. 

Les enfants constituent un auditoire très impor- 
tant, mais les études ne permettent pas de 
conclure à des généralisations significatives. Les 
parents ou les autres personnes intéressées qui 
veulent comprendre les relations entre l'enfant et 
la télévision doivent tenir compte d'une multitude 
de facteurs complexes. Parmi les plus importants, 
signalons: la personnalité, considérée plus spécia- 
lement sous l'aspect de l'introversion et de l'extro- 
version; l'âge et le niveau de développement social 
et de compréhension; le milieu familial, la réussite 
scolaire; les raisons qui le poussent à regarder la 
télévision et certaines émissions spécifiques; 
finalement, l'attitude des parents. 

L'industrie et les principes directeurs 

La recherche démontre aussi qu'il y a des raisons 
institutionnelles profondes qui expliquent l'état 
présent des industries de communications et que 
ces raisons vont probablement déterminer leur 
résistance aux changements. 

L'industrie de la télévision en Amérique du 
Nord est dominée par le contrôle absolu des oligo- 
poles: les annonceurs, les agences de publicité, les 
réseaux et les maisons de production qui sont tous 
reliés ensemble par des servitudes commerciales 
fondamentales. 

La télévision commerciale canadierme a 
développé une telle servitude vis-à-vis du système 
américain que, n'eût été la réglementation 
gouvernementale, elle aurait pu être complè- 
tement absorbée par le système. Mais la réglemen- 
tation ne peut à elle seule empêcher la situation 
d'être extrêmement périlleuse. Le coût d'achat des 
émissions américaines pour les postes canadiens 
est beaucoup moindre que le coût d'émissions 
canadiennes. Par ailleurs, les émissions améri- 
caines étant plus populaires, elles génèrent plus de 
revenus et sont donc beaucoup plus rentables. En 
dehors du Québec, les émissions américaines 
dominent les cotes d'écoute dans la plupart des 
régions, même celles où les émissions américaines 
ne pénètrent pas directement. Ne disposant pas 
des ressources qui seraient nécessaires pour 
soutenir la concurrence, les émissions canadiennes 
sont largement dépassées. 



33 



On en arrive aux mêmes conclusions en ce qui 
concerne les films au Canada. C'est la production 
américaine qui domine à cause de ressources et 
d'un marché beaucoup plus importants. La distri- 
bution, par tradition un secteur plus lucratif, est 
également un fief américain et elle est liée direc- 
tement au système américain de production de 
films. Les tendances que l'on remarque dans le 
contenu des films, telles que la violence explicite, 
et qui peuvent signifier que l'industrie du film 
essaie de faire concurrence à la télévision, se 
reflètent automatiquement au Canada, que 
l'industrie cinématographique américaine 
considère d'ailleurs comme une partie de son 
propre marché. 

Il en est exactement de même des entreprises de 
nouvelles qui sont elles aussi gouvernées par des 
impératifs, de toute évidence, économiques, et par 
des attitudes bien enracinées. Parmi celles-ci, il y 
en a une, plus farouchement défendue que les 
autres, et qui consiste à faire croire que les entre- 
prises de nouvelles sont infaillibles et que ceux qui 
les critiquent doivent être considérés avec 
beaucoup de méfiance, comme les précurseurs 
éventuels d'un contrôle exercé par un parti 
politique. On défend jalousement le principe selon 
lequel la presse doit rester libre de toute influence 
afin de conserver l'indépendance qui permette aux 
média de demander des comptes au gouverne- 
ment. Qui plus est, on prêche que dans un pays 
démocratique, n'importe qui a le droit d'exploiter 
un journal ou une revue et d'apporter ses idées et 
ses opinions personnelles sur un "marché" concur- 
rentiel et informel. 

Or, dans les faits, les contraintes économiques 
qui prévalent dans les entreprises de communi- 
cation des masses créent de sérieuses entraves et 
sont la cause de la disparition progressive de 
nombreux organes d'information au Canada. Les 
quelques rares survivants jouent un rôle immense 
dans la compréhension que nous avons du monde 
qui nous entoure. Néanmoins, il n'y a que peu de 
domaines où le rôle social ou la responsabilité des 
média d'information ne soient pas entièrement 
définis par ceux-là mêmes qui les exploitent. 

La présente recherche indique également l'exis- 
tence de réelles solutions de rechange pour les 
média, qui pourraient en outre se révéler des plus 
intéressantes. Le Québec, de nos jours, est un 



exemple frappant de minorité culturelle animée 
d'une vitahté peu commune. Ailleurs, le caractère 
pro-social du contenu non didactique des média a 
été démontré de façon probante dans les 
domaines de l'information, du sport et du divertis- 
sement. La perspective de certaines innovations 
technologiques permet d'espérer que le public en 
retirera un meilleur profit, entre autres, peut-être, 
une plus grande fraternisation entre les gens. Le 
Canada dispose donc de possibilités réelles, 
susceptibles de lui permettre de renouveler son 
système d'information à son propre avantage et de 
façon attrayante. 

Si, cependant, nous ne réagissons pas, nous 
aurons à faire face à de véritables dangers, car ces 
nouvelles techniques serviront les intérêts 
commerciaux les plus vils et l'exploitation et l'abus 
ne connaîtront plus de limite. Par exemple, on 
peut imaginer que la télévision payante soit 
utilisée pour permettre instantanément d'acheter 
une maison ou de spéculer, ou encore d'eff'ectuer, 
au moyen d'un ordinateur, des retraits sur le 
compte de banque du téléspectateur. 

La censure, pour sa part, est toujours considérée 
comme un croque-mitaine. Les nouveaux mass 
média ont, de tout temps, créé de difficiles 
problèmes de contrôle dans la société. Si le 
contrôle interne, dans chacune de ces industries, 
s'est révélé parfait comme palliatif, par contre ce 
n'est que très rarement qu'il s'est révélé adapté 
aux problèmes et aux préoccupations véritables. 

En fin de compte, il ne s'agit pas tant de 
remettre en cause l'existence de la censure, mais 
plutôt de savoir qui doit l'exercer et de quelle 
façon. Le contenu des média est soumis à une 
sélection compliquée et à une censure détaillée de 
la part de l'industrie elle-même, mais tout ce qui 
vient du gouvernement est vu d'un mauvais oeil. 

De toute façon, on peut se demander si le rôle 
de la censure n'est pas essentiellement d'ordre 
pratique, d'ailleurs très limité. Certaines 
recherches indiquent en eff^et qu'il vaudrait peut- 
être mieux, tout compte fait, conserver dans leur 
intégrité les scènes de violence au cinéma, au heu 
d'en couper certaines séquences. D'une manière 
très générale, la censure s'exerce de façon 
purement négative. Elle fait bien peu, 
lorsqu'encore elle fait quelque chose, pour 



34 



canaliser les énergies et les ressources vers la 
production de formules différentes. 

Une des principales échappatoires de l'industrie 
des média consiste à proclamer que c'est aux 
parents qu'il revient d'agir pour neutraliser les 
effets de la violence dans les média. Il s'agit là 
d'une manoeuvre sournoise destinée à détourner 
l'attention en laissant entendre que les média ne 
voudraient pour rien au monde usurper le rôle des 
parents, ce qui dans une grande mesure est déjà 
chose faite. Une telle attitude révèle le peu de cas 
que fait l'industrie des média des nombreuses 
conclusions apportées par la recherche et qui 
confirment toutes que c'est à la source qu'un 
contrôle doit être exercé sur le contenu des média. 
C'est une erreur de croire que les parents savent 
mieux que quiconque ce qui convient à leurs 
enfants en matière de télévision. Même s'ils le 
voulaient, il leur serait très difficile d'avoir accès à 
toute l'information pertinente en ce domaine. Et, 
de toute façon, les parents qui essaient de 
contrôler sévèrement les contacts que leurs 
enfants peuvent avoir avec les média ou les effets 
que les média peuvent avoir sur leurs enfants, se 
retrouvent face à des obstacles insurmontables. 
Entre autres, il ne leur est pas possible de prévoir 
toutes les occasions qu'ont leurs enfants de 
regarder la télévision. 

Même à la maison, les parents éprouvent de la 
difficulté à limiter l'usage de la télévision chez 
leurs enfants. Les émissions de l'après-midi et du 
début de la soirée peuvent leur poser certains 
problèmes. Il y a aussi des parents qui manquent 
de fermeté, d'autres qui conçoivent la télévision 
comme une gardienne d'enfants, ou qui désirent 
simplement regarder la télévision en famille. De 
toute manière, les parents ne peuvent pas faire 
grand chose non plus pour atténuer les effets de la 
télévision sur les enfants des autres, et, à travers 
ceux-ci, sur les leurs. 

La recherche touche également à un trait fonda- 
mental de l'industrie canadienne des communica- 
tions et de la politique canadienne en matière de 
communications: la perspective fédérale, provin- 
ciale et régionale. C'est au gouvernement fédéral 
que revient la plus grande part de juridiction en ce 
domaine, ainsi que le pouvoir législatif concernant 
la radiodiffusion et le code criminel. Il est 
probable que la protection des libertés fondamen- 



tales sera également reconnue comme étant du 
ressort du fédéral. 

Les provinces et les régions tiennent en même 
temps une place importante dans les mass média 
canadiens et dans leur propre législation. Cepen- 
dant, elles aspirent à un élargissement de leurs 
pouvoirs et se livrent à de nombreuses pressions 
en ce sens. Déjà, elles réglementent la 
classification et la projection des films; quant à la 
distribution des livres, des magazines et des 
disques, elle est déjà soumise, ou sur le point de 
l'être, selon les cas, à la législation provinciale. 

Déjà, trois provinces, l'Ontario, le Québec et 
l'Alberta possèdent des organismes de 
radiodiffusion, et, il est important de le souHgner, 
la politique en matière de communications a de 
plus en plus tendance à s'élaborer sur une base 
fédérale - provinciale. Les travaux de la 
Commission ont permis de mettre en évidence les 
nombreux champs nouveaux de l'industrie des 
communications et, plus particulièrement, de la 
radiodiffusion, où les provinces pourraient avoir 
un rôle significatif à jouer. 

Chercheurs et conseillers ayant participé aux 
travaux de la Commission 

Earle Beattie 
Atkinson Collège, 
York University 

Ehor Boyanowsky 
Department ofCriminology, 
Simon Fraser University 

André Caron 

Département de psychologie, 
Section communication. 
Université de Montréal 

Anthony Doob 
Department of Psychology, 
University of Toronto 

Hugh Edmunds 

Department of Communication Studies, 

University of Windsor 

Claire England 

Faculty ofLibrary Science, 

University of Toronto 



35 



' 



Gregory Fouts 
Department of Psychology, 
University ofCalgary 

John Fraser 
Department of English, 
Dalhousie University 

Robert Fulford 
Saturday Night Magazine 

Peter Goddard 
The Toronto Star 

Richard Goranson 
Department of Psychology, 
York University 

Donald R. Gordon 
Conseiller en communication 

Stuart Griffiths 

Conseiller en communication 

Peter Hogg 

Osgoode Hall Law School, 

York University 

Gordon IngHs 

Centre for Community Studies, 

Mémorial University 

Robert Jackson 

Department of Polit ical Science, 

Carleton University 

Garth Jowett 

Department of Communication Studies, 

University of Windsor 

David Levy 

Communications Program, 
McGill University 

James Linton 

Department of Communication Studies, 

University of Windsor 

M. MaUk 

Department of Communications Arts, 

Concordia University 

Esio Marzotto 

Department of Communications Studies, 

University of Windsor 

Thelma McCormack 
Department of Sociology, 
York University 



Dick Moriarty 

Faculty ofHuman Ki ne tics, 

University of Windsor 

Andrew Osier 

Department of Communication Studies, 

University of Windsor 

Fred Rainsberry 

Ontario Institutefor Studies in Education 

Vivian Rakoff 

Clarke Institute of Psychiatry 

John Renner 

A.R.A. Consultants Ltd. 

Walter Romanow 

Department of Communication Studies, 

University of Windsor 

Philippe Rushton 
Department of Psychology, 
University of Toronto 

Benjamin Singer 
Department of Sociology, 
University of Western Ontario 

Paul Stanley 

A.R.A. Consultants Ltd. 

John Strick 

Department of Economies, 

University of Windsor 

Percy Tannenbaum 

Graduate School of Public Policy, 

University of California at Berkeley 

Eugène Tate 
Department of Sociology, 
St. Thomas More Collège, 
University of Saskatchewan 

James Taylor 

Département de psychologie, 
Section communication. 
Université de Montréal 

James Teevan 
Department of Sociology, 
University of Western Ontario 

Gordon Thompson 
Conseiller en communication 

David Weisstub 
Osgoode Hall Law School, 
York University 






36 



Tannis MacBeth Williams 
Department of Psychology, 
University ofBritish Columbia 

Merle Zabrack 
Department of Psychology, 
University ofBritish Columbia 



37 



Chapitre 3 



La parole est 
au public 



En mai 1975, au moment où était instituée la 
présente Commission royale, la saison touchait à 
sa fin à la télévision. Tout en suçant des pastilles, 
Kojak réglait leurs comptes aux criminels. A la 
fois humble et rusé, Colombo, l'imper crasseux sur 
le dos, traquait les assassins. Archie Bunker parlait 
à sa femme comme si c'était un insecte particuliè- 
rement déplaisant. 

Au cinéma du coin, Charles Bronson, sous 
prétexte d'assainir les rues, assassinait les adoles- 
cents et Dirk Bogarde, officier dans un joyeux 
camp de concentration, offrait à son grand amour 
la tête d'un co-détenu. 

Alice Cooper, vedette de musique rock, spécia- 
liste des pendaisons, décapitations et défenestra- 
tions simulées entre autres formes d'art, faisait 
salle comble dans les théâtres, tandis que partout 
dans les arénas, les vedettes du hockey s'assom- 
maient avec un enthousiasme que les journaux 
s'empressaient de décrire et la télévision de 
montrer. 

Toute cette violence dépeinte par les média a-t- 
elle porté atteinte à la société? Qu'est-ce que le 
public en pensait? Tout le monde était bien 
d'accord, au moment même où le programme de 
recherche de la Commission s'organisait dans le 
but de recueillir les avis indispensables des spécia- 
listes, pour reconnaître qu'en fin de compte c'est le 
public qui aurait le dernier mot. 

On entendait par public les spectateurs, les 
lecteurs, les acheteurs de billets, les auditeurs et, 
en dernier lieu, les électeurs. Si, à leur avis, le 
système était parfait tel quel, on n'y changerait 
rien. 

Il s'agissait, et c'était un défi, de prendre contact 
avec ces gens et de s'assurer qu'ils pouvaient, eux, 
joindre la Commission, de définir à grands traits 
les problèmes sociaux qui avaient conduit à l'insti- 
tution de la Commission, d'aider les gens pour 
qu'ils se sentent libres d'exprimer leurs idées et 
leurs opinions, enfin de les écouter et de bien 
étudier ce qu'ils avaient à dire. 

Pour ce faire, la Commission fut constituée en 
organisme bilingue: les publications les plus 
importantes étaient offertes dans les deux langues 
officielles et des services de traduction simultanée 
étaient disponibles là où c'était nécessaire. (Des 
interprètes étaient prévus pour les communautés 
indiennes qui le désiraient). 



38 



Les lieux d'audience avaient été soigneusement 
choisis afin de refléter la configuration sociale, 
économique et géographique de la province et afin 
d'aiguillonner l'intérêt à travers la province 
entière. Les Commissaires prirent la parole, indivi- 
duellement ou collectivement, devant plus d'une 
centaine de classes, de groupements, d'organisa- 
tions; ils participèrent de plus à des dizaines de 
tribunes téléphoniques et d'entrevues à la radio et 
à la télévision. 

Un grand nombre de facteurs furent pris en 
considération dans la sélection des lieux 
d'audience par trois personnes qui parcoururent 
l'Ontario dans tous les sens dès le début des 
travaux de la Commission. Quels étaient les 
édifices publics desservis par les transports en 
commun, lesquels étaient facilement accessibles 
aux handicapés physiques; lesquels étaient rehés à 
la vie de la communauté comme les bibliothèques, 
les écoles, les endroits où les gens aimaient se 
rassembler. En Ontario, la Commission s'est 
réunie dans quelques-uns des plus vieux et des 
plus aimés, ainsi que des plus récents et des plus 
beaux édifices de cette province: l'Hôtel de Ville 
restauré à Kingston, la bibliothèque à Niagara 
Falls, l'aréna à Wikwemikong, le Centre de la 
Commission scolaire à Hamilton, la salle 
d'audience du Centre civique de Kapuskasing, la 
cafétéria du Centre d'enseignement de la Baie 
James à Moosonee et d'autres lieux encore. 

Des annonces furent passées dans les 45 quoti- 
diens et les 320 hebdomadaires que compte 
l'Ontario, de même que dans les publications 
ethniques et religieuses (après avoir été traduites 
en 27 langues diflTérentes). Elles furent complétées 
avant les audiences par des communiqués à la 
radio locale. On n'utilisa pas la télévision à cause 
du coût et aussi parce qu'il n'était pas possible de 
préciser le nom des programmes pendant lesquels 
passeraient les annonces. 

Afin de mieux mettre en relief la gamme 
complète des réactions des gens aux organes 
d'information, la Commission fit préparer un film 
Réflexions sur la violence qui devait servir de point 
de départ pendant les rencontres publiques; la 
demande fut telle, cependant, que 20 copies du 
film se trouvèrent bientôt en circulation de même 
que trois copies d'une version abrégée. Des 



centaines de classes, de groupements, d'organisa- 
tions ont pu voir ce film. 

Il est passé à des dizaines de télévisions commu- 
nautaires et fut télévisé, en épisodes, pendant trois 
soirs successifs au réseau de télévision Global. 
Jusqu'à présent, plus de 1,500,000 personnes l'ont 
vu. On l'a montré en Suède, en Australie, en 
Allemagne de l'Ouest, en Norvège et on continue 
de le montrer au Canada dans les salles de classes 
et au cours de rencontres publiques. Le mandat de 
la Commission prenant fin. Réflexions sur la 
violence sera distribué par une société privée. Il 
sera mis à la disposition, soit en Anglais, soit en 
Français, de la population de l'Ontario qui n'aura 
qu'à défrayer le transport. 

Plus de 40,000 exemplaires d'une brochure 
esquissant le rôle et le mode de fonctionnement de 
la Commission royale furent envoyés à des parti- 
culiers, des écoles, des bibliothèques de la 
province entière; près de 2,000 personnes utili- 
sèrent la carte-réponse incluse afin d'obtenir de 
plus amples informations ou des pubhcations. 

Les gens posèrent aussi des questions, deman- 
dèrent des renseignements et émirent leurs 
opinions en appelant la Commission, sans frais, de 
partout en Ontario. 

D'octobre 1975 à juin 1976, en sept mois et trois 
jours d'audiences publiques, la Commission 
parcourut 10,000 milles dans des appareils loués 
par le gouvernement (y compris deux voyages 
d'une semaine dans le Grand Nord de la 
province.) On utilisa un fourgon loué pour trans- 
porter les projecteurs de films, les microphones, le 
matériel d'enregistrement et tout ce qui était 
nécessaire aux audiences publiques en Ontario du 
nord et du sud. Deux rencontres seulement 
commencèrent en retard. Dans les deux cas, 
l'avion des Commissaires, incapable d'atteindre 
l'île de Manitoulin à cause du brouillard, alla se 
poser à Sault Ste-Marie et la Commission repartit 
par la route. Arrivée à une heure du matin, elle 
dut repousser d'une demi-journée l'heure de 
l'audience à cet endroit. En tout, la Coimnission a 
tenu 61 audiences dans 38 localités, et a reçu plus 
de mille mémoires dont 600 par écrit en prove- 
nance de l'Ontario et une centaine venant d'en 
dehors de la province, et les témoignages de 
centaines de gens qui prirent la parole au cours 
des audiences. La Commission avait l'intention de 



39 



ne donner la parole qu'à ceux qui en auraient 
manifesté l'intention par écrit mais, devant une 
grève des postes de 42 jours déclenchée juste une 
semaine avant la première audience, elle décida 
d'être plus souple. 

De nombreuses réunions se tinrent le vendredi 
soir afin de permettre à tous les travailleurs de 
participer. Au fur et à mesure que se déroulaient 
les audiences, la Commission recevait les 
mémoires préparés par des simples particuliers, 
des familles, des classes des écoles primaires et 
secondaires, de simples étudiants, des membres 
des églises, des ligues féminines, des professeurs, 
des ecclésiastiques, des éditeurs de journaux, des 
propriétaires de postes de télévision, des agents 
publicitaires. A Sarnia, Betty Eagles et sa fille 
Carol soumirent une étude de 750 pages. De 
nombreux mémoires découlaient de question- 
naires soigneusement préparés. Certains n'étaient 
que de simples énoncés sans commentaires autres 
que l'impression des auteurs qui estimaient qu'il y 
avait trop de violence. D'autres étaient des essais 
basés sur l'expérience; leurs auteurs: des travail- 
leurs sociaux, des écrivains, des metteurs en scène, 
un caricaturiste, le plus grand détaillant canadien 
de disques, des représentants des réseaux de radio 
et de télévision et des autochtones. Il y en avait 
qui s'inquiétaient plus de la prépondérance du 
sexe à la télévision (sujet que la Commission ne 
considère pas de sa compétence) que de violence. 
En tout, plus de 8,000 personnes assistèrent aux 
audiences. 

Il s'en est trouvé qui n'étaient pas rebutés par 
les heures tardives. À North Bay, par un soir froid 
de neige, plus de la moitié de l'auditoire était 
encore présent bien après minuit pour entendre 
tous ceux qui avaient exprimé le désir de prendre 
la parole. Le record de tardivité fut battu à 
Sudbury: l'audience commença à 19h30 avec la 
projection habituelle du film Réflexions sur la 
violence; à 20 heures le premier orateur se leva 
pour prendre la parole. A 3h30 du matin il y avait 
encore 25 personnes présentes quand le dernier 
orateur reprit sa place. 

Qu'est-ce que les gens de l'Ontario, qui assis- 
tèrent à ces audiences, pensaient de la violence 
dans les organes d'information et de ses consé- 
quences sociales? Pouvait-on y faire quelque 
chose? et quoi? La plupart s'inquiétaient pour 



leurs enfants. Les programmes de télévision 
représentaient le secteur qui retenait le plus 
l'attention mais les gens se plaignaient également 
des films et des journaux. Les autres organes de 
communication suivaient dans le rang des préoc- 
cupations du public. Bien que les mémoires 
traitassent de façon prépondérante de problèmes 
reliés à la télévision, les gens s'inquiétaient 
également de la violence dans les bandes dessi- 
nées, les contes de fées, les journaux, les films, les 
disques de musique populaire, les manuels pour 
enfants. Il y eut même une personne qui se 
plaignit de la violence qu'on trouve dans la Bible. 
A la fin, une conclusion évidente s'imposait: la 
majorité des gens qui s'étaient adressés à la 
Commission, ou qui avaient assisté aux audiences, 
remettaient fortement en question les productions 
réalisées par les organes de communication. 

Voici un échantillonnage des diff"érents points 
de vue, des idées, des commentaires et des inquié- 
tudes qui furent exprimés: 

A. Ghadirian d'Aylmer, au Québec, présenta un 
mémoire à Ottawa décrivant la télévision comme 
un "étranger dans la maison sur lequel il a très peu 
d'emprise". 

Yvon Decaire, un professeur de Cornwall, cita 
un extrait d'Arthur Miller sur la mort de Robert 
Kennedy: "Tout homme d'éducation médiocre, 
vêtu d'un bon complet, peut faire fortune en 
concoctant un spectacle de télévision dont la 
brutalité est suffisamment mise en évidence par la 
photographie des monstrueux détails". A Niagara 
Falls, Anne Muggeridge, parlant au nom du 
Conseil diocésain de la ligue catholique féminine 
de Ste. Catharines, ne s'éleva pas tant contre la 
violence des organes d'information que contre "les 
attaques moins spectaculaires mais plus destruc- 
tives dirigées contre le système de valeurs tradi- 
tionnelles de notre société, perpétuées 
continuellement par les organes de communi- 
cation . . ." 

Richard Pulsifer, directeur de l'école Georges 
Vanier à Kapuskasing, a dénoncé cette violence 
qui "aveugle la jeunesse par son éclat spectacu- 
laire" et s'est demandé "s'il était vraiment néces- 
saire de montrer des scènes de viol, de conduite 
bestiale, de torture et de cruauté et toutes sortes 
d'outrances pour transmettre correctement le 
message de l'action?". 



40 



L'Institut de métaphysique appliquée à Ottawa 
signala que la violence à la télévision "imposait 
aux enfants les atrocités du monde adulte et les 
persuadait de leur nécessité". L'Institut s'éleva 
contre le fait que les jeunes étaient entraînés à 
tolérer et à priser plus de violence qu'ils n'auraient 
l'occasion d'en rencontrer même s'ils vivaient dix 
vies. Pour l'Institut, la brutalité télévisée n'est 
qu'une "manifestation de la pauvreté de l'émotivi- 
té". Lucille Pakalnis, une infirmière diplômée de 
Sudbury, présenta une très vivante description de 
"la violence glorifiée comme une forme d'art, 
célébrée et adorée avec mouvements lents et prises 
de vue des détails complets avec mutilation". 
Richard Vincent, un chargé de cours en communi- 
cations au département des sciences infirmières du 
Collège George Brown à Toronto, soutint que "la 
prépondérance de la violence dans l'industrie des 
communications était responsable du manque 
d'intérêt des étudiants pour la bonne littérature, 
altérait leur savoir-faire dans les matières de base, 
leur respect des institutions et influençait la 
critique qu'ils faisaient de la vie en général. Cette 
violence se manifestait chez les étudiants par le 
refus de coopérer, la provocation des autres, le 
vandahsme dans les écoles et le traitement cruel 
de certains groupes ethniques". 

D'autres interlocuteurs étaient d'accord sur le 
problème racial. L'Association afro-asiatique de 
Sault Ste-Marie dénonça le fanatisme des person- 
nages d'une bande dessinée d'un journal (Wicks' 
World) et, à Toronto, Rifat Yzunovic déplora le 
racisme d'un film populaire en 1976, The Man 
Who Would Be King. L'Association canadienne 
pour le soutien des autochtones, décrivit le tort 
incommensurable causé par les clichés tels "le 
sauvage, le stupide Indien" et souligna que l'adap- 
tation des Indiens au monde moderne fut entravée 
par cette réputation, que leur ont faite depuis 
toujours les organes de communications, de 
sauvages qui pillaient, assassinaient, violaient les 
soi-disant pacifiques envahisseurs. Paul Eisen- 
barth, un médecin de famille de West Bay dans 
l'île de Manitoulin, parla de la violence psychique 
exercée contre les autochtones dans les manuels 
qui parlent de "pionniers" pénétrant dans des 
"lieux sauvages et déserts pour afi'ronter les 
dangers de massacres par les Indiens", sans 
toutefois mentionner que ce sont des Blancs, des 



Espagnols qui introduisirent l'affreuse coutume du 
scalp. 

D'autres interlocuteurs s'élevèrent contre 
l'irréalité des enseignements transmis par les 
média. R.W. Staples de Nolalu fit remarquer que 
"les enfants doivent apprendre que la mort, partie 
intégrante de l'existence, en est son aboutissement 
naturel". Actuellement, l'image qu'en donne les 
média est complètement déformée. Quand avez- 
vous vu pour la dernière fois (dans un film ou à la 
télévision) quelqu'un mourir dans son lit entouré 
de gens aimés?" Abondant dans le même sens, 
Pauline Larabie, directrice de l'école de l'Imma- 
culée Conception à Kapuskasing, fit ressortir que 
les enfants, dans les films policiers, voient les 
acteurs un jour assassinés et la fois suivante, aussi 
vivants que jamais. Il se peut que l'enfant voit 
également aux actualités de véritables événe- 
ments: guerre, insurrection, cambriolages, enlève- 
ments, fusillade. Madame Larabie se demande si 
"l'enfant sait que ces gens (ceux des actualités) ne 
se relèveront jamais?" J.E. Callagan, du dépar- 
tement de psychologie au Collège des Sciences 
sociales de l'Université de Guelph, estime que les 
média ont influencé les débats en cours au Canada 
sur la moralité de la peine capitale. La demande 
accrue de rétabhssement de la peine capitale a été, 
a-t-il déclaré, "fortement influencée par le portrait 
souvent présenté du criminel comme celui d'un 
être particulièrement brutal, dépravé, cruel, 
inhumain et insensible (ce que beaucoup de 
criminels sont peut-être, d'ailleurs). 

Cette emphase, cet éclat avec lesquels sont 
dépeints les traits de caractère présumés des 
criminels semblent conçus pour générer chez le 
spectateur la colère, la frustration, l'hostilité et 
peut-être même parfois la haine et la peur". 

Si les média dénaturent les criminels, ils 
faussent du même coup le rôle de la police selon 
certains mémoires qui déplorent qu'en consé- 
quence les gens comprennent et respectent de 
moins en moins la loi et son application. M.H.H. 
Graham, commissaire de la PoHce provinciale de 
l'Ontario, soutient qu'alors qu'on dépense des 
centaines de milliers de dollars dans toute l'Amé- 
rique du Nord pour améliorer les relations, les 
communications et la coopération entre les 
citoyens et la police et pour informer les gens du 
but et des objectifs de l'action policière, de 



41 



nombreux films et spectacles de télévision dépei- 
gnent les policiers comme des personnages qui, le 
doigt sur la gâchette et aimant le sensationnel, 
font très souvent fi de la loi pour atteindre leur but 
et résolvent de nombreux crimes en tirant 
simplement sur leurs auteurs". 

Les média ont, bien sûr, leur propre opinion sur 
leur rôle et leur influence sur la société. Deux 
réseaux américains ont répondu à l'invitation de la 
Commission en présentant des mémoires d'une 
grande portée décrivant leurs programmes de 
recherche de même que leurs règlements 
concernant la présentation de la violence. 

La chaîne abc a entrepris une étude étalée sur 
cinq années sur les effets des programmes violents 
et non violents de télévision, sur les enfants dits 
"normaux", sur ceux souff'rant de "troubles 
émotionnels" et sur les enfants "défavorisés socia- 
lement". Selon une déclaration de Elton H. Rule, 
président de la chaîne, déclaration représentant 
une partie d'un mémoire en deux volumes de 
I'abc, les résultats de l'étude paraissent établir un 
lien entre la violence, dans certaines circonstances 
et jusqu'à un certain point, et la conduite agressive 
de certains enfants. Il estime malheureusement 
qu'au stade actuel des connaissances, il n'est pas 
possible de repérer ces enfants, ni l'importance de 
leur groupe ni les stimuli spécifiques qui 
augmentent l'agressivité. 

Le mémoire de 74 pages de la nbc (exposant les 
recherches actuelles et passées) soutient que moins 
la violence est dépeinte de façon rèalistique, moins 
il y a de risques qu'elle provoque l'agressivité chez 
les enfants. Ce mémoire prétend également que: la 
violence humoristique n'a que peu d'eff"ets nuisi- 
bles; moins la violence se justifie du point de vue 
moral, moins elle provoquera de conduites agres- 
sives; la violence produit un effet diff'érent quand 
l'action agressive est punie plutôt que récom- 
pensée. 

La Société Radio-Canada, dans un bref 
mémoire (qui, à cause des problèmes internes de la 
Société ne fut présenté que sept mois après la fin 
des audiences) fait ressortir que la violence fait 
"partie de la condition humaine" et que la 
"télévision n'a pas inventé la violence". 

La Société Radio-Canada déclare que, ne 
sachant pas si la violence "intrinsèque" produit un 
eff"et peu désirable sur le spectateur, ou si elle lui 



est bénéfique, elle traite donc la violence de façon 
négative. 

A la demande de la Commission, on consulta 
les cadres supérieurs de la Société Radio-Canada 
CBC. Global Télévision présenta un mémoire; le 
seul réseau canadien qui n'en présenta pas fut 
CTV; parmi les principaux télédiff^useurs des 
Etats-Unis, seul CBS ne présenta pas d'exposé mais 
off'rit son entière collaboration à la Commission 
pour les consultations personnelles. 

La façon de traiter les nouvelles fut très se 
vèrement critiquée. Une demi-douzaine de 
mémoires mentionnèrent spécialement l'attentat 
de Lynette Fromme contre la vie de Gerald Ford, 
le Président des États-Unis. C'était un incident 
bizarre qui permit à un membre du gang de 
Manson de faire la manchette des journaux et des 
magazines, et de s'assurer d'un reportage complet 
et fracassant par les média, du moins jusqu'à la 
nouvelle sensationnelle suivante qui se trouva être 
une autre attaque féminine contre la vie de Gerald 
Ford. Les gens, presque sans exception, criti- 
quèrent à la fois les reportages écrits et photogra- 
phiques de cette histoire, reportages "à sensation" 
et qui "faisaient de Lynette Fromme une marty- 
re". L'incident isolé le plus fréquemment 
mentionné touchait les gens de plus près cepen- 
dant. Il s'agit des fusillades qui, en 1975, eurent 
lieu dans les écoles secondaires de Brampton et 
d'Ottawa - les gens, à plusieurs reprises, attirèrent 
l'attention sur l'analogie qui existait entre les deux 
incidents tout en exprimant leurs craintes que les 
reportages détaillés dans les journaux sur le 
premier incident sont peut-être en partie respon- 
sables du second. Beulah Morrison, présidente du 
Mouvement des femmes chrétiennes de l'Eglise 
anglicane de St. Thomas à Moose Factory, 
déclara: "Nous pensons qu'on donne beaucoup 
trop de publicité aux détails meurtriers qui 
poussent certains êtres atteints de psychose à 
imiter le crime ou les crimes. Comme dans le cas 
de la fusillade de l'école de Brampton qui fut suivie 
d'une fusillade dans une école d'Ottawa". A Fort 
Frances, dans un mémoire présenté au nom de 
l'Eglise Catholique Ste.-Marie, Louise Chambers 
exprima l'opinion que "les meurtres à l'école 
secondaire d'Ottawa se sont révélés être le résultat 
direct du reportage de l'incident de Brampton". 
L'Association canadienne des travailleurs sociaux. 



42 



pour sa part, croit qu'un tel rapport de cause à 
effet "était pour le moins plausible". 

Betty Boadway, de Cameron, a déclaré que 
l'incident de Brampton eut lieu juste avant que, 
dans une cour d'école, sa dernière fille fut 
menacée de mort par un enfant plus vieux qu'elle. 
La fillette, non seulement prit la menace au 
sérieux parce qu'elle savait qu'ailleurs un écolier 
en avait tué un autre, mais elle se montra inquiète 
pour son père qui est professeur. 

Dans une déposition faite à Ottawa, D.R. 
Ferguson déclara que "récemment dans notre 
ville, un jeune homme tua une jeune fille, partit 
ensuite pour l'école où il déchargea son fusil dans 
une classe, tuant un camarade, avant de se 
suicider. Les média firent du procès un reportage 
détaillé. Je suis certain que la Commission a lu ou 
a eu accès aux lettres ouvertes adressées au 
journal "The Ottawa Citizen" dans lesquelles de 
très nombreux lecteurs s'indignent que des 
journaux soi-disant "de famille" aient consacré 
des reportages à ces horribles événements. Vous 
avez très probablement lu l'article signé par le 
rédacteur en chef de ce journal et dans lequel il 
expliquait pourquoi il était nécessaire de révéler 
tous les détails de cette affaire. Je ne suis pas 
d'accord avec lui". Selon David Talbot, un ancien 
membre de la force de police du grand Toronto: 
"Il suffit d'étudier l'incident récent qui eut lieu 
dans une école de Brampton et qui se répéta dans 
une école d'Ottawa quelques mois plus tard, pour 
en déduire que le second incident découle 
évidemment du reportage que les organes d'infor- 
mation ont fait du premier incident". A Toronto, 
le directeur du Globe and Mail, dans sa déposition 
à la Commission, étudia la question à fond. Ce qui 
suit représente une partie de son intervention: 

Richard J. Doyle: Nous étions, bien entendu, 
intéressés par le rôle que nous avions joué dans le 
cas Poulin à cause des commentaires du jury, qui, 
en octobre dernier à Ottawa, enquêta sur la mort 
de l'étudiant. Le jury s'était demandé si un 
déploiement non justifié de violence dans la presse 
n'avait pas joué un rôle dans cet incident précis. 
Cela remonte à un commentaire fait lors du procès 
par un conseiller en orientation. Il avait remarqué 
que quelques jours avant l'incident d'Ottawa, le 
Globe and Mail avait fait paraître deux articles sur 
les deux victimes de la fusillade de Brampton qui 



avait eu lieu plus tôt dans l'année. Il est 
intéressant de noter que dans ses remarques au 
jury, le Coroner en chef de l'Ontario, le docteur 
Cotnam, estimait que la presse n'avait pas dépassé 
la mesure dans son reportage sur l'affaire de 
Brampton et sur celle d'Ottawa et qu'il serait peut- 
être bénéfique pour la société de connaître les 
problèmes familiaux qui existent et qui sont en 
grande partie responsables de la fusillade 
d'Ottawa. Il se pourrait donc bien qu'il y ait eu, en 
fin de compte, plus de bien que de mal à rappeler 
à la collectivité qu'une fusillade avait eu lieu à 
Brampton. 

Nous pensions, dès le début de cet événement 
que nous devions en faire un reportage aussi 
complet que possible, tout en gardant une certaine 
mesure. Certains aspects des événements ne 
pouvaient être rapportés avant que les témoins ne 
fussent sortis de l'hôpital, ce qui explique les deux 
articles parus en octobre qui traitaient de l'affaire, 
de la convalescence des deux garçons, de leur 
retour aux études et du souvenir qu'ils gardaient 
de la violence. Chaque article avait à peu près la 
même importance. 

Contribuèrent-ils à déchaîner quelques jours 
plus tard, la violence dans l'esprit de Poulin? Le 
persuadèrent-ils de se rendre à l'école pour 
décharger son fusil sur une classe et tuer un de ses 
compagnons? Le psychiatre en chef qui fit des 
recherches et déposa plus tard à l'enquête, dut 
reconnaître qu'il était possible que les reportages 
de ces événements aient eu un effet contagieux. 
Cette possibihté a toujours existé. Il n'a pas poussé 
ses remarques plus loin, ni fait de recommanda- 
tions en la matière. 

Il se trouve que, plus tard, le bureau du Coroner 
de l'Ontario a tenu, dans le cadre d'un cours de 
trois jours destiné aux coroners de l'Ontario, un 
séminaire sur les événements qui se sont passés à 
Ottawa et le cas Poulin fut étudié en détails. J'ai 
assisté à ce séminaire parce que je pensais qu'on y 
ferait peut-être des remarques sur les recomman- 
dations du jury. Ce fut une matinée très intéres- 
sante. Chacun à leur tour, les représentants de la 
Couronne, les membres du corps de police et les 
représentants du bureau du Coroner qui avaient 
participé à l'enquête, décrivirent la part qu'ils 
avaient prise dans cette tragique affaire. 

Chacun de ces hommes fit une intervention en 



43 



tant que spécialiste et en tant que citoyen et, tous, 
d'une façon ou l'autre, reconnurent que cet 
événement avait changé la perception qu'ils 
avaient de leur rôle dans la société et leur façon de 
penser comme citoyens. 

Peut-être les façons de penser d'un grand 
nombre de gens qui ont lu les reportages dans les 
journaux ou qui ont regardé à la télévision la 
retransmission des procédures judiciaires, ont- 
elles été changées alors qu'ils étaient témoins de 
cet examen de conscience sur les relations 
familiales, du droit à la vie privée des jeunes et des 
incidents banals qui peuvent contribuer à de telles 
tragédies . . . 

Chacun des participants qui fit mention de la 
presse convint que, dans l'ensemble, les reportages 
avaient été impartiaux, exacts et utiles. Le 
Directeur général des détectives à Ottawa exprima 
son opinion de la façon suivante: "Il y a beaucoup 
de gens qui ne veulent pas hre ces choses; il est 
temps qu'ils le fassent". 

Nous avons affaire ici à un garçon dont les 
tendances se sont intensifiées au cours d'une très 
longue période, qui, après avoir accepté les 
normes de la société, s'est évadé dans le monde de 
l'imagination, un monde dans lequel les règles lui 
étaient dictées par les différentes étapes de son 
état dépressif. Il confia ses pensées à son journal. 
Il avait projeté un certain nombre de choses, y 
compris ce qui éventuellement eut lieu, et ces 
projets étaient inscrits dans son journal. Rien, 
cependant, n'y indiquait ce qui a déclenché ses 
crimes. 

Je n'ai rien trouvé là qui m'ait convaincu que 
nous avions dépassé la mesure et que nous 
n'avions pas offert un reportage utile sur toute la 
suite des événements. 

La présidente: Cela vous permet de dormir sur 
vos deux oreilles, j'imagine! 

M. Doyle: Non, je ne dors pas mieux. Mademoi- 
selle La Marsh, parce que je me rends compte de 
ce qu'il y a là, des problèmes et de leur impor- 
tance. En fait, je ne dors pas bien du tout et c'est 
le résultat des trois heures et demie dont le 
coroner a eu besoin pour passer les événements en 
revue . . . 

La présidente: N'avez- vous pas éprouvé la 
crainte que le reportage ait joué un rôle de 
détonateur dans cette affaire? 



M. Doyle: Je crois que si quelqu'un vous 
provoque et vous tient responsable de telles 
choses, vous faites un certain examen de 
conscience, que vous vous pensiez responsable ou 
non! 

La présidente: Qu'est-ce que vous pensez, en 
définitive? 

M. Doyle: Dans ce cas particulier, je ne peux 
pas nier, et ne le voudrais pas, qu'il y ait eu la 
possibilité d'une contagion de la violence. Je ne 
dis pas, cependant, que nous n'aurions pas dîi 
faire paraître les reportages. 

La présidente: Quelles sont les deux considéra- 
tions que vous mettez en opposition? Serait-ce, 
d'un côté, la contagion possible de la violence et, 
de l'autre, les effets socialement bénéfiques 
résultant de la connaissance que les gens ont de ce 
qui se passe dans leurs propres familles, plus le 
droit qu'a le public de savoir de l'autre? 

M. Doyle: Je pense que les deux dernières 
questions sont étroitement reliées; je crois que le 
public devrait savoir et quand le pubhc sait, il peut 
établir des liens entre ce qu'il lit et ce qui lui 
semble raisonnable, si vous voulez". 

Les gens s'élevaient, non seulement contre les 
reportages sur des cas particuliers, mais contre la 
conception générale qui est à la base du traitement 
donné aux nouvelles par tous les média. Le 
Conseil du Travail de la région de Sault Ste-Marie 
déclara: "Alors qu'il ne nous viendrait pas à 
l'esprit de dire à la presse ce qu'elle doit ou ne doit 
pas rapporter, nous sommes inquiets devant, non 
seulement l'augmentation des genres d'actes de 
violence dont on rend compte: guerres, meurtres, 
viols, bombardements, attentats terroristes, mais 
aussi devant les efforts extraordinaires des média 
pour embellir ces reportages avec ce qu'ils 
appellent la "documentation de base". Il cita en 
exemple le cas Fromme au sujet duquel les 
journaux, la radio et la télévision se rendirent 
coupables des mêmes excès dans leurs reportages 

Bernice Noblett, ancienne présidente de la 
Fédération des instituts féminins, se présentant au 
nom de cet organisme, déplora qu'une 
"surabondance de faits divers violents, de 
nouvelles à sensation et très peu de publicité 
accordée aux réalisations positives, donnent la 
fausse impression que tout dans notre société n'est 



44 



que violence, immoralité et absence de valeurs". 
La Ligue canadienne de la radio et de la télévision 
déclara que les reportages de nouvelles à caractère 
violent sont inévitables, mais se demande s'il était 
nécessaire de donner autant de détails. Les 
parents inquiets de la Paroisse de Ste Marie à Fort 
Frances se plaignent des reportages "qui entrent 
dans les détails les plus sanglants" et citent les 
événements de Brampton - Ottawa en exemple de 
conséquences de tels reportages. 

Peter Davies de cjrt-fm, la station de radio de 
l'Institut polytechnique Ryerson de Toronto, 
estime quant à lui, que les nouvelles à la télévision 
étaient différentes et pires que les nouvelles 
annoncées par les autres média. Il croit que c'est le 
devoir des commissaires de blâmer les producteurs 
d'émissions de nouvelles à la télévision pour le 
rôle qu'ils jouent dans l'aggravation de la passi- 
vité, du détachement, de la cruauté, toutes carac- 
téristiques qui dégradent et déshonorent notre 
société . . . "L'expérience que j'ai des nouvelles 
télévisées confirme ma conviction que, dans le 
domaine de la télédiffusion, ce qui excite visuel- 
lement le plus les esprits constitue une nouvelle". 
Il s'agit d'un cas où "plus il y a de sang, mieux 
c'est" et "ce serait bien fait si c'était vite fait". La 
télévision est différente de la radio et de la presse 
écrite. Elle est beaucoup plus dangereuse et 
menace notre bien-être national. De plus, elle fut 
prise à partie comme étant un facteur déterminant 
par les gens que la violence dans le sport inquiète. 

A chaque séance de projection du film 
'^Réflexions sur la violence", un murmure d'amu- 
sement parcourut l'auditoire au moment où 
Norman Jewison, metteur en scène de 
"Rollerball", afïirme que les effets sonores ayant 
servi à illustrer le déUre de la foule assoiffée de 
sang, dans son film, proviennent d'enregistrements 
effectués au cours de matches de hockey qui n'ont 
rien de fictif Les auditoires réagirent de la même 
façon quand William McMurtry, qui effectua une 
étude pour le gouvernement ontarien sur la 
violence dans le hockey, montra un prospectus 
d'un club de hockey américain qui ne parlait ni de 
la grâce, ni de la vitesse, ni de l'intelligence du jeu, 
mais présentait deux joueurs en train de se battre! 

Dans un mémoire présenté par Lloyd Davidson, 
le Conseil du hockey de l'Ontario exprima ainsi sa 
consternation: "Depuis ces dernières années, nous 



assistons à un accroissement régulier de l'emploi 
illicite de la force physique brutale dans le hockey 
télévisé. Pour le simple amateur, il est de plus en 
plus difficile de croire que la vitesse et la finesse du 
jeu contribuent plus à la victoire finale que l'inti- 
midation brutale. 

Les enfants, eux, s'y perdent beaucoup moins; 
le hockey télévisé d'avant l'expansion du jeu ne 
leur est pas familier et ils n'ont pas assez vu de 
hockey international pour être en mesure de faire 
la différence entre les deux niveaux de jeu". 

Le Comité de parents du Conseil du hockey de 
l'Ontario, a publié une brochure "Vous, votre 
enfant et le hockey", distribuée en plus de 200,000 
exemplaires dans toute la province, et a collaboré 
avec les entraîneurs et les arbitres pour améliorer 
le hockey au niveau amateur. M. Davidson a 
expliqué que "le Conseil du hockey de l'Ontario a 
proposé des remèdes à la plupart des maux graves 
qui semblent frapper le hockey amateur. A 
l'exception d'un seul: Comme son mandat ne 
porte que sur le hockey amateur, il n'a aucune 
influence sur la conduite des joueurs profes- 
sionnels sur la glace dont les jeunes sont témoins 
grâce à la télévision, et qui décident en grande 
partie des façons de faire qui prévaudront au 
hockey mineur". 

Lee Morita, âgé de 10 ans, élève de 6ième année 
à l'école pubhque Elizabeth Simcoe de Toronto, 
reflète ces manières de voir. Dans une lettre courte 
mais mordante adressée à la Commission, il 
critique les ligues locales de hockey mineur: "Je 
suis allé jouer dans une équipe de la ligue de 
hockey du grand Toronto. Après 14 minutes de 
jeu, la bagarre a pris. L'arbitre ne dorma qu'une 
pénalité de cinq minutes à chaque joueur. Je crois 
que les joueurs auraient dû être expulsés du match 
pour leur mauvaise conduite. Ce qui est encore 
pire, c'est la façon dont les joueurs, plus tard, dans 
le vestiaire, parlaient de leur comportement dans 
la bagarre!" Un camarade de Lee, Robert Franch- 
ville, âgé de 1 1 ans, a émis les mêmes critiques. 

Le Comité de citoyens pour la protection des 
enfants à Ottawa fit parvenir un autre point de vue 
sur la violence dans le hockey. Il déclara "qu'on 
ne peut pas nier qu'il y ait de la violence dans le 
hockey et que nous ne devrions pas essayer d'en 
cacher l'existence à nos enfants . . . 

En ce qui concerne le hockey, c'est à la lnh et à 



45 



la AMN d'assainir leur jeu, ce n'est pas l'affaire 
des télédiffuseurs. Il serait peut-être bon, cepen- 
dant, de rappeler à certains commentateurs qu'ils 
n'ont pas besoin de montrer tant de joie à décrire 
le direct du droit à la mâchoire. C'est du hockey, 
ce n'est pas de la boxe". 

Quarante mémoires parlèrent de la violence qui 
existe dans les sports (le hockey mais aussi la boxe 
et les courses sur patins à roulettes). Une étude des 
mémoires a montré que beaucoup d'autres 
personnes mentionnaient au passage le problème 
du hockey. Ce qui ressort de tout cela est un 
sentiment de tristesse à l'idée que le jeu n'en est 
plus un d'adresse mais un de violence et que les 
média ont joué un grand rôle dans ce changement. 
Barry Wenger, éditeur du Wingham Advance 
Times, The Listowel Banner et The Mount Forest 
Confédérale, déclara que "le portrait le plus perni- 
cieux de la violence est celui qui tend à présenter 
des brutes comme des héros . . . Le joueur de 
hockey qui s'est taillé une place dans l'équipe 
grâce à ses muscles et son poids qui lui permettent 
de renverser ses adversaires plus adroits, est 
devenu, aux yeux de beaucoup déjeunes, la 
personne la plus admirable de l'aréna. 

Des milliers déjeunes cherchent à imiter 
l'exemple de ces durs, encouragés par leurs 
entraîneurs et, beaucoup trop fréquemment, par 
leurs parents". 

Les dessins animés furent critiqués autant que le 
reste des programmes de télévision. Les parents, 
soit en tant que particuliers, soit en groupes, se 
plaignent de la violence dans les dessins animés 
qui occupent une grande partie du temps en fin de 
semaine. Ceux qui furent le plus fréquemment 
cités furent: Road Runner et Bugs Bunny, 
(récemment supprimés du programme par certains 
réseaux à cause de la violence excessive qui s'y 
trouve). Une vingtaine de mémoires appelèrent 
l'attention sur des dessins animés mais il ne s'en 
est trouvé qu'un pour défendre le genre. Le dessi- 
nateur Greg Duffell de Scarborough en était 
l'auteur. Il dit des merveilles de "l'âge d'or du 
cinéma d'animation" qui commença vers la fin des 
années 30 pour finir au début des années 60, et il 
prit la défense de Chuck Jones, le créateur de 
Road Runner, en faisant remarquer qu'un tiers 
seulement des épisodes en circulation font partie 
de l'oeuvre de Jones et, qu'à l'origine, ces dessins 



animés n'étaient pas destinés aux enfants mais aux 
publics adultes. 

Beaucoup de gens qui ont présenté des 
mémoires critiquant les programmes de télévision 
n'étaient pas plus satisfaits des annonces qui les 
encadrent. Anthony J. Grey, directeur de l'Asso- 
ciation canadienne des travailleurs sociaux, a 
reproché à la publicité de ne pas refléter la société 
en "se concentrant sur les classes moyennes des 
banlieues". Il fit ressortir que les enfants 
confrontés à cette publicité se demandent peut- 
être pourquoi leurs parents ne peuvent s'offrir des 
demeures unifamiliales et des grosses voitures". 

Les plaintes les plus constantes portaient sur les 
annonces télévisées de films présentés à la 
télévision et dans des cinémas. La plupart des 
commerciaux ramassent en un message d'une 
minute toute la violence qui prend place en 90 
minutes ou en 2 heures dans le film. Il en résulte 
de brefs mini-drames effrayants et d'une 
incroyable cruauté. Certains parents mention- 
nèrent amèrement les commerciaux violents qui 
sont utilisés, pour annoncer des films, pendant les 
programmes destinés aux enfants ou à la famille 
{Romper Room y compris) et même pendant les 
services religieux. 

A Kingston et à Sault Ste-Marie, on a critiqué 
les annonces de films, paraissant dans les 
journaux. Lorsqu'une certaine partie de l'auditoire 
critiqua le Kingston Whig-Standard pour avoir 
publié des annonces explicitement violentes de 
films pour cinémas de plein air, Fred Madden, le 
directeur de la pubUcité, expliqua que le journal 
avait refusé certaines annonces "bien que, 
déclara-t-il, je suppose que cela pourrait amener 
certains cinémas à se vanter d'avoir été mis à 
l'index par le Whig-Standard ... ce qui équivau- 
drait à une mise à l'index à Boston". 

A Sault Ste-Marie, l'éditeur du Sault Star, W.R. 
Dave publia en première page une réponse aux 
critiques formulées à l'endroit du journal et de ses 
annonces de films par la voie des audiences 
publiques de la Commission . . . Les annonces de 
films écrivit-il "essuyèrent le feu des critiques à 
cause de leur côté sensationnel. Quelques unes en 
fait choquèrent une grande partie de la popula- 
tion, mais on savait certainement à quel type de 
film on avait affaire et les clients qui savaient à 
quoi s'attendre n'étaient pas pris par surprise". 



46 



"D'autre part, les films porno font salle comble 
là où ils passent, pas seulement une fois ou deux 
mais pour plusieurs soirs. Il y a donc des gens 
dans la communauté qui veulent les voir. Ils ne 
m'intéressent pas, moi personnellement, mais je ne 
crois pas avoir le droit d'imposer aux autres mes 
échelles de valeur". Il y a des gens du domaine de 
la publicité qui se plaignent que les parents inter- 
prètent mal leur industrie. 

J. J. Cronin, Président de l'Agence J. Walter 
Thompson, s'adressant à l'Association des 
radiodiffuseurs de Colombie-Britannique à 
Victoria (son discours comprenait en plus d'une 
présentation audio- visuelle, le mémoire de J. 
Walter Thompson à la Commission) déclara que 
trois spectateurs sur 10 croient que les annonceurs 
sont responsables des programmes qu'ils voient. 
Dans sa présentation, l'Association des annon- 
ciers canadiens fait ressortir que le public ne croit 
pas que les annonceurs soient responsables de la 
diffusion des nouvelles à caractère violent dans 
lesquelles leurs messages paraissent, mais il les 
tient responsables du contenu des émissions 
pendant lesquelles ces annonces paraissent, encore 
que des programmes directement patronnés par 
les annonciers constituent une exception aujour- 
d'hui. 

Moses Znaimer, le président de city-tv, une 
station indépendante de Toronto, brossa un 
tableau vivant des réalités économiques de 
l'industrie de la télévision. Il déclara en substance: 
"A ciTY-TV, je ne réalise aucune émission à 
caractère violent; sur les 45 heures de programmes 
hebdomadaires, il n'y a pas une seconde de 
violence. La violence est importée. La violence à 
la télévision canadienne disparaîtra ou bien son 
importance ira en augmentant ou en s'atténuant 
selon la fantaisie des programmes américains au 
gré de la mode dictée par la société américaine . . . 
L'organisation économique de la télévision est 
ainsi faite qu'elle implique l'acquisition de 
programmes typiquement étrangers et essentiel- 
lement américains. Si je veux acheter, je n'ai pas 
de choix autre que les programmes disponibles. Le 
propriétaire d'une petite station n'a que peu de 
latitude pour faire son choix et n'achète que les 
programmes dont les stations plus importantes et 
plus riches n'ont pas voulu. Il n'est pas 
financièrement assez solide pour préparer des 



programmes de la qualité à laquelle les 
radiodiffuseurs américains ont habitué les télés- 
pectateurs canadiens. 

Voici textuellement ce qu'il dit: "Le téléspec- 
tateur canadien a été gâté à outrance. Il est 
habitué à obtenir la crème de la crème . . . Non 
seulement il insiste pour avoir ce qu'il y a de 
mieux mais il le veut une fois, ou même, deux ou 
trois fois par semaine. Y a-t-il un endroit au 
monde où le téléspectateur a le droit de regarder 
Kojak deux fois par semaine?" Quant à importer 
des programmes de Grande-Bretagne pour 
résoudre le problème, voilà ce que Mr. Znaimer en 
pense: "le spectacle américain de la quahté la plus 
basse remportera au Canada toujours plus de 
succès que le spectacle britannique le mieux 
réussi" ... Il décrivit alors le manque d'intérêt des 
spectateurs pour les "plus exquises, les plus 
réussies, les plus brillantes productions de la 
télévision anglaise" qui se puissent acheter. 

Bien que ce soient les organes d'information et 
de divertissement comme la télévision, les 
journaux, les magazines qui furent, et de loin, les 
plus critiqués, un géant de l'industrie du disque 
exprima l'avis que ce sont les disques qui affectent 
les enfants le plus profondément. 

Sam Sniderman, le roi du disque qui détient, 
avec les disques A & A, près de la moitié du 
marché canadien des disques et des bandes 
enregistrées, fit ressortir que les disques écoutes à 
de nombreuses reprises, souvent dans l'intimité de 
la chambre à coucher des jeunes, influencent ceux 
qui les écoutent d'une façon particulière, sans 
commune mesure avec les autres média. Voilà des 
nouvelles qui seront peu réconfortantes à 
apprendre pour les parents qui, comme Mary 
Morris de Mississauga, ont choisi d'écouter les 
paroles de quelques disques les plus en vogue 
actuellement. Les couplets de chansons suivants 
ont été tirés du témoignage de Mme Morris 
devant la Commission: 

"Il écharperait le visage de sa grand-mêre 

s'il en avait la moindre chance. 
Il vous en revendrait les morceaux 

tout cela pour un peu de fric. 
Il se pensait le plus ignoble 

jusqu'à ce qu'il rencontre Sid le sauvage. 
Sid était un sang-mêlé 

aux crapuleuses origines. 



47 



Il renversa une pinte de bière sur 

les bottes de Benny. 
Benny le regarda et Sidney le fixa 

droit dans l'oeil. 
Sidney choisit une lame de rasoir et transforma 

Benny en chair à pâté. 
Oh, quelle terrible vision, vision infernale 

pour le grand plaisir des gens. 
Sidney saisit une hachette et l'enfonça dans 

le tête de Benny. 
Les gens suffoquèrent à la vue du sang, était- 
ce la fin d'un dur? 
Ils procédèrent alors au sauvetage des débris. 
Ils essayèrent de rassembler 

les morceaux mais il en manquait 

et certains arrivèrent trop tard. 
Aussi Benny travaille-t-il maintenant pour Jésus, 
comme gorille 

aux portes de Saint-Pierre." 

(chanson suivante) 

"Entrez, entrez donc nous avons 

le spectacle le plus étonnant . . . 
Vous allez aimer cela, nous le savons, 

entrez, entrez donc à l'intérieur. 
Nous vous offrons des frissons, des chocs, des batailles 

de flics supersoniques. 
Laissez vos flingues à la caisse! 

entrez, mais entrez donc! 
Amenez-vous, amenez-vous voir le spectacle. 
Derrière les barreaux, des têtes d'évêques en rangée 

dans des bocaux; 
Et une bombe à l'intérieur des voitures, spectaculaire, 

spectaculaire! 
Si vous me suivez, il y a pour vous quelque chose de 
spécial à voir, 
souffrance, souffrance! amenez- vous, 

venez voir le spectacle!" 

Mme Morris lut également les paroles d'un autre 
enregistrement populaire: 

"Il se fait tard, 

as-tu vu ma compagne, la mère? 
dis-moi quand les copains arriveront! 
Il est sept heures et je veux 

danser le rock. Je veux me remplir le ventre de bière. 
Mon père est saoul comme une barrique 

pleine de singes et ma vieille 

s'en fout. 
Dans ses bottes et ses bretelles ma soeur a 

l'air bien chouette. 
Et une poignée de graisse dans les cheveux. 
Gardez pour vous tous vos sermons 
on en a marre de votre discipline. 
Samedi soir est un bonjour pour la bagarre 

mettons un peu d'action; 



Prépare-toi, huile-toi comme un moteur diesel 

il va y avoir de la danse. 
Samedi soir est le 

soir que j'aime. 
Vive samedi soir, vive samedi soir. 
Eh bien, y a du monde 

ici ce soir! 
Et moi je cherche 

une pépée qui me veuille du bien. 
Il va peut-être falloir que j'utilise la force pour avoir 

ce que je veux; 
Je vais peut-être prendre un petit verre et beugler 

qu'elle est avec moi. La pétarade d'une moto et le 
bruit d'un rasoir, voilà 

deux bruits que j'aime. 
Produit de la classe ouvrière dont le meilleur ami flotte 
au fond 

d'un verre". 

Mme Morris cita alors non seulement ce qu'elle 
considère comme une chanson violente, mais une 
chanson qui rabaisse également terriblement les 
femmes. 

"J'ai vu beaucoup de femmes qui 

n'avaient pas eu de chance. 
Je vous ai vue et vous aviez l'air de sortir 

de dessous les roues d'un camion. 
Ce n'est pas gentil à dire, 

je suppose que je suis dur parfois, 
Mais je vais vous mitrailler 

le derrière si vous marchez sur 

mes plates-bandes. Quand je vois venir la police 

pour vous emmener. 
Je me demande parfois ce qui se cache 

derrière tout ce gâchis. 
Vous étiez peut-être à l'avant-garde de 

la lutte des femmes. 
Vous en êtes rendue pourtant à laver 

les escaliers des autres. 
Je m'en vais dire au monde que vous êtes 

une sale petite fille, 
que quelqu'un saisisse cette salope par les oreilles 

et la bouchonne. 
Brossez-lui le dos et retournez-là; 

Parce que je crois que cela fait des années qu'elle 

n'a pas pris de bain. 
Voilà ce que je pense de toutes 

les filles sales: 
Il vous faut nettoyer l'huître avant de trouver 

les perles 
Et comme les guenilles vous appartiennent, 

Je m'appartiens. 
Aussi ne vous montrez pas par ici 
Avant d'avoir vu l'assistante sociale". 

Son dernier exemple était non seulement violent, 
mais morbide. 



48 



"J'aime les morts avant qu'ils ne refroidissent, 
J'aime leur chair bleuissante sur laquelle je jette 
les yeux et ne vois rien; 
J'aime les morts avant qu'ils ne se lèvent sans 

adieu, sans au revoir; 
Je n'ai jamais même connu ton visage pourrissant alors 

qu'amis et amants se lamentaient sur 

ta stupide tombe. 
J'ai d'autres visées sur ton bien-aimé 
Nous aimons les morts, nous aimons les morts, oui". 

Que penser des concerts et des cinémas où se 
rendent les gens, après probablement y avoir 
réfléchi, quittant leur foyer et payant leur place? 
La vedette de concert la plus souvent citée fut 
Alice Cooper. Plusieurs personnes attirèrent 
l'attention sur un incident qui eut lieu à Calgary 
au cours duquel un jeune garçon après 
apparemment avoir vu Cooper se pendre pendant 
un spectacle télévisé, se tua accidentellement en 
essayant d'imiter ce haut fait. 

Il ressortait clairement des mémoires que, 
maintenant, lorsque les Canadiens pensent 
cinéma, ils ne font plus guère de distinction entre 
sortir pour voir un film ou en regarder un à la 
télévision. Selon R. W. Staples "les pendaisons 
publiques sont choses du passé mais leur sauva- 
gerie est toujours là, bien vivante, offerte par les 
média dans des présentations telles que S. W.A.T., 
Mannix, Cannon ou d'innombrables types du 
genre . . . sale-type-prêt-à-tout-pour-seulement- 
quelques-sous, qui tuent pour le plaisir des télé- 
spectateurs. Les films qui ont été le plus souvent 
dénoncés sont des productions des années 1972- 
1975 comme Jaw5, The Godfather, Rollerball, et 
The Exorcist. (Seul, The Godfather avait été 
présenté à la télévision au moment où les 
audiences prirent fin). Richard Pulsifer, directeur, 
décrivit les applaudissements de la salle à 
certaines scènes de Jaws alors qu'on voyait "des 
morceaux sanglants de chair qui volaient dans 
toutes les directions", et rapprocha cette scène de 
celle où, dans 1984 de George Orwell, on voit la 
populace applaudir l'écartèlement d'un être 
humain. 

Dans une des premières lettres reçues par la 
Commission, on se plaignait des films projetés 
dans les avions pendant le vol: G. S. Arbus décrivit 
un film, The Spikes Gang, qu'il eut l'occasion de 
voir dans l'avion qui l'amenait d'Europe à 



Toronto. "C'était l'histoire de trois jeunes garçons 
sans malice et au passé propre de tout crime, qui 
commençaient à trouver la vie bien terne et qui 
décident, parce que la vie n'off're rien d'excitant, 
de s'acoquiner avec un cambrioleur de banque. 
Avant la fin du film, ils avaient tué plusieurs 
personnes et avaient eux-mêmes été tués". 

Une enquête auprès des compagnies aériennes 
assurant des départs hors de l'Ontario a révélé 
qu'elles surveillaient ce problème de près: alors 
que SAS (lignes Scandinaves) refuse tout film "où la 
violence, le sexe ou le crime occupent une part 
excessive", la British Airways fait passer les films 
si la violence gratuite peut en être éliminée et si la 
violence est essentielle à l'intrigue. 

Air Canada, suivant en cela le système de 
classification américain, ne fait passer que les films 
ayant obtenu la cote G (destinés au pubhc 
général) ou la cote PG (recommandés par les 
conseils de parents). 

La Compagnie tient compte également des 
adaptations requises pour la télévision. Cepen- 
dant, lorsque les membres de la Commission, au 
gré de leurs déplacements sur les lignes d'Air 
Canada, examinèrent la programmation des longs- 
métrages de cette compagnie, ils s'aperçurent que 
cinq des six films retenus portaient sur la violence, 
et qu'au moins l'un d'entre eux, French Connection 
II, n'a obtenu, en Ontario, que la cote "avec réser- 
ve". 

Presque chaque plainte spécifique déposée 
contre les média, à l'exception des journaux, 
concernait une production américaine. Certains 
mémoires soulignèrent cet état de choses. 

L'Institut de radiodiffusion pour enfants fit 
ressortir que le Canada ne produit pratiquement 
pas d'oeuvres d'imagination violentes pour la 
télévision "mais on achète un flot continu d'émis- 
sions violentes en provenance des Etats-Unis. Des 
producteurs de télévision canadiens de valeur 
jouent dans un théâtre dont presque tous les sièges 
leur tournent le dos". 

Sharron McLauchlan de Mississauga voulut 
savoir si les programmes canadiens de télévision 
destinés aux enfants en bas âge favorisaient 
vraiment la sociabilité, et entreprit d'en étudier 
quatre. Polka Dot Door, Friendly Giant et Mr. 
Dressup se classèrent très haut dans l'échelle des 
valeurs prônant la sociabilité et bas dans celle des 



49 



valeurs anti-sociales et, dans presque tous les cas, 
les comportements et conversations anti-sociales 
étaient utilisés de façon constructive. 

Cependant, il manque au quatrième, Uncle 
Bobby, "cette qualité salvatrice" ajouta-t-elle. 

Garth Jowett, qui entreprit plus tard des 
recherches pour la Commission, prit la parole 
pendant l'audience de Windsor. 

Il décrivit la domination des média par 
l'étranger comme un élément capital du problème 
complexe de la violence: "N'importe quel agent 
de police du pays est à même de constater que 
l'idée que se font les Canadiens des procédures 
judiciaires est tellement faussée par le commerce 
constant qu'ils ont avec le modèle américain, 
qu'ils ignorent totalement les procédures 
judiciaires canadiennes. 

Nous avons entendu dire depuis de nombreuses 
années que les écoliers canadiens connaissent 
mieux les Etat-Unis que leur propre pays. Encore 
là, il faut voir le résultat de ce constant contact 
avec les média américains. Combien de temps 
allons-nous encore tolérer ce bouleversement de 
notre propre processus de socialisation"? 
demanda-t-il. 

Bill Boyle de la Coopérative de productions 
cinématographiques de Toronto clôtura 
éloquemment ce débat sur la domination 
étrangère qui mine notre culture en déclarant: "Le 
cinéma est l'organe qui a le plus d'influence. Il 
décrit la vie en détails et détermine qui nous 
sommes et ce que nous sommes avec un discer- 
nement subtil dont on a très rarement conscience. 
C'est lui qui forge notre échelle de valeurs morales 
et notre comportement social. Comme un miroir, 
il nous réfléchit notre image. On ne peut nier 
l'emprise qu'il exerce sur nous et, plus spéciale- 
ment, sur les jeunes. Le drame est que, l'image 
reflétée par le miroir n'est pas la nôtre, que les 
valeurs morales citées en exemple ne sont pas 
nôtres; nous ne nous retrouvons pas en tant que 
Canadiens dans ces gens qui passent sur l'écran, 
nous ne reconnaissons pas ce qui s'y passe. Toutes 
ces caractéristiques appartiennent à quelqu'un 
d'autre et nous restons nous, isolés les uns des 
autres". 

Il y avait un autre côté au sombre tableau que 
brossaient des média la plupart des gens qui 
présentèrent des mémoires à la Commission. Cet 



autre côté a été défendu énergiquement à 
plusieurs occasions, pas toujours par des membres 
de l'industrie des communications. Les média 
présentèrent leurs explications, ou était-ce leur 
défense? en deux volets. L'un traitait de la 
violence en tant que divertissement. L'autre, plus 
complexe, traitait de la censure et du rôle des 
média dans une société libre. 

L'argument le plus souvent avancé en faveur de 
la violence des personnages fictifs dans les médias 
est le rôle d'exutoire qu'elle joue. Parmi plusieurs 
porte-parole des média qui soutinrent ce point de 
vue, mentionnons Norman Marshall, un 
radiodiffuseur de Hamilton, membre du dépar- 
tement des Arts et Communications au Collège 
Mohawk. Il attira l'attention des Commissaires 
sur des études remontant à quelque dix ans et 
portant sur la méthode cathartique. Richard 
Goranson, psychologue spécialisé en recherches à 
l'Université York (qui a subséquemment effectué 
une étude pour le compte de la Commission) 
réfuta la théorie du défoulement dans un mémoire 
intitulé "Le mythe du défoulement par l'agression 
de substitution". Il déclara que "la théorie du 
défoulement par agression de substitution ne vient 
pas d'Aristote, qu'elle est contraire au bon sens et 
contredite par une grande partie des chercheurs". 

L'Association Canadienne des Radiodiff'useurs 
déclina l'off're de présenter un mémoire, mais son 
antenne régionale, l'Association des 
radiodifl'^useurs du Canada central, fit remarquer 
que "les média n'ont, ni découvert, ni inventé la 
violence" et que les stations canadiennes tirent 
leurs ressources les plus importantes d'une cote 
d'écoute élevée qu'ils obtiennent en produisant 
des programmes non canadiens mais pour la 
plupart américains". Quels sont ces programmes 
américains? Selon J.J. Cronin, président de 
l'agence J. Walter Thompson (dans son discours 
de Victoria) les Canadiens ne sont pas des incon- 
ditionnels de la violence et quand on lui off're 
d'autres possibiHtés, le public les choisit. Les 
émissions les plus populaires dans la plupart des 
endroits où les enquêtes ont été effectuées 
comprennent: Disney World, AU in the Family, 
Happy Days, Rhoda, m*a*s*h, Chico and the Man, 
The Wallons, Carol Burnett, et Sonny and Cher. 
Celles-là se défendent bien, devant Kojak et la 
Soirée du hockey. 



50 



George Lund, directeur du réseau de télévision 
CKSO à Sudbury déclara "que ce ne sont pas les 
stations de télévision qui décident quels 
programmes vont passer sur les ondes, ce sont les 
téléspectateurs. 

Si les gens regardent Swiss Family Robinson en 
petit nombre et Baretta en grand nombre, ils se pro- 
noncent en fait sur les programmes qui passeront 
en ondes". 

La Société de télévision Kawartha limitée réfuta 
l'allégation selon laquelle la télévision est respon- 
sable de la violence sociale en faisant remarquer 
que "la télévision n'existait pas au temps des 
Romains et des Chrétiens ni quand Hitler prit le 
pouvoir ni encore, du temps des batailles entre les 
Indiens et la cavalerie américaine. A la télévision, 
la grande majorité des malfaiteurs sont attrapés et 
punis, prouvant bien aussi aux spectateurs que le 
crime ne paie pas". 

Pour plaider la cause des média, les arguments 
les plus percutants furent cependant l'obligation 
de favoriser la liberté d'expression et les dangers 
qui menacent les sociétés qui tentent de censurer 
les média. Ce point de vue fut soutenu par les 
porte-parole des trois quotidiens de Toronto: 

Selon Douglas Creighton, éditeur et rédacteur 
en chef du Toronto Sun: "La moitié de la presse du 
monde entier n'est pas libre et la liberté est en 
danger quand on veut contrôler la presse, aussi 
bien intentionné soit-on. C'est l'indice d'un régime 
démocratique de voir la presse remplie de 
mauvaises nouvelles; quand la presse n'est remplie 
que de bonnes nouvelles, vous pouvez être sûrs 
que les prisons sont pleines de bonnes gens". 

Selon Richard Malone, éditeur du "The Globe 
and Mail" . . . "La liberté de la presse est un 
principe inhérent non seulement à la structure 
constitutionnelle du Canada, mais c'est aussi un 
élément essentiel aux systèmes démocratiques. Le 
public a le droit de savoir et nous avons la respon- 
sabilité de le renseigner. Supprimer les témoi- 
gnages de violence et de brutalité serait rendre un 
mauvais service à la communauté et cacherait au 
public la réalité et la nécessité de chercher des 
solutions. Les journaux, loin d'exploiter ou de 
provoquer la violence, ont joué un rôle majeur 
dans la recherche de ses causes et des remèdes". 

Martin Goodman, rédacteur en chef du Toronto 
Star, déclara que "la presse canadienne, comme 
toutes les institutions publiques du Canada, se 



consacre à la réalisation d'une société libre de 
toute violence. Ce but ne sera atteint que si les 
citoyens sont au courant des dangers qui les 
menacent et non pas quand les dangers sont 
fardés ou passés sous silence". 

Pour Douglas Trowell, président de la Société 
de radiodiffusion Shoreacres, "rien n'est plus 
violent que la mainmise sur quelqu'un d'autre. 
C'est là la sorte de violence qui m'inquiète le 
plus." W.R. Dane du "Sault Star" fit ressortir qu'il 
existe une différence entre "... la violence fictive 
des feuilletons à la télévision et celle qui éclate 
dans le monde et qui doit faire l'objet de repor- 
tages. Il y a aussi de bonnes nouvelles et elles sont 
nombreuses. Nous ne pouvons pas, par contre, 
passer les mauvaises sous silence et, en tant que 
société, nous ne pouvons pas en venir à la 
résolution des problèmes de ce monde si nous ne 
savons pas en quoi consistent ces problèmes . . . 
Un journal est le reflet du monde qui l'alimente et, 
comme dit Gogol dans la comédie satirique 
''l'Inspecteur généraH "ne blâmez pas le miroir si 
votre visage est imparfait". 

Ce ne sont pas seulement les porte-parole des 
média qui s'inquiétèrent de la censure. Voici ce 
qu'en dit l'Ecole maternelle coopérative Shamrock 
de Bridgenorth ". . . en fin de compte, la censure 
est une affaire individuelle. Nous ne sommes pas, 
en principe, contre la censure, mais nous sommes 
contre ces censeurs qui disent agir par vertu . . . 
Car évidement, la vertu appelle la répression: ceux 
qui croient en la vertu doivent s'assurer que la 
vertu est respectée". 

Selon la Commission scolaire de Dryden: "La 
censure n'est pas une solution. Une plus grande 
censure nous rapprocherait un peu plus du "1984" 
de George Orwell, ce contre quoi tous les 
Canadiens doivent lutter". 

Selon le Comité spécial sur la violence réuni par 
le maire de Windsor: "Alors que nous recom- 
mandons fortement aux média de prendre les 
mesures internes de réglementation pour se mettre 
au diapason des attentes de la société en ce qui 
concerne l'ampleur excessive de la violence, nous 
exhortons également la Commission royale de 
renoncer à recommander la censure du contenu 
des média pour en arriver au même but". 

Rebecca Johnson, présidente du Comité consul- 
tatif ckpr-tv à Thunder Bay, déclara "les conclu- 



51 



sions de la Commission penchent vers la censure 
si tous les autres remèdes s'avèrent inefficaces. 
C'est une solution qui ne résoudrait pas le 
problème et à laquelle on doit s'opposer" . . . 

Raymond Smith, directeur du réseau régional 
de bibiothèques d'Algonquin, affirme: "Je mets en 
question tout ce qui entrave la liberté de l'infor- 
mation . . . Va-t-on me demander de retirer un 
livre comme Orange Mécanique (Clockwork 
Orange) de la circulation si les films sont jugés 
trop violents pour la télévision?" 

La Fédération des Associations de parents et 
professeurs de l'Ontario déclara: "A notre avis, la 
situation actuelle ne requiert /7a5 de censure de la 
part du gouvernement". 

Les tenants de l'autre attitude à tenir sur la 
question controversée de la censure firent 
connaître leur point de vue par la voix, entre 
autres, de D.R. Ferguson d'Ottawa qui s'oppose 
aux média qui "brandissent" le slogan "Liberté de 
la presse" pour se permettre de faire tout ce qu'ils 
veulent"; dans la même veine, Wilfred Nuss du 
Collège Fanshawe croit "qu'il est temps que le 
gouvernement intervienne pour faire disparaître la 
violence de la télévision", et Betty Borg de Peterbo- 
rough, conclut: . . . "que nous devons, en tant que 
société restreindre la liberté de ceux qui veulent 
tirer des gros profits de notre faiblesse et de notre 
insouciance". 

Un sondage eff"ectué auprès de 1 19 foyers de 
Sioux Lookout démontra que les gens croyaient 
qu'un organisme indépendant comme le gouver- 
nement devrait censurer la télévision. 

Etant donné l'insatisfaction profonde des gens, 
quel usage font-ils réellement des média? 

Les réponses vinrent sous forme d'enquêtes 
détaillées entreprises par des associations parois- 
siales et scolaires. On y découvre de fascinants 
aspects aux sentiments complexes faits de haine et 
d'amour qui nous lient aux média et plus 
spécialement, bien sûr, "à cet étranger dans nos 
maisons" qu'est la télévision? Quand les enfants 
regardent-ils la télévision? Une enquête réalisée à 
Hamilton indique que les enfants en bas âge la 
regardent le matin et les plus âgés, dans la soirée. 

A Sioux Lookout, les résultats d'une enquête 
démontrèrent que 80 % des enfants regardent la 
télévision après l'école et le soir alors que 4% 
seulement des jeunes interrogés (dont l'âge moyen 



était de huit ans) la regardaient le matin. Selon 
cette enquête, 98% des enfants de septième et 
huitième années la regardaient le soir. 

Combien les enfants consacrent-ils de temps à 
la télévision? Selon la Commission scolaire de 
London, 25% de tous les enfants âgés de deux à 1 1 
ans regardent au moins une demi-heure d'émis- 
sions à caractère violent et une autre demi-heure 
de dessins animés axés sur la violence tous les 
jours . . . 

Le Collège St. Lawrence à Cornwall est d'avis 
que 50% des enfants regardent quotidiennement la 
télévision pendant plus de trois heures, alors qu'à 
Sioux Lookout, 50% des jeunes de septième et 
huitième années y consacraient de une heure à 
trois heures, 40% de trois heures à six heures et 10 
pour cent plus que cela. 

Jusqu'à quelle heure les enfants veillent-ils, et 
par conséquent, jusqu'à quelle heure regardent-ils 
la télévision? Ils est ressorti d'une étude réalisée 
par Educom, un groupe d'Hamilton que l'heure 
du coucher variait de 19h à 20h30 pour les jeunes 
enfants. Pour les enfants de neuf à 12 ans, les 
heures variaient de 20h30 à 22h. Les adolescents, 
eux, se couchaient après 21h30. Pour tous les 
groupes d'âge, l'heure du coucher était plus 
tardive en fin de semaine. Une étude réalisée par 
les étudiants de l'école secondaire Grimsby révéla 
que 67% des enfants âgés de sept à 15 ans étaient 
encore debout après 21 h. 

Les gens guident-ils leurs enfants dans le choix 
des émissions et censurent-ils certains 
programmes? A Sioux Lookout, la réponse fut un 
oui fracassant et à Grimsby, la réponse fut aussi 
positive pour la période pendant laquelle les 
enfants sont en maternelle alors que 60% des 
parents limitent le temps consacré aux dessins 
animés. Par contre les parents d'enfants de 
cinquième année ne semblent pas au courant des 
programmes que leurs enfants regardent et 
seulement 10% des enfants de sixième année se 
voient imposer par leurs parents certaines restric- 
tions aux heures d'écoute. 

Le groupe du Collège St. Lawrence est aussi 
d'avis que les parents ne sont pas au courant de ce 
que leurs jeunes regardent. 

Le Club Rotary de Kenora fit une enquête 
auprès de ses membres dont 74% déclarèrent que 
c'est aux parents qu'incombe la responsabihté de 



52 



guider leurs enfants dans le choix des 
programmes, mais seulement 14% s'en occupent 
vraiment en pratique. 

Quelles émissions les enfants regardent-ils? 
L'enquête réalisée à Sioux Lookout auprès 
d'enfants dont l'âge moyen était de huit ans, 
révéla que 42 pour cent préféraient Bugs Bunny, 38 
pour cent The Partridge Family et 27 pour cent 
Sésame Street. 

A Grimsby, les favoris se révélèrent être: 
Popeye, Bugs Bunny, Road Runner, m*a*s*h et 
s.w.A.T. A Grimsby, les émissions préférées des 
élèves de cinquième année sont des émissions à 
caractère violent. La Commission scolaire de 
Hamilton procéda à des expériences sur deux 
groupes témoins: le premier regardait la télévision 
plus de trois heures par jour et le second moins de 
trois heures par jour. Ceux qui faisaient partie du 
groupe "plus de trois heures" aimaient les histoires 
de détectives et les histoires policières autant que 
les émissions sportives dans lesquelles les qualités 
de durs sont admirées. 

Ceux qui regardaient moins de trois heures par 
jour préféraient des histoires d'aventures ou des 
histoires du monde médical dans lesquelles les 
héros devaient résoudre des problèmes. A 
Grimsby, des enfants âgés de sept à neuf ans 
déclarèrent aimer une très grande variété d'émis- 
sions dont le "Six Million Dollar Man, Happy 
Days, Baretta et Star Trek". Les enfants de 10 à 11 
ans, eux, aimaient s.w.a.t., Hogan's Heroes et 
Welcome Back Kotter. De 12 à 15 ans, les enfants 
aimaient s.w.a.t., Starsky and Hutch et Baretta. On 
observera que ces programmes sont tous de 
production américaine. Les élèves de huitième 
année s'identifiaient à des surhommes comme 
Spiderman, Bat man, Super man. 

A Sioux Lookout, 40% des jeunes aiment les 
spectacles "drôles" alors que 24 pour cent aiment 
les spectacles qui "font peur". 

Quels livres et bandes dessinées les enfants 
aiment-ils? Une enquête réalisée à Stratford dans 
une école secondaire du centre-ville, auprès 
d'enfants de neuf à 12 ans, démontra que les livres 
dessinés préférés étaient: Archie, Peanuts, 
Spiderman, Bugs Bunny, Richie Rich, Mad, Mickey 
Mouse, Dennis the Menace, Porky Pig. Les bandes 
dessinées préférées étaient Peanuts (39 pour cent) 
et Hi and Lois (10 pour cent). 



A Sarnia, le Nu Chapter du Delta Chi Sigma 
rapporta que la plupart des enfants déclarèrent 
qu'ils peuvent très rarement lire des livres de 
bandes dessinées car "qui peut se les offrir?" 

Qu'est-ce que les gens pensent de la violence 
dans les média? Quatre-vingt dix pour cent des 
paroissiens de l'Eghse catholique Ste. Marie à Fort 
Frances qui furent interrogés étaient d'avis qu'il y 
a de nos jours, trop de violence dans les média; 
soixante-deux pour cent des gens interrogés dans 
l'enquête du Collège St. Lawrence pensaient que 
la violence à la télévision influait sur la santé 
mentale; lors de l'enquête réalisée par l'Asso- 
ciation des femmes d'aff'aires et de carrière de 
Brampton, quatre-vingt un pour cent des jeunes 
déclarèrent qu'ils n'oublieraient jamais certaines 
émissions qu'ils avaient vues et, de vingt à vingt 
huit pour cent des adultes interrogés déclarèrent 
n'avoir aucune opinion à ce sujet. 

Dans l'enquête réalisée à Sioux Lookout, 72 
pour cent des 1 19 familles qui répondirent à 
l'enquête pensaient que la violence à la télévision 
était en partie responsable de la violence dans la 
société. 

Une enquête à l'école secondaire de Port 
Colborne établit que "filles et garçons sont 
d'accord pour reconnaître que la télévision est, de 
tous les média, l'organe qui exerce le plus 
d'influence; que la violence corrompt les esprits de 
plus en plus jeunes, que les actions criminelles 
dépeintes à la télévision sont facilement imitables 
par des gens désespérés et, qu'enfin, les étudiants 
eux-mêmes sont vulnérables à tout ce qu'ils 
voient, lisent et qu'ils sont devenus insensibles à la 
violence, ce qui angoisse certains d'entre eux. 

Finalement, mentionnons entre parenthèses 
qu'une étude eflectuée à l'école secondaire Queen 
Elizabeth à Sioux Lookout, dans le cadre du cours 
400 "L'homme dans la société", demanda à de 
jeunes enfants de choisir ce qu'ils aimeraient faire 
plus tard: 48 pour cent dirent qu'ils voudraient 
être gorille, 16 pour cent veulent être poisson, 24 
pour cent bébé tortue et 12 pour cent, arbre! 

Comme le démontrent les enquêtes, les gens 
font une grand consommation des produits offerts 
par les média et, comme leurs critiques le 
prouvent, ils sont nombreux à ne pas aimer ce 
qu'ils voient. Pour quelles raisons? Alors que de 
nombreux mémoires ne firent que mentionner 



53 



l'influence des média, d'autres soulignèrent cet 
aspect de la question. 

Le juge Raymond J. B. Cramer de la Cour 
provinciale, déclara qu' "un contact continuel 
avec la violence par l'intermédiaire des média fait 
vivre les gens dans la crainte et les rend indiffé- 
rents à la violence réelle". 

Mary Mainwaring et Mme H.D. Saravana- 
muttoo d'Ottawa, soutinrent que "chez 
l'adolescent moyen, il résulte de ce contact avec la 
violence un accroissement des facteurs qui carac- 
térisent ordinairement les sujets souffrant de 
troubles psychologiques et, parfois, les défavorisés 
sociaux". 

Les média, la télévision en particulier, nous 
disent ce qu'on attend de nous si l'on en croit les 
mémoires et les enquêtes que la Commission a 
reçus de psychologues du comportement et de 
gens ordinaires ayant observé leur propre famille. 

Robert C. Kaill, du département de sociologie 
et d'anthropologie de l'Université de Guelph fit 
remarquer que "lorsque le prétendu héros d'une 
histoire fait usage de la violence pour atteindre 
certains buts acceptables, il légitime la violence en 
elle-même. 

Kojak, par exemple, prouve régulièrement 
chaque semaine, que la seule façon efficace de 
venir à bout des malfaiteurs ou des gens 
soupçonnés d'avoir commis des délits, est de 
recourir à la plus rude des férocités psycholo- 
giques et physiques. Ce qui ne sert qu'à convaincre 
les spectateurs, jeunes et vieux, qui n'ont pas 
atteint une pleine maturité que c'est ainsi qu'on 
traite avec les autres gens ..." 

A Kingston, un membre de l'assistance décrivit 
comment son jeune fils jouait au hockey: son ami 
et lui se font quelques passes avec la balle qu'ils 
utilisent puis, jetant leur bâton, ils commencent la 
bagarre. La raison: A regarder les matchs à la 
télévision, ils s'imaginaient qu'un match de 
hockey consiste à se passer la rondelle puis à se 
battre. 

L'Association canadienne des chefs de police 
lança le cri d'alarme suivant: "de nombreuses 
émissions, sans faire montre véritablement de 
violence physique et cruelle, exposent très 
clairement comment procéder à des opérations 
illicites et des rackets (des extorsions en particu- 
lier) et sèment ainsi des idées dans les jeunes 



esprits. Nous croyons que lorsque les gens ont 
réussi à atteindre un certain équilibre de vie, ils ne 
sont plus guère influençables mais, pendant les 
années de formation, les modèles de compor- 
tement qui leur sont oflerts sont déterminants". 

Parents et professeurs se montrèrent inquiets 
devant la montée et l'augmentation de la violence 
dans les cours de récréation, et le vandahsme à 
l'école ainsi que d'autres conséquences négatives 
furent attribués à l'influence des média ... La 
Commission scolaire de North York constata 
qu'un nombre écrasant de professeurs de mater- 
nelles et de troisième année de même que la moitié 
des professeurs de sixième année ont remarqué 
chez leurs élèves des comportements tirés tout 
droit des émissions télévisées, des imitations, en 
particulier, de héros et personnages de la 
télévision comme ceux du Six Million Dollar Man, 
Batman et Evel Knievel. On y a noté des incidents 
mettant en relief le peu d'esprit sportif, un langage 
lamentable, de la bagarre, le recours aux armes 
utilisées dans les arts martiaux orientaux, de 
même qu'un comportement généralement passif, 
peu d'activités extérieures, peu de lecture, un 
manque de créativité, et d'imagination et très peu 
de faculté de concentration. 

Pour la Commission scolaire catholique du 
Grand Sudbury, le jeu à l'école constitue "le reflet, 
l'écho des pensées profondes de l'enfant qui sont 
devenues de plus en plus violentes au cours des 
dernières années." Les jeux qu'on appelait "pour 
rire" sont passés de mode et ont été remplacés par 
des jeux comme le viol auquel des enfants de 
cinquième année jouent dans la cour de récréation 
et Kung Fu qui ont le plus de faveur chez les 
enfants de tous les âges". 

Les jeunes eux-mêmes se plaignent de l'augmen- 
tation de la rudesse dans les jeux et du peu de 
tenue du langage. Un professeur se plaint de la 
violence qu'on trouve dans les rédactions et des 
échanges verbaux plus violents tels que "Je te 
tuerai". 

Kathryn Nicholson, professeur à Sioux 
Lookout, a noté une augmentation de la violence 
lors des jeux dans la cour de récréation. Le 
Conseil des écoles séparées catholiques du Comté 
d'Hastings et Prince Edouard nota également des 
imitations déjà mentionnées de Kung Fu et de Six 
Million Dollar Man. Vivian Laukkanev de 



54 



Geraldton remarqua de nombreux matamores du 
genre de "Fonzie et Sweathog", de même que des 
combats à la Kung Fu dans les cours de récréa- 
tion. 

"A la suite d'un certain nombre d'histoires 
télévisées traitant d'incendies criminels, plusieurs 
incidents se sont produits dans notre localité" 
ajouta-t-elle. Il y a de moins en moins de respect 
pour la vie et la propriété des autres ... la violence 
radiodiffusée contribue au déclin de notre civilisa- 
tion. 

Margaret Maier, professeur suppléant à 
Thunder Bay déplore le fait que les enfants ne 
savent pas écrire d'histoires simples sans singer ce 
qu'ils voient à la télévision; de plus la longueur de 
leur histoire est proportionnelle au nombre de 
personnes tuées ou blessées. Ils ne font montre 
d'aucune imagination originale. Hormis une demi- 
douzaine d'honnêtes travaux d'une page, les 
narrations reflètent les émotions fortes de gens 
violents ou l'indifférence devant le meurtre, l'égo- 
centrisme insensible de l'auteur. 90% des narra- 
tions de la classe de rédaction et de composition 
traitent d'assassinats, de vols ou de violence pour 
jouer. 

W.A.Book, directeur de l'école secondaire de 
Fort Frances, fit remarquer que "les filles utilisent 
beaucoup plus la force physique et vont même 
jusqu'à se battre; leur langage est devenu même 
plus violent que leurs actes. Les garçons et les 
jeunes gens qui traditionnellement mettaient dans 
leurs batailles l'accent sur la force physique, le 
font toujours mais ce qui était bagarre à coups de 
poings, est devenu combat sans armes avec 
comme seule règle la mutilation ou la mort de 
l'adversaire. Beaucoup plus de combattants 
prennent le chemin de l'hôpital qu'avant". 

D'autres catégories de la population ne sont pas 
mieux traitées: la Commission scolaire de Toronto 
nota que les annonces publicitaires sont pleines 
"d'insultes évidentes et grossières à l'égard des 
femmes". Le docteur en sociologie, J.E. Callagan 
de l'Université de Guelph, fit remarquer que la 
télévision dépeint "un nombre nettement plus 
important de femmes dans des rôles de criminelles 
qu'on ne le faisait auparavant et il sera peut-être 
possible d'établir un rapport entre cette tendance 
et le nombre et le type de crimes commis par des 
femmes dans l'avenir . . ." 



Dans une étude solide sur le rôle des média 
dans le processus de socialisation des hommes et 
des femmes, Lynne Thornburg, de Thunder Bay, 
définit le portrait actuel des femmes dans les 
média comme "stéréotype ... il y a outre l'épouse 
et mère, l'idiote, la prostituée, la femme objet, la 
victime". 

Les films actuels sont peuplés de femmes 
maltraitées, négligées et d'autres, n'ayant plus rien 
d'humain. Il en résulte que les sexes sont 
nettement séparés et il se peut que se perpétue 
ainsi l'état d'infériorité des femmes dans les média 
et dans la réalité. Il est peut-être diflficile pour 
certains enfants de discerner où est vraiment la 
réalité entre le modèle que présentent les parents 
et celui que présentent les média. 

Trevor Thomas, directeur des services généraux 
de l'hôpital psychiatrique de Waterloo, parla de la 
présentation que font les média d'une autre 
minorité de la population: . . . "en incluant des 
énoncés tels que 'un ancien malade mental libéré 
depuis peu d'un hôpital psychiatrique' on 
perpétue le mythe qui veut que les gens qui ont été 
soignés dans un hôpital psychiatrique sont 
violents et dangereux". 

Des chercheurs ont démontré que ces gens sont 
moins susceptibles de commettre des actions 
criminelles que ceux qui ne reçoivent pas de tels 
soins". Il ajouta: "En tant que coordinateur de 
'Parents anonymes' de Kitchener Waterloo, je 
m'inquiète de voir le coroner autoriser la diff"usion 
à la presse, des renseignements sur les enfants 
maltraités en vue de choquer le public. Par cette 
façon de faire, le public est amené à réclamer plus 
de poursuites en justice, ce qui ne contribue qu'à 
l'augmentation du nombre des cas d'enfants 
maltraités". 

John Elliot, du Service d'entraide aux familles 
de la région de Niagara, déclara que la Société 
pour la sauvegarde de l'enfance s'inquiétait devant 
le déferlement constant de la violence dans les 
média qui peut conduire à sa régularisation dans 
la société; les enfants tiennent pour acquis que le 
monde est réellement ce chaos, cet univers désor- 
donné de sauvagerie que dépeignent la télévision 
et les films. Les enfants ayant des problèmes 
personnels, ceux qui sont mal adaptés dans la 
société et qui ont besoin de satisfactions 
immédiates, trouveront peut-être un refuge dans 



55 



ces images et s'identifieront peut-être d'une façon 
dangereuse pour la société, aux héros de ces situa- 
tions dans lesquelles ils trouvent un assouvis- 
sement à leurs instincts. 

M. Elliot cita en exemple le cas d'une jeune fille 
de 15 ans qui déclara à sa mère adoptive qu'elle 
avait envie de poignarder quelqu'un et que cette 
idée lui était venue après avoir appris, par des 
reportages, qu'une jeune fille de 16 ans s'était fait 
poignarder dans le métro de Toronto. "La 
description de la violence, la publicité qu'on lui 
donne, alliées à la crainte, la frustration, la colère 
et toute une kyrielle d'autres facteurs semblent 
former un cercle vicieux qui voit la violence se 
nourrir de publicité et la publicité vivre de la 
violence. Nous devrions être plus inquiets que 
nous ne le sommes devant l'affaiblissement de 
notre sensibilité dû à l'acharnement des média à 
peindre la brutalité". 

Il ne faudrait pas croire que l'âge soit un 
rempart au mal insidieux que distillent les média. 
Un mémoire présenté par un groupe de l'âge d'or 
du Centre des bons compagnons d'Ottawa, fait 
remarquer "que les citoyens du troisième âge sont 
très souvent les victimes de la violence à la télévi- 
sion". 

Devant les vols de sacs à main, les attaques de 
rues, ils craignent de plus en plus de quitter leur 
logis et de s'aventurer seuls dans les rues ... ils ont 
peur pour leurs petits-enfants et se demandent 
quelles seront sur eux, les conséquences de cette 
violence. 

Paul S. Licker, membre de l'Institut des 
Communications sociales à l'Université St Paul, à 
Ottawa, dans un mémoire présenté en son nom 
personnel sous le titre "Chacun à son goût" ou 
"des résultats à part pour gens à part" recom- 
manda instamment qu'on fasse des recherches 
plus poussées sur les incidences de la violence à la 
télévision chez les personnes âgées qui se 
rappellent et analysent leur propre passé mais qui, 
contrairement aux enfants, n'ont pas devant eux 
l'avenir qui apportera des solutions au mal. 

Pour finir, voici l'exposé des conséquences sur 
un jeune homme, d'un reportage de presse. C'est 
par pure coïncidence que la Commission entendit 
parler, raconté par David Talbot de Bancroft qui 
faisait autrefois partie de la force de police du 
Grand Toronto, d'un incident au cours duquel il 



avait recueilli un jeune Indien qui, dans une 
tentative de suicide, s'était jeté devant un train du 
métro à Toronto. Ce jeune homme avait lui-même, 
cinq semaines auparavant, raconté cet incident 
pendant une audience. Les deux comptes rendus 
de cet incident se rejoignent sur l'essentiel, à 
savoir que le jeune autochtone s'était senti 
déprimé après avoir lu dans le Toronto Star l'his- 
toire d'un autre Indien qui s'était suicidé au même 
endroit, deux jours plus tôt. Il n'avait pas 
l'impression d'exister vraiment et pensait qu'en se 
suicidant il ferait les manchettes et vivrait dans 
l'esprit des gens pendant quelque temps du moins. 

L'industrie des communications ne fut pas la 
seule qui donna lieu à de vives critiques: de 
nombreux éditoriahstes et universitaires s'oppo- 
saient, à certains aspects au moins, de la 
Commission elle-même. 

Desmond EUis, attaché au département de 
sociologie de l'Université York, pensait, quant à 
lui, que la présence de la Commission ne servait 
qu'à divertir l'attention et les fonds disponibles 
pour la recherche des causes réelles de la violence: 
soit les conditions sociales comme le surpeu- 
plement des villes, la pauvreté, les logements 
inadéquats. 

David Bradley, chef du département des 
Communications du Collège St. Clair de techno- 
logie et des arts et métiers, déplora les menaces 
discrètement voilées contenues dans le rapport 
provisoire de la Commission, "qui ont transformé 
ce qui aurait été un débat mesuré en un véritable 
affrontement ... le mandat de la Commission est 
simpliste et borné". Ce n'était pas l'avis de la 
plupart des gens. La plupart des hommes, femmes 
et enfants qui prirent la parole au cours des 
audiences le firent d'un ton sérieux, raisonnable et 
plein d'espoir. Si l'éditeur Jack McClelland que 
l'on voit dans le film Réflexions sur la violence 
estimait que l'objectif premier du monde des 
affaires n'était pas de faire le bien mais plutôt de 
plaire aux actionnaires, il y en eut d'autres qui 
pensaient que les deux objectifs n'étaient pas 
incompatibles. Ainsi, la présentation audio- 
visuelle de J. Walter Thompson signalait que les 
messages publicitaires se perdaient dans le sang 
des programmes et adjurait les annonceurs de 
réfléchir avant de commanditer des spectacles 
violents. 



56 



Barry Wenger fit remarquer que les éditeurs de 
journaux ont le pouvoir et la responsabilité de dire 
en des mots simples que les braves gens détestent 
la violence sous toutes ses formes. Ils sont 
nombreux à le faire, mais il y en a aussi d'autres 
qui ne le font pas. Il fut particulièrement utile que 
les gens après avoir exposé ce qui les angoissait 
aient pu ensuite faire des suggestions construc- 
tives. La Commission reçut littéralement des 
milliers de recommandations sous forme 
d'exposés, enquêtes, rapports et lettres. 

Une idée qui fut souvent avancée des cours en 
techniques des média destinés aux gens de tout 
âge pour leur permettre de comprendre les média 
c'est d'en faire usage plus intelligemment et avec 
plus de discernement. 

Seth Feldman, attaché au département 
d'anglais de l'Université de Western Ontario, 
déclara dans un exposé présenté en son nom 
personnel que "les cours de cinéma et télévision 
sont toujours considérés comme un luxe dans les 
écoles primaires et secondaires et ont été accusés, 
tout comme d'autres innovations du milieu 
scolaire, de détourner les écoliers de leurs études 
fondamentales. 

On peut toutefois se demander ce qui peut être 
plus fondamental dans l'éducation d'un enfant 
que la compréhension des 20,000 heures de 
télévision et de cinéma qu'il ou qu'elle aura 
absorbées avant d'atteindre 18 ans? Les enfants 
qui vivent dans le monde imaginaire de l'écran 
sont-ils au courant de son fonctionnement? 
Savent-ils qui le gouverne? les raisons de son 
existence même? Comprennent-ils l'influence qu'il 
a sur eux et les autres variantes possibles pour 
remplacer le statu quo? Serait-ce un luxe pédago- 
gique, une distraction peu justifiée que de mettre 
les conclusions de ce rapport à la disposition des 
enfants au sujet desquels la Commission s'est si 
inquiétée?" 

Il est recommandé parmi les autres suggestions 
de 

• Classer les émissions de télévision et les films 
selon le degré de la violence qui s'y trouve. 

• Diff'user cette classification sur une grande 
échelle par l'intermédiaire des guides-horaires de 
télévision, de mises en garde spéciales à la 
télévision ou dans les feuillets d'informations 



distribués par le gouvernement (comme les avis 
accompagnant les chèques d'allocations familia- 
les). 

• Fournir des renseignements explicites sur le 
contenu des programmes, spécialement sur les 
programmes dont les sujets, à cause de leur nature 
violente ou erotique, ne conviennent pas à toutes 
les catégories d'âge de spectateurs. 

• Surveiller les programmes au moyen de comités 
de surveillance, soit indépendants soit gouverne- 
mentaux. 

• Revoir les horaires des programmes afin de 
placer les programmes à contenu violent à la fin 
de la soirée, à minuit même. 

• Réaliser les projets déjà armoncés de dévelop- 
pement de Télé-Ontario, le réseau provincial à 
mission éducative, particulièrement dans le Nord 
où il y a très peu de choix en matière de télévision. 

• Encourager les écrivains, les artistes et les 
techniciens par l'intermédiaire du Conseil des Arts 
de l'Ontario. 

• Fixer des heures d'écoute familiale soit à partir 
de 16h jusqu'à 22h (bien que la plupart des recom- 
mandations parlaient de 19h à 21h, comme cela se 
passait alors aux Etats-Unis). 

• Faire censurer le contenu des films par la 
Commission de la Radio-Télévision et des 
Télécommunications. 

• Poursuivre en justice les auteurs de violence 
injustifiée au cours d'événements sportifs. 

• Supprimer les séquences publicitaires violentes 
ou inappropriées pour annoncer les films à venir 
dans les cinémas quand passent des films pour 
enfants et pendant les heures d'écoute des enfants 
à la télévision. 

• Appliquer plus strictement les lois actuelles 
concernant l'admission des jeunes dans les 
cinémas où passent des films interdits à certains 
groupes d'âge. 

• Tenir les annonceurs responsables de ce qui 
passe pendant les émissions au cours desquelles 
passent leurs annonces. 



57 



• Editer une brochure sur l'utilisation de la télévi- 
sion. 

Tout en réclamant des améliorations de la part du 

gouvernement et des entreprises, un grand nombre 

d'intervenants autres que les porte-parole de 

l'industrie de la télévision ont insisté pour que les 

familles assument leurs responsabilités: les 

parents, disent-ils, doivent contrôler le temps que 

leurs enfants passent à la télé, fixer une heure 

limite à respecter tous les jours, se charger de 

parcourir les guides de programmes de télévision . 

pour choisir les programmes avec leurs enfants et i 

parler de ce qu'ils voient. 

L'Institut Vanier pour la famille résuma les 
points de vue de la façon suivante: "Ce n'est pas 
seulement le gouvernement ou les entreprises de 
communication qui doivent faire viilance mais 
c'est chacun de nous ..." 

Si l'on en juge par l'intérêt et l'inquiétude 
suscités, un grand nombre de gens en Ontario sont 
prêts à relever ce défi et désireux de le faire. 



58 



59 



Chapitre 4 



Après deux ans environ d'enquêtes et de recher- 
ches, les Commissaires ont reconsidéré le mandat 
qui leur fut confié au moment où la Commission 
était créée, en mai 1975. 



Conclusions 



1. // s'agissait pour la Commission d'étudier les effets, 
sur la société, des manifestations grandissantes de la 
violence dans les entreprises de communications. 
Cette mission a été remplie dans trois principaux 
domaines: 

- étude des recherches antérieures faites sur le 
sujet; 

- étude de la situation actuelle telle que perçue par 
le public; 

- étude de sujets spécifiques commandées par la 
Commission. Une bibliothèque permanente 
groupant toute la documentation disponible sur le 
sujet, soit plus de 4,000 documents, a été consti- 
tuée. Ces documents sont très variés et 
comprennent des études d'envergure en plusieurs 
tomes tout comme des rapports d'expériences sur 
le plan individuel et en laboratoire ne touchant 
qu'un seul aspect du sujet. 

Les Commissaires ont visité 15 pays dont les 
gouvernements, les entreprises de communica- 
tions, les professeurs d'université et d'autres ont 
fait et continuent de faire des recherches à ce 
sujet, allant, dans certains cas, jusqu'à combattre 
les effets de la violence dans les organes d'infor- 
mation. Le sujet a été discuté à fond avec des 
acteurs, des critiques, des censeurs, des 
scientifiques, des agences publiques et privées, des 
écrivains, des directeurs, des producteurs et des 
cadres des réseaux de télévision dans les 
principaux centres de production d'information et 
de divertissement aux Etats-Unis qui fournissent 
de loin la majeure partie des films et des 
programmes de télévision violents. Au Canada, un 
complément de recherches a permis de combler 
des lacunes de la documentation déjà disponible, 
et de situer le problème dans le contexte canadien. 

2. La Commission devait établir si oui ou non il existait 
une relation ou un rapport de "cause à effet" entre ce 
phénomène et la fréquence des crimes dus à la 
violence dans la société. En bref, la réponse est oui. 
Ce qui est moins clair, c'est l'intensité de la 
relation. Des taux de criminaUté qui montent ou 
baissent d'une année à l'autre ne peuvent 



60 



constituer une preuve concluante, parce que nul 
ne connaît ou ne peut prévoir la situation qui 
prévaudrait si le phénomène de la présentation 
croissante de la violence dans l'industrie des 
communications n'avait pas atteint son haut 
niveau actuel. Il est évident que la violence dans 
les organes d'information n'est pas la seule cause 
du crime. Même si les résultats obtenus variaient 
légèrement d'une expérience à l'autre, c'est, toute- 
fois, l'une des seules causes que l'on ait pu mesurer 
parmi tous les éléments présents dans la société 
qui ont pu contribuer à l'augmentation de la 
violence. De nombreuses personnes deviennent de 
plus en plus indifférentes à la violence qui frappe 
autrui tout en craignant de plus en plus pour leur 
propre sécurité chez elles, dans la rue, dans les 
parcs et dans leur quartier. Si toute la violence 
dépeinte dans les milieux intellectuels nord-améri- 
cains pouvait être mesurée et les dangers poten- 
tiels qu'elle représente évalués comme le sont les 
additifs nocifs d'une boisson ou d'un aliment, ou 
encore comme le sont les éléments polluants de 
l'air ou de l'eau, tels le plomb, l'amiante ou le 
mercure, il y a peu de doute que la société aurait 
déjà exigé que cette violence cesse comme elle l'a 
déjà fait pour des dangers qui peuvent être évalués 
directement en termes de maladies ou de morts. 

3. Lm Commission devait organiser des audiences 
publiques afin de permettre aux groupes et aux 
organisations, aux particuliers et aux représentants 
de l'industrie de la communication défaire connaître 
leur point de vue à ce sujet. C'est ce qui a été fait. 
Au cours de 61 séances publiques, dans des villes 
et des villages de toutes les régions de l'Ontario, la 
télévision de divertissement a été l'objet principal 
des critiques à cause de son contenu violent. Les 
films, les articles des journaux, les revues de télévi- 
sion, les livres de bandes dessinées, les magazines, 
la musique rock et la radio furent également la 
cible de critiques. 

Plus de 1,000 particuliers et organismes ont 
soumis des mémoires écrits, ont fait des exposés 
ou ont fait parvenir des lettres. La plupart des 
citoyens, des plus jeunes aux plus vieux, 
semblaient éprouver au plus profond d'eux-mêmes 
le sentiment qu'il ne pouvait sortir rien de bon 
pour la société, et qu'il pouvait peut-être même 
résulter beaucoup de mal, de tout ce temps et cet 



espace consacrés par la télévision et, à un moindre 
degré, par les autres organes d'information, aux 
programmes axés sur le crime et aux événements 
sportifs marqués par la violence. Les porte-parole 
de la télévision de divertissement n'ont pas essayé 
de se défendre à partir d'arguments ayant pour 
base la morale ou un code d'éthique car, de toute 
évidence, une telle défense n'était pas valable. 
Ils ont fait valoir, en somme, que, compte tenu de 
la concurrence, ils n'avaient pas d'autre choix, s'ils 
voulaient continuer de faire des profits. On avait 
l'impression que, pour eux, le profit primait plutôt 
que la responsabilité. Les représentants des 
journaux et de la presse écrite prétendaient que 
leur métier exigeait qu'on rende compte des événe- 
ments et des affaires publiques, qu'ils soient de 
nature violente ou non, tandis que les porte-parole 
de l'industrie du livre avançaient que la liberté 
artistique justifiait tout excès apparent. 

4. La Commission se devait, si les circonstances le 
justifiaient, défaire des recommandations pertinentes 
au sujet des mesures à prendre par le Gouvernement 
de l'Ontario, par les autres ordres de gouvernement, 
par le public en général et par l'industrie de la 
communication. Dès que les audiences publiques, 
les consultations à l'étranger et les recherches 
furent terminées, que la documentation existante 
fut étudiée, il a fallu que les Commissaires 
analysent et approfondissent les prises de position 
adoptées au cours de plus de deux années d'études 
intensives du sujet. Dans tous les pays où le sujet a 
été étudié, la majeure partie des recherches faites 
dans plusieurs langues, en venaient à la conclusion 
que la violence dans les média a des effets poten- 
tiellement nocifs. Ces recherches ont amené 
quelques gouvernements à interdire certaines 
émissions qu'on voit régulièrement au Canada. 
Par ailleurs, aux Etats-Unis, l'Association 
médicale américaine (AMA), les Associations de 
Parents (PTA), et le Comité d'action pour la 
télévision enfantine sont intervenus auprès des 
responsables des média pour qu'ils procèdent à 
l'assainissement des oeuvres qu'ils présentent. 
Le gouvernement de l'Ontario et certaines compa- 
gnies importantes, tant canadiennes qu'améri- 
caines, ont exigé que leurs messages commerciaux 
à la télévision ne soient pas montrés pendant des 
émissions violentes. Des agences de publicité, 



61 



notamment la plus importante au monde, J. 
Walter Thompson, ont conseillé à leurs clients de 
ne pas utiliser des émissions violentes pour faire 
passer leurs messages publicitaires. Il semble 
qu'on puisse donc conclure que de nombreux 
éléments de la société prennent de plus en plus 
conscience de la menace que constitue pour elle la 
violence dans les média et qu'ils sont également 
convaincus qu'il faut combattre cette violence. La 
Commission royale, à partir de ses propres recher- 
ches, est également de cet avis. 
Il se dégage des informations que nous avons 
recueillies, tant du côté universitaire que du côté 
de l'industrie, une impression générale quant aux 
causes de l'accroissement rapide de la présen- 
tation de la violence. 

Il y a 50 ans, on considérait que la violence était 
un problème à la radio. Il y a 30 ans (25 ans au 
Canada), au moment de l'introduction sur une 
grande échelle de la télévision, on s'attaquait dans 
l'ensemble du monde occidental, à la violence 
dans les livres de bandes dessinées et on réussissait 
à en limiter la présence du moins pendant un 
certain temps. Mais, dès que la télévision eut pris 
une part importante du marché accaparé 
jusqu'alors par le cinéma, la radio et les livres de 
bandes dessinées, il s'est produit un accroissement 
rapide de la violence, qui a donné lieu à une 
interaction entre les principaux média dans le but 
de favoriser ce cycle infernal. 

Durant ses dix premières années d'existence, la 
télévision a monopolisé les divertissements à l'eau- 
de-rose qui avaient jadis fleuri dans certains films 
dits "familiaux". En même temps, elle a 
commencé d'empiéter sur un autre secteur dominé 
par le cinéma, à savoir, les programmes centrés 
sur le crime et le suspense - les enquêtes policières, 
les histoires de détectives privés et les westerns. 

Dans tous ces secteurs, la télévision jouissait 
d'un statut spécial cependant. Elle était installée 
dans les maisons, accessible à tous les âges. 
On a donc commencé à établir des règlements 
dont l'application était surveillée pour chaque 
réseau par des bureaux de normes qui, en fait, 
étaient de véritables bureaux de censure. 
Comme la télévision pénétrait directement dans 
les salons, même les programmes au contenu très 
violent devaient présenter leurs meurtres ou leurs 



brutales attaques sans s'étendre en détail sur la 
torture, les blessures graves, les mares de sang, les 
têtes et les membres découpés ou écrasés. La 
violence y était donc admise, mais à un moindre 
degré, dans le but de ne pas choquer le téléspecta- 
teur. Le cinéma, cherchant un moyen de regagner 
une partie de ses adeptes, se tourna alors vers les 
productions au contenu explicitement violent. Sa 
clientèle étant constituée de spectateurs payants et 
non de familles isolées dans leur salon, le cinéma 
pouvait effectuer un tel changement d'orientation. 

Il s'est donc approprié une nouvelle clientèle, 
très différente de celle de l'époque antérieure 
quand les films constituaient le divertissement 
principal des familles. 

Quand, à leur tour, ces nouveaux films furent 
vendus aux réseaux de télévision, ils étaient, de 
façon générale et même après certaines coupures, 
plus violents que les émissions préparées 
spécifiquement pour la télévision. 

Parallèlement, le langage violent, confiné 
pendant longtemps à certains romans, s'est 
propagé aux films à la même vitesse que les scènes 
de violence. Les spectateurs étant de plus en plus 
habitués à accepter cette escalade de la violence 
au cinéma, les censeurs à la télévision hésitaient et 
commençaient à laisser parfois passer un langage 
et des gestes qu'ils auraient refusés d'office, il y a à 
peine quelques années. 

Tous les médias commerciaux se proposant de 
mettre leur public à la disposition des annonceurs, 
journaux et périodiques ont disputé à la télévision 
la faveur de ce public en modifiant certains de 
leurs principes quant à ce qui peut être publié ou 
non. 

Les livres et la musique populaire n'étaient que 
peu touchés par cette évolution, car, de toute 
façon, ils jouissaient déjà d'une presque totale 
liberté d'expression. On peut donc dire de façon 
générale (avec des exemples précis si c'est néces- 
saire) que l'escalade de la violence à la télévision a 
entraîné d'autres média dans son sillage: en eflfet 
le cinéma et les magazines utilisèrent alors des 
éléments de plus en plus ouvertement violents et 
les journaux tolérèrent de plus en plus ces 
éléments. 

Cette escalade se poursuit partout où une action 
gouvernementale n'y a pas mis un frein, quand 
bien même un bureau de contrôle gouvernemental 



62 



obtiendrait des principaux réseaux de télévision, 
comme aux Etats-Unis, l'élimination des 
programmes violents en début de soirée, considéré 
comme l'heure d'écoute familiale par excellence. 

Cette escalade de la violence sur les réseaux 
américains et sur les réseaux et les stations privés 
canadiens (la Société Radio-Canada, corporation 
publique présente sur ce chapitre un meilleur 
bilan) se poursuit à toute heure du jour, y compris 
aux heures où les enfants sont à l'écoute. Il n'y a 
absolument aucun doute, tous les renseignements, 
de quelque source qu'ils viennent concordent, 
cette escalade est le résultat d'une pression 
constante visant à accroître le nombre de specta- 
teurs en vue d'accroître les profits. En d'autres 
mots, c'est la primauté du profit sur la responsa- 
bilité sociale. Toute autre industrie qui est 
reconnue coupable (ou même soupçonnée) d'avoir 
préféré le profit au bien public est remise en 
question par le gouvernement ou par le public et 
doit rendre compte de ses actions. 

Les Commissaires estiment que vous trouverez 
dans ce rapport quelques éléments de preuve 
témoignant qu'un danger existe pour la société, et 
un nombre plus important de faits qui font 
craindre que la qualité de la vie de la génération 
canadienne actuelle et des générations à venir est 
en train de se faire miner. Les arguments qui 
réfutent cette thèse sont connus: l'assainissement 
des média canadiens n'enrayerait pas le flot 
d'émissions violentes qui proviennent des Etats- 
Unis; défendre aux réseaux canadiens de 
télévision d'acheter des programmes américains 
violents à des prix dérisoires (ce qui reviendrait à 
donner plus de place pour les émissions 
canadiennes) aurait un efi'et tel sur la rentabihté 
de la télévision canadienne qu'il y aurait moins 
d'argent pour développer des programmes 
canadiens; si nous arrêtions d'imiter servilement 
les américains dans nos programmes, nous 
perdrions des spectateurs. Ne sommes-nous pas en 
train de perdre quelque chose de beaucoup plus 
précieux alors que les ondes canadiennes servent à 
la diffusion d'une culture axée sur la violence, 
culture qui nous était autrefois étrangère mais qui 
devient rapidement nôtre, si ce n'est déjà fait? 

Quand les Commissaires considérèrent le 
quatrième article de notre mandat, soit "de faire 
des recommandations appropriées, si les circons- 



tances le justifient", la question se posa de savoir 
si "la situation est à ce point dangereuse qu'il faille 
entreprendre une action énergique afin d'y 
remédier. Nous croyons que la réponse est 
positive. Voici pourquoi: 

• Nous avons trouvé que la majeure partie des 
recherches antérieures portant sur la violence dans 
les média démontrent qu'elle constitue un mal 
potentiel pour la société. 

• Nous avons constaté qu'il y a, à toute heure de la 
journée, déplus en plus de violence à la télévision, y 
compris aux heures où des enfants sont à l'écoute, 
dans un effort cynique pour porter au maximum le 
nombre de spectateurs. 

• Nous avons constaté que la violence à la télévision 
crée un sillage dans lequel sont entraînés d'autres 
organes d'information. 

• Nous avons trouvé qu 'en général les Canadiens 
regardent de plus en plus d'émissions de télévision 
produites aux Etats-Unis, le contenu desquelles 
renferme plus de violence que n 'importe quelle 
émission produite ici ou ailleurs. 

• Nous avons constaté que l'escalade va 
grandissant dans les médias, et qu'elle continuera de 
le faire à moins d'en enrayer l'évolution et d'en 
changer le cours quand cela ne serait que dans la 
mesure où nous. Canadiens, pouvons le faire. 

• Nous avons constaté que, même si le taux de 
criminalité dans son ensemble ne varie pas de façon 
significative d'une année à l'autre, les actes criminels 
violents augmentent régulièrement. 

• Nous croyons que bien que l'exploitation et la 
description de la violence dans les média ne soient 
qu'un des facteurs sociaux qui favorisent le crime, 
c'est le plus important de ceux sur lesquels on peut le 
plus facilement agir. 

• Nous voulons sensibiliser le public et le gouver- 
nement au danger qui le menace et l'industrie des 
communications à sa responsabilité sociale. 

• Nous ne croyons pas à la censure mais nous 
croyons que le public doit avoir plus de choix et de 
qualité à sa disposition pour son divertissement, son 
information et sa culture, et nous croyons aussi qu'il 



63 



n'est que raisonnable d'exiger des comptes de tous 
ceux qui tirent profit des communications. 

• Nous croyons aussi que le public en général 
souscrit à ces conclusions mais que, par ailleurs, 
l'industrie de la communication sera réticente à 
effectuer des changements significatifs à moins que 
l'opinion publique et le pouvoir de la législature ne se 
liguent pour attaquer non seulement le problème en 
général, mais aussi pour éliminer les plus évidents 
des dangers potentiels. 

Compte tenu de ces conclusions et de notre 
mandat, nous formulons des recommandations 
afin que citoyens, gouvernements et industrie de la 
communication s'attaquent en pleine connais- 
sance de cause à un problème pouvant saper les 
fondements de l'environnement social, culturel et 
intellectuel du Canada. 



64 



65 



Chapitre 5 



Recomman 
dations 



Les 87 recommandations formulées par la 
Commission procèdent de la conviction profonde 
des Commissaires que le sérieux de la recherche 
scientifique allié à celui de l'opinion publique 
constituent des arguments très solides pour exiger 
de l'industrie des communications qu'elle assume 
la responsabilité sociale qui lui incombe et opère 
des changements importants dans l'intérêt à long 
terme du public. 

Il est généralement admis que la répétition, l'accu- 
mulation d'éléments jugés nuisibles à l'environ- 
nement accroissent la probabihté de conséquences 
pernicieuses. 

Un fleuve à débit rapide a été à l'origine du 
Grand Canyon. Accumuler le mercure dans un 
régime alimentaire peut le rendre nocif ou même 
mortel. 

On mesure le niveau de la pollution de l'air et des 
usines sont fermées lorsqu'il constitue un danger 
pour la santé publique. 

Le même danger peut exister lorsqu'une 
ingestion massive de comportements antisociaux 
(comme dans le cas d'un contact prolongé avec la 
représentation de la violence par les média), 
conduit à un relâchement des liens et des relations 
entre les personnes et favorise ainsi les actes 
violents et criminels dans la société. 

L'objectif de la Commission est donc de 
renforcer la traditionnelle liberté d'expression et 
de créativité dans l'industrie de communications 
au Canada - tout en exigeant, en même temps, 
une plus grande liberté de choix pour le public 
ainsi qu'un engagement plus ferme de la part de 
l'industrie à tendre vers une qualité supérieure et à 
se préoccuper plus du bien public. 

La liberté associée à la responsabilité est 
l'essence même de la démocratie. Un tel idéal ne 
devrait pas constituer un but inaccessible. Nos 
deux années d'études nous ont convaincus que, si 
les média assumaient leurs propres responsabi- 
lités, il serait possible à tous d'accéder à un niveau 
supérieur de Uberté, au public tout autant qu'aux 
maîtres des média, même si, jusqu'à présent, seul 
le public semble en être entièrement convaincu. 

Il se peut que la mise en pratique de ce concept 
demande du temps, de la réflexion et de l'argent - 
Mais le problème est aigu. La qualité est toujours 
relative. Celle qui a cours au Canada, particuliè- 



66 



rement dans les arts visuels du cinéma et de la 
télévision dominés par les Américains, a été 
beaucoup trop parcimonieusement dispersée pour 
empêcher l'hémorragie culturelle déjà bien 
avancée. 

Etant donné que l'amélioration de l'efficacité du 
produit canadien implique que cette amélioration 
sera telle que le public choisira d'exclure, ou tout 
au moins de réduire sa consommation de produits 
étrangers, les recommandations ne doivent pas se 
limiter au produit lui-même, mais aborder les 
moyens de sa production. (C'est ce qui a été fait, 
surtout en ce qui concerne les industries de la 
télévision et du film, mais également en ce qui a 
trait à la pratique du journalisme). Par consé- 
quent: 

1. La Commission royale d'enquête sur la violence 
dans l'industrie des communications recommande 
des réformes radicales dans les procédures actuelles 
afin que l'industrie des communications, grâce à 
une exploitation moindre de la violence, projette 
davantage la qualité de vie à laquelle visent la 
plupart des Canadiens. Tout en excluant la censure 
comme moyen de réaliser de tels changements, 
nous proposons une voie qui, pensons-nous, 
fournirait au public, non seulement plus de choix 
dans les divertissements, et les programmes cultu- 
rels, mais aussi de meilleurs choix, tout en exigeant 
plus de comptes de ceux qui tirent profit des 
communications. 

C'est la télévision qui, avant tout, préoccupe le 
public. Cela s'explique en partie par le fait que le 
système canadien de radiodiffusion, déjà organisé 
en grand partie selon le modèle américain, a choisi 
également, dans les meilleurs des cas, d'imiter le 
contenu des programmes américains et dans les 
pires des cas, d'offrir des programmes identiques. 

En effet, des programmes américains, souvent 
violents, occupent de nombreuses heures 
d'antennes, particulièrement sur les réseaux 
privés. Ils sont disponibles sur le marché à des prix 
tellement inférieurs à ceux des meilleurs 
programmes produits au Canada. Par la voie de la 
moindre résistance, on les a laissés dominer les 
réseaux privés canadiens, et à un degré moindre, 
la Société Radio-Canada, corporation d'état. 



En ne prenant pas leurs responsabilités, en 
abandonnant à d'autres un si large pourcentage 
des heures d'émission, nos réseaux de télévision, 
tant la Société Radio-Canada que les réseaux 
privés, n'ont pas fourni le type de service qui 
aurait pu promouvoir les valeurs culturelles 
canadiennes au niveau national. 

2. Etant donné qu'à la suite de l'échec de la télévision 
canadienne, dans sa réalité quotidienne et dans son 
orientation, les Canadiens subissent plus de 
violence télévisée que n'importe quel autre pays du 
monde à l'exception de la "mère-patrie" de la 
télévision canadienne, les Etats-Unis, la 
Commission est fermement d'avis qu'il faut entre- 
prendre immédiatement une enquête générale sur 
l'avenir de la radio-télévision canadienne. II faut, en 
effet, que la radio-télévision canadienne soit réorga- 
nisée, non seulement en vue d'en réduire le contenu 
violent mais aussi, et en fonction d'autres facteurs, 
afin qu'elle tienne davantage compte de l'identité 
culturelle canadienne. Il est absolument nécessaire 
que le public soit admis à débattre d'un problème 
engageant l'avenir culturel de la nation, sinon 
l'avenir de la nation tout court, et qui ne devrait pas 
donner lieu à des décisions gouvernementales 
adoptées à huis clos. 

Bien que la Commission, à la suite de ses consulta- 
tions aux Etats-Unis, soit sous l'impression qu'une 
réorganisation complète du système américain de 
radio-télévision ne serait pas possible actuelle- 
ment, il n'est pas encore trop tard. Les commis- 
saires croient, cependant, qu'il faudra peut-être 
une véritable révolution du système pour que la 
télévision canadienne soit de nouveau au service 
des Canadiens et sous contrôle canadien. Plusieurs 
études effectuées pour la Commission, ainsi qu'un 
examen détaillé des systèmes de radio-télévision 
dans plusieurs pays d'Europe laissent peut-être 
entrevoir des solutions globales ou partielles au 
système actuel. 

Il faut ici mentionner des prévisions tout à fait à 
propos: l'une, tirée d'une étude effectuée pour le 
compte de la Commission estime que les fonds 
publics mis à la disposition de la Société Radio- 
Canada vont atteindre $2 milliards annuellement 
au cours de la prochaine décennie; selon l'autre, la 



67 



prolifération des systèmes de télécâble à travers le 
Canada dans le cadre de technologies nouvelles 
qui vont en accélérer davantage l'expansion, aura 
pour résultat de réduire la part du marché pour la 
télévision canadienne, tant du côté des réseaux 
privés que du côté des réseaux publics et que cette 
perte affecterait surtout les émissions canadiennes 
dans les marchés les plus riches. 

Que peut-on faire pour contenir cette érosion 
qui mine ce qui est censé être un instrument au 
service de l'unité nationale? Le système ARD de 
l'Allemagne de l'Ouest, l'IBA au Royaume-Uni et 
le NOS aux Pays-Bas sont des solutions de 
rechange possibles que la Commission juge dignes 
d'examen. Tous ces systèmes sont décrits dans la 
section de ce tome qui traite de ce qui se fait dans 
d'autres pays. Par ailleurs, le projet d'exigences 
minimales pour des systèmes nationaux de radio- 
télévision préparé par le Conseil de l'Europe décrit 
en détail les objectifs qui, pour la plupart, seraient 
valables au Canada. 

A la lumière de l'enquête réalisée par la Commis- 
sion, il s'avère qu'un système à chaînes multiples - 
parfaitement réalisable - est nécessaire si l'on tient 
compte de considérations d'identité et de culture. 

Un tel système viserait une norme nationale de 
radio-télévision, prévoirait la participation des 
secteurs provincial et régional et la représentation 
du public, le tout devant être autonome et 
indépendant et relever du Parlement plutôt que du 
Gouvernement en place. 

3. La Commission recommande donc, par conséquent, 
mi système national de télévision complètement 
modifié, plus sensible aux besoins du public, y 
compris le besoin de réduire le niveau de violence 
représentée. Ce nouveau système éliminerait 
complètement les réseaux canadiens existants et 
mettrait toute la préparation des programmes pour 
la télévision canadienne sous le contrôle d'un 
organisme qui s'appellerait Télévision 
Csmadâ/ Télévision-Canada, et qui serait au service 
de tous les Canadiens, par le biais d'un système de 
câblodiffusion à plusieurs chaînes, sous contrôle 
public, qui diffuseraient des programmes américains 
et d'autres programmes importés après qu'ils aient 
subi un examen très strict de leur niveau de 
violence . . . 



Dans les deux langues officielles, une gamme 
complète de programmes serait diffusée sur des 
chaînes qui seraient spécialisées: dans le divertis- 
sement avec des genres comiques, des variétés, des 
récits d'action; dans les programmes pour les 
enfants et les jeunes avec des bandes dessinées et 
des nouvelles; dans les sports et les films, les 
nouvelles et les émissions d'actualité; dans les 
programmes particuliers pour les régions et les 
groupes, le théâtre, la musique et les documen- 
taires. Tous les programmes autres que ceux ayant 
trait aux informations seraient fournis par des 
producteurs indépendants, alors que les informa- 
tions télévisées seraient du ressort de Télévision 
Canada. 

4. La Commission recommande que, sous un tel 
système, les subventions accordées par vote du 
Parlement soient suspendues; un droit annuel que 
l'usager paierait à un taux comparable aux prix 
actuels d'abonnement aux systèmes de câblo- 
diffusion, ainsi que les revenus publicitaires équili- 
breraient le budget du système. 

Le financement, qui serait assuré, non plus par les 
fonds publics mais par les contribuables eux- 
mêmes à un taux acceptable, procurerait un 
service plus diversifié et plus canadien. De plus, 
avant d'être diffusé, tout contenu anti-social des 
productions, y compris la violence, devrait satis- 
faire à des exigences très sévères relativement à sa 
nécessité dans l'intrigue et dans la trame de l'his- 
toire. 

5. La Commission recommande donc que tous les 
systèmes de diffusion de télévision (câble, stations 
et réseaux, tant privés que publics) soient regroupés 
sous forme d'une société mixte appelée Tele-Distri- 
bution Canada/Télé-Distribution Canada. 

Télé-Distribution Canada ferait la distribution des 
émissions de Télévision Canada. Le Conseil 
d'administration de la compagnie serait formé de 
représentants des actionnaires (les propriétaires 
des systèmes actuels) dans une proportion 
d'environ 75 pour cent pour les propriétaires de 
postes privés du réseau actuel et de systèmes de 
câble-diffusion et 25 pour cent pour les proprié- 
taires actuels des installations de Radio-Canada. 



68 



Les représentants de la Société Radio-Canada au 
Conseil d'administration de Télé-Distribution 
Canada seraient nommés par la Commission 
Parlementaire de la Radio-télévision. 

6. La Commission recommande que Télévision- 
Canada, l'organisme de production de la nouvelle 
structure de télévision soit indépendant et ne soit 
responsable que devant le Parlement. 

7. La Commission recommande qu'un ministre soit 
responsable de l'introduction du budget de 
Télévision-Canada au Parlement et de la 
nomination des cadres supérieurs de Télévision- 
Canada désignés par le Parlement. 

8. La Commission recommande qu'il soit permis au 
ministre responsable de conseiller Télévision- 
Canada, à condition qu'il soit fait immédiatement 
état de ces interventions au Parlement, et qu'elles 
soient rendues publiques. 

9. La Commission recommande, qu'en vue de décen- 
traliser le contrôle et de rendre un tel système plus 
sensible aux spectateurs et à leurs véritables 
besoins sociaux (comme le choix des types de 
comportements qu'il est désirable de voir véhicu- 
ler), il soit institué pour chaque langue officielle, 
des conseils régionaux de volontaires, auditeurs et 
téléspectateurs, composés de personnes nommées 
par des groupes intéressés. Chaque Conseil régional 
élirait des représentants au Conseil d'adminis- 
tration de Télévision-Canada, qui à son tour, éUrait 
le Président du conseil. 

10. La Commission recommande que toutes les disposi- 
tions précédentes soient inscrites dans une nouvelle 
Loi sur la radio-télévision qui redéfinirait le but 
principal de la télévision canadienne comme étant 
de fournir un service indépendant dans l'intérêt 
éclairé du public et d'assurer un meilleur équilibre 
de toutes les catégories de programmes, reflétant 
mieux la diversité culturelle et régionale du 
Canada. 

1 1 Conscient du fait que peu de Canadiens toléreraient 
une approche monolithique de la diffusion des 
nouvelles, la Commission recommande que le 
mandat de Télévision-Canada à cet égard se limite 



à la diffusion de nouvelles objectives de base, mais 
aussi, pour assurer la diversité et l'expression d'avis 
contraires, que soient nécessairement prévues des 
périodes obligatoires de commentaires, de discus- 
sions, de présentations d'opinions différentes 
auxquelles participeraient des journalistes à la pige 
et des particuliers, ou encore, des représentants 
d'associations ou de professions pertinentes au 
sujet. Le but serait de permettre que s'expriment 
toutes les nuances de perception, d'opinion, de 
critiques ou de commentaires concernant les 
nouvelles et leur signification. 

De cette façon serait présentée une gamme 
complète de nouvelles et de commentaires visant 
la diversité plutôt que l'uniformité. La 
Commission croit en effet qu'une telle diversité est 
essentielle, d'une part parce que des études ont 
démontré que plus de gens apprennent les 
nouvelles par la télévision que par tout autre 
moyen, et, d'autre part, parce que, par la sélection 
qu'elle fait des nouvelles, la télévision détermine 
ce qui est d'actualité, donc, ce qui est important et 
qu'elle en informe le public. 

12. Pendant la planification et la réalisation de la 
réorganisation massive de la télévision canadienne, 
la Commission recommande que le Conseil de la 
radio-télévision du Canada soit chargé de surveiller 
le contenu des programmes, spécialement en ce qui 
concerne la représentation de la violence et d'autres 
actes anti-sociaux, dans le cadre de sa procédure 
d'émission et de renouvellement de permis pour 
l'utilisation des ondes publiques. 

Le CRTC exerce déjà un contrôle total sur toutes 
les branches techniques, mais seulement un 
contrôle limité sur le contenu (proportion d'émis- 
sions canadiennes et publicité). 

Est-il concevable qu'on puisse considérer que des 
problèmes techniques et de génie revêtent aux 
yeux du public une plus grande importance que le 
contenu de ce qui est diffusé, alors que les conclu- 
sions de nos études actuelles indiquent que 
certaines émissions sont pernicieuses. 

Si une station de télédiffusion offre réguliè- 
rement dans ses programmes 40 meurtres par 
mois, le crtc devra exiger que cette station justifie 



69 



ce choix de programmes en fonction de l'intérêt 
public que la station de par son permis doit 
respecter. 

13. La Commission recommande, en attendant, que les 
diffuseurs canadiens et particulièrement la Société 
Radio-Canada soient encouragés à commander des 
productions à des entreprises privées et à des 
producteurs indépendants. 

Le but de cette recommandation vise le dévelop- 
pement des capacités de production créatives en 
vue de l'introduction du nouveau système. 

14. Si le Gouvernement du Canada ne veut pas 
instaurer un tel système de télévision diversifiée et 
à responsabilité élargie, la Commission recom- 
mande que le gouvernement de l'Ontario mette sur 
pied un nouveau réseau provincial, basé sur TV 
Ontario, et mettant l'accent sur un accroissement 
de l'autonomie régionale. Par la suite le gouver- 
nement de l'Ontario devrait négocier avec les 
autres provinces en vue de constituer un système de 
réseaux provinciaux coopérants. A cet égard, la 
Commission recommande le système ard de l'Alle- 
magne de l'Ouest qui comprend un système 
semblable de réseaux provinciaux autonomes mais 
reliés les uns aux autres. 

15. La Commission recommande que le directeur 
général de Télévision-Canada, ou, en attendant, de 
la Société Radio-Canada, ait une grande expérience 
pertinente de la radio-diffusion ou 'ans des 
domaines de créativité annexes de même qu'en 
administration. 

16. La Commission recommande que le Gouvernement 
de l'Ontario, par le truchement de l'Institut 
d'études pédagogiques de l'Ontario, mandate un 
groupe de travail pour élaborer un système de 
classification des programmes de télévision selon 
qu'ils conviennent ou non aux enfants, et instituer 
une échelle de cotation pour permettre aux parents 
et aux autres téléspectateurs de s'y retrouver. La 
mise au point d'un tel système de classification se 
fera avec l'aide de spécialistes comme des psycho- 
logues pour enfants, des juges de tribunaux pour 
enfants et aussi avec la collaboration de parents, 
d'enseignants et d'autres groupes représentatifs que 



la qualité de la vie familiale préoccupe. Il existe 
différents moyens de prévenir le public du contenu 
des programmes: messages oraux, avis sous-titrés 
juste avant les séquences osées ou encore, symboles 
ou clignotants qui s'allument pendant des émissions 
pour adultes, mais que les enfants regardent peut- 
être. Un nouvelle technique préconise l'interven- 
tion, en début de programme, d'une speakerine qui 
pourrait, le cas échéant, mettre en garde le public 
contre le contenu choquant de certaines émissions. 
Les Commissaires prévoient qu'un tel système de 
signaux pourrait être normalisé en vue de sa 
diffusion sous forme d'une échelle de cotation 
simple, à titre d'exemple: 4V pour le plus violent à 
1 V pour le moins violent. 

17. La Commission recommande qu'une telle échelle 
de cotation soit adoptée par le Conseil de la radio- 
télévision et des conununications canadiennes, qui 
l'imposerait par la suite à tous les détenteurs de 
permis d'exploitation et s'assurerait que ceux-ci s'y 
conforment systématiquement. 

18. La Commission recommande que la diffusion 
d'annonces publicitaires pendant les émissions 
destinées aux enfants soit interdite dans toute 
l'industrie comme le fait actuellement la société 
Radio-Canada et la Télévison d'Ontario. 

19. La Commission estime qu'en perfectionnant les 
techniques existantes, notamment les dispositifs de 
syntonisation et de blocage, on permettrait aux 
parents de mieux surveiller les programmes de 
télévision que leurs enfants regardent. La 
Commission recommande la commercialisation de 
dispositifs de syntonisation et de blocage à bon 
marché, afin que les parents puissent prérégler le 
poste familial de télévision. 

20. La Commission recommande que la standardisation 
de cette technique de préréglage soit légalement 
imposée sur tous les postes vendus après une 
certaine date, comme c'est le cas pour les récep- 
teurs UHF. 

21. La Commission recommande que les téléviseurs de 
l'avenir soient pourvus de dispositifs permettant la 
réception en stéréo et que les programmes de 



70 



télévision et les films produits au Canada soient 
également dotés de la qualité de son stéréo-FM. 

22. La Commission recommande d'abandonner 
progressivement le système d'émission actuel 
NTSC, et d'adopter celui d'AEC - Telefunken 
PAL, avec une définition d'image de 625 lignes 
exploité en Allemagne de l'Ouest et considéré 
comme étant le meilleur système au monde. 
Au moment du choix d'un système de 
télédiffusion en couleur, le Royaume-Uni opta 
pour le système PAL, adopté également par tous 
les autres pays européens, ainsi que par une 
douzaine d'autres pays, dont l'Afrique du Sud, 
dernière venue dans le domaine de la télédiffusion. 
La France, quant à elle, exploite son propre 
système SECAM, adopté également par les pays 
d'Europe de l'Est. 

L'adoption du système PAL ainsi que l'amélio- 
ration de la réception du son tel que décrit au 
paragraphe 21 des Recommandations, permet- 
traient aux Canadiens de disposer de la meilleure 
image et du meilleur son actuellement disponibles 
en matière de télévision. Bien entendu, les 
difficultés techniques qui résulteront de ce 
changement de système et les particularités 
relatives à la télédiffusion en FM-stéréo ne sont 
pas sous-estimées. 

23. La Commission recommande que le C.R.T.C. exige 
de tous les détenteurs de permis de câblodifllusion 
de faire face à leurs obligations en permettant au 
plus grand nombre de foyers possible d'avoir accès 
aux programmes diffusés sur leurs canaux. 

Elle recommande également de faire connaître 
plus largement à tous ceux qui voudraient y avoir 
accès, la disponibilité des chaînes communau- 
taires et de mettre les installations et les équipes de 
production à la disposition des particuliers qui 
veulent présenter leurs propres programmes sur 
les chaînes communautaires. 

24. La Commission recommande que les archives de 
films, récemment établies dans le cadre des archives 
Nationales, soient développées de manière à consti- 
tuer une documentation indépendante comprenant 
des informations sélectionnées et des oeuvres 
canadiennes produites par les organismes publics ou 
privés, et de veiller à la préservation de ce précieux 



témoignage de la société canadienne contempo- 
raine. 

La télévision et la production de films se heurtent 
à de nombreux problèmes communs dont l'un, et 
non le moindre, est de trouver les fonds néces- 
saires pour réaliser des productions de qualité 
susceptibles de concurrencer les programmes 
américains importés. 

Déjà maigre au départ, l'aide financière des 
pouvoirs publics à l'industrie canadienne du film 
est également incohérente en raison de la diversité 
de ses sources. En effet, les subsides peuvent 
provenir du fédéral ou des provinces ainsi que des 
municipahtés et de divers organismes paragouver- 
nementaux. Les crédits affectés à la formation de 
techniciens, d'acteurs, d'auteurs et de metteurs en 
scène sont minimes, bien que ces éléments soient à 
la base de la présence canadienne dans les films de 
moyen métrage. On peut constater également que 
les Canadiens, considérés parmi les plus fervents 
consommateurs de films dans le monde, qu'il 
s'agisse de spectacles de cinéma ou de télévision, 
assistent surtout à des productions étrangères. Les 
réseaux locaux de distribution n'ayant pas évolué, 
la plupart des films sont distribués par des succur- 
sales de firmes cinématographiques américaines, 
naturellement intéressées à lancer, en premier lieu, 
leurs propres productions. La quasi totahté des 
salles de projection appartient à des étrangers et le 
quota des films canadiens devant être projetés est 
insuffisant. 

Depuis longtemps déjà, les pays européens ont 
pris conscience du fait que la production nationale 
de spectacles filmés n'est pas uniquement 
commerciale et que l'enrichissement culturel du 
peuple par ce média qui, en quelques sorte, est le 
miroir de sa propre vie et de ses propres 
problèmes, mérite un soutien financier de l'Etat. 
L'aide aux industries nationales du film s'exprime, 
en Europe, sous différentes formes: subventions 
dès les premières étapes du traitement du script, y 
compris les voyages et les recherches; aide 
financière au réalisateur pour lui permettre de 
faire face aux dépenses initiales de mise en oeuvre 
du film; dans certains cas particuliers, l'assistance 
financière couvre plus de 75 pour cent du coiit de 
la production. Il existe aussi diverses aides 



71 



destinées à faciliter la distribution et la projection 
des films, à l'intérieur et à l'extérieur. L'octroi de 
prix et de primes aux productions de qualité est 
d'une pratique courante. Il existe aussi un système 
d'aide gouvernementale automatique qui prévoit 
le remboursement au producteur d'une partie des 
impôts prélevés sur les recettes d'un film après sa 
projection. Le taux de remboursement dépend du 
succès du film. Une autre forme d'aide, de nature 
sélective, revient aux films d'un certain mérite 
destinés principalement à la consommation 
intérieure. Quant aux réalisateurs qui choisissent 
des films axés sur le sexe, la violence ou l'épou- 
vante, ils sont laissés à leur propres moyens pour 
le financement de leurs productions. 

La Commission estime que l'industrie 
canadienne du film, encore dans sa phase initiale, 
doit pouvoir compter sur une politique cohérente 
et planifiée d'aide pour prendre pied dans ce 
domaine particulier de l'expression. 

Le mérite artistique d'une oeuvre cinématogra- 
phique au Canada, cède de loin le pas aux consi- 
dérations de rentabilité. Ce film sera-t-il bien 
vendu? Telle est la question posée en premier lieu. 
Ainsi a-t-on vu apparaître sur les écrans des films 
commercialement réussis, d'autres moins, mais 
rarement, et presque toujours par accident, un 
spectacle d'une valeur réelle sur le plan national, 
d'une manière générale. 

Les cinéastes canadiens souhaiteraient apporter 
une large contribution au développement de la 
culture nationale mais, en désespoir de cause, 
quelques uns, parmi les meilleurs, ont diî 
rechercher leur voie sous d'autres latitudes et 
enrichir ainsi la réputation artistique, ou les 
coffres, d'autres pays. 

25. Compte tenu de l'importance de la production de 
films canadiens, non seulement pour les cinémas 
mais aussi pour Tapprovisionnement en films 
canadiens de la télévision, la Commission recom- 
mande que soit institué un organisme appelé Film- 
Canada, qui engloberait les services cinématogra- 
phiques existants, tels que l'Office National du film, 
ainsi que les archives et la filmothèque de la Société 
de développement de l'industrie cinématographique 
canadienne. Avec la coopération de divers autres 
services du gouvernement, Film-Canada mettrait au 



point une politique cohérente de promotion cinéma- 
tographique. 

26. La Commission recommande que Film-Canada 
rende compte au Parlement de son budget et de sa 
politique et qu'il ait comme mission d'encourager et 
de financer le développement d'une industrie 
cinématographique canadienne qui viserait la 
qualité. 

27. La Commission recommande que les provinces et le 
Parlement nomment les membres du Conseil 
d'administration de Film-Canada qui auront été 
choisis en tenant compte du nécessaire équilibre 
culturel et linguistique, parmi des personnes qui ont 
fait leurs preuves dans la gestion d'activités artisti- 
ques. 

28. La Commission recommande au Conseil d'adminis- 
tration de Film-Canada de s'attaquer en premier 
lieu au recrutement de cadres compétents parmi des 
cinéastes qui ont toujours travaillé au Canada, ou 
encore parmi ceux qui ont dû s'expatrier pour 
travailler dans leur domaine, et, en deuxième lieu, 
parmi les cinéastes expérimentés de n'importe 
quelle nationalité. 

29. La Commission recommande que le Conseil 
d'administration et les cadres de Film-Canada 
élaborent une politique cohérente de promotion 
cinématographique avec la coopération financière 
des gouvernements fédéral et provinciaux. Cette 
politique doit viser à renforcer les institutions 
cinématographiques gouvernementales ou privées, 
et de s'y substituer, si nécessaire, afin de 
promouvoir une industrie cinématographique 
canadienne indépendante. 

30. La Commission recommande que la politique de 
financement de Film-Canada vise spécifiquement le 
développement de la qualité dans le cinéma 
canadien de divertissement et le cinéma culturel, 
plutôt que de viser pour chaque investissement une 
rentabilité mercantile. 

3L La Commission recommande en outre que la forma- 
tion, la production, le financement, le traitement 
après production (doublage, musique, sous-titrage), 
la présentation et la diffusion soient géographi- 



72 



quement décentralisés le plus possible sous la 
direction et la surveillance globales de Film- 
Canada, ridéal étant que des installations soient 
disponibles dans toutes les régions du Canada. 

32. Compte tenu du manque d'auteurs spécialisés dans 
le domaine de la télévision et du cinéma, la 
Commission recommande la création et le 
financement de programmes pour la formation de 
tels auteurs, et assurer ainsi la mise en valeur des 
talents canadiens. 

33. La Commission recommande que Film-Canada 
finance et coordonne les activités d'écoles et d'ate- 
liers d'art dramatique (même de ceux qui existent 
déjà) dans le but de former des acteurs, des 
metteurs en scène et des techniciens tant pour le 
cinéma que pour la télévision. 

34. La Commission recommande que Film-Canada 
conclue un accord, avec les responsables de la 
préparation des programmes de la télévision 
canadienne au sujet de la conception, la réalisation 
et la diffusion régulière de nouvelles productions 
expérimentales sur films ou à la télévision pour 
promouvoir la formation efficace d'auteurs, 
d'acteurs et d'équipes de réalisateurs. 

35. La Commission recommande que Film-Canada, en 
vue de la production des programmes pour le 
cinéma et pour la télévision, adopte une politique 
ferme à l'égard du financement de films de qualité 
(à l'exclusion de ceux axés sur la violence, l'horreur 
et le sexe) qui se ferait à partir de leur conception 
initiale jusqu'au dernier montage, et comprendrait 
des subventions pour la préparation des scénarios, 
la recherche et les frais de voyage. 

Ce financement devrait être flexible et inclure des 
prêts, des garanties et des subventions. Film- 
Canada devrait aussi favoriser la promotion, la 
distribution et la projection des films produits. 

36. La Commission recommande que le département de 
production de Film-Canada, l'Office national du 
film, limite ses activités aux documentaires, aux 
courts métrages, aux films pour enfants, et aux 
dessins animés, et laisse libre le champ des longs 
métrages pour adultes aux entreprises de 
production de films du secteur privé qui devraient 



être favorisées par la politique libérale de 
financement de Film-Canada. 

37. La Commission recommande que soit mis sur pied 
un centre de traitement après production pour le 
doublage et le sous-titragc dans les deux langues 
officielles canadiennes et que soit organisée une 
équipe permanente d'acteurs spécialisés. Ce centre 
sera également chargé de l'adaptation des films 
étrangers au contexte canadien, de l'impression par 
contact des films et autres traitements techniques. 

38. La Commission recommande que Film-Canada 
mette sur pied un système de distribution au 
Canada et à l'étranger de films canadiens afin de 
leur assurer une large diffusion Indépendamment de 
leur mode de financement. 

L'Office national du film a mis sur pied un tel 
système pour la vente de films canadiens à 
l'étranger, mais au Canada même, la distribution 
de films canadiens, y compris ceux de l'ONF, 
relève principalement des succursales des maisons 
américaines de production de films dont la 
première préoccupation est la vente de leurs 
propres films, et qui sont eux-mêmes contrôlés par 
des "conglomérats" américains. 

39. La Commission recommande que Film-Canada 
achète le réseau de cinémas de la société Famous 
Players afin d'assurer aux films canadiens une large 
distribution. 

Une telle distribution non seulement assurerait la 
diffusion de films canadiens, mais offrirait 
également au public un vaste choix de productions 
internationales. 

40. La Commission recommande que Film-Canada soit 
chargé de promouvoir, d'une façon plus dynamique 
que jamais auparavant, la diffusion de films 
canadiens à l'étranger, en participant, notamment, à 
des festivals de films. 

4L La Commission recommande que Film-Canada 
mette sur pied, après consultation et en collabo- 
ration avec des instituts nationaux et provinciaux 
de cinéma, une véritable bibliothèque nationale du 
cinéma comprenant un système d'archives. 



73 



42. La Conimission recommande aux productem*s 
canadiens de cinéma et de télévision de réserver 
une plus grande part de leurs activités à la 
production d'oeuvres destinées aux enfants. 

La Commission estime en effet que l'on n'a pas 
accordé toute l'attention voulue en la matière. Il 
est évident qu'une approche très différente est 
nécessaire pour produire des films destinés aux 
enfants; cependant, cet obstacle peut être 
surmonté et l'on peut envisager une production 
spécialisée qui serait diffusée tant au Canada qu'à 
l'étranger. 

43. La Commission recommande que de nouvelles 
techniques soient mises au point et aboutissent à la 
production de programmes destinés aux sourds et 
aux autres catégories de personnes souffrant de 
troubles de perception ou de handicaps physiques. 

44. La Commission croit qu'il est nécessaire de 
modifier la législation si on veut introduire dans les 
média imprimés une notion de responsabilité 
dépassant celle d'un bon comptable préoccupé 
surtout par son bilan financier. La Commission 
recommande donc que soit sanctionnée une loi 
fédérale pour la liberté d'expression qui interdirait 
expressément au gouvernement de censurer préala- 
blement toutes les communications publiques 
qu'elles soient imprimées ou radio-diff usées. La Loi 
définirait les bornes à la liberté d'expression, ces 
bornes étant la diffamation, l'obscénité, les infrac- 
tions à la Loi sur les secrets officiels, la 
confidentialité d'informations concernant la défense 
du Canada, la trahison et la sédition, la diffusion 
d'informations ayant pour conséquence l'incitation 
aux crimes ou à la violence. 

45 La Commission recommande que cette Loi soit 
incorporée dans la Constitution canadienne lors de 
son rapatriement et qu'elle ait préséance sur toute 
loi fédérale ou provinciale existante. 

46. Afin d'assurer une protection efficace du public et 
de l'industrie des communications selon les disposi- 
tions de la Loi sur la liberté d'expression, la 
Commission recommande que soit mis sur pied un 
Conseil national des média, où siégeraient des 



représentants de l'industrie des communications et 
du public. 

Le Conseil, institué par une loi, sera présidé par un 
Commissaire fédéral aux média et aura pour 
mandat de recevoir et d'examiner des plaintes 
concernant des infractions à la Loi sur la liberté 
d'expression, et aussi de protéger la liberté 
d'expression contre toute attaque. 

47. La Commission recommande que le Conseil 
national des média soit organisé selon des modalités 
suggérées par une conférence nationale d'orga- 
nismes préoccupés par la qualité de la vie au 
Canada, notamment les organismes qui estiment 
que les mass média ne remplissent pas adéqua- 
tement leur mission explicite ou tacite de 
contribuer d'une manière constructive à l'environ- 
nement social du Canada. 

La conférence devrait regrouper des représentants 
de l'industrie de communications ainsi que des 
représentants d'organismes oeuvrant dans les 
domaines des droits civils, des droits de la 
personne, du bien-être, du travail, de l'enseigne- 
ment, de l'exécution de la loi, de la médecine et 
d'autres domaines et professions ayant trait à la 
question, et qui ont des rapports suivis, parfois 
dans le but de les critiquer, avec les média. 

48. La Commission recommande que le Conseil et son 
président, le Commissaire fédéral aux média 
relèvent du Parlement et non du gouvernement en 
place, et que les fonds requis pour son fonction- 
nement soient votés par le Parlement. 

On trouve, au Canada, des précédents montrant 
qu'une personnalité nommée peut être respon- 
sable devant le Parlement plutôt que le gouverne- 
ment: le directeur général des élections et 
l'auditeur général, sur le plan fédéral, le protecteur 
du citoyen et le président du Comité des contribu- 
tions et des dépenses électorales, en Ontario, en 
constituent des exemples. 

49. La Commission recommande que le choix du 
Commissaire fédéral aux média se porte sur une 
personnalité éminente canadienne, ayant de préfé- 
rence une expérience judiciaire, mais étant surtout 



74 



bien connue pour son équité et sa grande sensibilité 
car son rôle est de sauvegarder le principe de la 
liberté d'expression dans tous les média et de 
protéger le public des excès de ceux-ci. 

50. La Commission recommande que le Conseil 
national des média élabore et fasse appliquer un 
code d'éthique concernant la présentation des 
nouvelles, code qui mettrait l'accent sur les quatre 
facettes suivantes de la responsabilité journalis- 
tique: l'impartialité, l'exactitude, la pertinence et 
l'intégralité. 

51. Pour qu'un tel Conseil soit plus facilement à 
l'écoute des plaintes du public, la Commission 
recommande que chaque station de radiodiffusion, 
chaque journal ainsi que chaque périodique soit 
obligé de choisir parmi ses rédacteurs ou parmi ses 
cadres supérieurs un responsable pour dépister 
toute infraction à la Loi sur la liberté d'expression 
ou au code d'éthique. 

52. La Commission recommande qu'un débat public ait 
lieu portant sur le droit des journalistes de taire la 
source de leurs nouvelles. Ce débat pourrait débuter 
lors de la conférence prévue à la recommandation 
47. S'il s'avère qu'on favorise unanimement la 
reconnaissance d'un tel droit (qui est déjà reconnu 
dans plusieurs pays), la Commission recommande 
qu'il soit incorporé dans la Loi sur la liberté 
d'expression, considérant que la Commission 
favorise l'acquisition, la recherche de meilleures 
normes professionnelles journalistiques dans la 
présentation des nouvelles, que ce soit dans les 
journaux ou à la télévision. 

53. La Commission recommande qu'on confie au 
Commissaire fédéral aux média le pouvoir 
d'ordonner la publication ou la radiodiffusion de 
désaveux ou de mises au point si besoin est, et que 
ces désaveux ou mises au point soient présentés de 
façon aussi importante que l'information mise en 
cause. 

54. La Commission recommande que le Conseil 
national des média, pour fins d'étude et de 
recherche, publie et accumule sous forme d'un 
recueil, ses jugements sur les pratiques des média. 



55. La Commission recommande que le Conseil 
national des média soit chargé de recevoir les 
plaintes au sujet de tous les média, y compris les 
films, les paroles des chansons sur disques et celles 
que diffuse la radio, les livres de bandes dessinées et 
les commentaires des média, sur les concerts ou les 
représentations théâtrales. 

56. La Commission recommande que le Conseil 
national des média mette sur pied des procédures 
pour faciliter l'enregistrement gratuit des plaintes 
dans tout le pays. 

57. Compte tenu de la nature profonde des change- 
ments à introduire dans les modes de fonction- 
nement des média canadiens, la Commission 
recommande que la Loi sur la liberté d'expression 
et toutes les procédures afférentes soient passées en 
revue avant d'être incorporées dans la constitution. 

58. La Commission recommande aux provinces de 
prendre les mesures nécessaires en vue d'instituer 
des conseils de presse provinciaux et de nommer 
des ombudsman des médias, au cas où de telles 
mesures ne sont pas adoptées par le gouvernement 
fédéral. 

59. La Commission recommande que les provinces 
mettent sur pied des instituts dans les universités de 
toutes les régions du Canada, afin d'effectuer des 
recherches et de publier les conclusions, sur les 
mass média et sur la place qu'ils tiennent dans la 
culture canadienne. 

60. La Commission recommande que les organes 
d'information et les universités travaillent ensemble 
au développement et au renforcement d'une vue 
plus professionnelle du journalisme avec l'adoption 
d'un système obligatoire de formation pratique 
calqué sur le système de stages pratiques exigés des 
enseignants, des travailleurs sociaux, des étudiants 
en droit et en médecine. 

Le but serait d'obliger ceux qui veulent faire 
carrière dans le journalisme à faire des stages dans 
les salles de nouvelles pendant des périodes 
données. 

Une partie du stage serait consacrée à l'étude 
des principes et des dispositions de la Loi sur la 



75 



liberté d'expression, à acquérir une connaissance 
du Canada et du monde, de même qu'à se familia- 
riser, avec les normes régissant la présentation des 
nouvelles, à savoir: l'impartialité, l'exactitude, la 
pertinence et l'intégralité, et, enfin, à se familia- 
riser avec les dispositions légales, relatives à la 
diffamation et l'outrage aux bonnes moeurs, qui 
s'appliquent maintenant au journalisme. 

61. La Commission recommande que ce système de 
formation professionnelle dépende des gouverne- 
ments provinciaux qui pourraient le confier aux 
ministères de l'éducation de la même façon que leur 
sont confiés les stages de formation pour les ensei- 
gnants et les travailleurs sociaux, deux professions 
qui, par le rôle qu'elles jouent dans la société, se 
comparent au journalisme, selon les recherches 
effectuées par la Commission. 

62. La Commission recommande que les éditeurs de 
journaux et de magazines tout autant que les 
radiodiffuseurs et les cinéastes, se renseignent sur 
toutes les recherches actuelles concernant l'impact 
social des média, notamment celui de la représen- 
tation de la violence, et qu'ils s'auto-évaluent en 
fonction de ce que nous savons actuellement sur les 
effets possibles de la violence sur les comporte- 
ments sociaux, en se gardant de publier quoi que ce 
soit qui puisse porter atteinte au bien-être physique 
et moral. 

On tiendrait compte, à cet égard, de l'impact des 
nouvelles écrites ou radiodiffusées sur les incidents 
violents au cours desquels les média sont exploités 
pour perpétrer leurs desseins, par les auteurs de la 
violence. Une liaison régulière, en dehors des 
périodes de crise, entre les forces policières et les 
média, dans le but d'échanger des informations et 
d'étudier des actions possibles, pourrait contribuer 
à désamorcer certaines situations tendues que 
l'action des média aggrave, selon la police. Les 
forces policières, pour leur part, devraient affecter 
des officiers supérieurs à des tâches de liaison, de 
façon à ce que des informations exactes soient 
communiquées pendant, et après l'événement. 

63. La Commission recommande, que tous les média 
d'information auto-évaluent leur façon de situer les 
nouvelles dans le contexte et voient s'ils donnent 



suffisamment d'explications pour informer plutôt 
que troubler le public. 

Les journaux ayant tendance à exploiter certaines 
actions criminelles violentes comme les viols ou 
les meurtres dont les victimes ne connaissaient pas 
leurs assaillants, le public croit, selon des études 
bien documentées, que dans la plupart des 
meurtres, victimes et assassins sont des inconnus 
les uns pour les autres. La vérité est toute autre: 
dans la plupart des cas, assassins et victimes se 
connaissent. 

La plupart des viols ont lieu soit dans la maison 
de l'auteur du viol, soit dans celle de sa victime, 
tandis que la plupart des actions criminelles 
violentes se passent dans les familles. 
L'exploitation que font les média de ces crimes a 
induit le public à croire, contrairement à ce qui se 
passe en réalité, qu'ils ont lieu principalement 
dans les aires de stationnement, les parcs publics, 
les rues obscures, le métro. 

64. La Commission recommande que les éditeurs et les 
radiodiffuseurs préparent des bulletins de nouvelles 
ou des résumés des nouvelles, destinés 
spécifiquement aux enfants afin d'enrayer la 
tendance actuelle des jeunes à se désintéresser des 
méthodes traditionnelles de présentation des 
nouvelles du monde. 

Les études indiquent que peu d'enfants lisent les 
journaux, regardent ou écoutent les nouvelles 
radiodiffusées. Les émissions de nouvelles conçues 
spécifiquement pour les enfants par plusieurs 
réseaux de radiodiffusion américains et européens 
ont remporté un très gros succès auprès des 
jeunes. 

65. La Commission recommande que le gouvernement 
de l'Ontario encourage les écoles élémentaires et 
secondaires à donner des cours sur les média de 
masses et à offrir des nouveaux cours destinés à 
améliorer la connaissance des média, à tous les 
niveaux d'enseignement, aussi bien à l'école 
publique et secondaire, qu'à l'université et aux 
programmes d'extension de l'enseignement. La 
Commission recommande également que les média 
soient utilisés comme matériel didactique dans les 
cours d'histoire et de littérature. 



76 



A notre avis, de tels cours ne devraient pas se 
donner dans le cadre d'une formation profession- 
nelle mais devraient plutôt servir, sur le plan 
individuel, à une meilleure compréhension des 
préjugés politiques et commerciaux véhiculés par 
les média; le public serait ainsi plus en mesure 
d'assimiler la production des média et de ne pas 
ajouter foi à tout ce qu'il voit, entend ou lit. 
Le film, que ce soit à la télévision ou au cinéma, 
est sans doute le moyen de communication le plus 
important de nos jours; il est donc normal qu'on 
l'étudié tout comme on étudie ce qui est imprimé. 

66. Bien que la Commission ait entendu des dizaines de 
plaintes au sujet de la violence dans le hockey 
télévisé, nous avons constaté, en nous penchant sur 
la question, que la politique suivie par le Canadian 
Sports Network, propriétaire des droits de 
radiodiffusion, consiste à ne montrer les incidents 
violents que dans les reportages en direct, au 
moment où ils surviennent. De plus, il est demandé 
aux réalisateurs de ne faire passer les reprises que 
jusqu'au moment où éclatent les incidents violents 
afin de renseigner l'auditoire sur ce qui les a provo- 
qués. La Commission recommande que cette 
politique soit maintenue, mais que dans les situa- 
tions jugées excessives par les réalisateurs, on ne 
diffuse seulement que les séquences qui ne sont pas 
manifestement violentes et qu'on utilise l'intervalle 
avant la reprise suivante pour choisir exactement ce 
qui doit être montré. 

67. La Commission recommande que le gouvernement 
de l'Ontario étende à la province entière le réseau 
TY Ontario, afin de fournir un plus large éventail 
d'émissions aux contribuables qui le financent, mais 
aussi en raison de l'excellence de sa production 
d'émissions non violentes. 

68. La Commission recommande que TV Ontario 
décentralise ses installations de production pour 
permettre à toutes les régions de la province et, 
particulièrement au Grand Nord, de présenter leur 
production. 

69. La Commission recommande que soit abolie la 
censure de films pour adultes en Ontario et qu'un 
bureau de classification de films soit mis sur pied 



afin de classifier les films par niveaux d'âge pour les 
enfants et pour les jeunes. 

70. La Commission recommande que le bureau de 
classification de films soit composé d'un petit 
groupe de professionnels et de groupes de bénévoles 
intéressés provenant des différentes régions de la 
province et, qu'à tour de rôle ils apportent leur 
collaboration. Le bureau pourrait aussi consulter 
des spécialistes en cas de besoin. 

La Commission préférerait que la classification se 
fasse sur une base nationale, que ce soit par 
l'intermédiaire d'un bureau canadien ou par 
consultation et collaboration avec des agents de 
classification des différentes provinces, dans le but 
d'établir des normes nationales qui s'applique- 
raient également aux films télévisés, et aux films 
projetés en cours de vol dans les avions canadiens. 

7L La Commission recommande qu'en Ontario les 
films soient classés selon leur thème, et plus parti- 
culièrement, selon leur contenu antisocial. 
Dans la première catégorie, réservée aux films pour 
tous, le sexe ne devrait être présenté que comme le 
résultat de relations affectueuses, la violence ne 
serait tolérée que lorsqu'elle aide clairement à 
maintenir l'ordre et la loi, le bien et le mal 
devraient être clairement définis et les valeurs 
sociales bien établies ne devraient pas être remises 
en question. Dans la deuxième catégorie, celle des 
films réservés aux plus de 12 ans, des thèmes 
sociaux dépassant la compréhension normale des 
enfants seraient acceptés mais le sexe comme 
résultat d'autres choses que de relations 
affectueuses ne serait toléré que dans les thèmes 
secondaires. Dans cette catégorie, les relations 
sexuelles ne devraient être ouvertement montrées 
que dans un contexte d'amour réciproque; la 
violence ne devrait jamais être représentée comme 
étant une solution à des problèmes; enfin le bien et 
le mal devraient être clairement définis. Pour les 
films de la troisième catégorie, réservés aux specta- 
teurs de 18 ans et plus, on table sur la capacité des 
spectateurs de distinguer le bien du mal. On 
pourrait dans ces films remettre en question les 
valeurs sociales et, en particulier, celles qui se ratta- 
chent au sexe et à la violence mais jamais au-delà 
des limites dépassant les besoins réels du film. 



77 



Pour cette catégorie de films, il n'y aurait aucune 
restriction à l'admission des spectateurs âgés de 18 
ans et plus. Si le producteur ou le distributeur d'un 
film n'était pas satisfait de la cote accordée, il lui 
serait possible d'entamer une procédure d'appel. 

72. La Commission recommande que le gouvernement 
de l'Ontario conçoive un système permettant de 
faire respecter l'esprit de la classification des films 
au moyen de vérifications régulières dans les salles 
de cinéma. 

Par ailleurs le règlement sur la limite d'âge telle 
qu'indiquée dans la classification devrait être mis 
en vigueur. 

73. La Commission recommande que le mandat du 
bureau de classification de films s'étende à la 
classification de tout matériel promotionnel, y 
compris les séquences publicitaires de films pour le 
cinéma ou la télévision, les annonces à la radio et 
dans les journaux et que la cote du film soit obliga- 
toirement indiquée dans cette séquence. 

74. La Commission recommande que le gouvernement 
de l'Ontario conçoive un règlement municipal type 
pour contrôler le fonctionnement des cinémas de 
plein air et pour diminuer le nombre de jeunes 
spectateurs qui regardent les films qui ne 
conviennent pas à leur groupe d'âge. 

75. La Commission recommande au gouvernement de 
l'Ontario de négocier avec les autres provinces en 
vue de parvenir à une standardisation du système de 
classification à travers tout le pays. 

En eff"et, des films de télévision et de cinéma dont 
le contenu peut porter atteinte au bien-être moral 
des enfants et des jeunes auront les mêmes effets 
nocifs sur ceux-ci, quelle que soit la diversité 
culturelle, économique et sociale caractérisant la 
population du pays. 

76. La Commission recommande que le gouvernement 
de l'Ontario exige l'examen des manuels scolaires 
afin d'y dépister les éléments nuisibles au point de 
vue psychologique, ou qui présentent des modèles 
de comportement violent. 



77. La commission recommande que les lignes 
aériennes canadiennes surveillent les films qui 
passent à bord des avions en ayant bien à l'esprit 
que les contenus violents ou antisociaux de certains 
ne conviennent pas aux jeunes qui se trouvent 
parmi les passagers de l'avion. 

78. La Commission recommande que la grille d'horaire 
des films montrés à la télévision corresponde à la 
grille du bureau de classification des films par âge 
en ce sens que les films qui ne conviennent pas aux 
enfants ne soient pas diffusés aux heures où des 
enfants écoutent habituellement. 

79. La Commission recommande que les agences du 
gouvernement à quelque niveau que ce soit, 
n'octroient aucun nouveau permis de technique de 
télédiffusion (y compris la télévision à péage), 
jusqu'à ce que l'impact que peut avoir la technique 
en question sur la nouvelle politique canadienne de 
télédiffusion puisse être clairement établi. 

80. La Commission recommande que tous les ordres de 
gouvernement encouragent et favorisent la diffusion 
dans le public des conclusions auxquelles sont 
arrivés les chercheurs en ce qui concerne les effets 
du contenu des média afin que le public fasse une 
consommation plus réfléchie et plus sélective des 
média. 

Cela pourrait se faire par l'insertion de bulletins 
d'avis dans les envois postaux du gouvernement 
fédéral (chèques d'allocations familiales et de 
retraite) et dans les envois semblables du gouver- 
nement provincial et des municipalités. 

8L Suite à cette dernière recommandation et compte 
tenu de la gravité du problème, la Commission 
recommande qu'une campagne de publicité et 
d'annonces de grande envergure financée par le 
gouvernement soit mise sur pied à la manière de 
celles déjà réalisées pour des questions telles que le 
statut des femmes, la sécurité dans la construction, 
l'abus de l'alcool et l'intoxication par la drogue. 

Lors de cette campagne axée sur la violence dans 
les média, les points contestés et les dangers 
seraient exposés comme ce fut le cas dans les 



78 



autres campagnes et les gens seraient libres de 
prendre des mesures, ou de ne rien faire. 

82. La Commission propose que toutes ces recomman- 
dations soient menées à bien par le palier approprié 
de gouvernement, d'industrie ou de la société mais, 
que dans le cas où le gouvernement fédéral ne 
prendrait pas de mesures dans des domaines qui 
relèvent de sa juridiction, le gouvernement de 
rOntario le fasse dans toute la mesure que lui 
confère son propre pouvoir. 

La Commission constate que les parents, et c'est là 
un des objectifs qu'ils poursuivent le plus ardem- 
ment, cherchent à influencer le développement 
moral aussi bien que physique de leurs enfants et 
que ce désir s'est accru devant l'affaiblissement de 
l'influence de l'église et de l'école sur les enfants. 
Les Commissaires comprennent aussi que les 
parents ne peuvent pratiquement pas contrôler 
tous les média avec lesquels leurs enfants entrent 
en contact. 

Les représentants des média qui soutiennent 
que les parents sont entièrement responsables de 
ce que leurs enfants voient ou entendent ne font 
tout simplement que passer sous silence leur 
propre responsabilité concernant la médiocrité des 
média. 

Les recommandations reconnaissent cependant 
que les parents ont un rôle à jouer et que 
beaucoup sont prêts à le faire. 

Les recommendations sont la réponse aux appels 
au secours que les gens nous ont lancés et elles ont 
été faites dans le but de les aider à assumer leurs 
responsabilités. 

83. La Commission recommande que les parents jouent 
un rôle actif dans la sélection des média qui 
occupent leurs enfants. 

Des recherches ont démontré que les parents 
peuvent amortir l'impact potentiellement 
dangereux des média sur l'esprit de leurs enfants, 
surtout celui de la télévision, en faisant ressortir 
les thèmes, les idées ou les actions qui vont à 
rencontre des valeurs familiales. 
Les parents devraient 

• toutes les fois que c'est possible, considérer la 



télévision comme une activité familiale pour 
laquelle l'adulte sert de guide et de conseiller (de 
la même façon que les mères et pères conscients 
de leurs responsabilités tiennent à accompagner 
leurs petits enfants dans les rues à grande circula- 
tion) 

• s'assurer pour le moins qu'ils connaissent les 
programmes que leurs enfants regardent (variétés, 
histoires de détectives, enquêtes policières, événe- 
ments sportifs) 

• examiner et expliquer aux enfants les raisons de 
la sélection pour qu'ils comprennent pourquoi les 
parents approuvent ou désapprouvent le contenu 
de tel ou tel programme 

• comprendre et s'en remettre au système de 
cotation ou de classification à mesure de leur 
parution 

• porter une attention sérieuse au nombre et à la 
qualité générale des heures que leurs enfants 
passent devant la télévision. 

Cette surveillance des parents vise à assurer à 
chaque enfant une vie équilibrée et un système 
complet de valeurs englobant lecture, jeu, créati- 
vité, tout autant que l'assimilation de matière 
télévisée. 

84. La Commission recommande que les parents lisent 
soigneusement les annonces, les critiques, les cotes 
des films que leurs enfants veulent voir. 

Cette surveillance de la part des parents concients 
de leurs responsabilités s'applique autant aux films 
des cinémas qu'aux films télévisés. 

85. La Commission recommande que les parents 
veillent à ce que les cinémas respectent le 
règlement concernant l'admission des enfants dans 
les salles où passent des films cotés pour adultes, 
avec restriction ou toute autre classification. 

Pour assurer aux adultes la plus grande liberté de 
choix dans les films, les parents doivent s'assurer 
que les jeunes n'aient pas accès aux films poten- 
tiellement dangereux qui ne leur conviennent pas 
et qu'ils en soient protégés. 



79 



86. La Commission recommande que le public porte un 
intérêt plus actif aux groupes recommandés dans ce 
rapport. 

Tous ces organismes de surveillance et de contrôle 
prévus par les recommandations du présent 
rapport offrent au public la possibilité d'une plus 
grande participation mais ils ne seront efficaces 
que dans la mesure où les citoyens bien informés 
et intéressés les soutiendront. Alors que l'avenir 
du Canada continue de susciter des inquiétudes, 
les gens doivent se rendre compte que le danger 
d'un envahissement de notre culture par l'étranger 
est toujours aussi grand. Sans le désir d'avoir une 
culture canadienne, ou de vouloir comprendre 
l'importance des industries canadiennes tournées, 
comme celles du film et de la télévision, vers 
l'expérience et l'avenir canadiens, il n'y aura pas 
de Canada. 



Deux années de travail et 87 recommandations 
formulées par une Commission royale ne sont pas 
l'essentiel. 

En fait, les travaux de la Commission ne 
doivent être considérés que comme une entrée en 
matière, une tentative d'approche des aspects 
complexes des médias et leurs répercussions sur la 
société. Le présent rapport permettra aux 
habitants de l'Ontario - et du Canada en général - 
de faire le point sur ce problème en définissant ce 
qu'ils attendent des médias et en suggérant divers 
moyens de satisfaire cette attente. En définitive, il 
leur appartient de trancher la question. 



87. La Commission recommande que, suite à la recom- 
mandation numéro 58, sa bibliothèque de 
recherche, toute la documentation et les éléments 
d'information rassemblés sur le sujet, les mémoires 
publics et les enquêtes soient confiés 
aux institutions ontariennes de haut-savoir.Ces 
institutions doivent tenir compte de divers facteurs 
tels que les possibilités d'accès offertes au public en 
général, aux milieux académiques et aux médias en 
particulier, ainsi que la mise au point d'activités 
axées sur l'exploitation de cette documentation. 
La Commission recommande par ailleurs qu'une 
subvention provinciale annuelle soit accordée à ces 
institutions en vue de leur permettre l'entretien et 
le développement de cette collection unique dans 
son genre. 

En conclusion et en ayant en tête les termes de 
notre mandat, nous pensons qu'un débat public 
s'impose sur la possibilité et la valeur potentielle 
des changements profonds à apporter en ce 
domaine. Peu importe la façon de le faire ... Le 
besoin est urgent. 

Les gouvernements, l'industrie des communica- 
tions, les professeurs, les parents, les enfants, 
presque tout le monde se laisse porter par la 
vague, sans même se douter des efi^ets des médias, 
et surtout des effets néfastes que peut avoir sur 
tout un chacun cette glorification de la violence. 



80 



Extraits 
des mémoires 



Extraits des 
mémoires 



Quelques-uns des mémoires les plus élaborés et 
détaillés étaient constitués par des enquêtes et 
études menées par des groupes éducatifs, des 
enseignants et des étudiants, tant au niveau des 
écoles élémentaires que secondaires. Il s'agissait 
parfois d'études quasi professionnelles. Mais, 
étant donné qu'elles couvraient un terrain qui 
avait déjà été étudié à fond par des chercheurs 
professionnels, nous ne les avons pas reproduites 
ici. Vous trouverez une liste et un résumé de 
quelques-uns de ces projets extrêmement utiles 
à partir de la page 377. 

Certains commentaires soumis personnellement 
ou collectivement par le public étaient tellement 
pertinents et avaient un tel impact que nous avons 
choisi d'en inclure quelques-uns. Les vues 
exprimées étaient fort intéressantes et reflétaient 
clairement l'opinion générale. Vous les trouverez, 
soit partiellement, soit intégralement, à partir de la 
page cette et nous pensons qu'ils sont caractéris- 
tiques de la multitude de rapports qui nous ont été 
soumis. Enfin, en reconnaissance de l'intérêt porté 
par tous ceux qui ont répondu à la Commission, 
nous présentons à partir de la page 381 une liste 
des personnes qui nous ont soumis des rapports 
oralement ou par écrit. 

Toute commission royale ayant trait au public 
se doit d'offrir un forum où tous les citoyens 
peuvent s'exprimer. D'excellents orateurs, 
connaissant leur sujet à fond, en ont souvent 
profité pour s'exprimer sans texte ou notes 
précises et exposer la vérité telle qu'ils la conce- 
vaient. M. John Bassett, le principal directeur de 
la station de télévision privée la plus populaire du 
Canada, la station cfto-tv de Toronto, prit ainsi 
la parole. Cette station est aussi le porte-parole de 
CTV, le premier réseau privé de télévision du 
Canada et celui d'Amérique du Nord qui a le taux 
de violence le plus élevé d'après l'enquête de la 
Commission royale. M. Bassett s'opposait en gros 
à toute réglementation extérieure en matière de 
contenu des programmes dans sa station et 
s'exprima sans aucunes notes. Le professeur 
George Gerbner, doyen de la "Aimenberg School 
of Communications" de l'Université de Permsyl- 
vanie, s'exprima aussi spontanément à ce propos. 
Il fondait ses commentaires sur l'enquête menée 
avec l'appui du gouvernement par son groupe de 
travail sur la violence à la télévision, étude de base 



pour toute recherche en la matière au cours des 
années 1970. Le Dr Robert Liebert, professeur de 
psychologie à la "State University" de New York 
à Stony Brook, montra un double film qu'il avait 
tourné sur des enfants en train de regarder des 
programmes de télévision. Leurs réactions étaient 
enregistrées par une caméra cachée. Il parla aussi 
du flot de violence à la télévision et de ses effets 
sur les jeunes. 

Moses Znaimer de la station city-tv de 
Toronto parla aussi sans notes de même que le 
cinéaste Ron Kelly et l'acteur Al Waxman. 
D'autres personnes, moins connues - qu'il s'agisse 
d'un ouvrier de l'Hydro à Cornwall, d'autochtones 
de North Bay et de l'île de Moose Factory ou 
d'une assistante sociale d'Ottawa - exprimèrent 
spontanément leurs opinions. 

Mais en général, les personnes qui prirent la 
parole lors des audiences s'appuyèrent sur des 
textes préparés. 



Shirley B. McClure 
Thunder Bay 

La violence dans les cours d'anglais des 
écoles secondaires de l'Ontario 

Je m'inquiète beaucoup de certains livres étudiés 
dans les cours d'anglais des écoles secondaires de 
l'Ontario. 

Je désire exprimer ma désapprobation à l'égard 
des ouvrages suivants: 

In Cold Blood - Truman Capote 

Etude détaillée de plusieurs meurtres à 
sensation aux Etats-Unis. 

Butterfly Révolution - Butler 

Histoire d'un camp de vacances où les enfants 
sont formés aux méthodes révolutionnaires 
conduisant à l'assassinat. 

Lord ofthe Flies - Golding 

Histoire d'un groupe d'enfants abandonnés sur 
une île. Leur comportement sadique et barbare est 
décrit avec précision. 

The Apprenticeship ofDuddy Kravitz - Richler 

Ce livre ne se classe pas exactement dans la 
catégorie des ouvrages traitant de la violence, mais 
à l'image de beaucoup d'autres, il illustre le 
proverbe selon lequel "la fin veut les moyens". 
D'après un parent d'élève, si cet ouvrage n'avait 
pas été écrit par un juif, il aurait été interdit pour 
son caractère antisémitique. 

Je pourrais citer d'autres hvres, qui ne font pas 
exactement l'éloge de la violence, mais qui laissent 
une telle impression de désespoir que l'on se 
demande si la vie vaut d'être vécue. Dans 
l'ensemble de ces livres, je m'inquiète du déchaî- 
nement de langage ordurier et sacrilège auquel 
donnent lieu les frustrations, langage accompagné 
le plus souvent par un traitement brutal du 
responsable présumé. 

Pour la plupart des parents, il ne fait pas de 
doute que les enfants, et même les adolescents, 
sont influencés par la télévision. On ne sait que 
peu de choses sur l'influence des textes imprimés. 
Lors de discussions, la plupart ont déclaré que le 
livre n'avait pratiquement aucune influence sur les 
élèves. S'il en est ainsi, pourquoi donc les parents 
non chrétiens ont-ils pu faire supprimer les deux 
ou trois minutes de prière et de lecture de la Bible 
dans les écoles sous prétexte que leurs enfants 



83 



étaient exagérément exposés à la religion 
chrétienne? Que représentent deux ou trois 
minutes quotidiennes par rapport aux deux ou 
trois semaines d'études intensives nécessaires à un 
examen? 

Depuis l'apparition de la télévision, chacun sait 
que peu d'élèves prerment le temps de lire. N'est-il 
alors pas honteux que les quelques instants 
consacrés à la lecture en classe ne fassent que 
corroborer les débordements de violence présentés 
à la télévision? 

Dans certaines classes, la perspective 
d'ensemble du programme d'anglais est particu- 
lièrement déprimante. Par exemple, les titres pour 
les groupes de 11« année sont les suivants: 



deux semaines 



Groupe A. Dépression morale 
Flowers for Algernon 
One Flew Over the Cuckoo's Nest 
I Never Promised You a Rose Garden 
Lisa, Bright and Dark 
Tell Me That You Love Me, Junie Moon 

au choix 
Catcher in the Rye une semaine 

Nobody Waved Good-bye 
Demian 
The Heart is a Lonely Hunter 



Groupe B: Désenchantement 
A Separate Peace Knowles 
The Glass Ménagerie Williams 
Death ofa Salesman Miller 



au choix 

trois semaines 
deux semaines 
deux semaines 



L'action de certains ouvrages {Lord of the Flies, 
Catcher in the Rye, Butterfly Révolution) se passe à 
notre époque; ils ont été écrits par un jeune auteur 
et peuvent donc exercer une forte influence, parce 
qu'il n'y a pas d'écart de temps ni de lieu pour en 
amortir l'emprise. Le cours semble n'accorder 
aucune part à une littérature d'inspiration élevée 
prouvant que les élèves peuvent attaquer et 
dominer les problèmes et les diflScultés de la vie 
quotidienne sans faire appel à la violence ou 
sombrer dans la dépression. 

En Ontario, l'anglais est une matière obliga- 
toire. Il n'est pas certain que l'étudiant dispose 
d'un choix de livres. Le corps enseignant prétend 
que ce choix existe, alors que les étudiants 
assurent le contraire et qu'ils ne peuvent étudier 



un autre livre sans permission. Dans une classe de 
onzième année, on pouvait choisir entre Duddy 
Kravitz et In Cold Blood. Dans une autre, Catcher 
in the Rye était inscrit au programme obhgatoire, 
mais, en cas d'objection d'un étudiant, il pouvait 
étudier, par lui-même, Great Expectations, 
l'ouvrage le plus difficile de Dickens. D'une part 
les choix ne sont pas valables et d'autre part 
l'élève qui veut un autre livre est obligé de se faire 
remarquer. Aucun élève ne devrait avoir à se 
mettre dans une telle situation. 

Certains professeurs d'anglais préféreraient, par 
exemple, ne pas enseigner Catcher in the Rye, mais 
ils n'ont eux-mêmes aucun choix. 

Les directives du ministère de l'Education ne 
donnent aucune indication sur les textes à utiliser. 
Le choix appartient au chef de la section d'anglais 
de chaque école, qui est ensuite soumis à l'appro- 
bation du conseil scolaire. Le conseil approuve 
généralement tous les livres qui lui sont soumis, 
quelles que soient les objections présentées. 

En rendant de tels livres obligatoires dans les 
écoles, je prétends que le conseil scolaire donne 
son accord tacite à la vulgarité et à la violence 
inutiles, qui sont courantes dans les rues et dans 
l'industrie des communications sous toutes ses 
formes. 

Je suggère que la Commission fasse une recom- 
mandation au ministère de l'Education en vue de 
fixer des directives précises pour l'enseignement de 
l'anglais avec une liste de textes approuvés pour 
chaque groupe d'études. 



84 



Natalia Bril 
Niagara Falls 

Violence: Pour, contre ou indifférence? 

D'un certain côté, je suis heureuse de vivre à notre 
époque. Nous arrivons pratiquement à tout 
justifier. Si nous empruntons la politique de 
l'autruche et arrivons à supprimer la violence qui 
existe dans les médias, qui pourrons-nous rendre 
responsable des erreurs dans le monde qui nous 
entoure? 

Un acte de violence particulièrement cruel à 
mon avis a eu lieu à Niagara Falls il y a quelques 
semaines (j'ai lu l'article dans un journal local). 
Une femme a été arrêtée pour une amende de $5. 
Elle avait payé $45, mais la police lui réclama plus 
tard $5 de plus. Elle contesta ajuste titre cette 
amende supplémentaire et refusa de la payer 
immédiatement. Elle fut emprisonnée . . . 

Quelle valeur accorde-t-on à la dignité 
humaine? 

Au moins, à la télévision, les bons l'emportent 
toujours sur les méchants. La violence à la 
télévision n'est donc pas aussi néfaste qu'on le 
pense. 

L'on critique toujours la violence à la télévision 
américaine. Mais lorsque la télévision canadienne 
reprend le même thème, tout rentre-t-il dans 
l'ordre? 

Les dessins animés modernes sont violents, le 
seraient-ils moins s'ils étaient tirés de la Bible? 
Même l'histoire du vieux Samaritain finit bien. 
Mais comment a-t-elle commencé? 

La violence est-elle un phénomène auquel on 
réagit sur le moment, ou est-ce la violence en 
général que l'on condamne, quel qu'en soit 
l'auteur? 

Si l'on se penche de plus près sur notre histoire, 
les vainqueurs étaient justes et bons et les vaincus 
mauvais et violents. 

Qu'en est-il des religions? Certaines off'raient 
des sacrifices humains et le font toujours. Pour les 
sacrifiés il s'agissait d'un acte extrêmement 
violent. Pour les sacrificateurs, d'un acte divin. 
Quoi qu'il en soit, il y avait mort d'homme. 

Une bombe explose près de Caroline Kennedy 
et l'on parle de violence. Un chercheur sur le 



cancer est tué. Qui se souvient de son nom? Tant 
pis . . . Telle est la valeur de la violence . . . 

Si un politicien est assasiné, il s'agit de violence. 
S'il impose sa dictature à des millions de 
personnes, est-ce au nom de l'ordre et de la loi? 

Avant la seconde guerre mondiale, autant que 
je le sache, la télévision n'existait pas. Il y avait 
quelques stations de radio ici et là, quelques 
journaux, mais en général très peu de médias. 
(Après tout, vous ne croyez pas la moitié de ce que 
vous voyez et pratiquement rien de ce que vous 
entendez.) Cela n'empêcha pas la guerre de se 
produire. Tout le monde déclarait: "Nous ne 
voulons pas la guerre". (Il ne s'agissait pas de nos 
désirs mais de la réalité.) Même Hitler déclarait 
qu'il désirait la paix. C'est pourquoi il envahit un 
pays, puis un autre. N'avait-il pas aussi conclu un 
traité de paix avec la Russie? (Un pacte qui devait 
être éternel.) Et si les gens lui résistaient violem- 
ment, que pouvait-il faire? Il voulait simplement 
imposer sa propre loi, même s'il fallait pour ce 
faire tuer des millions et des millions de personnes 
et faire d'innombrables prisonniers de guerre. Il 
n'a pas vraiment agi seul. De nombreuses 
personnes se sont offertes pour l'aider. Comme 
beaucoup de ses prédécesseurs et successeurs, il 
n'avait pas besoin de la télévision pour le guider. 

En théorie, l'ordre et la loi poussés à leur 
extrême. 

En pratique, la violence humaine. 

Mais avant que j'oublie, donnez-moi une 
définition de la coutume ancienne qui consistait à 
battre sa femme. S'agissait-il de discipline ou de 
violence? La femme est supposée être douce. 
Pourtant, nous sommes souvent extrêmement 
vindicatives. Nous arrivons tôt ou tard à nous 
venger . . . 

Nous avons dans le monde entier perdu le 
contrôle des gouvernements. Les services gouver- 
nementaux ont un tel pouvoir que nous vivons 
déjà pratiquement en état policier. Ces pouvoirs 
doivent-ils encore être accrus? Certainement pas! 

Si on vous défend d'acheter une arme, vous 
pouvez toujours fabriquer un petit cocktail 
Molotov et par accident tuer plus de personnes 
que vous n'en aviez l'intention initialement. 

Je suis désolée de paraître si sarcastique, mais 
j'ai assisté à ces phénomènes non pas au cinéma, 
ni à la télévision ou dans les journaux, mais dans 



85 



la réalité. J'ai assisté à plusieurs meurtres et non 
pas à un ou deux. Je n'ai pas vu une seule sorte de 
violence. La réalité m'en a montré une multitude. 

Le vrai problème est que nous n'arrivons jamais 
à atteindre un juste milieu. Nous passons toujours 
d'un extrême à l'autre. Où prend fin la censure et 
où commence la dictature? Elle est déjà en place 
dans certains domaines. Mais nous sommes trop 
préoccupés par d'autres problèmes pour le 
remarquer et nous ne voulons pas confronter la 
réalité. 

Si tous les gouvernements devaient justifier 
leurs actes, ils devraient être non seulement 
responsables (ce qui n'est pas le cas) mais aussi 
redevables de leurs actes. Alors et seulement alors 
nous pourrions rendre le reste de la population 
responsable. 

Si seulement les gouvernements s'employaient 
autant à créer qu'à détruire, à faire régner la 
justice plutôt que la corruption, notre sort en 
serait amélioré. 

L'histoire se répète continuellement. Il 
semblerait que nous soyons incapables de tirer la 
leçon de nos erreurs passées. Il est tellement plus 
facile de s'illusionner et de déclarer: "Nous 
n'étions pas au courant, nous ne faisions que notre 
travail". 

Ma conclusion réelle est la suivante: je suis 
inquiète et j'ai peur parce que tout ceci a constitué 
et constitue toujours la réalité de la vie. 

On se réveille parfois trop tard. 



Kapuskasing and District 
Association for tlie Mentaliy Retarded 
Kapuskasing 

En tant que membres de l'association pour les 
retardés mentaux de Kapuskasing et sa région et 
en tant que citoyens concernés, nous pensons que 
l'escalade de la violence à la télévision, au cinéma 
et dans certains journaux et magazines, risque 
d'affecter la personnalité ou le comportement des 
personnes mentalement retardées. Bien que notre 
préoccupation majeure en présentant ce mémoire 
à la Commission soit d'aider les retardés mentaux, 
ce texte concerne aussi les enfants "normaux". Par 
conséquent, nous pensons que ce mémoire 
s'applique en fait à tous les êtres innocents. 

Malheureusement, la majeure partie de nos 
critiques est dirigée contre la télévision. On doit 
payer son entrée au cinéma, et lorsqu'un retardé 
mental veut aller au cinéma, on le surveille et on 
l'emmène voir un film intéressant. De plus, les 
journaux et magazines n'intéressent pas souvent 
les retardés mentaux qui se contentent de regarder 
les images. Cependant, la télévision fait partie 
intégrante de la vie moderne et nous envahit à la 
maison, que nous le voulions ou non. 

La radiodiffusion, sous toutes ses formes, a pour 
but de servir les intérêts du public et de répondre à 
ses besoins. Par conséquent, la télévision devrait 
refléter les besoins et désirs de la majorité des 
spectateurs. Cependant, ce n'est pas le cas. Nous 
pensons que Radio-Canada, qu'il s'agisse de la 
station française ou de la station anglaise, de 
même que ctv offrent de valables programmes 
pour enfants. Des programmes comme Mr. 
Dressup, The Polka Dot Door, Nie et Pic, etc. 
favorisent le développement de l'enfant tout en lui 
inculquant des principes moraux adéquats. Cepen- 
dant, même les programmes pour enfants sont 
soumis à la violence. Tout d'abord, il y a le 
problème de la publicité lors de la période 
d'écoute familiale ou dans les programmes pour 
enfants: ces publicités montrent souvent des 
scènes violentes et révoltantes de films qui sont 
projetés dans les cinémas locaux ou de films pour 
adultes qui seront montrés plus tard à la télévi- 
sion. Est-ce réellement nécessaire? Cela 
correspond-il aux besoins et désirs des specta- 
teurs? 



86 



Le second problème concerne la program- 
mation d'émissions violentes, à savoir l'heure à 
laquelle les stations de télévision locales 
présentent certains programmes. La période 
d'écoute "familiale" devrait de toute évidence 
aller de 4h à 8h ou 9h du soir. Cependant, la 
station locale de Radio-Canada nous propose tous 
les soirs à 6h des films insipides et la station ctv 
ses fameux films du dimanche soir (à 7h) tels que 
The French Connection. Par contre un programme 
familial aussi intelligent que The Nature o/Things 
est présenté à lOh du soir. Nous devrions peut-être 
nous attaquer aux commanditaires de ces 
programmes superficiels qui enlaidissent notre 
existence quotidienne et nous donnent la violence 
en pâture. 

Une personne qui est mentalement retardée 
imite ce qu'elle voit. Par conséquent, nous devons 
nous assurer que ces esprits innocents et impres- 
sionnables ne sont pas soumis à des influences 
dégradantes et destructrices. 

Pourquoi ces réseaux de télévision ne peuvent- 
ils pas offrir des programmes intelligents 
s'adressant à toute la famille, surtout entre 4h et 
9h du soir? La majorité des enfants qui sont 
mentalement retardés et des adultes reviennent à 
cette heure de l'école ou du travail et regardent la 
télévision. Nos programmes ne peuvent-ils pas 
être divertissants et stimulants, être source d'inspi- 
ration et d'enthousiasme, et aider les jeunes à 
s'épanouir? 

L'association pour les retardés mentaux de 
Kapuskasing et sa région ne veut pas donner du 
problème une analyse purement négative. Nous 
avons aussi des suggestions positives. Nous 
pensons que la télévision, plus que tous les autres 
médias, off're un potentiel culturel illimité. Si elle 
était moins commercialisée, on pourrait peut-être 
éliminer une partie de la violence. Nous sommes 
tous responsables de l'avenir de notre société et 
nous devons nous assurer que la radiodiff'usion 
adopte des normes décentes. 

Nous admettons que les programmes de 
télévision ne sont pas totalement responsables. De 
nombreux parents abusent de la télévision. On 
laisse les enfants seuls et la télévision permet de 
s'en débarrasser. Un jeune enfant, surtout s'il est 
retardé mental, peut mal interpréter ce qu'il voit. 
Si on ne lui offre aucune explication, il risque 



d'avoir une conception du monde complètement 
erronée. Mais même un parent responsable et 
consciencieux doit lutter contre les programmes et 
contrôler constamment les émissions. Il s'agit là 
d'une tâche énorme. La seule autre alternative est 
d'éteindre la télévision. 

Mais, en tant qu'association, nous pensons que 
la télévision peut exercer une influence extrê- 
mement positive. Il n'est pas nécessaire qu'elle soit 
destructrice ou qu'elle effraie. Avec la collabo- 
ration des producteurs, des commanditaires et des 
réseaux de télévision, nous pourrions créer des 
programmes utiles et de qualité. Ces programmes 
pourraient correspondre aux différents niveaux 
d'intelligence conceptuelle et aux divers besoins 
d'information. Ce genre de programmes pourrait 
contribuer à faire des retardés mentaux des 
citoyens plus heureux et plus productifs. 

Notre association désire remercier la 
Commission royale de lui avoir donné l'occasion 
d'exprimer ses idées. En conclusion, nous désirons 
citer un passage du livre intitulé Action for 
Children 's Télévision, à la page 53 : 
"La dignité humaine est une course entre l'édu- 
cation et la catastrophe. Personne ne peut 
prétendre que seule la radiodiffusion pourra déter- 
miner quelle sera l'issue de la course. Cependant 
personne ne peut prétendre que la radiodiffusion 
n'a pas un rôle vital à jouer ni qu'elle doit 
accomplir cette tâche fidèlement si elle veut que la 
course soit gagnée." 

Espérons que ce mémoire et cette Commission 
nous aideront à gagner la course. 

Linda Giroux 
Première vice-présidente 



87 



Trevor Thomas 
Kitchener 

Bien que membre de deux organisations de cette 
communauté, c'est en mon nom particulier que 
j'aimerais profiter de l'occasion pour prendre la 
parole devant cette Commission lors de la réunion 
du 2 avril 1976 qui se tiendra à la bibliothèque 
publique de Kitchener. 

Afin que nous puissions engager un dialogue 
utile lors de la réunion, je vous fais parvenir un 
résumé des grands points dont j'aimerais discuter. 

En tant que directeur administratif de l'hygiène 
mentale pour la région de Waterloo, je suis 
extrêmement préoccupé par la façon dont les 
médias présentent les crimes de violence. Des 
phrases telles que: "un ancien malade mental", 
". . . récemment libéré d'un hôpital psychiatrique" 
et ". . . qui s'est évadé d'un hôpital psychiatrique", 
lorsque l'on fait le compte rendu d'actes indivi- 
duels d'agression, peuvent avoir de graves consé- 
quences. Ces phrases perpétuent le mythe voulant 
que les personnes qui ont reçu des soins psychia- 
triques soient dangereuses et violentes. Des 
recherches ont démontré que les personnes qui ont 
reçu une aide psychiatrique ont moins tendance à 
commettre un crime de violence que quelqu'un 
qui n'a pas reçu de traitement. A mon avis, ce type 
de journalisme est irresponsable et est en fait un 
acte d'agression indirect contre les gens qui ont été 
traités pour maladie mentale. Je demande à la 
Commission de prendre cet aspect de la violence 
en considération lors de son enquête et de recom- 
mander que de telles expressions soient éliminées 
à l'avenir des nouvelles. 

En tant que coordonnateur de l'organisation 
des parents anonymes de Kitchener- Waterloo, je 
suis bouleversé par la récente déclaration du Dr 
H.B. Cotnam, coroner en chef pour l'Ontario, 
indiquant que son bureau a transmis des rensei- 
gnements concernant des cas de molestation 
d'enfants à la presse afin de ". . . sortir le pubUc de 
son apathie" (Dr H.B. Cotnam, discours à la 
conférence sur la molestation d'enfants de la 
région de Waterloo, le 13 mars 1976). Bien que ce 
soit un moyen de renseigner le public sur la 
fréquence de la molestation d'enfants, je pense 
qu'il s'agit là d'une méthode d'information 
malsaine. En insistant sur cette forme de violence. 



on incite le public à réclamer une sanction 
juridique et l'incarcération du coupable. De 
nombreuses autorités indiquent que la punition 
(par l'incarcération) n'est pas un moyen efficace 
de résoudre ce problème. Elles indiquent que 
l'incarcération n'aide pas l'individu et que lorsque 
l'on n'arrive pas à faire emprisonner légalement 
un accusé, l'enfant est en plus grand danger qu'au- 
paravant. La majorité des parents qui molestent 
leurs enfants ont besoin de se sentir écoutés et 
compris. J'ai peur qu'à cause de la façon dont les 
médias présentent la chose, le public ne demande 
que l'on prenne des mesures juridiques indési- 
rables contre les parents qui molestent leurs 
enfants. Ces personnes ne recevront pas alors le 
type d'aide dont elles ont besoin. Ceci ne fera 
qu'augmenter la fréquence de la molestation 
d'enfants. Je demande à la Commission de faire 
une enquête sur cet aspect de la violence dans 
l'industrie des communications et j'espère que l'on 
mettra fin à ces procédés de choc, car les consé- 
quences éventuelles risquent d'être dramatiques. 
J'aimerais aussi parler de la violence contenue 
dans de nombreux programmes et films de télévi- 
sion. Mon travail avec les parents anonymes m'a 
appris que de nombreux parents abusifs ont 
recours à la violence pour discipliner leurs enfants 
et pour résoudre les frustrations subies au cours de 
leur enfance, lorsqu'eux-mêmes étaient molestés. 
Il est important de souligner que la molestation est 
un phénomène appris. De plus, lorsque l'on réalise 
que l'on utilise de plus en plus la télévision comme 
moyen d'éducation et que les programmes sont 
souvent violents, il y a lieu de s'inquiéter, car nous 
enseignons à nos enfants et à la jeunesse que la 
violence est un moyen de résoudre les frustrations 
personnelles. Par conséquent, je demande que l'on 
supprime le type de violence que l'on trouve 
actuellement à la télévision, ou au moins que la 
Commission mène une enquête détaillée pour 
évaluer et interpréter de façon réahste les effets 
que la violence à la télévision a sur le compor- 
tement de notre société. 



88 



A.W. Fereday 
Ottawa 

Je suis le père de trois jeunes enfants et je suis 
inquiet du nombre de programmes de télévision 
qui décrivent et glorifient la violence. A longue 
échéance, si l'on regarde ces programmes à grande 
dose, je suis sûr qu'ils contribuent à une escalade 
du crime dans la société et à une dégradation des 
normes de civilisation. L'exemple donné par notre 
voisin du sud devrait servir d'avertissement aux 
Canadiens. J'espère que votre Commission saura 
exercer des pressions sur les gouvernements 
provinciaux et fédéral pour contrôler de façon 
rigoureuse les programmes médiocres et violents. 

Je déplore la décision récente prise par le 
gouvernement fédéral autorisant l'entrée de 
nouveaux programmes américains au Canada par 
câblodiffusion; ceci ne fera qu'aggraver le 
problème étant donné que ce pays a des valeurs 
différentes des nôtres. Je recommande que les 
programmes américains commencent par être 
bannis de la câblodilfusion pour permettre d'y 
voir un peu plus clair. Je félicite les autorités 
d'avoir créé la nouvelle station éducative de 
l'Ontario. 

La télévision peut être un instrument utile dans 
notre société si nous l'utilisons à bon escient. Au 
lieu d'avoir des stations de télévision qui ne sont 
intéressées que par les bénéfices et qui corres- 
pondent au niveau intellectuel le moins évolué de 
la société (on nous fait croire que c'est le cas de la 
majorité des gens), on devrait encourager les 
stations de télévision à essayer d'améliorer le 
niveau d'éducation et de culture, de même que la 
conscience sociale de notre nation. Il suffit pour 
cela de programmes agréables sans pour autant 
être hautement intellectuels. Si vous considérez 
que les gens sont intelligents, off'rez-leur des 
programmes intelligents et ils s'avéreront intelli- 
gents - mais si vous considérez qu'ils sont violents 
et que vous leur proposez des programmes 
violents, ils deviendront sûrement violents. 

Ce sujet m'intéresse au plus haut point, car mon 
oncle a été assassiné et je suis malheureux lorsque 
je vois mon petit garçon de cinq ans qui veut jouer 
avec des armes comme ses amis. Les enfants 
veulent ressembler aux autres enfants et il est 
difficile de toujours leur refuser ces jouets. Mais si 



la télévision n'avait pas glorifié la violence et les 
armes comme elle l'a fait, le problème serait 
minime, car je ne suis pas préoccupé par la 
violence telle qu'elle est décrite dans la presse, à la 
radio et dans les films. 



89 



St. Catharines Diocesan Council of the 
Catholic Women's League 

Je représente 3,400 membres du conseil diocésain 
de la ligue des femmes catholiques de St. Catha- 
rines. Nous désirons soumettre un commentaire 
concernant la nature de la violence dans les 
médias et deux recommandations. 

Nous pensons que la violence la plus grave dans 
les médias n'est pas la violence physique repré- 
sentée dans les programmes policiers et les 
westerns. Plus sérieuse et pernicieuse est l'attaque 
insidieuse lancée constamment par les médias (à 
l'exception des médias religieux qui n'ont guère 
d'influence) contre le système de valeurs tradi- 
tionnel de notre société. 

Une grande partie de la société canadienne croit 
toujours au système de valeurs traditionnel que 
nous appelions l'éthique judéo-chrétienne. Si nous 
ne pouvons pas toujours le respecter, nous le 
considérons quand même comme un idéal et nous 
désirons qu'il soit respecté par les organes de 
divertissement et d'information, surtout lorsque 
ceux-ci sont financés par les deniers publics. 
Lorsque les citoyens se préoccupent du contenu 
des médias et forment des groupes pour la 
moralité dans les médias et des groupes de 
citoyens pour une communauté décente, c'est le 
manque de respect envers l'ordre moral qui les 
préoccupe et pas seulement la présentation d'actes 
violents. On pourrait par exemple prouver que les 
programmes policiers, qui sont d'habitude accusés 
de violence, sont en fait des histoires extrêmement 
morales. Les actes de violence sont condamnés, 
l'agresseur est puni et l'autorité de la loi est 
toujours préservée. 

D'un autre côté, les interviews-variétés peuvent 
menacer l'ordre de la société de façon très dange- 
reuse. Il sufiit, par exemple, d'interviewer de 
dangereux criminels et des terroristes avec intérêt, 
en ignorant leurs victimes, de dénoncer 
constamment les défauts de notre société sans 
jamais parler de ses qualités, de faire l'éloge de 
pays comme la Chine sans jamais mentionner son 
système de répression, de toujours présenter la 
religion, la fidélité et la structure familiale tradi- 
tionnelle de façon défavorable. Même des 
comédies comme AH in the Family tendent à 



présenter notre système de valeurs sous un jour 
démodé et ridicule. 

Les médias ne peuvent être impartiaux. Ils 
soutiendront toujours un système de valeurs. Nous 
pensons qu'ils ont cessé de soutenir le nôtre. 

Nous ne suggérons pas que les médias 
deviennent insipides et n'exposent jamais de 
théories contradictoires. Ce que nous demandons, 
c'est qu'ils essaient d'atteindre un certain 
équilibre; nous insistons surtout sur le fait que les 
programmes d'information et de divertissement, 
financés par les deniers publics, ne doivent pas 
attaquer notre système de valeurs. Nous pouvons 
au moins exercer un certain contrôle en tant que 
consommateurs lorsqu'il s'agit des médias financés 
par le secteur privé. Par exemple, la communauté 
juive américaine qui s'opposait à la comédie 
Bridget Loves Bemie parce qu'elle prouvait que le 
mariage mixte entre chrétiens et juifs pouvait être 
un succès a réussi à faire supprimer le programme. 
Elle pensait que ce programme menaçait sa survie. 
Les Noirs et les Indiens ont connu pareil succès. 
Les catholiques n'ont jamais réussi de la même 
manière à faire respecter leurs vues ou à 
supprimer le courant anti-catholique qui est de 
plus en plus virulent dans les médias depuis qu'il 
est devenu impopulaire de s'attaquer aux autres 
groupes minoritaires. Nous pouvons apporter des 
preuves à l'appui si vous le désirez. Cette attaque 
est encore plus difficile à supporter lorsqu'elle 
émane de la Société Radio-Canada que nous 
finançons nous-mêmes. 

Nous proposons deux recommandations: 

L Que l'on institue une période d'écoute familiale. 
Nous, les parents qui adhérons aux valeurs judéo- 
chrétiennes, pourrons être assurés qu'elles sont 
respectées. Cette période d'écoute familiale pourra 
se terminer à 8h du soir durant la semaine et à 9h 
en fin de semaine, après quoi les programmes 
seront laissés à la discrétion des parents. 

2. Que le gouvernement nomme une personne à qui 
les citoyens pourront soumettre des plaintes 
concernant l'attitude des médias, en espérant 
qu'elle dénoncera et remédiera à la partialité et au 
manque de respect. 

Nous vous remercions de vous intéresser au 



90 



problème des médias et d'avoir su vous rendre 
compte à quel point nous, les citoyens, sommes 
préoccupés. 

Anne Muggeridge 



Brampton and District University 

Women's Club 

Committee on Violence in ttie Media 

A. Habitudes relatives à la télévision: 

i) Insister à nouveau sur la lecture, les activités 
physiques, les passe-temps, les jeux indépendants 
plutôt que sur les loisirs passifs devant la télévi- 
sion. 

ii) Les médias doivent faire un effort supplémen- 
taire pour offrir des programmes valables aux 
enfants durant les heures d'écoute familiale. 
iii) Les parents doivent sérieusement et réguliè- 
rement limiter les heures de télévision de leurs 
enfants. 

B. Réactions des enfants aux programmes de 
télévision: 

i) Les enfants veulent de l'action, de l'humour, de 
l'aventure et du suspense. Actuellement, ce genre 
de programmes est accompagné de violence. Il 
faut donc offrir des programmes comportant ces 
caractéristiques mais dépourvus de violence. 
ii) Les programmes violents pourraient être 
soumis à des règlements stricts à leur entrée dans 
notre pays. 

C. Réaction des parents aux programmes de 
télévision: 

• Les parents préféreraient les comédies à la 
violence. Espérons que les médias prendront note 
de ceci et essayeront de satisfaire les spectateurs. 

• Une classification des programmes dans le 
guide de télévision suivant leur niveau de sexe et 
de violence aiderait les parents à sélectionner les 
programmes familiaux. 

• La période d'écoute familiale doit comprendre 
des programmes sélectionnés avec intelligence et 
goût. Cette responsabilité incombe de toute 
évidence à chaque station et des critiques 
virulentes devraient les encourager à faire une 
étude approfondie des programmes afin de faire 
un choix approprié. 

Mnae Sally Bannister 



91 



Gordon Sinclair, 
Toronto 

Au cours de vos voyages en Ontario, vous avez 
projeté un court film que j'ai rapidement tourné 
moi-même et qui exprime l'opinion que la violence 
fait partie de notre histoire et de notre héritage 
d'êtres humains. 

Je vous écris maintenant parce que je suis plus 
convaincu que jamais de ce fait, et j'insiste sur le 
mot "convaincu". 

Je n'exprime que mes vues personnelles. 
Comme de nombreuses personnes de ma généra- 
tion, je n'ai pas eu la chance de poursuivre des 
études. Ma théorie ou mes observations ne sont 
pas celles d'un universitaire mais elles expriment 
ce que je ressens instinctivement. 

Comme la plupart des mémoires envoyés à 
votre Commission se plaignent de la violence ou 
de ce qui a été nommé "Vexcès de violence", 
j'aimerais déclarer que sans violence ou sans sa 
menace, nous devenons des êtres passifs, 
incapables de prendre notre vie en main. 

La violence n'est pas seulement utile ou néces- 
saire, elle est essentielle à la survie humaine. Sans 
elle, nous sommes des êtres sans consistance et 
l'absence de violence physique entraînerait vite la 
passivité intellectuelle. Nous ne saurions plus 
réagir. 

L'être humain est un animal et les animaux sont 
parfois violents par nature. 

Songez au bébé. C'est une créature des plus 
violentes. Le bébé est incapable de se protéger, de 
se nourrir, de s'abriter ou même de se déplacer. 
Pour survivre il doit exprimer ses besoins par des 
cris et des hurlements. Il doit donner des coups de 
pied, griffer et réclamer. 

En grandissant, le bébé prend conscience de ce 
que nous appelons la civihsation. On le forme, on 
lui apprend que les cris ne sont pas le seul moyen 
d'obtenir ce qu'il veut. 

Ce n'est pas par accident que les sports les 
mieux payés sont les plus violents: la boxe où il 
s'agit de faire perdre conscience à l'adversaire 
aussi rapidement que possible et la corrida où il 
faut tuer le taureau avant qu'il ne vous tue. 

Ce n'est pas par hasard que le sport qui attire la 
plus grande foule est la course automobile des 500 
milles d'Indianapolis. Les fervents du sport 



s'attendent à la violence et certains espèrent même 
assister à la mort de quelqu'un. 

J'ai été dégoûté par ce que l'on appelle la 
violence au hockey, non pas à cause des blessés, 
mais parce que la violence ralentit l'action du 
match. Le nombre de joueurs de hockey 
gravement blessés est négligeable, alors que les 
personnes tuées ou mutilées dans des accidents de 
la circulation se comptent par dizaines de milliers 
par an au Canada. 

Quant à la violence au théâtre, au cinéma ou à 
la télévision, les gens qui prennent ces scènes au 
sérieux doivent être les descendants de ceux qui 
absorbaient sans ciller les histoires à l'eau de rose 
du siècle dernier. 

La scène la plus importante des films des années 
vingt et trente était le mariage à l'église où la 
mariée heureuse et la mère en larmes essayaient de 
nous faire croire qu'ils "allaient vivre heureux 
jusqu'à la fin de leurs jours". 

Ceux qui y croyaient alors croient proba- 
blement maintenant que les coups de pistolet tirés 
dans la rue sont chose courante. 

En littérature, peu de livres sont aussi violents 
que la Bible et cependant ce livre est non 
seulement considéré comme acceptable, mais il est 
révéré et chéri. 

La Bible nous dit que Dieu donna les dix 
commandements à Moïse. Cette histoire et ces 
commandements (dont sept sur dix sont négatifs) 
sont bien connus. 

Mais combien de personnes ont lu le vingt-hui- 
tième chapitre du Deutéronome qui décrit le 
châtiment qui vous attend si vous enfreignez ces 
commandements? 

Ce Dieu, qui noya délibérément tous les enfants 
de la terre, profère les plus terribles des menaces. 
Il y a là une violence inimaginable. Or ce livre est 
considéré comme sacré. 

Chaque espèce de mammifères, d'oiseaux, de 
poissons ou de reptiles s'attaque par instinct à une 
autre espèce, et cette hiérarchie implique la 
violence. 

Je réalise qu'il s'agit là d'observations au 
hasard, mais je préfère un certain degré de 
violence à une vie sans combat, sans opposition ou 
sans hostilité. 

Le monde serait bien triste si nous étions tous 
d'accord les uns avec les autres; cependant, au 



92 



moins 95 pour cent des gens qui se sont présentés 
devant cette Commission ont déclaré que la 
violence est néfaste et s'en sont montrés alarmés. 

Comptez-moi au nombre des 5 pour cent qui 
restent ... La violence est partie intégrante de la 
vie, de toute vie. Elle est essentielle à notre survie. 



John Bassett 

Toronto (extrait révisé) 

Je suis président directeur général et adminis- 
trateur en chef de la "Bâton Broadcasting Incor- 
porated", une compagnie cotée en bourse; la 
compagnie qui a le contrôle des actions s'appelle 
la "Telegram Corporation" et j'en suis le prési- 
dent. Bâton est propriétaire de la station cfto-tv à 
Toronto, de la station cfqc-tv à Saskatoon et de 
trois stations de radio, une à Windsor, une à 
Ottawa et une à Saskatoon. Je suis aussi le 
président d"'Inland Press" qui s'occupe d'impri- 
merie commerciale et qui possède douze hebdo- 
madaires dans la région de Toronto. Je suis l'un 
des directeurs du réseau CTV et un membre du 
comité exécutif de cette organisation. 

Je divise le contenu de la télévision en deux 
catégories: les actualités - c'est-à-dire le reportage 
des événements y compris les sports, et une 
deuxième catégorie qui a pour but de divertir et 
pour laquelle nous créons ou achetons des 
programmes. En ce qui concerne la station 
CFTO-TV, les normes que j'utilise sont connues de 
ceux qui travaillent pour moi; ils comprennent 
que je suis responsable en tant que détenteur du 
permis qui nous autorise à fonctionner. J'assume 
ma totale responsabilité devant le crtc; les 
critères de programmation sont régis par ce que je 
considère être le bon goût. 

Dernièrement, le réseau ctv a acheté le film 
Deliverance pour le projeter dans tout le pays. Je 
n'avais pas vu le film, mais j'avais lu le livre; un 
employé de la station m'a suggéré de regarder le 
film avant de le montrer sur la station cfto; il 
devait passer un soir à 9 heures et devait être 
diffusé le même soir à Toronto par la station 7 de 
Buffalo. 

Nous ne sommes pas responsables, et vous non 
plus, des programmes qui sont diffusés à Buffalo, 
et ce qu'on montre sur les stations de Buff"alo me 
laisse indifférent. Ce n'est pas mon affaire. 
Deliverance fut projeté sur la station 7 à 9h du soir. 
Après l'avoir vu, je demandais qu'on le diff'use sur 
notre station à minuit. 

Nous avons dépensé des centaines de milliers de 
dollars au cours des quinze dernières années pour 
essayer de faire de cfto une station familiale. Je 
n'ai pas besoin de décrire ce film en détail au 



93 



cours de cette audience publique, mais il m'a 
simplement paru de mauvais goût. 

Une autre fois, un membre de mon équipe m'a 
demandé conseil à propos d'un programme 
inoffensif intitulé Good Times. Outre le 
programme pilote, je dois admettre que je n'avais 
jamais vu le film. Ce programme devait être 
diff'usé à 7h du soir et une publicité indiquait que 
cet épisode spécifique traiterait des maladies 
vénériennes mais de façon amusante et adéquate. 
Je n'ai même pas voulu le regarder; j'ai juste dit 
"Ne diff'usez pas cet épisode, montrons quelque 
chose d'autre". Nous avons un système de 
contrôle, et la clé de ce système est le bon goût - et 
pas seulement en ce qui concerne la violence. Je 
n'ai jamais annulé Streets ofSan Francicsco ni 
Ironside ni aucun des programmes policiers. 

Je ne pense pas que les programmes de 
télévision suscitent des réactions anormales chez 
les gens normaux. J'ai été élevé sans télévision. 
J'étais interne et lorsque je rentrais à la maison 
pour les vacances, mes parents me laissaient voir 
quasiment n'importe quoi au cinéma. Je prétends 
avoir été un enfant normal, même si mes parents 
ne pensaient pas la même chose. Je me souviens 
des films d'Edward G. Robinson, de Little Caesar, 
de tous les autres films de gangsters de George 
Raft et autres. Je n'avais pas besoin de réfléchir 
pour faire la différence entre la réalité et la fiction 
et j'estime que ceci s'applique aussi à la télévision. 
Je crois que les gens qui regardent Streets ofSan 
Francisco et d'autres programmes policiers savent 
qu'il ne s'agit pas de la réalité mais de fantaisie 
tout comme dans les westerns où tous les Indiens 
étaient abattus. 

Je vais peut-être paraître insensible ou cynique, 
mais je ne crois pas que les images projetées sur 
l'écran de télévision puissent pousser une 
personne normale et raisonnable à sortir dans la 
rue pour tirer sur les passants. Cela me paraît 
ridicule. Et si on peut prouver qu'un programme 
spécifique est responsable d'actions violentes, la 
personne qui se laisse ainsi influencer est déséqui- 
librée pour commencer. En admettant que cette 
hypothèse soit correcte, on ne peut quand même 
pas organiser les programmes de télévision en 
fonction des cas exceptionnels et anormaux. 

Ma génération a fait la guerre, moi comme les 
autres. Je parle de guerre réelle. J'étais dans 



l'infanterie et j'ai combattu en Itahe et dans le 
nord-ouest de l'Europe où l'ennemi était en vue. 
Je ne pense pas que ma génération en soit devenue 
plus ou moins violente. Il s'agissait là de réalité 
bien tangible pour ceux d'entre nous qui ont eu la 
chance de survivre. Nous sommes revenus. Ce qui 
nous était arrivé faisait partie du passé. Nous 
avions accompli notre tâche et nous avons repris 
notre vie habituelle. Je ne suis pas plus violent que 
l'individu moyen, peut-être un peu plus, mais pas 
anormalement. Je suis peut-être plus catégorique 
dans certaines de mes opinions. 

Les programmes de télévision vont par vagues. 
Il ya cinq ou six ans, les westerns étaient très 
populaires, et on en montrait beaucoup à la télévi- 
sion. Au cours des trois ou quatre dernières 
années, ce sont les programmes policiers ou de 
détectives qui ont pris la relève, à savoir Cannon, 
Harry-0, Police Story, Hawaii Five-O, etc. 

D'après les derniers sondages, ces programmes 
commencent à lasser et je ne sais pas ce qui 
viendra ensuite. Les comédies comme y4// in the 
Family, Rhoda etc. ont survécu à ces différentes 
vagues et continuent à être populaires, mais 
l'enthousiasme du public vis-à-vis des 
programmes policiers ou des westerns n'est plus ce 
qu'il était. 

Pour moi il n'y a pas de rapport entre le crime 
dans la rue et les programmes de télévision. Sans 
doute y a-t-il des gens qui sont plus experts en la 
matière que je ne le suis, mais si cette opinion est 
présentée par des experts, psychiatres ou autres, 
j'espère que la Commission demandera qu'ils 
fournissent nombre de preuves et d'exemples 
pratiques à l'appui de leur théorie. 

Non seulement je ne pense pas que l'on devrait 
censurer la violence dans les actualités, mais je 
pense que, si quelqu'un est attaqué dans le métro 
ou si une petite fille est enlevée ou violée, il faut 
insister sur ces événements. J'estime qu'il incombe 
aux stations de télévision d'exposer la réalité dans 
ce domaine, même si elle est désagréable, en 
espérant que l'on pourra trouver une solution au 
niveau de la justice, des tribunaux ou de la 
Commission de libération conditionnelle. J'estime 
que le directeur des actualités, le directeur d'une 
station de télévision ou le rédacteur d'un journal, 
qui ignore ces événements, ne s'acquitte pas de sa 
mission et n'a pas sa place dans l'industrie des 



94 



communications. Je suis fermement convaincu de 
cela. 

Heureusement, à Toronto, les agressions dans le 
métro sont peu fréquentes. A mon avis, on en 
parle beaucoup dans les nouvelles, parce qu'il 
s'agit d'un phénomène rare et parce que notre 
communauté est ce qu'elle est. Si nous voulons 
préserver la communauté sous sa forme actuelle, 
de façon que ce type de nouvelles continue à faire 
les gros titres, on doit leur donner toute l'impor- 
tance voulue, en espérant que les gens se sentiront 
concernés et que l'opinion publique et les édito- 
riaux des journaux soutiendront les forces de 
l'ordre et permettront de contrôler ce type de 
violence. 

Les responsables des médias sont des gens 
comme les autres; j'ai trois jeunes enfants à la 
maison âgés de trois, six et sept ans et je dois vous 
dire que la télévision nous cause autant de 
problèmes qu'à tout autre parent ou professeur de 
la province de l'Ontario. 

Je ne veux pas vous décevoir, mais dans 90 pour 
cent des cas, on nous téléphone pour nous 
demander: "Pourquoi mon programme a-t-il été 
supprimé?" Au cours des 18 derniers mois, moins 
d'un pour cent des plaintes concernait le contenu 
des programmes, à savoir qu'ils étaient trop 
violents, trop pornographiques ou trop sexuels. Et 
ce, en dépit du fait que notre station est celle qui 
est la plus regardée, non seulement dans ce 
marché compétitif, mais au Canada. Tout ce que 
je puis en conclure, c'est que nous faisons du bon 
travail. 

Mon concept du bon goût à la télévision n'est 
peut-être pas le meilleur du monde, mais personne 
ne m'a encore rien offert de mieux et je travaille 
dans l'industrie des communications depuis 
maintenant 40 ans. Un propriétaire de station 
comme moi dépend de l'acceptation de son 
auditoire. En ce qui me concerne, je suis aussi 
responsable d'environ 1,500 employés. Il s'agit de 
spécialistes qualifiés qui sont fiers d'exercer cette 
profession et qui en dépendent pour assurer leur 
subsistance. Par conséquent, je pense que je suis 
aussi qualifié dans le domaine de la télévision 
qu'un fonctionnaire nommé pour censurer les 
programmes. 

En ce qui concerne les actualités, nous faisons 
des coupures uniquement pour pouvoir inclure 



toutes les nouvelles en provenance de sources 
diverses dans nos deux principaux bulletins 
d'information. Nous n'évitons pas un sujet parce 
qu'il est trop violent. 

Nous avons adopté une politique extrêmement 
sévère à propos de la publicité; la sation cfto est 
extrêmement demandée. Je ne dis pas que nous 
soyons différents des autres stations de télévision, 
mais ce n'est pas demain qu'un commanditaire me 
donnera des ordres en matière de programmation. 

J'ai vu dernièrement un message publicitaire de 
réseau vantant un désodorisant pour hommes. Il y 
avait un homme dans l'ombre, tout nu. Comme il 
s'éloignait, la caméra descendait montrant un dos 
et des reins poilus que je n'ai pas trouvés particu- 
Hèrement esthétiques. J'ai refusé d'utiliser ce 
message. Le réseau n'était pas content, mais je 
pensais simplement que c'était de mauvais goût. 
On m'accusa d'être "prude" et c'est peut-être la 
vérité. Mais après tout, il existe bien d'autres 
façons de vendre du désodorisant. D'autres 
réseaux essayèrent de défendre la cause, parce 
qu'ils étaient prêts à diffuser le message, mais je 
déclarais simplement "aucune importance, je ne 
l'accepterai pas"; comme le commanditaire ne 
pouvait pas obtenir un auditoire suffisant à 
Toronto sans la collaboration de la station cfto, il 
changea l'annonce et élimina cette scène. Aucun 
problème. 

Tout le temps publicitaire disponible en période 
de grande écoute a été vendu. Cependant, il nous 
reste du temps au cours de ce que nous appelons 
la période périphérique, à 8h du matin par 
exemple. Nous diffusons des messages publici- 
taires pour le compte du gouvernement de 
l'Ontario, y compris une série extrêmement 
violente concernant l'utilisation des ceintures de 
sécurité où l'on voit d'horribles accidents. Etant 
donné les nouvelles directives du gouvernement 
de l'Ontario, interdisant que ses messages pubhci- 
taires soient diffusés près ou au cours de 
programmes violents, nous serons heureux de les 
diffuser à un autre moment. De nombreux 
commanditaires seront ravis d'utiliser le temps 
d'écoute qui est occupé actuellement par le 
gouvernement de l'Ontario. 

J'ai fait de nombreuses erreurs au cours de ma 
longue carrière dans l'industrie des communica- 
tions, que ce soit actuellement à la télévision ou 



95 



auparavant dans la presse où mon principal 
associé celui qui m'a permis d'acheter "The 
Telegram" - était notre commanditaire le plus 
important, le regretté John David Eaton. John 
Eaton ne s'est jamais arrogé droit de regard sur le 
contenu d'un journal, malgré le fait qu'il avait 
financé le projet et qu'il était mon commanditaire 
le plus important. Les commanditaires peuvent 
faire la publicité qu'ils veulent avec leur argent, 
mais ce qui est sûr, c'est que je n'accepterai pas 
qu'ils contrôlent les programmes de ma station. 

Je ne pense pas que la décision de riODE de 
boycotter les commanditaires qui soutiennent des 
programmes violents mènera à quoi que ce soit, 
parce que je ne crois pas que les membres y 
prêteront attention. 

Le manque de commanditaires ne nous obligera 
pas à changer le contenu des programmes tant que 
les sondages et les enquêtes indiqueront que ces 
programmes sont regardés par le public sur la 
station cfto. 

Non seulement je suis propriétaire de station, 
mais je suis aussi consommateur et je réagis aux 
messages publicitaires: si je veux m'acheter un 
costume et que soudain je vois dans un journal ou 
à la télévision une annonce qui me plaît, je risque 
d'aller dans ce magasin et d'acheter ce qui me 
semble être une bonne affaire. D'un autre côté, 
lorsque je regarde un programme, je ne suis pas 
motivé, parce que je ne fais pas le rapport entre la 
violence du programme et la réalité. 

Je ne pense pas que les enfants fassent le lien 
entre la violence dans les programmes et la réalité 
et je pense qu'il incombe aux parents de contrôler 
les programmes que leurs enfants regardent. Mes 
propres enfants ont le droit de ne regarder que 
Sésame Street, Polka Dot Door et The Brady 
Bunch, et c'est tout ce qu'ils regardent. Rien 
d'autre. Point final. Mes enfants ne regardent pas 
les dessins animés; il s'agit là en partie de leur 
propre choix et en partie du mien, et surtout ils 
sont occupés à autre chose. 

Si je pensais qu'il était possible de prouver que 
certains programmes sont préjudiciables aux 
enfants, je remanierais l'agencement des 
programmes et je le ferais de façon certainement 
plus stricte que pour les films comme Deliverance. 

Je vais vous dire où nous faisons erreur. Nous 
programmons à nouveau la série Ironside, l'his- 



toire d'un policier de San Francisco, qui fut 
diffusée pendant longtemps en période de grande 
écoute; il s'agit d'un programme extrêmement 
populaire en fin d'après-midi. Ce n'est peut-être 
pas une bonne chose, parce qu'on diffuse cette 
émission à un moment où les enfants, en grand 
nombre peut-être, regardent la télévision. Nous 
avons pris cette décision pour des raisons de 
concurrence. 

Je ne pense pas que vous puissiez prouver que la 
télévision incite au comportement violent. Il y a eu 
tragédie aux jeux olympiques de Munich et la té 
lévision n'y était pour rien. Il s'agissait d'extré- 
mistes arabes exterminant des athlètes israéliens. 
Si quelqu'un place une bombe dans un avion, je 
me demande si on peut vraiment produire des 
statistiques établissant que cet acte est dû à 
l'influence de la télévision; je pense que les actes 
de violence sont fonction de différents facteurs: de 
raisons politiques et Dieu sait quoi d'autre. 

On peut soutenir que le public a commencé à 
manifester son opposition à la guerre du Vietnam 
après que les réseaux américains aient envoyé là- 
bas des journalistes, qui, choqués par ce qu'ils 
voyaient, cessèrent de faire des coupures et 
envoyèrent tels quels des films qui coûtèrent la vie 
à certains d'entre eux. Ceci a contribué à 
détourner le public américain de la guerre du 
Vietnam. 

Pour moi, être responsable vis-à-vis de mes 
actionnaires signifie être responsable vis-à-vis du 
public. C'est ma ferme conviction. Je pourrais dire 
que je ne suis pas un président idéal pour une 
compagnie cotée en bourse parce que, durant des 
années, ma compagnie était privée. Je suis respon- 
sable en dernier lieu vis-à-vis de moi-même: j'étais 
un homme mûr, lorsque ma compagiùe a cessé 
d'être privée et je suis resté responsable vis-à-vis 
de moi-même comme je l'ai été durant 20 ans en 
tant que rédacteur de journaux. Si je n'étais pas 
responsable vis-à-vis de moi-même, il faudrait me 
trouver un remplaçant. 

Si vous voulez réussir, il faut vous faire accepter 
par la majorité de l'opinion publique et assumer 
vos responsabilités à son égard. Sinon, vos action- 
naires, qui font aussi partie du public, en 
souffriront. 

Les gens qui regardent les progranmies de 
télévision de notre station ne sont pas révoltés par 



96 



ce qu'ils voient; ils ne sont pas offensés et la vaste 
majorité est capable de faire la différence entre 
fiction et réalité. Tout est là. 

Si votre Commission arrive à me convaincre 
que les gens sont affectés par les programmes de 
télévision que nous offrons, que la télévision 
contribue à l'escalade du crime, alors que je pense 
qu'il faut l'attribuer à d'autres facteurs, soyez sîirs 
que j'agirai en conséquence. 



George Gerbner 
Philadelphia 

Je suis affilié à la "Annenberg School of Commu- 
nications" de l'Université de Pennsylvanie, qui est 
une école de formation de chercheurs dans le 
domaine des communications. Au cours des neuf 
dernières années, nous avons étudié les 
programmes de télévision et ces trois ou quatre 
dernières années, nous nous sommes intéressés 
aux réactions du public face aux programmes et 
surtout face à la violence. 

Les hypothèses de base de la recherche reposent 
sur deux notions fondamentales: tout d'abord il 
existe une différence entre la violence réelle et la 
violence symbolique; deuxièmement, la violence 
symbolique n'est pas un acte simple, comme de 
respirer ou de marcher. Il s'agit d'un rapport 
social dans lequel les facteurs de justice, de 
négociation et de domination sont extrêmement 
importants. On doit donc considérer la violence, et 
surtout la violence symbolique, comme une leçon 
en matière de comportement en ce qu'elle affecte 
la façon dont nous communiquons les uns avec les 
autres, surtout avec ceux qui sont différents de 
nous. 

La violence symbolique est essentiellement un 
exemple de rapport social. L'étudier uniquement 
du point de vue de l'imitation ou du point de vue 
de l'agressivité (bien que l'importance de ces 
facteurs soit incontestable) est totalement inadé- 
quat. Pour comprendre le rapport social établi par 
la violence, il faut examiner la situation dans son 
ensemble; il faut étudier les deux côtés de la 
médaille: la victime et l'agresseur. La violence est 
un scénario social où les rôles sont nombreux; elle 
est source de bien des enseignements. 

Nous étudions les programmes de télévision de 
la même manière que le monde réel: géographie, 
démographie, types sociaux, caractéristiques 
professionnelles, âge, sexe et formation des 
personnages de télévision. Nous examinons les 
rapports qui existent entre eux, et la violence n'en 
est qu'un exemple. Nous étudions la nature des 
rôles assumés par les deux sexes, des stéréotypes 
professionnels, des conflits et des exemples de 
collaboration. Nous examinons les buts que les 
personnages poursuivent, les moyens qu'ils 
utilisent pour les atteindre et les résultats obtenus. 



\ 



97 



Au-delà de ce qui est vu par une seule personne, 
nous étudions ce qui est absorbé par l'ensemble 
des téléspectateurs. 

Nous avons mis au point ce que nous avons 
appelé l'Indice de la Violence, c'est-à-dire une 
évaluation multidimensionnelle des différents 
aspects de la représentation de la violence, à 
savoir, entre autres, le pourcentage de 
programmes contenant un certain degré de 
violence, le nombre de personnages qui parti- 
cipent à un acte violent, la répartition des person- 
nages qui commettent des actes de violence et de 
leurs victimes, leur âge, sexe, etc. Nous étudions le 
degré de violence, à savoir la fréquence des 
incidents violents par programme ou par heure et 
nous combinons ces facteurs en une seule formule 
de classification. 

Le Profil de la Violence est une annexe de cet 
indice; il étudie des facteurs supplémentaires, y 
compris les conséquences de l'exposition à la 
violence, c'est-à-dire dans quelle mesure le télés- 
pectateur transpose la vie imaginaire présentée à 
la télévision dans sa conception de la réalité 
sociale du monde qui l'entoure. 

Après des années de recherches et d'audiences 
et de nombreuses commissions sur la violence, 
l'indice a varié mais n'a pas vraiment beaucoup 
changé si on examine l'indice composite qui 
combine tous les différents types de programmes, 
toutes les périodes d'écoute et les trois principaux 
réseaux américains. Ceci ne concerne que les 
émissions dramatiques et non pas les actualités. 

Nous avons découvert que, bien que les Améri- 
cains pensent savoir ce qui se passe à San 
Francisco ou à New York, la plupart d'entre eux 
ne connaissent pas en fait leur propre commu- 
nauté. Ils pensent que ce qu'ils voient à la 
télévision est vrai et que ce n'est guère différent de 
la réalité. Dernièrement, dans un tribunal de 
Californie, un avocat de la défense s'avança et 
déclara "Votre Honneur, l'accusation harcèle le 
témoin". Le juge répondit "Oui M. X., j'ai aussi 
entendu cette objection dans Perry Mason. 
Malheureusement, cela ne figure pas dans le code 
californien". Non seulement les éléments les 
moins éduqués du public, mais les membres des 
professions libérales copient de plus en plus leur 
comportement sur celui qu'ils voient souvent à la 
télévision, parfois une fois par semaine, parfois 



une fois par jour. Nous avons choisi les émissions 
dramatiques à cause des histoires qu'elles racon- 
tent. Nous voulions étudier la télévision, car elle 
touche la plupart des gens et que c'est là qu'ils 
glanent la majorité de leurs renseignements sur la 
vie. 

Lorsque nous étudions la violence à la télévi- 
sion, dans le cadre des émissions dramatiques, ce 
n'est pas seulement la fréquence mais aussi la 
nature de la violence que nous examinons. La 
fréquence est importante, mais il nous faut savoir 
ce qui se passe à la télévision et ce qu'elle 
enseigne. 

Une des méthodes consiste à examiner les 
rapports sociaux présentés sur l'écran et à essayer 
de dégager des tendances: qui fait quoi à qui; 
lorsqu'on examine des centaines de programmes 
et des milliers de personnages, on est surpris de 
remarquer que les tendances sont nettes et 
étonnamment stables. 

Par exemple, si vous êtes un homme dans le 
monde de la télévision, votre coefficient de risque 
est 1.2. Ceci signifie que pour chaque homme qui 
commet un acte de violence dans le monde de la 
télévision, il y a 1.2 hommes qui sont victimes de 
la violence. 

Si vous êtes une femme, vos chances de contact 
avec la violence diminuent; vous risquez moins 
d'être impliquée dans des incidents violents, mais, 
si et quand cela arrive, vos chances de finir comme 
victime sont bien supérieures à celles des hommes. 
Ceci indique que les leçons de la violence sont 
appliquées différemment. Il y a le risque 
d'agression et aussi le risque de devenir la victime; 
à propos de victimes, on se rend compte que 
différents types de gens présentent différents types 
de risques qui entraînent un degré différent de 
peur parmi eux. Si vous n'êtes pas blanc, si vous 
n'êtes pas né dans le pays, si vous êtes très jeune, 
si vous êtes très vieux ou si vous combinez 
certaines de ces caractéristiques, le risque 
augmente. Le nombre de victimes dans une 
catégorie, divisé par le nombre d'incidents violents 
dans chaque groupe donne le coefficient de risque. 
C'est ainsi que se trouve reproduite la hiérarchie 
du pouvoir dans la société américaine. 

Par exemple, si vous voyez une vieille femme 
noire à la télévision - il y en a quelques-unes - 



98 



vous pouvez être sûr qu'elle sera tuée. Aucune ne 
s'en sort. 

Nous nous demandons quelles sont les consé- 
quences de ce phénomène sur la perception de la 
réalité. C'est une question que nous commençons 
à explorer. 

Le Dr Robert Liebert a démontré qu'entre 5 et 
15 ans, un enfant assistera à 13,700 actes de 
violence; en fait, je pense que ces chiffres datent 
d'il y a deux ans et que le nombre est bien 
supérieur actuellement. Nous constatons que les 
membres de notre auditoire enfantin regardent en 
moyenne 6 et non pas 3 heures de télévision par 
jour et qu'il n'est pas inhabituel de trouver des 
enfants qui regardent 7 à 8 ou même 9 heures de 
télévision quotidiennement. 

Lorsqu'un enfant atteint l'âge de cinq ans - non 
entre 5 et 15 ans, mais lorsqu'il atteint l'âge de 5 
ans, - il aura passé plus de temps devant la 
télévision qu'il n'en passera jamais dans une salle 
de classe. Seule la télévision pénètre dans le foyer 
et nous tient compagnie du berceau à la tombe. 
De plus, seule la télévision est utilisée de façon 
non sélective par la plupart des gens. La télévision 
est comme le climat; par conséquent, prétendre 
que si on ne l'aime pas, il suffit de l'éteindre est 
aussi faux que prétendre que si l'on n'aime pas la 
pollution, on n'a qu'à retenir sa respiration. On ne 
peut adopter cette attitude que durant un certain 
temps et, de toute façon, même si on éteint la 
télévision, le reste de la société ne le fait pas; ce 
que la télévision ne nous transmet pas directe- 
ment, c'est la société qui nous le communique. On 
ne peut échapper à un sens de responsabilité 
collective et les solutions ne sont pas faciles. 

La tendance qui s'est dégagée des réponses à 
nos sondages, qu'il s'agisse d'adultes ou d'enfants, 
semble prouver que la violence et l'oppression à la 
télévision amènent une petite minorité à se ranger 
du côté des agresseurs, ceux qui estiment qu'ils ont 
plus de chances d'assumer le rôle de l'agresseur 
que tout autre rôle. 

Pour la vaste majorité, la violence engendre la 
peur, la suspicion et la méfiance, ce qui fait d'ail- 
leurs partie du scénario violent. 

En tant que rapport social, la violence dépend 
autant de la préparation de la victime que de 
l'agresseur. En fait, je pense que le sentiment de la 
peur et le fait de s'attendre à être victime contri- 



buent tout autant, si ce n'est plus, à la fréquence 
du crime violent et de la violence en général que 
les objectifs visés par l'agresseur lors de l'acte 
violent. 

D'autre part, il est probablement ridicule 
d'attribuer ces phénomènes uniquement à la 
télévision. Je pense parfois que la climatisation a 
contribué tout autant que la télévision à dépeupler 
nos villes en été et à les rendre peu siîres. Il est 
possible que les deux phénomènes se soient 
conjugés pour affecter le mode de vie des 
habitants qui ne vivent plus à l'extérieur. Il règne 
une atmosphère de peur, de suspicion et de 
méfiance extrêmes et cela crée un contexte dans 
lequel la plupart des crimes, y compris les crimes 
violents, s'avèrent relativement sûrs, présentent 
peu de risques et sont très rentables. Ainsi, ce sont 
les inhibitions et la crainte qui poussent la plupart 
des gens à se considérer comme des victimes 
éventuelles plutôt que comme des meurtriers. 

D'une manière générale, je dirais que la plupart 
de nos constatations, sinon toutes, surtout parmi 
les gens de moins de 30 ans, suggèrent qu'il existe 
une génération de la télévision qui est née et a 
grandi avec ce média. La plupart de nos résultats 
indiquent que le fait de vivre dans le monde de la 
télévision tend à exagérer (chez les téléspectateurs 
assidus par rapport aux téléspectateurs spora- 
diques appartenant aux mêmes groupes et aux 
mêmes communautés et exposés aux mêmes 
réalités de la vie) le sentiment de vivre dans un 
monde dangereux, présentant de grands risques, 
où l'on a de fortes chances d'être victime d'actes 
de violence le soir. 

Une autre question se pose: lorsque les gens 
s'attendent au danger et au crime, ceci risque-t-il 
de les provoquer? Je pense que dans un climat 
social de peur et d'attente du pire, il y aura 
toujours des criminels pour profiter de la situation, 
si bien que les prophéties se réaliseront. 

On note dans la population une tendance 
grandissante à rechercher davantage de contrôle, 
de protection, de tout ce qui peut donner un 
sentiment de sécurité ou même une illusion de 
sécurité pour parer à l'anxiété et à la peur. 

Comme je l'ai déclaré, la télévision est un média 
non-sélectif pour la plupart des gens; c'est comme 
l'environnement. Elle ressemble davantage à une 
religion; en fait, je l'appelle parfois la nouvelle 



99 



religion. Elle est répétitive et basée sur des rites. 
La diversité et l'originalité sont ce que les gens 
recherchent le moins à la télévision et ils sont 
perturbés si, par exemple, on leur propose un 
dénouement différent de celui auquel ils s'atten- 
daient. 

Nous devons donc considérer la télévision 
comme quelque chose qui est accepté globale- 
ment, sans discernement, et il faudra ensuite 
examiner quelles conceptions de l'humanité sont 
inhérentes à ces programmes essentiellement 
répétitifs. On se rend compte alors qu'essayer de 
hmiter les programmes à un certain nombre 
d'heures chaque soir entraîne des protestations de 
la part de groupes qui estiment, ajuste titre, qu'on 
les considère comme des citoyens de seconde 
classe. C'est le cas par exemple des personnes 
vivant dans des institutions, des personnes âgées, 
des fermiers qui ont un horaire de travail différent 
ou des gens qui travaillent la nuit. 

La télévision devient ainsi un vaste programme 
auquel le public a droit, qu'il réclame et qu'il 
accepte comme un tout; il s'agit alors de savoir 
quelle est la meilleure manière de l'organiser et de 
la financer et quels contrôles il faut y apporter 
pour assurer la représentation la plus large 
possible des aspirations et des goûts humains. 

A mon avis, si l'on veut résoudre le problème, il 
faudra arriver à ne plus considérer la violence 
d'une façon simpliste mais à la voir comme un 
produit de consommation. La télévision est 
toujours étroitement contrôlée; la question est de 
savoir à qui elle profite, dans quels buts et dans 
quelle mesure les différentes opinions sont repré- 
sentées dans l'ensemble des programmes. J'ai été 
ravi d'apprendre que votre Commission va mener 
une enquête dans différents pays de part et d'autre 
des structures sociales qui divisent le monde 
actuel. Tous les pays en eff'et doivent faire face au 
même problème: quoi faire de cette nouvelle 
forme de culture qui est encore plus puissante que 
ne l'étaient les systèmes scolaires. Sur quoi la 
fonder pour qu'elle corresponde aux objectifs de 
la société envers ses enfants et ses adultes? 
J'estime que la politisation du problème de la 
télévision, bien qu'elle pose des problèmes et soit 
même inquiétante, est inévitable. Je pense que 
l'orientation de la structure de la télévision fera de 
plus en plus partie du processus politique; les 



candidats aux élections adopteront des positions 
sur la télévision, comme il le font actuellement sur 
l'éducation, le transport, etc. La télévision fera 
partie de leur programme électoral. 

Nous ne savons pas si la différence de structure 
et de politique en matière de programmes 
contribue, indépendamment d'autres facteurs, aux 
fluctuations du taux de criminalité suivant les 
pays. Non seulement il est nécessaire que les pays 
mènent individuellement leurs propres études à 
long terme sur la télévision et les autres médias, et 
sur les réactions qu'ils suscitent, mais nous avons 
besoin de coopération entre les pays et de compa- 
raison pour pouvoir dégager les tendances intéres- 
santes; il faut pouvoir comparer notre pays à 
d'autres, afin de déterminer si une structure diffé- 
rente en matière de programmation contribue de 
façon indépendante à la violence ou renforce 
simplement les autres facteurs sociaux, ou s'il y a 
conjugaison des différents éléments. 

Je pense que la télévision fait partie de notre 
culture; à mon avis, elle n'agit pas de façon 
autonome; elle cimente et complète l'image 
d'ensemble de la société et la projette dans tous les 
domaines de la vie et dans toutes les commu- 
nautés, même celles qui, jusqu'à présent, étaient 
relativement isolées et en dehors des grands 
courants d'action. Maintenant personne n'est 
exclu et, d'une certaine manière, la télévision est 
elle-même ce courant; elle fait partie intégrante de 
la société. C'est pourquoi il est devenu important 
d'évaluer les eff"ets des différentes structures en 
matière de programmation et de savoir si, en 
vérité, les différentes politiques contribuent de 
façon indépendante au taux des crimes qui ne 
s'expliquent ni par l'âge, ni par l'éducation, ni par 
la situation sociale. 

Lorsqu'on parle de la violence - vous le savez 
certainement mieux que moi - on ne parle pas 
d'un aspect marginal de la télévision; on parle de 
formule commerciale. La formule de base, pour la 
plupart des programmes de télévision, s'évalue en 
coût de pubhcité par mille spectateurs. L'avantage 
de la violence, même si elle ne constitue pas le 
programme le plus populaire, c'est qu'elle est 
hautement instructive, qu'elle permet l'action et 
qu'elle requiert un minimum d'attention; de plus, 
elle est économique en termes de production. C'est 
pourquoi les producteurs ont tendance à l'utiliser 



100 



de préférence à des thèmes plus diversifiés et plus 
originaux. Lorsqu'on aborde la violence, on 
aborde en fait la conception même des 
programmes et la question du contrôle. C'est 
pourquoi, à mon avis, elle pose un problème 
quasiment insoluble, du moins à court terme. 

Les spectateurs assidus, et en fait la plupart des 
téléspectateurs, ne choisissent pas leurs 
programmes; ils choisissent l'heure de la journée 
et de la semaine où ils regardent le petit écran. Les 
spectateurs assidus n'ont pas beaucoup le temps 
d'aller au cinéma et la plupart se demandent ce 
qu'ils faisaient avant l'avènement de la télévision; 
il semble en fait qu'ils ne faisaient pas grand 
chose. Ce ne sont pas en général des gens qui, 
avant l'avènement de la télévision, menaient une 
vie culturelle riche et intense; ce sont ceux qui 
n'ont jamais été en contact avec les grands 
courants culturels qui consacrent maintenant tous 
leurs loisirs au petit écran. 

On constate en général que les spectateurs 
assidus et les spectateurs sporadiques appar- 
tiennent à différentes catégories. Les spectateurs 
assidus viennent en général d'un milieu moins 
éduqué et moins aisé, ils sont plus passifs et ont 
moins d'aspirations pour l'avenir et pour leurs 
enfants; ils constituent un segment différent de la 
population et toute comparaison directe, en 
termes de télévision, entre les deux groupes risque 
d'être erronée parce qu'il existe entre eux d'autres 
facteurs de différence dont il faudrait tenir compte 
pour établir des comparaisons et évaluer les résul- 
tats. 

Je pense que la télévision n'a pas supprimé les 
autres formes d'activité culturelle et sociale, mais 
qu'elle a imposé un cadre général à ceux qui ne se 
suffisaient pas à eux-mêmes auparavant. La 
compétition entre la télévision, l'école, les profes- 
seurs, les journaux, etc. a augmenté, mais elle est 
en grande partie vouée à l'échec parce que l'on ne 
peut pas rivaliser avec la télévision. 

L'aspect le plus positif de l'éducation, de la 
religion et des médias, c'est qu'ils offrent des 
solutions de rechange et développent la 
pénétration et le sens critique dont toute société a 
besoin pour survivre et pour évoluer. La télévision 
est un élément important de stabilisation et un 
facteur de résistance aux changements. Si l'on 
veut conserver une certaine souplesse, il faut 



encourager ceux qui vont à contre-courant en 
quelque sorte et qui cherchent des solutions en 
dehors de la télévision, en attendant l'évolution de 
la télévision elle-même. Quant aux implications 
politiques d'un contrôle massif de ce média, je 
pense qu'en termes de violence il est indéniable 
que l'exposition constante à des programmes 
violents non seulement augmente la peur mais 
contribue aussi à rendre la violence acceptable. 

Lorsque l'élément de choc a disparu, je pense 
qu'il devient plus aisé de perpétrer des actes de 
violence et de les faire accepter. Les implications 
politiques pourraient alors être vraiment inquié- 
tantes s'il n'existait des groupes comme le vôtre et 
d'autres qui prennent actuellement conscience du 
problème. Je pense que nombreux sont ceux dans 
le monde de la politique et de l'industrie des 
communications qui se penchent sur la question et 
essayent de trouver des moyens de faire face aux 
nouvelles doimées culturelles. 

Si je devais résumer ces implications politiques, 
je dirais que les hypothèses et les situations cultu- 
relles, sur lesquelles la notion de démocratie 
représentative a été fondée au cours des deux ou 
trois derniers siècles, ont changé. Nous devons 
remodeler les formes du processus démocratique, 
car nous continuons à adhérer au passé alors que 
la situation culturelle s'est modifiée, si bien que les 
effets sont totalement différents, si ce n'est contra- 
dictoires. La base culturelle a changé et les formes 
doivent évoluer si l'on veut obtenir les mêmes 
résultats. Le changement des conditions cultu- 
relles est dû essentiellement à la télévision. Les 
hypothèses culturelles sous-jacentes à une 
démocratie représentative supposent en effet un 
public sélectif alors que celui-ci est devenu non 
sélectif. Elles assument que les citoyens connais- 
sent, grâce aux expériences vécues, ce qui les 
intéresse et qu'ils sont capables de choisir le type 
d'informations et de divertissements qui renforce 
leur existence et leur identité personnelle et de 
trouver différents moyens de faire représenter leur 
point de vue. 

La télévision apporte à cela un changement 
radical; elle ne reflète pas la diversité des intérêts 
personnels des différents groupes; elle déçoit 
plutôt à ce niveau et tend à créer un vaste pubUc, 
plutôt passif, peureux, anxieux, sans beaucoup 
d'individualité, qui cherche des solutions à 



101 



l'échelle nationale pour assurer sa sûreté, sa 
sécurité et le soulagement de l'anxiété que la 
plupart de ses expériences culturelles ont 
entraînée. 

Si l'on dissout un public autonome et conscient 
de son intérêt personnel en un tout national en 
quête de réconfort, on change en fait la base cultu- 
relle du système électoral de la démocratie 
occidentale. Nous ne savons pas vraiment 
comment aborder cette nouvelle situation, si ce 
n'est en essayant d'y incorporer une représen- 
tation nationale culturelle qui est actuellement 
relativement peu contrôlée par les institutions. 
Nous essayons de diversifier les éléments de la 
programmation de façon à incorporer à cette 
machine à uniformiser d'autres facteurs plus 
différenciés, plus subtils et mieux équilibrés. Cela 
fait, la tendance à la violence dangereuse et 
répétitive devrait aussi évoluer suivant les 
nouvelles exigences et la sensibilité modifiée qui 
émergeront des institutions transformées. 

Je pense que le système de télévision de tout 
pays fait partie des institutions culturelles de ce 
pays; il sert en effet à protéger, stabiliser et 
maintenir la structure sociale existante. Mais on 
peut se demander si la structure sociale existante a 
besoin de citoyens rigides et imperméables au 
changement. Je pense que la structure commer- 
ciale actuelle de la télévision ne sert pas entiè- 
rement tous les intérêts, même ceux de l'industrie 
en place. Au Canada, on reconnaît davantage que 
la télévision doit servir des objectifs plus variés. La 
division est un peu plus égale entre le secteur 
commercial et le secteur public, ce qui permet 
d'élargir la base et les objectifs du système. 

Au fur et à mesure que les institutions sociales 
évolueront, la télévision évoluera aussi, mais je ne 
pense pas qu'il soit réaliste actuellement de consi- 
dérer la télévision, pas plus que tout autre système 
éducatif, comme un agent de réforme alors qu'en 
fait, elle est juste le contraire, à savoir, un agent de 
résistance aux changements. Il y a encore de 
grands progrès à accomplir pour améliorer le 
système de télévision actuel. 



Manitoulin Secondary School 
West Bay 

Vous me demandez quel est mon avis sur la 
violence dans les médias? Elle me plaît. Une 
grande partie de la population regarde ce genre de 
programmes. 

Certains films montrent aux gens ce qui se passe 
actuellement dans le monde ou ce qui s'y est 
passé. L'action de plusieurs de ces films est 
exagérée mais ils ne m'en plaisent que davantage. 

Plusieurs des films qui ont remporté des prix 
comportent un certain degré de violence. Le film 
Les dents de la mer est très violent, surtout lorsque 
le requin tue de nombreux nageurs. Cependant, ce 
film m'a intéressé et je l'ai trouvé plus passionnant 
que les comédies ou les émissions familiales. 

Pour ce qui est de la presse, les gens trouvent 
intéressant de lire des articles sur un meurtre ou 
sur un suicide. 

Même si l'on supprime la violence dans les 
médias, elle subsistera toujours dans le monde. 

Karen N ahwegahbow 



il 



\ 



102 



Manitoulin Secondary School 
West Bay 

Pourquoi devrait-on supprimer la violence? Notre 
monde est violent depuis l'origine des temps. Tout 
ce que je puis dire c'est que la violence existe et 
qu'il n'y a pas moyen d'y mettre un terme. Mais je 
sais que vous pensez que nous, les Indiens, 
connaissons la violence et que c'est notre seul 
moyen de survie. 

Gus Migwans 



St. James Cathedral 
Toronto 

Nous tenons à soutenir devant la Commission le 
point de vue chrétien qui pourrait ne pas y être 
représenté. Nous sommes tout à fait conscients 
que notre société et notre culture ne sont pas 
particulièrement chrétiennes à maints égards et 
que l'enseignement du Christ ne fait pas partie du 
mandat de la Commission. Cependant, nous 
sommes convaincus que les grands problèmes de 
notre époque, et particulièrement celui de la 
violence, gagnent à être analysés et compris dans 
une perspective chrétienne. 

Nous n'avons nullement l'intention de nous 
opposer systématiquement à la description d'actes 
violents dans les médias. Au contraire, nous 
reconnaissons que la violence est une réalité 
importante de la société que les médias ne doivent 
pas ignorer. Il s'agit moins pour nous d'établir des 
censures et des Umites que d'exprimer notre préoc- 
cupation devant la façon dont la violence est 
présentée et les intentions que cela recouvre. La 
thèse principale que nous soutenons se résume 
ainsi: les médias doivent s'efforcer d'encourager 
leur public à faire preuve de discernement et à ne 
pas considérer la violence comme une fin en soi, 
comme une passion gratuite, mais plutôt comme 
un problème moral et spirituel qui se pose dans la 
vie humaine. 

Il est essentiel que la Commission tienne 
compte des aspects philosophiques du problème 
de la violence, qui dépassent le cadre de 
l'immédiat et du contemporain. Il nous semble 
que le rôle de la Commission se soit défini 
largement en fonction de la crise actuelle de la 
violence. On comprend que celle-ci ait suscité les 
craintes du pubhc. Mais au fond, il s'agit 
réellement d'une crise de l'ensemble des valeurs de 
la société. Il arrive souvent qu'une telle crise se 
manifeste par des actes violents, tant dans la 
société que dans les médias, et il est impossible de 
la résoudre sans recourir à une conversion 
radicale, d'ordre moral et spirituel. Nous 
exhortons la Commission à considérer le problème 
sous cet angle. 

Pour la même raison, nous estimons qu'il est 
essentiel que les enquêtes de la Commission aillent 
au-delà des données fournies par la recherche 



103 



sociologique actuelle. Elle doit, au contraire, se 
baser sur une réflexion aussi vaste et philoso- 
phique que possible. Cela nécessite, entre autres, 
que la Commission fasse l'autocritique de ses 
propres méthodes de recherche et d'analyse. Et 
surtout, elle ne devrait pas définir sa portée et ses 
objectifs en fonction des préjugés actuels de la 
majorité. La tâche de la Commission ne doit pas 
se borner à refléter l'opinion des citoyens de 
l'Ontario. 

En tant que chrétiens, nous devons témoigner 
que la violence (ses causes et ses remèdes) ne peut 
pas se réduire à un problème social ou politique, 
en ce sens qu'une réglementation sociale pragma- 
tique ou qu'une action politique puissent 
constituer une solution acceptable. Car quiconque 
s'est penché sur l'histoire des hommes et de la 
société ne peut pas nier le rôle prépondérant que 
la violence a joué dans les affaires humaines. Lors 
de l'instruction de la fusillade du 28 mai 1975 à 
l'école secondaire de Brampton, le docteur 
Gordon Warme du Clarke Institute a témoigné 
que la violence est une réalité inhérente au 
comportement humain de toutes les sociétés et de 
toutes les époques. C'est pourquoi on aurait tort 
de penser que des mesures sociales ou politiques 
prises par les pouvoirs publics puissent supprimer 
ou même réduire sensiblement le penchant 
humain à la violence. 

Abstraction faite de certaines notions simpUstes 
et sentimentales du christianisme, le fait de 
convenir que la violence est inhérente à notre 
existence humaine sur cette terre est tout à fait 
conforme à la doctrine chrétienne. En eff'et, celle- 
ci reconnaît que la violence est un élément inéluc- 
table de "la nature déchue" ... et partie intégrante 
de notre vie. En ce sens, la violence envers 
l'homme et la société est "normale". Elle se 
conçoit comme une sorte de "nécessité". Cepen- 
dant, le christianisme enseigne également que la 
hberté authentique consiste à transcender les 
nécessités de ce genre, en luttant pour s'en Hbérer. 
Cette lutte même est une preuve de liberté. Les 
chrétiens doivent . ombattre la violence d'autant 
plus qu'ils savent que, sans le Christ, elle 
dominerait les relations humaines. Plus la violence 
apparaît "nécessaire" à l'existence dans notre 
monde moderne, plus il incombe aux chrétiens de 
lutter contre cette "nécessité", tout en sachant 



bien, cependant, que la violence est si profon- 
dément enracinée dans notre existence humaine 
que l'action sociale et poUtique à elle seule est 
incapable de la supprimer. 

En tant que chrétiens, nous devons rappeler 
fermement à ceux qui nous présentent la violence, 
même s'il s'agit de celle des autres, qu'au lieu 
d'accepter aveuglément la "nécessité" de la 
violence, ils devraient s'efforcer de la transcender 
et de trouver ainsi la liberté authentique que 
procurent le discernement et la perspective 
morale. Cet exercice fondamental de libre arbitre 
est essentiel, quel que soit le rapport de cause à 
eff^et qu'il peut y avoir entre la violence dans les 
médias et la violence dans la vie réelle. 

La meilleure façon de définir le discernement et 
la perspective morale que nous préconisons, c'est 
de rappeler la distinction fondamentale entre la 
violence d'une part et le véritable pouvoir de 
l'autre, c'est-à-dire la force ou l'autorité. Ceux qui 
se sentent sûrs, lorsqu'ils exercent un pouvoir 
authentique ne sont pas esclaves de la violence; 
ceux qui ont toujours recours à la violence ne font 
que trahir leur propre insécurité. La violence est 
en fait un substitut pervers du pouvoir authen- 
tique. C'est cette perversité qui caractérise un 
monde où les hommes sont esclaves de la 
"nécessité" et incapables de réaliser leur liberté 
humaine. 

Dans la tradition judéo-chrétienne, le pouvoir 
authentique caractérise la souveraineté de Dieu. 
Dieu a délégué ce pouvoir aux hommes, pour 
qu'ils exercent une domination légitime sur le reste 
de la création. Lorsque l'homme a péché, lorsqu'il 
a tenté d'usurper la souveraineté de Dieu, la 
violence a fait son apparition dans la vie humaine 
et elle est devenue une sorte de "nécessité", d'où 
l'aliénation de l'homme à la fois de Dieu et de sa 
propre humanité. Cette aliénation, qui s'exprime 
par l'action violente, est présentée métaphori- 
quement par l'histoire du meurtre d'Abel par 
Caïn. La mort constitue donc la violence ultime 
que l'homme puisse infliger. La tradition judéo- 
chrétienne considère que la mort, comme toute 
violence, est une conséquence du péché de 
l'homme et ne fait pas partie du plan divin 
originel. En outre, pour le chrétien, tout comme 
pour notre "nature déchue", la mort est la forme 
ultime de la violence. De même le seul recours 



104 



contre toute violence, y compris la mort, est le 
créateur originel, seul capable de la transcender. 
Les chrétiens croient que cette transcendance a été 
réalisée par la mort et la résurrection de Jésus- 
Christ qui a permis l'avènement de toute la 
création et sa rédemption. L'homme peut 
atteindre la liberté, la joie et la paix par la 
médiation du Christ. 

Au fur et à mesure que la société moderne s'est 
développée, la violence a pris une ampleur de plus 
en plus grande. Alors que la vie humaine se distin- 
guait par les réalisations de sa civilisation, on a 
observé une recrudescence de la violence, de la 
destruction gratuite. L'homme s'est donc trouvé 
de plus en plus esclave de la nécessité, de sa 
"nature déchue", alors même qu'il s'efforçait de 
perfectionner sa civilisation. Le progrès, qui s'est 
manifesté par une production de plus en plus 
importante de choses de plus en plus volumi- 
neuses, a en fait fourni aux hommes des moyens 
de plus en plus raffinés de pratiquer leur 
inhumanité envers leur prochain. 

Il est bien évident que, pour les chrétiens, la 
violence dans la vie réelle ou telle qu'elle est 
présentée par les médias, a une dimension bien 
plus large que celle que suggèrent les définitions 
traditionnelles du dictionnaire ou même le 
mandat de la Commission royale. La manière 
chrétienne d'aborder le problème a été fort bien 
exprimée par M. Robert McAfee Brown, 
théologien presbytérien: 

"Si l'on veut élargir la définition du terme 
'violence', on trouve une première indication 
dans l'une des racines latines dont le mot est 
dérivé. Il s'agit du latin violare qui signifie 
'violer'. On peut définir la violence comme étant 
tout ce qui 'viole' autrui, c'est-à-dire qui gêne, 
néghge, abuse ou nie l'autre, qu'il s'agisse ou 
non de mal physique. Dès lors, on peut donner 
une définition globale fondamentale de la 
violence comme étant la violation de la personne. 
Une négation ou violation de ce genre est 
évidente, lorsqu'elle entraîne la destruction 
physique de la personne, mais il est également 
possible de violer la personne ou de la nier 
d'une manière subtile, pas du tout évidente, sauf 
pour la victime. Il est possible de violer la 
personne sans même lui infliger de douleur 
physique." 



"Le terme dt personne est très important. 
Quand on parle d'une personne, on ne parle pas 
d'un objet, mais d'un sujet. On décrit une 
personne unique, qui n'est pas quantifiable ou 
interchangeable avec une autre. Chaque 
personne a une valeur unique. Il n'y a aucune 
manière légitime de justifier qu'une personne 
vaut davantage qu'une autre, puisque la valeur 
de chacune est infinie. Et comme, par le terme 
de personne, on entend la totalité de l'individu 
et non seulement le corps ou l'âme, il est évident 
que la violation de la personne ne s'accompagne 
pas nécessairement de douleur physique. Par 
conséquent, dans le sens le plus large, tout acte 
qui dépersonnalise doit être considéré comme 
un acte de violence, puisque, comme l'a bien 
montré Simone Weil, il réduit la personne à un 
objet." 

Ainsi, il apparaît clairement que les chrétiens 
doivent exhorter la Commission à reconnaître que 
la violence représente un phénomène beaucoup 
plus insidieux que la violence physique déclarée, 
même si cette dernière peut paraître plus nette et 
plus destructive. La Commission se doit non 
seulement de tenir compte de tous les cas où les 
médias traitent la violence comme un sujet 
moralement neutre, tous les cas où ils la parent 
d'un éclat particulier, tous les cas où l'on implique 
que seule la violence permet de combattre la 
violence, mais aussi tous les cas où, si subtilement 
que ce soit, l'on recherche la domination au 
détriment de l'humanité et de la personne et enfin, 
tous les cas où l'insécurité, qui masque l'absence 
de pouvoir authentique, donne lieu à la manipu- 
lation égoïste d'êtres humains réduits au rôle de 
serviteurs. 

Si la Commission accepte d'envisager la 
violence dans cette large perspective, elle se verra 
obligée à des remises en questions d'ordre moral, 
social et politique. Par exemple, l'une des manifes- 
tations les plus courantes de la violence dans la 
société bourgeoise est la façon dont les parents 
traitent leurs enfants, quand ils n'ont pas la 
patience ou la compréhension voulues pour leur 
permettre de se réaliser en tant qu'individus. Les 
parents ont souvent un idéal bien défini qu'ils 
souhaitent imposer à leurs enfants. Ils dominent 
au lieu de guider, ils sont autoritaires au Heu d'être 
affectueux et ils dictent au lieu d'encourager. Le 



105 



It 's a ktifer 




Grade 3 
Donnie Smith 



SHOaT ;i piCTURE 
NOT A GUN 




Grade 4 
Jeffrey Cass 




Grade 6 
Campbell Barr 



106 



parent, qui décrète quelles émissions l'enfant peut 
regarder à la télévision, mais qui refuse de 
partager cette expérience avec lui se rend 
coupable d'un acte de violence contre l'enfant. Il 
ne fait aucun doute que le parent anxieux et peu 
sûr de lui, qui pense que la domination est 
finalement la seule sécurité, inculquera ce système 
de valeurs à ses enfants. Cela arrive malgré l'hos- 
tilité que lui témoigne l'enfant qui essaie d'affirmer 
son indépendance vis-à-vis de la volonté paren- 
tale. Il finit toujours par céder, par perdre sa 
propre individualité, devient victime de la 
tyrannie parentale et grandit ainsi dans un milieu 
de violence non avouée mais systématique. Il n'est 
pas étonnant que ces gens recherchent des actions 
violentes à la télévision, car ils les considèrent 
comme une échappatoire, ni qu'ils se gavent de 
fantaisies fictives sur les réalisations de la domina- 
tion. 

Si elle veut effectivement attaquer la violence à 
ce niveau, la Commission doit songer à faire des 
recommandations qui pourraient fort bien révolu- 
tionner la manière dont on assume la responsa- 
bihté éducative au foyer, à l'école et dans les 
médias proprement dits. Car, à ce niveau-là, il 
s'agit de développer l'esprit critique, moral et 
esthétique chez les producteurs et chez les 
consommateurs des médias, afin que toute présen- 
tation et toute glorification de la violence pour 
elle-même deviennent inacceptables dans notre 
société. Pour acquérir un tel esprit critique, il 
faudra un long apprentissage de la sensibilité 
humaine. 

L'éducation telle que nous la voyons se gardera 
d'ignorer ou de masquer la réalité de la violence 
humaine. Au contraire, elle tiendra compte avec 
réalisme de la nature de l'homme et de la société. 
Cette compréhension doit permettre de dénoncer 
tous les cas d'abus contre la personne humaine, 
qu'ils soient de nature physique, mentale, 
affective, morale ou spirituelle. Avant de pouvoir 
transcender la réalité de la violence et lui donner 
la place qui lui revient, il faut bien connaître 
l'homme et la société. Alors seulement, on pourra 
justifier la présence de la violence dans les médias. 
C'est le cas, par exemple, des oeuvres littéraires 
classiques dans lesquelles la violence, présentée 
dans un contexte de valeurs humaines et d'impé- 
ratifs moraux, joue un rôle instructif et éducatif. 



C'est cette façon de voir qui manque à notre 
époque dans la plupart des produits offerts par les 
médias: une conception élevée de la nature et de 
la valeur humaine. La violence présentée dans les 
médias a perdu son caractère de catharsis, c'est-à- 
dire de purgation et de purification douloureuses 
et elle semble plutôt inciter à la violence dans la 
vie réelle. 

Ce groupe de chrétiens est fermement 
convaincu que la Commission royale devrait 
s'efforcer d'encourager un effort soutenu d'ensei- 
gnement moral et humain dans les foyers, dans les 
écoles et dans les médias de notre société. S'il est 
vrai qu'un enseignement de ce genre ne saurait en 
aucun cas constituer la panacée du problème de la 
violence, il représente néanmoins une condition 
sine qua non, si nous voulons faire face à la crise 
des valeurs de notre époque. Ce n'est qu'en 
exerçant son mandat à ce niveau et en agissant 
dans ce sens que la Commission pourra s'assurer 
que les générations futures seront capables de 
faire face à la violence accrue à laquelle elles 
seront exposées, dans les rues et dans les médias. 
Etant donné le rôle croissant que les médias 
jouent dans l'expérience vécue de toute la popula- 
tion, ils devront, de plein gré, mettre au point de 
leur côté des programmes éducatifs valables et 
équilibrés pour que la violence qu'ils nous offrent 
si libéralement puisse être placée en perspective et 
transcendée d'une manière moralement et humai- 
nement satisfaisante. 

R.F.M. Jones 



107 



Ontario Safety League, 
Toronto 

"The Ontario Safety League" (Ligue de sécurité 
de l'Ontario) offre un programme d'affiches de 
sécurité scolaire depuis 1913. Au cours des 
dernières années, ce service a été étendu et est 
maintenant offert à des écoles dans cinq autres 
provinces. Il est traduit en français par la Ligue de 
sécurité de la province de Québec. 

Au cours de l'année scolaire, on distribue dix 
affiches traitant de dix sujets différents portant sur 
la sécurité. On joint à l'affiche un guide pour le 
professeur et le sujet donne toujours lieu à des 
recherches minutieuses. 

On choisit les sujets pour l'année scolaire après 
avoir consulté des officiers de police et des éduca- 
teurs. Etant donné l'importance de la zone géogra- 
phique couverte par le programme, on encourage 
les commentaires des professeurs qui suggèrent 
souvent d'autres domaines intéressants touchant à 
la sécurité. 

Etant donné le nombre de requêtes émanant 
d'enseignants et d'éducateurs de l'Ontario, le 
service de sécurité familiale de la ligue a décidé 
cette année d'inclure à ses différents thèmes la 
sécurité des armes. 

Il est important d'enseigner aux jeunes enfants 
le danger constitué par les armes à feu. Ce devrait 
être un sujet facile à traiter. Le bon sens nous 
enseigne que les armes sont dangereuses et qu'il 
suffit de dire "ne touche pas". Cependant, nous 
devons considérer l'ambiguïté qui entoure l'utili- 
sation des armes dans notre culture. 

Nous essayons d'enseigner aux enfants ce qu'ils 
doivent faire et ne pas faire pour éviter des 
accidents. Mais lorsqu'il s'agit d'armes à feu, nous 
aidons aussi à les embrouiller. Nous enseignons 
aux enfants à ne pas jouer avec des armes, que les 
armes sont dangereuses et ensuite nous leur 
permettons déjouer avec de fausses armes. Il est 
difficile à un très jeune enfant de faire la différence 
entre une vraie arme et un jouet. 

Nous oublions que le sens de la réalité chez un 
enfant diffère grandement de celui d'un adulte. 
Les situations fictives, comme celles décrites dans 
les dessins animés et les films, présentent souvent 
les armes à feu comme la solution unique et 
logique à certains problèmes. On finit souvent par 



tirer sur la victime. Cependant, la victime ne 
meurt pas vraiment. Les personnages de dessins 
animés se relèvent et continuent leur chemin après 
avoir été tués. Les héros des cowboys peuvent être 
"tués" dans un film et apparaître dans un autre 
programme le soir suivant. 

De façon à mieux comprendre comment les 
enfants eux-mêmes envisagent le problème, un 
concours d'affiches fut proposé aux élèves de la 
première à la sixième année. Nous avons reçu six 
cent quatre-vingts affiches représentant 84 écoles 
de la province. 

Grâce à ces affiches, l'équipe de "The Ontario 
Safety League" a pu faire les observations 
suivantes: 

1. Les enfants du sud de la province ont tendance à 
illustrer le thème: les armes tuent. Les individus 
sont la principale cible. Les sujets illustrés 
comprennent le crime, la guerre, les monstres et 
les objets volants non identifiés. 

2. Les enfants du nord de la province considèrent les 
armes comme un élément naturel et semblent 
habitués à les voir à la maison. Les armes servent 
à la survie et à la chasse et les affiches représentent 
souvent des enfants avec des armes. Les élans, les 
ours et le petit gibier (tel que les lapins) sont 
souvent représentés comme cibles. 

3. Un tiers des affiches représentait les personnages 
de dessins animés de la télévision à savoir Bugs 
Bunny, Elmer Fudd, Yosemiîe Sam, Batman et le 
Lone Ranger. Les cowboys et les Indiens étaient 
aussi représentés dans des scènes violentes. Les 
scènes de guerre dataient de la seconde guerre 
mondiale et ne reflétaient pas l'uniforme et l'équi- 
pement modernes. 

4. Deux affiches représentaient clairement l'arme 
utilisée dans le film Le chacal. Il est intéressant de 
noter que ce film a été présenté à la télévision juste 
avant la fin du concours. 

5. Dans un certain nombre de cas, les enfants 
avaient représenté différents types d'armes avec 
leur nom. Certains pistolets légers furent même 
intitulés "réservés au samedi soir", expression 
fréquemment utilisée par les médias. 



108 



6. La plupart des enfants semblaient ignorer le 
danger, bien qu'ils fussent conscients du fait que 
des personnes avaient été blessées. L'utilisation 
fréquente de ballons contenant les paroles 
prononcées par la victime indiquait que cette 
dernière n'était pas vraiment morte. 

7. Il y avait de nombreux commentaires sur l'alcool 
et les armes, et l'utilisation d'armes lors de situa- 
tions familiales tendues. 

8. Il n'y avait aucune différence entre l'attitude des 
garçons et des filles à ce sujet que ce soit au nord 
ou au sud. 

Bien que "The Ontario Safety League" ne désire 
pas présenter de recommandations à la Commis- 
sion, nous pensons que la Commission appréciera 
de recevoir les observations tirées de ce 
programme d'affiches. 

Le mouvement de sécurité en général reconnaît 
l'influence à la fois des films et de la télévision sur 
les jeunes enfants. Tarzan a fait grimper les 
enfants aux arbres durant de nombreuses années; 
Evel Knievel les a poussés à faire des acrobaties à 
bicyclette; aux É.-U., on a récemment constaté 
que des enfants avalent des pièces de cinq sous et 
de dix sous car le héros du programme intitulé The 
Six-Million Dollar Man ne se maintient en bonne 
santé que grâce à sa ration quotidienne de pièces 
de monnaie. 

Comme dans tout autre domaine, tout repose 
sur l'éducation. Il incombe aux parents 
d'enseigner aux enfants à faire la distinction entre 
la fiction et la réalité. 

Terry W. Thompson, 

Directeur du service des renseignements au pubUc. 

Nancy Waite Willer, 

Directrice de la sécurité familiale. 



Canadian Association in Support of the 

Native Peoples 

Ottawa 

En ma qualité de Directeur administratif de 
l'Association canadienne d'aide aux peuples 
indigènes, je vous remercie de cette occasion 
d'exprimer les vues de notre association. 

L'Association canadienne d'aide aux peuples 
indigènes est un organisme national bénévole 
comptant 5,000 membres répartis dans tout le 
Canada. En plus de particuliers, nous comptons 
parmi nos membres des sociétés, des ministères du 
gouvernement, des groupes religieux et ouvriers, 
des écoles et des organismes professionnels. Notre 
association, qui était autrefois l'Association des 
Indiens et Esquimaux du Canada, a été créée en 
1962. 

Notre association s'efforce essentiellement 
d'éveiller l'intérêt et la compréhension des 
Canadiens non indigènes à l'égard des eflTorts et 
des réalisations des populations indigènes, par 
l'intermédiaire de notre bibliothèque et de nos 
services d'information, de nos publications, d'ate- 
liers d'enseignants et de l'organisation de débats 
publics sur les questions indigènes actuelles. Au 
cours des années, cette activité nous a permis 
d'entrer en contact avec de nombreux secteurs du 
pubHc canadien. Nous avons été en mesure d'exa- 
miner de près les préjugés courants et de faire 
certaines observations sur leurs origines. 

Les formes de violence présentées par les 
médias sur lesquelles nous désirons attirer 
l'attention de cette Commission concernent les 
westerns couramment présentés par les réseaux de 
télévision francophone et anglophone, plus 
communément appelés films de cowboys et 
d'Indiens. Ainsi que le prouve notre expérience et 
les centaines de requêtes reçues chaque mois par 
notre centre de renseignements de Toronto, ces 
films, de par leur description des indigènes, ont 
fait le plus grand mal en ce qu'ils ont contribué à 
établir et à renforcer des clichés de l'Indien 
barbare ou stupide. (Est-il besoin de préciser 
qu'en espagnol, le mot Tonto signifie idiot.) Ces 
clichés sont particulièrement préjudiciables aux 
jeunes téléspectateurs; en fait, ils ont marqué les 
idées de plusieurs générations de Canadiens, très 
souvent de façon indélébile. 



109 




Grade 4 
David Légère 



110 



N'T PO, 



qO YOUR *'t 



GU 



AT ME, ITS 
DANGEROUS 



Grade 5 

Linda and Angela Wiens 





KNOXA/ 

GUIMS 

KILL 



Posters courtesy of 




Toronto, Ontario ' 




iea 



r/e 



ô 




'O^ 



un^ 



M 



one 



Level 1 
Donna Ozimuk 



111 



Un western typique présente deux aspects de la 
violence, qui préoccupent particulièrement cette 
Commission: un mépris manifeste pour la vie 
humaine et un dédain complet à l'égard de la 
dignité d'un groupe ethnique donné. 

Selon un observateur indigène, cette violence a 
eu pour effet de "paralyser les Indiens à qui les 
médias renvoient une telle image de leur peuple. 
Leurs progrès ont été étouffés dans le monde 
moderne, parce que les médias les ont traités de 
tout temps comme des barbares pillant, massa- 
crant et violant les envahisseurs soi-disant 
pacifiques".' 

En 1974-75, l'Association canadienne d'aide 
aux peuples indigènes a participé avec le ministère 
ontarien de l'Education à l'élaboration d'un 
programme d'enseignement nouveau et amélioré 
sur les indigènes à l'intention des écoles de 
l'Ontario. On doit cependant admettre que les 
efforts en ce sens, si louables soient-ils, ne 
donneront aucun résultat tant que les médias 
continueront à présenter aux enfants une image 
fausse et déformée des Indiens comme c'est de 
tradition dans les westerns. 

On a peine à comprendre que des pressions 
n'aient jamais été exercées en vue de supprimer la 
présentation de ces films au Canada et aux Etats- 
Unis. Peut-être le public les accepte-t-il comme un 
fait accompU. On peut se demander si la télévision 
est devenue un monstre sacré. Nous espérons 
sincèrement qu'il n'en est rien. 

Nous estimons qu'il est bon de remarquer qu'un 
cliché qui, à une époque donnée, était aussi 
courant dans les films américains que celui des 
cowboys et des Indiens, a aujourd'hui prati- 
quement disparu. Je veux parler ici du Noir 
traînant les pieds, de l'Oncle Tom roulant les 
yeux, bafouillant et servant des rafraîchissements 
à son maître comme si la soumission était chez lui 
une seconde nature. Pour que ce personnage 
autrefois familier disparaisse des écrans, il a fallu 
plus de dix années de protestations de masse et de 
manifestations violentes de la part des Noirs 
américains qui exigeaient un traitement équitable. 
La question se pose de savoir si le Canada doit à 
son tour faire face à une telle agitation pour 
éliminer une injustice notoire. 

Il est vrai que les westerns ne donnent pas tous 
un portrait déformé des Indiens, certains ont 



même essayé de représenter honnêtement les 
dilemmes qui se posaient aux colons européens 
comme aux peuples indigènes. Nous ne pouvons 
donc pas exiger que la totalité des westerns soit 
éliminée des écrans de télévision canadiens. Nous 
désirons recommander qu'une commission 
d'enquête constituée d'indigènes appartenant de 
préférence au corps enseignant soit créée, qui 
aurait le pouvoir de décider des films acceptables 
pour la télévision. 

Nous désirons également proposer que cette 
initiative voie le jour en Ontario; nous serions 
disposés à lui apporter notre aide dans la mesure 
du possible, en laissant les aspects techniques à la 
charge de la Commission. La version canadienne 
de Sésame Street est encourageante, en particulier 
les parties qui présentent la culture indigène sous 
un jour positif. Nous savons que les indigènes sont 
eux-mêmes à l'origine de ces changements. 

Parallèlement, nous recommandons fortement 
que toutes les réalisations des indigènes reçoivent 
un soutien réel. Selon un représentant du Conseil 
indigène du Canada, "si nous voulons arriver à 
modifier l'image fausse et vulgaire que les médias 
donnent de notre peuple, nous devrons instituer 
un contrôle et l'exercer au niveau de production 
des médias ainsi qu'au niveau artistique. Nous 
refusons l'image que l'Européen de l'ouest donne 
de nous".^ De tels encouragements peuvent 
aboutir à des oeuvres nouvelles inspirées par une 
expérience canadienne unique et résolument 
différente de la douteuse tradition américaine. 

Pour terminer, nous demandons à la 
Commission et au peuple canadien tout entier de 
se joindre à nous pour contribuer à une évolution 
qui ne s'est que trop faite attendre. 

Robert Fox 

1. Theresa Nahanni, The Mind Benders, TA WOW, Vol. 4, n ° 2 

2. Duke Redbird, Aboriginal Rights and Communications, The 
Forgotien People, vol. 4, n ° 9. 



112 



The Hamilton Association 

for the Advancemeiit of Literature, 

Science and Art 

Hamilton 

En tant qu'organisme qui offre, et ce depuis plus 
d'un siècle, des conférences publiques ayant un 
intérêt culturel, l'association de Hamilton pour le 
progrès de la littérature, des sciences et des arts 
n'est pas en mesure de mener une enquête sur les 
effets de la violence dans les médias sur les 
lecteurs, auditeurs et téléspectateurs. Cependant, 
nos membres désirent que nous soumettions notre 
opinion sincère à ce sujet de même que nos 
suggestions et recommandations. 

De tout temps, les sages ont reconnu que 
l'homme a besoin de beauté, de vérité et de bonté, 
de même que les plantes ont besoin de soleil, de 
terre et de pluie. Ils prétendent que, sans ces 
composantes, l'intelligence et les émotions qui 
engendrent nos attitudes ne peuvent évoluer de 
façon saine. Comme les actes dépendent des 
attitudes, toute société doit se préoccuper de ce 
qui contribue à créer les attitudes. "Les pensées du 
coeur définissent l'homme." 

Nous pensons que le caractère vulgaire et brutal 
de notre culture, dont le vandalisme et le crime 
sont les manifestations, est la preuve que certains 
facteurs ont récemment émoussé la sensibilité et la 
conscience des Canadiens. Nous sommes obligés 
de conclure que l'escalade de la violence à la 
télévision et, au cours des douze dernières années 
au cinéma, de même que les articles détaillés sur 
les actes de violence publiés dans les journaux et 
magazines sont certainement allés dans ce sens. 
Ceux qui partent en guerre au cri de "Hberté de la 
presse" lorsque l'on mentionne ces arguments ont 
oublié que l'autre côté de la médaille de la liberté 
est la responsabilité. 

Nous pensons aussi que la télévision porte une 
responsabilité spéciale, non seulement du fait de 
son impact visuel et parce qu'elle est constamment 
disponible à la maison, mais aussi parce qu'elle a 
une influence beaucoup plus subtile et importante. 
La fascination particulière engendrée par la 
télévision tend à créer une sorte d'accoutumance. 
De plus, elle offre de nombreux programmes qui 
érodent les valeurs mêmes qui auraient pu 
contribuer à éviter ce phénomène d'accoutu- 



mance. Non seulement ces programmes décrivent 
le crime et la violence, mais ils les décrivent de 
façon irresponsable à notre avis. 

1. Le vandalisme est un aspect de la violence. De 
façon à réduire le vandalisme qui a pris des 
proportions incroyables au cours des dernières 
années, nous recommandons que tous les médias 

a) fassent preuve de réserve lorsqu'ils 
mentionnent des incidents de vandalisme, car 
ces comptes rendus dramatisés donnent des 
idées aux lecteurs et spectateurs qui sont à la 
recherche de sensations et de mises au défi; 

b) ne traitent pas à la légère des problèmes de 
vandalisme mais en parlent avec sérieux; 

et que les producteurs de télévision et de films 
aient à coeur d'éliminer le vandalisme des films 
dits moralement sains. 

2. Le crime est un autre aspect de la violence. De 
façon à assainir la société et à la rendre plus 
confiante, nous recommandons que tous les 
médias 

a) mettent l'accent sur la punition ou l'ordre de 
restitution ainsi que sur les difficultés 
éprouvées par la victime et la famille plutôt 
que sur le crime en lui-même; (nous 
demandons qu'il en soit de même des 
programmes de télévision mettant en scène 
criminels et policiers); 

b) fassent preuve de réserve dans leurs comptes 
rendus des actes de violence ou des crimes, 
car il semble que ces rapports aient servi 
d'exemples à quelques lecteurs et spectateurs 
et aient poussé certaines personnes déprimées 
ou retardées à se suicider; 

c) utilisent les termes appropriés lorsqu'ils font 
part de crimes ou d'actes de violence en 
évitant soigneusement certains termes généra- 
teurs de préjugés tels que "flics"; 

d) évitent de prononcer le nom des policiers, car 
ils font en fait partie d'un corps public, celui 
des forces de police; 

e) fassent preuve de réserve lorsqu'ils parlent de 
crimes ou de violence dans des institutions 
contrôlées de façon à ne pas y augmenter la 
violence. 



113 



3. Nous pensons que l'attitude frénétique de certains 
personnages de programmes atteint de façon très 
insidieuse les téléspectateurs (par exemple, Sésame 
Street). Par conséquent, nous recommandons que 
la Commission, si elle ne l'a pas déjà fait, mène 
une enquête sur l'effet que les mouvements 
constants et les changements violents sur l'écran 
ont sur les enfants. 

4. Comme le fait de maltraiter une langue est un 
phénomène culturel qui entraîne lui-même des 
changements de la culture, nous pensons qu'il 
s'agit d'un domaine de l'industrie des communica- 
tions au Canada qui requiert une étude sérieuse et 
nous suggérons à la Commission de l'étudier. 
Dans l'intervalle, nous recommandons, dans 
l'intérêt des immigrants et de nos propres enfants: 
que l'on encourage les personnalités et présenta- 
teurs de radio et de télévision à s'exprimer en 
anglais et en français corrects et non dans une 
langue relâchée. 

5. Le but de l'ancien Conseil des gouverneurs de la 
radiodiffusion et plus tard du crtc était de créer 
un rempart pour la culture canadienne par l'inter- 
médiaire d'un réseau d'émetteurs du gouver- 
nement à travers le Canada. Comme ce système de 
radio et de télédiffusion est financé par les deniers 
publics, il doit respecter les valeurs et traditions de 
notre patrimoine national. Au cours de la présente 
enquête, nous suggérons que l'on examine la façon 
dont ces objectifs initiaux sont actuellement 
respectés. 

Ceci constitue les opinions de membres de l'asso- 
ciation de Hamilton pour le progrès de la littéra- 
ture, des sciences et des arts et nous les 
soumettons respectueusement à cette Commission. 
Allan Kennedy, 
Président sortant. 
Professeur Harold Freeman, 
Président -1976-77. 



The Afro-Asian Association 
Sault Ste. Marie 

L'escalade de la violence dans les médias pose 
deux questions cruciales au citoyen moyen. 

1. Le fait de regarder régulièrement des programmes 
violents pousse-t-il les gens à commettre des actes 
de violence? 

2. La diffusion d'actes de violence par les médias et 
la description de personnes violentes tendent-elles 
à créer des stéréotypes ethniques et nationaux 
préjudiciables aux relations interpersonnelles? 

La réponse à la première question dépend en 
grande partie de la recherche scientifique portant 
sur les sciences de l'homme et du comportement. 
Nous laisserons la Commission royale répondre à 
cette question étant donné les moyens dont elle 
dispose. Cependant, nous désirons souligner que 
ceux d'entre nous qui trouvent que la peinture 
excessive de la violence porte atteinte à nos 
valeurs culturelles et à notre bien-être spirituel 
sont impuissants devant le pouvoir de persuasion 
des médias. D'un côté, il est important pour tout 
Canadien faisant partie d'un milieu culturel 
spécifique de se tenir au courant afin de participer 
de façon efficace et créatrice à notre société. D'un 
autre côté, les sources de diffusion et de traitement 
des renseignements - la télévision, le cinéma, la 
radio, les journaux et les livres - font payer le prix 
de leurs informations en présentant des scènes et 
stéréotypes de violence. Plus d'une douzaine de 
programmes de télévision présentés à Sault Ste- 
Marie, provenant en général des réseaux de 
télévision américains, qu'il s'agisse de Streets of 
San Francisco, de Kojak ou de Columbo, divisent 
le monde en pohciers et voleurs, en conspirateurs 
étrangers qui essayent de supprimer la race 
humaine et en héros américains blancs, dont 
Speed Racer est un exemple. (Les autres 
programmes tombant dans cette catégorie et 
présentés sur les stations de télévision locales sont 
Hawaii' Five-0, Baretta, Starsky and Hutch, The 
Rookies, Switch, Rockford Files, Adam 12, swat, 
Joe Forester, Dragnet, Police S tory, Josie and the 
Pussy Cats). Quel que soit l'impact de ces 
programmes de télévision sur la psychologie 



114 



humaine, leur message idéologique est fort clair. 
La nature humaine est fondamentalement 
mauvaise et brutale. Cette image de la race 
humaine est non seulement renforcée par 
l'industrie cinématographique (grâce à ses produc- 
tions classées sous la rubrique "Réservé aux 
adultes"), mais aussi par les romans populaires 
pseudoscientifiques écrits par Ardrey, Morris et 
Lorenz. Au nom de l'association afro-asiatique 
locale, on m'a demandé de dire à la Commission 
royale que cette conception de la nature humaine 
offense nos principes culturels et que nous 
trouvons aussi qu'il est de plus en plus difficile de 
protéger nos enfants contre un tel endoctrine- 
ment. 

La seconde question soulevée nous importe 
beaucoup plus: les médias rendent-ils respon- 
sables certains groupes ethniques des actes de 
violence? Nous avons des raisons de croire que 
ceci est le cas. Bien que les policiers et les voleurs 
aient remplacé en grande partie les cowboys et les 
méchants Indiens, l'oriental intrigant, 
superficiellement souriant et poli mais poursuivant 
intérieurement son but douteux, apparaît toujours 
sur les écrans de télévision (par exemple, dans 
Speed Racer et Gilligan's Island). L'arabe 
menaçant apparaît de plus en plus souvent, même 
dans des dessins animés pour enfants qui semblent 
inoffensifs, depuis la crise de l'énergie. Dans le 
dernier cas, la responsabilité incombe davantage 
aux journaux qui propagent ces caricatures défor- 
mées. Notre quotidien local nous propose une 
bande dessinée éditée à l'échelle nationale Wicks' 
World L'auteur de ce chef-d'oeuvre de journa- 
hsme ne manque pas une occasion de noircir les 
Arabes. 

Nous sommes aussi conscients du fait que les 
médias ont tendance à exagérer, de façon systéma- 
tique et déformée, certains épisodes de l'existence 
de minorités ethniques surtout en ce qui touche 
nos frères et soeurs d'origine africaine qui sont 
établis depuis longtemps sur ce continent. Alors 
que les médias ne parlent que très peu des 
problèmes quotidiens de la pauvreté, du chômage, 
des conditions de logement dégradantes, de la 
violence contre les "Pakis" et des autres formes de 
discrimination, certains épisodes tragiques sont 
exploités à fond pour donner l'impression que ces 
groupes minoritaires sont violents. A Noël dernier, 



fête de la paix et de la tranquillité, notre journal 
local a imprimé en première page l'histoire de 
deux enfants noirs de New York tués, paraît-il, par 
leur mère et son amant. Le journal publia non 
seulement tous les détails du meurtre mais aussi 
une grande photo des enfants en train de sourire 
. . . Nous demandons à la Commission royale de 
nous dire pourquoi le journal d'une petite ville 
s'est cru obligé de nous faire part de la tragédie de 
New York alors qu'il ne s'est pas cru obligé de 
faire du battage autour d'épisodes similaires qui 
ont eu lieu à Sault Ste-Marie et aux alentours 
l'année dernière. Une des conséquences de ce type 
de journalisme est évidente. Chaque fois que nos 
frères et soeurs essayent de trouver un emploi, 
passent la douane puis l'immigration, demandent 
de l'aide à un voisin ou à un poste de police en 
période de crise, ils risquent d'être traités avec 
méfiance si ce n'est avec mépris. 

Etant donné le délai très court et nos ressources 
inadéquates, nous ne pouvons que souligner 
quelques problèmes. Nous espérons que la 
Commission royale examinera ces questions plus à 
fond et présentera des recommandations valables. 
Hassan N. Gardezi, 
Département de sociologie, 
Algoma University Collège, 
Sault Ste-Marie. 



115 



Ministry of Consumer and Commercial 
Relations, Ontario Théâtres Branch 

Je vais vous présenter un bref résumé des activités 
et objectifs de la division du théâtre. 

1. Il incombe à la division du théâtre d'approuver les 
plans de construction de tous les cinémas et 
cinéparcs en accord avec les autorités locales. 

2. Elle doit inspecter et accorder des permis aux 
cinémas et cinéparcs, s'occuper des projection- 
nistes et des échanges de films et des projecteurs 
cinématographiques. 

3. Il incombe à la division du théâtre de préparer et 
de surveiller les examens et tests des projection- 
nistes. 

4. Nous sommes aussi responsables du classement 
et/ou de la censure des films de 35mm, 16min, 
8mm et des bandes vidéo. De plus, nous devons 
approuver toute la publicité concernant le film et 
la bande vidéo susmentionnés, à l'exception de 
celle passant sur les chaînes de radio et de télévi- 
sion. 



Il existe huit juridictions au Canada qui 
établissent la classification ou la censure des films. 
A mon avis, toutes les huit censurent des films et 
parfois les refusent, à l'exception récemment de la 
Nouvelle-Ecosse. 

L'Ontario, le Nouveau-Brunswick et la 
Nouvelle-Ecosse ont trois classifications similaires 
qui sont les suivantes: 

Général 

Pour adultes (il ne s'agit que d'une recomman- 
dation) 

Interdit aux moins de 18 ans (Restricted) 
Colombie-Britannique - les trois classifications 
suivantes: 

Général (comme en Ontario) 

Pour adultes (comme en Ontario) 

Interdit aux moins de 18 ans non accompagnés 

par un adulte 
Québec - les trois classifications suivantes: 

A - Pour tous 

B - Pour adolescents et adultes (interdit aux 

moins de 14 ans) 



C - Pour adultes uniquement (interdit aux 

moins de 18 ans) - classification semblable à 

celle de l'Ontario (Restricted) 
Alberta - les quatre classifications suivantes: 

Pour tous 

Pour adultes 

Pour adultes - interdit aux enfants (les enfants 

de moins de 16 ans doivent être accompagnés 

par un adulte) 

Interdit aux moins de 18 ans 
Saskatchewan - les quatre classifications 

suivantes: 

Général 

Pour adultes (recommandation) 

Pour adultes uniquement (les moins de 18 ans 

doivent être accompagnés par un adulte) 

Interdit aux moins de 18 ans (Spécial X) 

Manitoba - les quatre classifications suivantes: 

Général 

Pour adultes (à la discrétion des parents) 

Pour adultes - sous le contrôle des parents (les 

moins de 18 ans doivent être accompagnés par 

un adulte) 

Interdit aux moins de 18 ans 
L'Ile-du-Prince-Edouard et Terre-Neuve 
présentent des films qui ont été classés dans les 
autres provinces. 

La "Motion Picture Production Association of 
America" étabUt les quatre classifications 
suivantes: 

G 

P.G. (contrôle des parents) 

R (il est recommandé que toute personne de 
moins de 17 - 18 ans dans certains états 
soit accompagnée par un adulte). 

X (interdit aux moins de 17 - 18 ans). 

Il existe cependant quelques différences 
mineures. En Nouvelle-Ecosse, les films interdits 
ne sont présentés que dans certains cinémas. Il est 
interdit de passer ces films dans les cinéparcs en 
Nouvelle-Ecosse, et le Manitoba s'est également 
assuré la collaboration de l'industrie cinématogra- 
phique pour que l'on ne passe que les films 
requérant le contrôle des parents dans les 
cinéparcs. En d'autres termes, les films ne peuvent 
être vus que par des personnes de plus de 18 ans à 
moins qu'elles ne soient accompagnées par un 
adulte. 



116 



Ceci est aussi le cas en Colombie-Britannique et 
en Nouvelle-Ecosse. 

Nombre de discussions portant sur la division 
concernent le travail de la Commission de 
censure. 

Vous serez peut-être intéressés de savoir que 
nous sommes responsables de la sécurité du public 
qui a accès aux quelque 215,000 sièges des 
cinémas couverts de l'Ontario en plus des quelque 
53,000 emplacements des cinéparcs. Notre équipe 
consiste en quatre inspecteurs qui, avec un budget 
limité, voyagent constamment dans la province 
pour s'assurer que les normes de sécurité appli- 
quées dans la province depuis 60 ans sont bien 
respectées. 

Qualifications d'un membre de la Commission: 

En général, les membres de la Commission 
doivent avoir une bonne connaissance de l'anglais, 
une compréhension des nuances et des idiomes du 
parler contemporain et doivent se tenir au courant 
de l'évolution de la langue. 

Les membres doivent être capables de commu- 
niquer avec les jeunes intellectuels dont les 
critiques de l'industrie cinématographique sont 
primordiales car elles sont le reflet de notre 
société. 

Les membres de la Commission doivent avoir 
une connaissance juridique adéquate leur 
permettant de prendre des décisions garantissant 
que les films qu'ils acceptent sont conformes au 
Code criminel du Canada et évitant, par consé- 
quent, qu'ils ne soient saisis par la police. 

Chaque membre de la Commission doit être 
conscient de la fluctuation des habitudes sociales 
et s'assurer que les décisions sont conformes aux 
normes de la communauté en général et non pas 
seulement à celles de la communauté de Toronto, 
qui est le siège social de notre Commission. En 
efl'et, nous sommes responsables devant toute la 
communauté de l'Ontario. 

Les membres de la Commission doivent être 
extrêmement souples car les normes de notre 
société changent rapidement. Il faut vraiment du 
talent pour être capable de trouver l'équilibre 
entre le conservatisme de certaines personnes et le 
hbéralisme extrême de certaines autres, tout en 
tenant compte en même temps des droits non 
seulement des groupes extrémistes mais aussi de 
toutes les tendances intermédiaires. 



Les membres de la Commission doivent être 
ouverts aux réactions du public et constamment 
mettre à jour les informations fournies par les 
médias ainsi que par les autres sources de rensei- 
gnements. Ils doivent observer de près les change- 
ments de normes linguistiques. Des mots qui 
choquaient et étaient bannis, il y ajuste quelques 
années, sont maintenant acceptés dans le vocabu- 
laire de tous les jours. 

Il faut veiller à ne pas réprimer une oeuvre 
vraiment artistique simplement parce qu'elle 
choque notre sensibilité. D'un autre côté, nous 
représentons les habitants de l'Ontario et nous ne 
devons pas oublier qu'ils ont le droit de demander 
que les films présentés dans nos cinémas 
respectent certaines normes et aillent dans le sens 
de la dignité humaine. 
Don L. Sims, 
Directeur 



117 



Kawartha Broadcasting Co. Ltd. 
Frontenac Broadcasting Co. Ltd. 
Toronto 

Nous pensons que les types de violence présentés 
par les médias (radio, télévision, magazines, 
journaux, etc.) ne sont pas responsables de la 
violence et du crime dans notre société. Nous ne 
sommes pas persuadés ou convaincus que la 
violence dans les médias puisse être irréfuta- 
blement liée à ce qui arrive aux gens dans la 
réalité. Il n'existe aucun document prouvant que 
les médias sont à blâmer. La télévision a essentiel- 
lement pour but de distraire, de même que la radio 
et le cinéma. Les gens y recherchent une forme de 
divertissement. Toute personne qui peut être 
amenée à commettre un crime pour avoir regardé 
un programme de télévision est un malade. Cette 
personne commettrait ce crime de toute façon 
dans d'autres circonstances. A notre avis, on 
prend la télévision comme bouc émissaire tout 
simplement parce qu'elle est là et parce que c'est 
pratique de la rendre responsable. Lorsque les 
Romains jetaient les Chrétiens aux lions, lorsque 
l'on utilisait des méthodes de torture raffinées 
dans la Tour de Londres, lorsque les hordes hitlé- 
riennes prenaient le pouvoir en Allemagne, 
lorsque les Indiens et la cavalerie américaine se 
battaient, brûlant et scalpant, ou lorsque Al 
Capone et John Dillinger déchargeaient leurs 
pistolets dans les grandes villes des Etats-Unis, la 
télévision n'existait pas. 

Citons aussi la violence qui sévit en Irlande 
actuellement. Elle n'est certainement pas due à la 
télévision, mais plutôt à l'idéologie d'une bande de 
fanatiques! 

De plus, on n'arrive pas à décider quels 
programmes sont violents et lesquels ne le sont 
pas. Chacun a une opinion différente. Par 
exemple, certaines personnes trouvent que les 
bagarres qui accompagnent les jeux de la ligue 
nationale de hockey sont répugnantes. D'autres 
protestent contre le massacre des bébés phoques. 
Certaines personnes considèrent que la boxe, 
c'est-à-dire 15 interminables rounds de violence 
inutile, est un sport révoltant. On peut aussi parler 
de violence lorsqu'un lion attaque sauvagement 
une antilope, lorsqu'un serpent avale lentement 



une souris ou lorsqu'une petite grenouille est 
placée en appât sur un hameçon. 

Que dire de l'augmentation de la violence 
envers les enfants et du nombre de divorces! La 
responsabilité en incombe-t-elle à la télévision? 
Allons donc! Il s'agit là de frustration et de la 
dégradation des valeurs sociales. Réfléchissez 
aussi à la violence décrite dans la Bible, à celle des 
pièces de Shakespeare et même à celle des contes 
de fées que nous lisons aux enfants avant qu'ils ne 
s'endorment (le petit chaperon rouge, par 
exemple). 

Dans les collèges pour vétérinaires, on 
n'enseigne pas aux étudiants à tailler les oreilles 
d'un chien parce qu'on pense qu'il s'agit là d'une 
forme de mutilation. Cependant, c'est chose 
courante simplement parce que le public le désire. 

Où commence la violence et où finit-elle? La 
violence existe partout dans notre société. Les 
êtres humains ont fait preuve de violence à des 
degrés divers depuis l'origine des temps, depuis 
des milliers d'années et cependant, la télévision 
n'existe que depuis 25 ans. Les bagarres dans les 
cours d'école, il y a 35 ans (et elles étaient 
nombreuses), n'étaient certainement pas dues à la 
télévision. Actuellement, on la rend largement 
responsable de l'accroissement de la violence dans 
notre société. 

A notre avis, la violence et le crime dans notre 
société sont dus à d'autres facteurs tels que: 

1. Le fossé qui se creuse de plus en plus entre les 
riches et les pauvres. L'inflation galopante a 
entraîné un sentiment de frustration chez de 
nombreux jeunes. Ils ont l'impression qu'ils ne 
comptent pas et qu'ils ont peu ou aucune chance 
de réussir dans la vie. 

2. Une société trop libérale. Les mères qui travail- 
lent, (chose souvent nécessaire) et les pères 
indifférents créent souvent un mauvais milieu 
familial. L'amour, la bonté et une discipline ferme 
ne sont pas toujours le propre d'une famille livrée 
à elle-même ou d'un foyer brisé. 

3. L'éloignement de l'église et des choses sacrées et le 
développement de l'égoïsme et de la cupidité. 

4. Une attitude trop libérale face à ceux qui 



118 



commettent des actes criminels, surtout armés. 
L'abolition de la peine capitale, la mise en liberté 
surveillée prématurée, les permissions de fin de 
semaine pour les criminels invétérés et des lois 
insipides sur les systèmes d'écoute. 

5. Un manque de principes chez quelques-uns de nos 
représentants élus. Si les législateurs du pays ne 
sont pas respectés, qui le sera? Exemple: deux 
députés qui refusent d'obéir à la loi et de porter 
des ceintures de sécurité! 

6. Un manque de discipline et de règlements stricts 
pour les étudiants de nos écoles. L'usage de 
l'alcool, du tabac et des drogues est toléré dans 
nos cours d'écoles et aux alentours. Parfois, les 
enseignants eux-mêmes montrent le mauvais 
exemple. 

7. Une absence de plus en plus grande de conscience 
professionnelle. On ne considère plus comme 
primordial d'avoir un métier et de contribuer au 
bien-être et au respect de sa propre personne, de 
sa famille et de la société en général. 

8. Les règlements relâchés du bien-être social et du 
chômage (ou l'absence de tels règlements) qui 
encouragent de nombreuses personnes à vivre aux 
dépens de l'Etat plutôt que de gagner leur vie. 
(L'assurance-chômage augmentera au cours du 
présent exercice de 91 pour cent et s'élèvera à $1.7 
milliard.) 

9. Le manque de poigne du gouvernement qui 
permet à quelques leaders ouvriers de mettre le 
pays à genoux grâce à des grèves inutiles qui 
menacent l'économie nationale et la population 
dans son ensemble (les postes, les enseignants!). 

10. Le gaspillage de l'Etat qui utilise les deniers 
pubhcs pour des projets qui n'auraient jamais dû 
être en tête de la liste de priorités. 

11. Une politique de l'immigration relâchée qui 
permet aux personnes indésirables de renouveler 
leur appel au mépris des lois d'immigration 
canadiennes. 

12. Un gouvernement qui est incapable de solutionner 



le problème de la pollution et celui de l'environne- 
ment. On a dépensé plus d'un milliard de dollars 
pour 16 jours de Jeux Olympiques alors que la 
ville de Montréal continue à déverser des millions 
de gallons de déchets dans le St-Laurent chaque 
jour! Nombreux sont ceux qui sont frustrés par ce 
manque de leadership et d'action. 

Au contraire, il existe de nombreuses raisons de 
penser que les programmes sur le crime à la 
télévision découragent la violence. La majorité des 
criminels à la télévision sont arrêtés et punis. De 
cette façon, on fait comprendre aux spectateurs 
que le crime ne paie pas. Il ne s'agit pas d'un acte 
prestigieux, profitable ou normal. L'on rabaisse 
constamment le crime et les actes criminels et l'on 
met les criminels au banc de notre société. 

D. R. Lawrie 

Vice-président administratif et directeur général 



119 



Lucille Pakalnis, 
Sudbury 

En réponse à l'invitation de la Commission, je 
voudrais partager avec vous quelques-unes de mes 
réflexions au sujet de la violence dans les médias. 

Désensibilisation du public 

A mon avis, l'obsession des médias pour les 
histoires violentes et les reportages d'actes de 
violence constitue un grave danger en ce qu'elle a 
tendance à engourdir l'esprit. On entend parler 
d'une atrocité de plus quelque part dans le monde 
(meurtres en série, attentats à la bombe en 
Irlande) sans que l'on en soit affecté outre mesure. 
Il ne s'agit guère pour nous que d'un incident 
parmi tant d'autres; notre sensibilité est émoussée. 

Il faut blâmer en partie le flot excessif d'actes de 
violence qui forment la base de nombreux 
spectacles télévisés, en particulier les histoires 
policières. Dans la réalité, la police s'occupe de 
bien autre chose que de viols, de meurtres ou 
d'attentats à main armée; en parle-t-on jamais? 
Les producteurs nous présentent toujours les 
mêmes thèmes et rivalisent de fausse ingéniosité 
pour nous donner des histoires de plus en plus 
confuses. Le héros policier tel qu'il nous est 
présenté ne simplifie pas les choses; on le décrit 
comme un être rude, peu orthodoxe, réticent à 
l'égard des autorités et souvent méprisant envers 
la loi qu'il est censé faire respecter. L'enfant a 
besoin de héros; mais est-ce là des exemples que 
nous voudrions les voir imiter? A quoi ressemblera 
la société de demain? 

La même tendance se dégage des films. En 
particulier dans les films de Peckinpah, la violence 
apparaît comme une forme d'art, glorifiée et 
révérée par le biais du ralenti et des gros plans 
exhibant une profusion de sang et de membres 
mutilés. Le résultat? Nous sommes tellement saisis 
par la description que nous en oublions ce qui est 
décrit: la mort et la haine de l'homme pour 
l'homme. 

Recherche du sensationnel dans les reportages 

Dans la présentation des nouvelles, c'est la 
recherche du sensationnel qui est de mise. Les 
mauvaises nouvelles sont en somme de bonnes 



nouvelles. Elles font vendre. On se sert du malheur 
d'autrui pour produire de belles manchettes 
hurlant au désastre et à la misère. Où est donc 
passé l'art du reportage réaliste et objectif? 
Sûrement des tragédies comme le tremblement de 
terre du Guatemala et les hostilités au Moyen- 
Orient sont assez graves en elles-mêmes pour se 
passer de fioritures. Hier soir, au bulletin d'infor- 
mations de llh, un documentaire filmé à Beyrouth 
montrait un char tramant dans les rues le corps 
des soldats morts au combat. Etait-ce nécessaire? 
Estimait-on par là que la déclaration du reporter 
ne me suffisait pas? 

Un autre exemple me vient à l'esprit: le 
reportage du récent attentat à la bombe à 
l'aéroport La Guardia de New York. Les journaux 
et les magazines m'ont exposée à une description 
détaillée des enquêteurs à la recherche d'indices 
dans de l'eau sanglante, des hurlements et de la 
panique des victimes et j'ai vu la tête d'une femme 
décapitée. On cherche peut-être par là à éveiller la 
sympathie à l'égard des victimes et à faire naître le 
dégoût de la violence mais je ne pense pas que ce 
soit la bonne manière d'atteindre le but recherché. 
Je préférerais de loin voir et lire moins de comptes 
rendus détaillés de tels incidents et que l'accent 
soit davantage mis sur les mesures prises à leur 
encontre, ce qui accentuerait le côté positif de 
notre société. 

Le châtiment à titre de prévention du crime 

On a beaucoup parlé de la valeur préventive des 
châtiments prévus par la loi à l'égard du crime. 
J'ai des doutes à ce sujet, mais au fond on ne m'en 
a guère démontré l'importance. 

Il ne fait pas de doute que les programmes 
violents ont la faveur du public. Ils correspondent 
peut-être à un besoin profond de donner libre 
cours à notre agressivité dans les limites permises. 
C'est sans doute exact bien qu'à mon avis le 
besoin de violence dénote une rupture dans notre 
processus d'évolution sociale et humaine. Quoi 
qu'il en soit, si la violence doit être décrite dans les 
médias et si l'on compte sur le châtiment pour 
contenir la violence réelle, il me semble qu'il 
faudrait présenter les deux côtés de la médaille. A 
ma connaissance, les histoires policières réalisées 
par Jack Webb et basées sur des cas réels sont les 



« 



120 



seules à se terminer par un compte rendu de la 
punition imposée au criminel. Toutes les autres se 
terminent invariablement par la capture du 
coupable (qui est parfois tué), l'épisode entier 
étant construit sur son crime et la façon dont il a 
bien failli s'en tirer. 

La condition des victimes innocentes 

Je voudrais parler aussi des victimes de crimes 
violents. Ici encore, à la télévision et dans les films, 
la victime dispose d'amis qui lui apportent leur 
aide en cas de besoin. En ma qualité d'infirmière 
diplômée, j'ai eu l'occasion de soigner des 
personnes hospitalisées à la suite de voies de fait 
au cours de cambriolages, etc. La plupart d'entre 
elles avait peu d'amis, probablement une 
assurance limitée pour les protéger des pertes ou 
dommages immobiliers, et souffraient d'un choc 
psychologique intense à la suite de ce qui leur était 
arrivé. Toutefois, les médias parlent peu des 
conséquences de ce qui est bien autre chose 
qu'une escapade de fin de semaine pour deux ou 
trois adolescents écervelés qui s'en prennent à 
l'épicier du coin pour se donner le frisson. Le 
bouleversement de l'existence des victimes n'est 
pas sans importance. 

Déformation de la réalité 

Ce qui est grave dans la façon dont la violence est 
présentée, c'est qu'elle est déformée et perd de sa 
gravité, particulièrement dans l'esprit des jeunes 
enfants impressionnables. On a fait des efforts 
pour en limiter l'étendue en début de soirée mais 
peut-on en dire autant des dessins animés du 
samedi matin? Les parents savent-ils seulement à 
quel point ce genre de spectacle est inquiétant? Je 
pense aux histoires de science fiction et d'explo- 
ration de l'espace bien qu'elles soient parfois 
tellement saugrenues que l'enfant peut 
comprendre qu'il s'agit de chimères. Il reste quand 
même les bons vieux dessins animés. Là (Bugs 
Bunny et autres), les personnages sont 
constamment attaqués, dynamités, écrasés etc . . ., 
et en ressortent indemnes. Je ne crois pas qu'il soit 
bon pour déjeunes enfants de penser qu'ils 
peuvent se battre à coups de pierres et de bâtons 
et qu'il ne s'agit là que d'un jeu! 

Les adultes souffrent également de cette défor- 



mation de la réalité lorsqu'on leur montre le crime 
et la violence comme des événements normaux et 
courants de leur existence quotidienne. Nous nous 
accoutumons tellement à voir la violence et à en 
entendre parler qu'elle finit par ne plus nous faire 
aucun effet, à moins de nous toucher directement. 

La violence n'est cependant pas normale ni 
courante; elle est peut-être fréquente mais elle est 
profondément malfaisante. Si la force de 
destruction nous laisse indifférents, il serait bon 
que nous fassions le maximum pour modifier 
notre façon de voir. 

La question se pose: Où en sommes-nous vis-à- 
vis des autres et de nous-mêmes? Si nous sommes 
devenus insensibles au point d'être indifférents à 
la souffrance, nous risquons d'arriver à la pire des 
violences: l'abrutissement et l'avilissement de 
notre personnalité. 

Je vous remercie de m'avoir permis de partager 
mes idées avec vous. Je souhaite à la Commission 
tout le succès possible dans cette très noble entre- 
prise. 



121 



Canadian Fédération of University 

Women, 

Section de Niagara Falls 

Nous nous soucions tous davantage de la violence 
à la télévision que dans les autres médias à cause 
de sa facilité d'accès, de son omniprésence et de 
ses répercussions (simultanément sur deux de nos 
sens avec des thèmes identiques répétés à l'infini). 
Nombreux sont les enfants de tous les âges qui 
regardent la télévision sans aucune discrimination. 
Les jeunes ne peuvent pas clairement séparer 
l'imagination de la réalité et certains d'entre eux se 
font du mal en essayant d'imiter des personnages 
de dessins animés. Les plus âgés, qui manquent 
encore de maturité et de jugement, en arrivent à 
admirer et même à imiter certains des personnages 
les plus sensationnels. Nous sommes bien 
d'accord que si l'on n'est pas content, on peut 
tourner le bouton, mais il est inquiétant de voir 
que, dans bien des familles, on ne se soucie guère 
du bien-être des enfants et qu'il n'y a aucun 
contrôle, aucune discussion à la suite d'une 
émission donnée; en fait, les parents ne savent 
même pas quelles émissions leurs enfants regar- 
dent. La violence dans les sports, en particulier au 
hockey, peut porter les enfants à se conduire plus 
agressivement. Dans notre groupe, les femmes qui 
ont des garçons sont préoccupées par le fait que 
de grandes vedettes de hockey, lorsqu'elles trans- 
forment le jeu en pugilat, soient qualifiées 
"d'excellents en défense" et reçoivent l'appro- 
bation du grand public. 

Martha Cisneros 
Rosanne Federkow 
Sheila Wolofsky 
Comité d'action 



Mary E. Mainwaring 
Helen D. Saravanamuttoo 
Ottawa 

Tous les citoyens responsables doivent s'inquiéter 
de la recrudescence de la violence dans notre 
société. Nous pensons qu'il est impossible de 
séparer les effets de la violence dans les médias de 
certaines tendances de la société. Nous pensons 
que la violence dans les médias tend à accroître les 
tendances à l'aliénation sociale et psychologique 
qui se manifestent de plus en plus au Canada. 

Ceci a été récemment illustré de façon tragique 
par les fusillades de Brampton et Ottawa; ces 
actes étaient le fait déjeunes gens souffrant 
d'aliénation. 

Dans cet exposé, nous désirons étudier les effets, 
sur les jeunes gens sans maturité, des représenta- 
tions et des modèles de violence qui sont mis à 
leur portée ainsi que le rôle que risque déjouer la 
violence dans le renforcement des caractéristiques 
particulières à une personne souffrant d'aliéna- 
tion. 

Nous désirons également étudier le contenu des 
médias en regard de notre conviction que toute 
personne a une valeur intrinsèque. 

Il faut faire la distinction entre deux types 
d'aliénation. 

L'aliénation sociale signifie que l'individu n'a 
aucun sens d'appartenance à une société plus 
vaste et dominante. Ce phénomène peut se 
traduire par des sentiments d'hostilité ou de 
paranoïa et par un manque d'identification avec 
les grandes institutions de la société. Il y a deux 
raisons à cet état de choses: ou bien, l'individu ne 
cherche pas à appartenir aux institutions sociales, 
ou bien il est incapable de le faire et se trouve en 
substance rejeté par ces institutions. Le manque 
de confiance dans les pouvoirs publics, l'inca- 
pacité à contrôler les sociétés multinationales, le 
scepticisme à l'égard des valeurs de l'église ou de 
la religion et le rejet des valeurs famihales sont 
tous des manifestations d'aliénation sociale. Un 
certain degré d'aliénation sociale, en particulier 
chez les jeunes, peut être chose saine s'il est 
facteur d'évolution sociale. L'ampleur prise de nos 
jours par ce phénomène est cependant inquié- 
tante. C'est peut-être aussi l'aliénation sociale qui 
est à l'origine des groupes terroristes, ce qui n'a 



122 



certainement rien de salutaire. Il s'agit là d'éthique 
tout autant que de politique et, outre la violence 
dans les médias, il faut dénoncer ici l'absence de 
contenu éthique dans les messages qu'ils nous 
proposent. 

Plus important encore pour notre exposé est le 
phénomène d'aliénation psychologique. Selon 
Mitchell"*, l'aliénation psychologique se définit 
par un sentiment d'éloignement ou de séparation 
du moi profond; l'individu se sent étranger à lui- 
même ou confronté à un moi inquiétant. 
L'individu a généralement un sens très faible de 
son identité; l'idée qu'il se fait de lui-même fluctue 
énormément. 

Il s'agit là, semble-t-il, d'une perturbation du 
comportement que l'on peut comprendre en se 
référant à l'explication que donne Towner*^) de la 
solitude qui frôle parfois l'aliénation et qui 
découle de deux mécanismes principaux: 

1. Le sentiment de ne pas être "aimable" qui vient 
d'une expérience de rejet éprouvé dans l'enfance, 
entre un et trois ans, et qui conduit au doute de soi 
et plus tard au désespoir. 

2. L'enfant qui ne se sent pas "aimable" s'attache 
avec énergie à faire ce qu'on attend de lui, dans 
l'espoir d'être aimé. Il finit ainsi par perdre 
contact avec ce qui fait sa valeur et sa personnalité 
propres. Par suite, il est incapable de développer 
un sens d'identité personnelle pendant son adoles- 
cence. 

Le même mécanisme semble entrer enjeu si 
l'individu estime qu'il ne peut être aimé s'il se met 
en colère. Il en résulte un refoulement de la colère 
qui conduit une fois encore l'individu à perdre 
contact avec ce qui fait sa valeur et sa personna- 
lité. 

De tels individus se caractérisent par un 
comportement extrêmement imprévisible parce 
qu'ils n'ont pas d'image ferme de soi qui puisse 
leur servir de référence. Ils sont généralement 
hostiles, souffrent d'un ennui ou d'une apathie 
chroniques, ne parviennent pas à se fixer et sont 
incapables d'avoir des rapports intimes avec 
autrui. Ce sont ces individus qui commettent des 
actes de violence comme les fusillades récentes 
dont nous avons parlé. On peut citer d'autres 



exemples comme Lee Harvey Oswald et James 
Earl Ray (reconnu coupable de l'assassinat de 
Martin Luther King). La liste serait longue. 
Autrement dit, de telles personnes sont extrê- 
mement dangereuses d'autant plus qu'on ne 
s'attend pas à des actes de violence de leur part. 

Nous pensons que les médias ont pour effet 
d'accentuer chez l'adolescent moyen les facteurs 
normalement caractéristiques d'aliénation psycho- 
logique d'abord et d'aliénation sociale ensuite. 

Berger'-*' a montré les rapports entre la société et 
les constructions psychologiques; c'est à partir de 
la réalité sociale telle que nous la percevons dans 
son ensemble que nous élaborons nos concepts 
psychologiques mais, une fois formés, ceux-ci 
peuvent influencer à leur tour la réalité psycholo- 
gique. Autrement dit, le modèle peut être facteur 
de modification. L'auteur, par exemple, avance 
que dans une société où la démonologie est socia- 
lement acceptée, les causes de possession par le 
démon se multiplient. Cette constatation se 
rapproche de la conclusion de Polak*'*' qui avance 
que l'image future d'une société influence l'avenir 
de cette société. 

Ainsi, tout ce qui affecte la façon dont les 
individus, en particulier les adolescents, 
envisagent l'existence, finira également par 
affecter leurs objectifs et leur comportement. Si 
l'on pense que l'effet des médias est, pour 
beaucoup, de renforcer les caractéristiques déjà 
existantes chez une personne mal intégrée, on fait 
de l'aliénation un principe de vie, et ceci risque 
d'avoir des conséquences graves pour chacun 
d'entre nous. 

Les effets des médias 

1. Formation d'une culture de la jeunesse 

La tâche première de l'adolescence est l'établis- 
sement de l'identité personnelle mais, comme 
notre société n'a guère de place pour les adoles- 
cents, il leur est de plus en plus diflScile d'atteindre 
ce but. Nous manquons de "rites" permettant aux 
adolescents de passer à l'âge adulte. L'école est 
obligatoire jusqu'à un âge assez avancé et les 
besoins institutionnels ont pris le pas sur les 
besoins humains de l'adolescent. L'adolescence est 



123 



ainsi devenue une période d'attente qui, pour 
beaucoup, n'est guère plus qu'un vide. 

Pour combler ce vide, il s'est formé une 
puissante culture de la jeunesse avec laquelle les 
jeunes peuvent s'identifier. Cette culture est 
contrôlée de plus en plus par les médias et son 
idéologie est compétitive, matérialiste et confor- 
miste. Elle a une grande importance dans la déter- 
mination du statut social et donc dans 
l'établissement des valeurs. 

Cela signifie que l'adolescent qui s'identifie avec 
la culture de la jeunesse ne choisit désormais plus 
ses valeurs suivant l'idée qu'il se fait de lui-même 
mais reprend à son compte les valeurs toutes faites 
des médias. Cela empêche ou rend particuliè- 
rement difficile le processus de formation de 
l'identité. L'adolescent qui s'identifie avec la 
culture de la jeunesse, tout comme l'individu 
souff'rant d'aliénation psychologique, a des 
problèmes d'identité. Il a tendance à voir son 
propre passé comme une série d'éléments distincts 
sans rapport les uns avec les autres ni avec son 
moi actuel. Dans l'ambiance compétitive de la 
culture de la jeunesse, il perçoit les louanges ou les 
approbations qu'il reçoit, non comme des signes 
de chaleur et d'aff'ection, mais comme une recon- 
naissance de sa capacité à accomplir ce qui est 
attendu de lui pour être aimé. 

2. Caractérisation et modèles 

Il n'est plus à démontrer que l'établissement de 
relations personnelles intimes et chaleureuses est 
nécessaire à l'équilibre mental. En appliquant 
cette notion aux médias, en particulier à la télévi- 
sion, nous ne voulons pas parler de la télévision 
comme d'un substitut aux rapports avec autrui, 
bien qu'il puisse y avoir également là un 
problème; nous voulons parler de la valeur des 
modèles pour les individus. Nous nous soucions 
plus particulièrement des relations amicales car 
c'est là l'idéal à partir duquel s'établissent les 
normes d'une conduite saine. 

Une des tâches de l'adolescent est d'établir des 
rapports en dehors de sa famille et, pour y 
parvenir, il crée des modèles psychologiques sur 
lesquels il base ces rapports. Il peut, bien entendu, 
former des modèles à partir de contacts véritables 
avec les autres comme l'observation directe de 



familles autres que la sienne, entrer en rapport 
avec des adultes par l'intermédiaire de groupes, 
d'emplois à temps partiel ou de vacances, etc. De 
tels contacts sont toutefois aujourd'hui plus 
limités qu'ils ne l'ont jamais été à cause de 
l'influence du cinéma, de la télévision et de la 
publicité sous toutes ses formes. Par suite, les 
modèles psychologiques formés par l'individu 
peuvent ne pas être établis "sur le vif comme il 
serait souhaitable, mais dépendre des images de la 
réalité sociale telle que la présentent les médias. 
Dans les médias, le modèle se présente sous la 
forme d'un jeune homme indépendant, agressif, 
matérialiste, violent, qui considère les rapports 
sexuels comme des aventures plutôt que comme 
des preuves d'affection. La jeune femme est essen- 
tiellement un objet désirable et, en cette qualité, 
elle s'apparente aux possessions matérielles de 
l'homme dominateur. Mises à part d'importantes 
exceptions, les personnages se caractérisent donc 
par leur côté factice et leur manque de maturité ou 
bien ce sont des objets exploités par d'autres 
individus. La comédie s'appuie généralement sur 
la duperie ou la mystification d'autres personnes. 
La chaleur et l'affection sont fréquemment 
présentées de façon sentimentale et peu vraisem- 
blable. Les médias ne donnent pas le sens des 
relations personnelles et de l'engagement vis-à-vis 
d'autrui. Les personnages qu'ils présentent ne se 
soucient pas des autres. Ces modèles servant de 
guides à l'action, les médias ont pour eflTet de 
renforcer l'aliénation chez les jeunes. Il est à 
craindre que l'adolescent considère ce qui lui est 
off'ert par les médias comme une image socia- 
lement véridique de la vie adulte, ce qui l'empê- 
chera de se faire une idée réaliste, utile et 
responsable de ce qu'est la maturité. 

3. Présentation de la violence comme activité établie 

La violence, telle qu'elle est présentée dans les 
médias est fascinante. Cela est dû en partie au fait 
qu'elle est excitante. Nous éprouvons tous, mais 
les jeunes gens plus particulièrement, le besoin de 
nous intéresser de près, d'être touchés et remués 
par quelqu'un ou par quelque chose. Cela vaut 
particulièrement dans les rapports sexuels mais 
c'est également vrai des rapports non sexuels; on 
comble habituellement ce besoin en s'intéressant à 



124 



des idéaux, des causes, des idées et des rapports 
avec les autres. 

Dans les médias, la violence est dépersonnalisée 
et l'événement, dépourvu de son importance, est 
isolé de ses conséquences et permet de satisfaire ce 
besoin d'excitation. On se sert ainsi de la violence 
pour modeler son état intérieur et on ne fait plus le 
rapport entre l'action et ses conséquences. 

La violence devient de plus en plus une activité 
de prestige. Il est très net que les médias ne se sont 
pas contentés de décrire la violence. Ils lui ont 
aussi donné de l'éclat. L'individu violent est 
généralement l'homme qui a la plus belle femme, 
les vêtements et la voiture les plus luxueux et, 
même s'il meurt à la fin du programme, il est sûr 
de se relever pour le programme suivant. 

Le héros, exactement comme le mauvais 
garçon, réagit à la déconvenue par la violence. On 
insiste ainsi sur la violence comme activité de 
prestige. Les autres façons de faire face aux 
déconvenues et aux situations inacceptables ou 
difficiles n'occupent guère de place dans les 
médias. Il tombe sûrement sous le sens que la 
violence devrait être le tout dernier recours et non 
le premier. 

La violence devient ainsi une activité de prestige 
dépersonnaUsée et isolée de ses conséquences. Il 
s'agit là du comportement typique, et souvent 
dramatique, de l'individu aliéné. Les médias 
mettent ainsi l'accent sur un comportement carac- 
téristique de l'aliénation et en plus ils en font 
quelque chose de fascinant. 

4. Le processus de victimisation 

L'observation d'autrui comme victime permet 
sans doute le défoulement de l'agressivité. C'est le 
processus qui est important et la victime, en sa 
qualité d'individu, n'engendre aucune sympathie 
et n'est même pas reconnue comme être humain. 

La fascination devant les victimes est caractéris- 
tique de l'individu aliéné socialement et psycholo- 
giquement. De nombreuses sociétés ont institué 
des méthodes pour permettre à cette hostilité de se 
défouler. On a eu recours en particulier à la 
persécution des minorités; les exemples ne 
manquent pas. La persécution des Juifs par les 
nazis en est l'exemple le plus marquant et plus 
récemment on peut citer la persécution des 



Témoins de Jéhovah au Malawi. En Amérique du 
Nord le recours dans le même but aux dessins 
animés et aux programmes violents a au moins 
l'avantage d'être moins dangereux. 

Nous reconnaissons donc l'importance de la 
fantaisie et des supports qui permettent de 
l'exprimer. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit 
là de fantaisie, à ne pas confondre avec la réalité. 
Cela risque autrement de déboucher sur l'action et 
l'oppression risque de devenir acceptable sociale- 
ment. Nous ne pensons pas que cette distinction 
ait été suffisamment nette dans de nombreux 
programmes récents. 

L'observation de l'oppression, au lieu de libérer 
l'agressivité résultant de l'aliénation, risque ainsi 
de conduire aux actes tandis que la victime, déper- 
sonnalisée, n'est pas considérée comme un être 
humain, ce qui semble également caractéristique 
de l'aliénation. 

5. Les répercussions morales des médias 

Les remarques précédentes sur la culture de la 
jeunesse valent également pour le contenu en 
valeur de l'ensemble des médias. Ils présentent un 
idéal essentiellement matérialiste où tout le 
prestige va aux possessions matérielles et où la 
valeur de l'individu est fonction de ce qu'il 
possède. 

Nous sommes convaincus que tous les 
individus, et les jeunes en particulier, ont besoin 
qu'on leur présente des objectifs plus gratifiants et 
des modèles plus authentiques que ceux offerts par 
les médias où il est fait peu de cas de l'individu et 
où l'on continue à tolérer et même à encourager 
l'oppression sans accorder de dignité humaine à 
qui que ce soit, même aux victimes d'événements 
comme les derniers tremblements de terre. Nous 
affirmons notre croyance en la dignité intrinsèque 
de la personne et en "l'importance et la valeur de 
l'individu"*^*. Si l'on ne respecte pas la personne 
servant de modèle dans les médias, on ne la 
respectera pas dans la réalité. Une société n'est 
réellement libre que si la valeur intrinsèque des 
individus est respectée. 

C'est par cette dégradation de l'importance 
accordée aux individus, liée à la révolte contre la 
société et parfois à des valeurs ethniques ou natio- 
nalistes, que nous expliquons les groupes terro- 



125 



ristes. C'est par cette même dégradation, 
combinée à la forte hostilité de l'individu aliéné 
psychologiquement, que nous expliquons l'assas- 
sinat des personnalités ou même des camarades 
d'école, comme dans les fusillades dont nous 
avons déjà parlé. 

Ce qui distingue notre société et le monde 
occidental en général de l'Union Soviétique et des 
pays de l'Est, c'est l'importance accordée à la 
personne. C'est ce qui a permis les immenses 
progrès de ce qu'il est convenu d'appeler la 
condition humaine. Le prestige accordé à la 
violence, la séparation entre l'acte d'oppression et 
la victime de l'oppression et l'équivalence entre 
valeur humaine et possessions matérielles consti- 
tuent une atteinte à toutes nos libertés parce que 
cela nous dégrade tous en tant qu'individus. Notre 
hberté individuelle se trouve affectée dans la 
mesure même où les médias influencent les 
opinions et les valeurs des individus et les amènent 
à accepter de telles attitudes. 

Conclusion 

Une bonne partie de ce qui a été dit des adoles- 
cents peut s'appliquer non seulement aux 
individus manquant de maturité mais aussi, dans 
notre monde en plein changement, aux personnes 
se trouvant à un stade de transition et de réajuste- 
ment. 

En une telle époque de réajustement, nous 
avons signalé que les médias fournissent souvent 
ce qui est perçu comme réahté sociale et sert à son 
tour de guide à l'action. 

Dans cette représentation de la réalité sociale, 
nous avons montré que l'agressivité et la violence 
sont étroitement liées au succès matériel, au culte 
du héros, à l'attirance sexuelle et à la dégradation 
de la valeur intrinsèque de l'individu. 

A quelques exceptions près, nous avons avancé 
que les médias présentent des personnages 
superficiels et unidimensionnels qui ne se soucient 
pas d'autrui. 

Par conséquent, tout en admettant que les 
médias puissent servir de soupape de sécurité à 
une agressivité qui risquerait de déboucher sur la 
violence, nous recommandons: 



intrinsèque de la dignité humaine. Cette recom- 
mandation s'applique aux programmes de fiction 
ainsi qu'aux bulletins de nouvelles, etc. 

2. Qu'une part importante des médias soit consacrée 
à la confrontation de la réalité, que l'on présente 
des programmes constructifs, par exemple, ou une 
façon de traiter les problèmes contribuant au 
développement personnel. 

3. Que la violence ne soit pas associée à la réussite 
matérielle ou sexuelle et qu'il ne lui soit accordé 
aucun prestige. 

4. Quand la violence est le sujet d'une comédie, 
qu'elle apparaisse nettement factice (programme 
"Get Smart") 

1. Mitchell, John J. "Adolescence: Some Critical Issues." Holt 
Reinhart & Winston of Canada Ltd., Toronto, Montréal, 
1971. Pp 47-69 

2. Towner, Ira J. "Loneliness: The Fear of Love." Harper & 
Row, N. Y. 1973. 

3. Berger, Peter L. "Identity as a Problem in the Sociology of 
Knowledge" in School & Society: A Sociological Reader. Ed. 
Cosin, Dale, Esland & Swift, mit Press, Cambridge, Mass., 
1971 

4. Polak, F.L. "The Image of the Future." N.Y. Oceana 1961. 

5. Storr, Anthony. "The Integrity of the Personality." Penguin 
Books, Harmondsworth, England, 1960, P. 23. 



1. Que l'on n'omette jamais de respecter la valeur 



126 



Judge Dean Hainlyn 

Ottawa 

Provincial Court Judge 

(Family Division) 

. . . l'auditoire de notre dernière réunion se 
composait de représentants des polices d'Ottawa, 
de Nepean, de Gloucester et de Vanier, du service 
de la mise en liberté sous surveillance des adoles- 
cents, du procureur de la Couronne, de membres 
du Barreau, du ministère de la Santé et du Bien- 
être social, du personnel de la Cour, du personnel 
d'observation et de trois membres du public . . . 

Il ne fait pas de doute que certains membres de 
la société sont influencés par leurs contacts avec 
les médias, influence qui se traduit souvent par 
une conduite manifestement anormale. La 
question se pose alors de savoir quels autres choix 
on peut off'rir à la société en général pour 
compenser une telle intrusion. 

On pourrait évidemment y répondre par la 
censure. Toutefois, à mon avis, la censure imposée 
par les pouvoirs publics n'est pas satisfaisante car 
elle empiète sur la liberté de l'individu. On 
pourrait donc plutôt prévoir des lignes de conduite 
pour aider le grand public à choisir ce qu'il veut 
voir, lire ou observer. Nous voulons ainsi 
souligner que la contrainte volontaire et indivi- 
duelle à partir de lignes de conduite est de 
beaucoup préférable à la contrainte imposée par 
une législation. Je pense qu'il appartient aux 
parents et aux tuteurs de censurer les matériaux 
qui touchent les enfants à leur charge; je ne pense 
pas toutefois qu'il incombe à l'Etat de pratiquer 
une telle censure. En outre, je pense qu'il appar- 
tient à l'industrie des communications de procéder 
à son autocensure dans le cadre de lignes de 
conduite données; je ne pense pas que l'Etat doive 
être mis en cause. 

J'estime cependant qu'il appartient aux 
pouvoirs publics de prévoir des lignes de conduite 
après consultation avec le public et les autres 
organismes intéressés. 

En cas d'échec de l'autocensure, il faudra peut- 
être en arriver à imposer des contrôles dotés de 
procédures de révision. J'espère toutefois qu'il ne 
sera pas nécessaire d'en arriver là à cause de 
l'atteinte à la liberté individuelle. 

Pour mettre un tel programme à exécution, il 



peut être nécessaire de lancer un programme 
d'éducation global donnant tous les éclaircisse- 
ments nécessaires. Il ne s'agit là que d'une possi- 
bilité dont les conséquences peuvent être limitées 
mais je pense que cela vaut la peine d'être tenté. 



127 



Marilyn Bélanger 
Hanmer 

Observer des actes de violence commis soit par 
des animaux, soit par des êtres humains ne peut 
profiter à personne. L'impact peut être minime ou 
énorme. Tout dépend de la personnalité de l'indi- 
vidu. 

Nous essayons tous d'élever nos enfants de 
notre mieux - cependant, rien ne nous garantit 
qu'ils seront capables de résister au flot constant 
de violence (et de vulgarités) déversé par notre 
télévision, par les magazines (qui sont étalés 
devant les yeux des enfants) et les films (même lors 
de la projection de films pour enfants, les avant- 
premières peuvent présenter des scènes efi^rayantes 
ou dégradantes). 

Si vous sélectionnez attentivement les 
programmes de télévision de vos enfants, vous 
constaterez que cela va créer des conflits parmi les 
adultes. Il faut beaucoup de volonté pour éloigner 
les enfants de la télévision alors que leur père 
regarde un programme interdit. Ceci peut causer 
des scènes de famille! Comme nous choisissons de 
ne pas avoir de magazines vulgaires chez nous, 
nous pensons qu'il n'est pas normal que nos 
enfants y soient exposés dans les magasins qu'ils 
fréquentent. Il s'agit d'une forme de violence 
insidieuse contre les femmes, une des formes les 
plus subtiles et préméditées. Tant pis pour les 
goijts masculins! Les hommes recherchent cette 
littérature de la même façon que les femmes 
recherchent les nouveaux produits amusants qui 
sont constamment mis sur le marché. Ce n'est 
qu'une vaste comédie! Les films sont aussi suppo- 
sés refléter les goûts des spectateurs. Nous ne 
savons jamais si un film nous choquera ou non et, 
par conséquent, nous allons rarement au cinéma. 
Outre les trop nombreux meurtres présentés dans 
les films (et je parle ici de films extrêmement 
violents comme Orange mécanique), la majorité 
d'entre eux sont très fortement marqués par la 
violence contre les femmes. Les femmes sont utili- 
sées, rapidement conquises et abandonnées. 
Comme nous l'avons mentionné auparavant, 
lorsqu'un enfant assiste à la projection d'un film 
sur la nature ou pour enfants, vous pouvez être sûr 
qu'en avant-première l'on présentera au moins 



deux films qui risquent de le choquer ou de 
l'effrayer. 

Il est inutile de dire que la majeure partie de nos 
programmes violents provient des Etats-Unis. 
C'est la meilleure raison pour laquelle on devrait 
filtrer soigneusement les "programmes" améri- 
cains qui franchissent la frontière et encourager 
les programmes canadiens. 

Tant qu'une personne n'a pas vu l'eff'et d'un 
programme violent sur son enfant, elle peut être 
une adepte fervente de l'absence de censure. 
Après, elle peut comprendre pourquoi il est néces- 
saire de protéger certaines personnes contre les 
programmes qui attaquent la dignité humaine. 



4 



4 



128 



i 



Federated Wonien's Institutes of Ontario 

La violence sous toutes ses formes nous préoc- 
cupe, mais surtout lorsqu'elle présente un danger 
pour nos enfants. Nous nous y opposons à la 
télévision, à la radio, dans la presse, dans les 
sports, dans les démonstrations, verbalement et 
sous quelque forme que ce soit si elle est injustifiée 
ou superflue. 

On met l'accent sur les événements violents et 
dramatiques et l'on ignore trop souvent les aspects 
positifs de l'actualité. On obtient donc une vue 
faussée. On a l'impression que notre société est 
violente, immorale et n'obéit à aucune loi. De 
nombreuses émissions de télévision renforcent 
cette idée. Par conséquent, nous aimerions que 
l'on mette un frein à ces abus et nous recom- 
mandons les mesures suivantes. 



subventions ou de prix) aux stations qui 
choisissent des programmes s'adressant à toute la 
famille, des films comme "The Sound of Music" et 
"The Love Slory" par exemple ou des documen- 
taires sur la nature ou éducatifs. 

5. Si l'on permet la présentation d'émissions extrê- 
mement violentes, tant du point de vue de l'action 
que du vocabulaire, il faudrait les projeter très 
tard le soir. 

Bernice B. Noblitt 
Ex-présidente 



1. L'adoption d'une législation régissant la violence 
permise à la télévision. Il s'agirait de règlements 
permettant de contrôler la violence dans les films, 
les actualités et la publicité. Ceci s'avère néces- 
saire car les producteurs d'émissions télévisées, les 
journalistes, les rédacteurs et les agences de 
publicité n'ont pas su se montrer responsables et 
ne semblent pas avoir le bien-être des gens à 
coeur. (En efiet, pourquoi a-t-il fallu nommer cette 
commission sur la violence?) Cette législation 
serait aussi acceptable, que celle concernant le 
contenu canadien à 60% et pourrait même en faire 
partie. 

2. Le CRTC devrait être extrêmement sévère au 
moment de renouveler les permis des stations qui 
ont violé la loi à ce sujet. 

3. Afin d'essayer de contrôler plus sévèrement la 
façon dont sont présentées les actualités locales, 
nous aimerions que le gouvernement insiste 
auprès des écoles de journalisme pour qu'on 
enseigne aux journalistes à respecter la vérité et à 
ne pas exagérer les événements ou exprimer leurs 
opinions personnelles. Nous pensons que ces 
dernières devraient être réservées aux éditoriaux 
ou aux lettres au rédacteur. 

4. Nous souhaitons que l'on accorde des encourage- 
ments (sous forme de réductions fiscales, de 



129 



The Good Companions 
Senior Citizens Center 
Ottawa 

Nous pensons que la violence affecte surtout les 
citoyens du troisème âge, les enfants et les adoles- 
cents. Les vieilles personnes aiment peut-être les 
films policiers et les histoires de meurtre mais elles 
trouvent qu'il y a trop d'épisodes sanglants. Elles 
vivent souvent seules et ont presque peur d'aller se 
coucher après avoir vu toute cette violence. Une 
scène particulièrement atroce montrait le corps 
mutilé d'une femme avec un bras d'un côté et une 
jambe qui traînait ailleurs. 

En outre, les citoyens du troisième âge sont 
souvent victimes de la violence à la télévision. Ils 
ont peur de quitter leur maison ou de se promener 
seuls dans les rues parce qu'ils savent que des vols 
de sacs à main, des attaques dans les rues et des 
cambriolages sont perpétrés contre eux. 

Les citoyens du troisième âge s'inquiètent 
également du sort de leurs petits-enfants et se 
demandent quel effet toute cette violence aura sur 
eux. 

Eleanor Mattice 
Comité d'action sociale 



The Town of Paris 

A la demande du maire, M. Bawcutt, le Conseil 
municipal de la ville de Paris a préparé le présent 
mémoire sur la violence dans l'industrie des 
communications, en collaboration avec certains 
habitants de Paris. 

Deux questionnaires ont été préparés pour 
effectuer un sondage d'opinion. Ils ont été 
expédiés à divers organismes et écoles accom- 
pagnés d'une lettre les priant de bien vouloir parti- 
ciper. Les journaux The Paris Star et The 
Brantford Expositor ont publié des articles pour 
expliquer notre mémoire et demander aux gens 
d'y répondre. Les questionnaires étaient dispo- 
nibles au bureau municipal et à la bibliothèque 
publique de Paris. Les citoyens qui le préféraient 
pouvaient me faire part de leur point de vue par 
lettre ou par téléphone. Plusieurs classes des écoles 
élémentaires et de l'école secondaire du district de 
Paris ont également participé. Vous trouverez ci- 
joint un exemplaire des questionnaires. 

Télévision: 

La tabulation des résultats du sondage destiné aux 
enfants a révélé qu'un grand nombre d'enfants 
regardaient la télévision dès 7 h du matin. Un 
grand nombre d'entre eux ont signalé qu'ils 
prenaient leurs repas en regardant la télévision. 

Ils regardent jusqu'à 9 ou 10 h du soir. Il 
s'agissait d'enfants entre 6 et 10 ans. 

Nombre d'heures de télévision par jour, durant 
une semaine: 

Moins de dix heures par semaine, un enfant. 

Entre une et 20 heures par semaine, vingt 
enfants. 

Entre 21 et 30 heures par semaine, cinq enfants. 

Entre 31 et 40 heures par semaine, un enfant. 

Entre 41 et 50 heures par semaine, quatre 
enfants. 

La télévision est bien implantée. Elle se trouve 
dans pratiquement tous les foyers; souvent, il y a 
plus d'un téléviseur et beaucoup de gens ont la 
télévision en couleur, ce qui donne une 
perspective totalement différente aux émissions. 
Vous savez sans doute que les enfants de moins de 
cinq ans regardent la télévision entre trois et 
quatre heures par jour et que l'élève moyen, au 
moment de quitter l'école secondaire, aura passé 



130 



15,000 heures devant le téléviseur. Ne serait-ce 
qu'à cause du temps passé à regarder, il y a de 
quoi se préoccuper de l'effet des programmes sur 
la jeunesse. D'aucuns prétendent que les émissions 
de télévision n'ont pratiquement aucune influence 
sur notre comportement. Dans ce cas-là, pourquoi 
attache-t-on tant d'importance à une annonce 
publicitaire de 30 secondes? Les sociétés qui 
commanditent les émissions utilisent leur publicité 
pour changer les habitudes d'achats du téléspecta- 
teur. Si un message de 30 secondes peut changer 
votre opinion ou vos habitudes d'achats, imaginez 
quelle influence peut avoir la télévision sur un 
enfant qui passe jusqu'à six heures par jour, bon 
an, mal an, devant le petit écran! C'est cet eflet 
cumulatif qui distingue la télévision de la lecture 
ou de la fréquentation des cinémas. 

Plus de parents devraient suivre l'exemple de la 
mère de Denis le terrible dans un dessin animé 
récent. Denis est dijment installé devant son 
téléviseur avec sa bouteille de coca et son 
popcorn. Sa mère éteint la télévision et lui dit "Et 
maintenant, un message important de votre 
commanditaire: VA JOUER DEHORS". 
Combien de parents savent ce que leurs enfants 
regardent? Combien de fois par semaine 
regardent-ils une émission avec leurs enfants? 
Comment la télévision aff~ecte-t-elle leur vie de 
famille? La rend-elle meilleure, cause-t-elle des 
difficultés ou n'a-t-elle pratiquement aucun effet? 
Si les parents n'apprécient pas une émission, que 
font-ils? Est-ce qu'ils a) éteignent le poste, b) 
dénoncent l'émission auprès du Children's 
Broadcast Institute, 50 Gould Street, c/o rta, 
Toronto, M5B 1E8, un organisme à but non 
lucratif destiné à améliorer les émissions enfan- 
tines. 

La description de la violence occupe une place 
importante à la télévision. D'après un article 
publié par The Journal of Communication, hiver 
1976, "on a observé un total de 2,796 épisodes 
violents durant les 376.08 heures de diffusion de 
trois grandes chaînes pendant une semaine 
entière, ce qui fait un taux moyen de 7.43 épisodes 
violents par heure". Plus nous sommes exposés à 
des actes violents, confortablement installés dans 
nos fauteuils, moins nous faisons de réserves. Plus 
ces actes nous paraissent familiers, moins ils nous 
semblent abominables et terrifiants. En fait, nous 



apprenons à les supporter et même à les apprécier. 
Ils font partie de notre univers et nous y parti- 
cipons de coeur et d'esprit. 

Les producteurs de programmes prétendent 
qu'ils offrent au public ce qu'il demande. Ceci 
présuppose d'une part que le public sait ce qu'il 
veut, et d'autre part que le public est neutre et 
collectif II est essentiel de trouver un moyen 
d'encourager les producteurs et les commandi- 
taires à élever les critères des téléspectateurs. 
Lorsque les mass médias fonctionnent à un niveau 
relativement bas, la majorité de la population n'a 
jamais l'occasion d'utiliser son intelligence. Si les 
émissions télévisées étaient un peu plus enrichis- 
santes, elles pourraient parfaire notre éducation. Il 
est certain que le rôle de la télévision est de nous 
divertir, mais est-ce là son seul rôle? 

Les pouvoirs publics nous encouragent à rester 
en forme et nous incitent à la participation. 
Pourquoi ne pas faire des émissions pour nous 
apprendre à nager et nous initier au ski de fond, 
au jardinage, au golf, hockey ou basketball? Le 
nombre de sujets est illimité. Pourquoi se 
contenter d'observer les professionnels alors qu'ils 
pourraient nous apprendre à jouer. 

Comme de nombreux établissements hospita- 
liers ferment leurs portes et que les docteurs ne 
font plus de visites à domicile, pourquoi ne pas 
présenter des programmes sur les soins médicaux? 
La santé a une importance cruciale pour les 
individus, les communautés et la nation toute 
entière. 

Comment se fait-il que tant de gens s'adressent 
à Ann Landers pour lui demander conseil sur des 
problèmes conjugaux, familiaux et personnels? 
Beaucoup lui écrivent parce qu'ils ne savent pas à 
qui s'adresser, ou parce qu'ils n'osent pas en parler 
à quelqu'un d'autre. Pourquoi ne pas créer des 
émissions traitant du mariage, de la vie familiale 
et de l'éducation des enfants? Des acteurs et des 
actrices professionnels nous présenteraient la 
situation et ensuite des travailleurs sociaux, des 
psychologues et des médecins analyseraient le 
problème et offriraient leur solution. Quant aux 
téléspectateurs, ils pourraient intervenir en direct, 
par téléphone. 

Ceux qui ont vu le National Dream ne se 
rendaient pas compte qu'il s'agissait là d'une leçon 



131 



d'histoire. Pourquoi ne pas enseigner d'autres 
leçons d'histoire du même genre? 

La quaUté de la télévision dépend de ceux qui la 
regardent. Nous avons le droit d'escompter et 
d'exiger que les émissions télévisées visent les 
objectifs les plus élevés et soient aussi attrayantes 
et créatrices que possible. 



n'avaient jamais le même impact qu'elles ont à la 
télévision. Les émissions radiophoniques de bon 
nombre de stations semblent vouloir représenter la 
conscience sociale de la communauté. Elles offrent 
régulièrement des nouvelles et des informations 
sur toute une gamme de sujets dont l'enseigne- 
ment, la religion et les spectacles. 



Edition: 

En ce qui concerne les livres et les revues, c'est 
nous qui les choisissons. Si nous jugeons que 
certaines revues ne correspondent pas aux normes 
qui sont les nôtres, nous pouvons écrire au 
rédacteur ou même, le cas échéant, annuler notre 
abonnement. 

Le principal objectif des journaux est de rendre 
compte des nouvelles, qu'elles soient bonnes ou 
mauvaises. Malheureusement, étant donné le 
monde qui nous entoure, elles sont souvent 
violentes. Les journaux devraient faire une 
distinction entre un point de vue et un fait. Le 
public a le droit de connaître tous les faits perti- 
nents. Il est inutile d'insister sur les nouvelles 
sensationnelles. Très souvent, ce n'est pas 
tellement ce qui est imprimé, mais ce qui a été 
omis, qui déforme le point de vue. Il incombe aux 
journaux de présenter toutes les opinions diver- 
gentes sur une question donnée. Il appartient 
ensuite aux lecteurs de lire attentivement et de 
bien réfléchir. 

Nous sommes beaucoup trop enclins à nous 
faire une opinion à partir des manchettes qui, dans 
la plupart des cas, n'ont aucun rapport avec 
l'article qui suit. Il faut également se méfier des 
photographies. Une photo vaut mille mots, pour le 
meilleur ou pour le pire. Il convient de faire 
preuve de bon goût. Nul besoin d'introduire une 
réglementation de la presse. C'est aux lecteurs 
d'exercer un contrôle sur les journaux. Là encore, 
nous pouvons écrire au rédacteur du journal ou au 
Conseil de la presse de l'Ontario, 151 Slater Street, 
Suite 798, Ottawa, KIP 5H3, ou dans le cas du 
journal The Toronto Star, au Bureau of Accuracy. 

Radio: 

Il semble que la radio ait dépassé le stade de la 
violence où les histoires de cowboys et d'Indiens 
faisaient fureur. Mais même ces émissions-là 



Publicité: 

Il est difiicile de dire que la publicité des médias 
soit violente, sauf peut-être lorsqu'elle annonce 
certains films. Mais les messages publicitaires 
semblent dégrader les femmes et les immigrants 
dans tous les médias. Très souvent on présente les 
femmes dans les réclames de produits de 
nettoyage comme des nigaudes dont la crasse est 
l'unique préoccupation, ou bien elles se pâment 
dans des jeux télévisés dégradants. Chaque fois 
que je vois la réclame de Speedy Muffler à la 
télévision, je me mets en colère. Je me demande ce 
que doivent penser les immigrants en voyant 
comment on les représente. Pourquoi ne pas 
exiger des réclames qui nous donnent des faits, et, 
par conséquent, de bonnes raisons d'acheter le 
produit en question. 

Y a-t-il réellement des gens assez naïfs pour 
croire que leur vie sera automatiquement heureuse 
s'ils boivent, fument, conduisent une certaine 
voiture et utihsent certains savons ou déodorants? 

Il semble malheureusement que la plupart des 
compagnies qui font de la réclame à la télévision 
se préoccupent davantage du nombre de téléspec- 
tateurs qu'elles attirent que de la quahté des 
émissions qu'elles commanditent. Si les specta- 
teurs écrivaient aux compagnies en question pour 
protester contre la violence des émissions, 
menacer de boycotter les produits et d'inciter leurs 
parents et amis à faire de même, nous obtien- 
drions peut-être des résultats. Je ne pense pas que 
les compagnies en question essaient de 
promouvoir ou de commanditer la violence. C'est 
simplement qu'elles n'ont pas réfléchi aux consé- 
quences. 

Disques: 

Les disques constituent un reflet de ce qui se passe 
dans la société et n'essaient pas d'imposer des 
valeurs. Comme, autrefois, on chantait des 



132 



ballades sur l'amour, la guerre et les prouesses 
héroïques, aujourd'hui les chanteurs nous disent 
ce que la jeunesse éprouve envers le monde qui 
l'entoure. 

La ballade était un véhicule permettant 
d'exprimer les sentiments du troubadour sur ce 
qui se passait dans la société. Aujourd'hui, c'est ce 
que font les idoles, les orchestres de Rock N' Roll, 
etc. Le tempo est différent, le rythme aussi, mais le 
message est essentiellement le même, à l'exception 
d'un nouvel élément: la protestation. Les jeunes 
protestent contre l'intervention armée, le racisme 
et les valeurs matériahstes de la société moderne. 

Dessins animés et bandes illustrées: 

Les dessins animés destinés aux jeunes téléspecta- 
teurs devraient être très amusants et être une 
occasion de détente. Malheureusement, les 
producteurs d'un grand nombre de dessins animés 
télévisés se croient obligés de créer toute une foule 
de personnages grotesques qui se font battre, 
piétiner, poursuivre, etc. Dans une étude qu'il a 
effectuée en 1969, Gerbner a montré que les 
dessins animés du samedi matin présentaient un 
épisode violent toutes les deux minutes au moins. 
Il y a sijrement autre chose pour nous faire rire. 
Ce n'est pas la télévision qui est coupable, mais ce 
qui se passe à la télévision. Nous devons exiger des 
émissions qui exercent une influence positive sur 
nos jeunes téléspectateurs. 

J'ai toujours pensé que les bandes illustrées des 
journaux s'adressaient essentiellement aux jeunes 
ou du moins, à ceux qui le sont restés. D'après la 
définition du dictionnaire, une bande illustrée est 
"une suite de dessins, quelquefois humoristiques, 
racontant une aventure". Bon nombre de bandes 
illustrées s'adressent effectivement aux adultes. 
Certaines ne satisfont même pas les critères ci- 
dessus, comme Kisses et Crock par exemple. Je 
trouve que Kisses aviht les femmes et, en plus, il 
n'est même pas humoristique. Créons davantage 
de bandes illustrées qui amusent réellement les 
enfants. 



votre propre critique des médias". Dans certains 
domaines, des tribunes spéciales ont été créées 
pour nous permettre d'exprimer nos sentiments et 
nos idées, particulièrement dans la presse. En tant 
que public, nous devons assumer notre responsa- 
bilité et utiliser ces tribunes efficacement. Et 
lorsqu'il n'existe pas encore d'organisme effectif 
permettant d'enregistrer les plaintes et d'y 
remédier, nous devons exercer des pressions afin 
de les créer. 

Nous devons assumer notre responsabilité et 
prendre des initiatives. 

Par exemple: 

Serait-il possible de nommer un Ombudsman 
des médias dont le rôle serait d'écouter, 
d'enquêter et de dénoncer les plaintes au sujet de 
la violence dans les médias? 

Serait-il possible d'avoir un système d'éva- 
luation des émissions télévisées dont les résultats 
paraîtraient dans les guides de télévision pour 
permettre aux parents de décider quelles émissions 
conviennent le mieux à leurs enfants? 

Serait-il possible de lancer un programme dès 
l'école élémentaire et qui se poursuivrait jusqu'à la 
fin des études secondaires pour aider les élèves à 
comprendre et à évaluer les programmes à la 
télévision? Cela ne manquerait pas de rehausser la 
qualité des émissions. 

Assumez vos responsabilités - soyez votre 
propre critique des médias. 



Conclusion: 

On nous dit toujours "soyez responsables", "à 
vous déjouer", "contrôlez l'alcool que vous 
buvez". Pourquoi ne pas lancer le slogan "soyez 



133 



Veuillez nous aider à recueillir les renseignements nécessaires à la 
soumission d'un mémoire devant la Commission royale d'enquête sur la 
violence dans l'industrie des communications. 

Comment la Commission définit la violence ; 

Tout acte qui trouble, douloureusement ou dangereusement, le bien-être 
physique, psychologique ou social d'une personne ou d'un groupe est un 
acte violent, 

La violence a toute une gamme d'effets, du banal au catastrophique. 

La violence peut être manifeste ou subtile. 

Elle peut constituer un phénomène naturel ou être provoquée par l'homme. 

La violence peut être perpétrée contre les personnes ou contre les biens. 

Elle peut être justifiée ou injustifiée, ou justifiable selon certaines 
normes et non selon d'autres. 

Elle peut être réelle ou symlîolique. 

Elle peut être brutale ou graduelle. 

La nature de la violence dans les médias . 

La violence décrite dans les films, la télévision, la radio, l'édition 
ou au théâtre n'est pas nécessairement la même que la violence de la 
vie réelle. 

Des événements non violents en réalité peuvent être décrits d'une manière 
violente. 

La violence décrite dans les médias atteint souvent un auditoire nombreux 
alors que la violence réelle est beaucoup plus limitée. 

Les médias disposent d'un grand nombre d'artifices leur permettant de 
réduire ou d'amplifier les effets affectifs et sociaux de la violence. 

La violence décrite peut s'avérer plus dangereuse que celle qu'elle 
représente. Dans d'autres cas, ses effets sont nuls. 

VEUILLEZ COCHER L'UNE DES CASES SUIVANTES: 

Age: 12-13 □ 14-16 □ 17-18 □ 19-25 □ 26-40 □ 41-60 □ Plus □ 

de 61 
Sexe: Masculin I I Féminin I I 

Nous aimerions connaître votre nom, mais vous n'êtes pas obligé de 
remplir la rubrique suivante: 

Nom , Veuillez renvoyer ce questionnaire 

avant le 15 MARS 1976 à 

l'attention de: Norma E. Leighfield 

Adresse Adjointe au président du conseil 

municipal de Paris 

59 Grand River St. N. , Paris, Ontario 

134 



TELEVISION 

Directives générales: 

Veuillez classer les émissions que vous regardez, de 10 à l,en fonction 
des normes suivantes: 

1. L'émission plait-elle au public auquel elle est destinée? 

2. Satisfait-elle les besoins des gens en matière de divertissement et d'action? 

3. Permet-elle une meilleure compréhension de soi, des autres et du monde? 

4. Encourage-t-elle des idéaux, valeurs et croyances valables? (famille, vie, etc.) 

5. L'émission encourage-t-elle les activités constructives? 

6. A-t-elle des qualités artistiques? 

7. Les annonces publicitaires sont-elles acceptables? 

8. Comporte-t-elle de la violence perpétrée contre des groupes particuliers, par 
exemple, les vieux, les femmes, les enfants, etc.? 

TABLEAU D'EVALUATION DES EMISSIONS 



Nom de l'émission 
station, réseau 


Durée de l'émission 
et nombre d'annonces 
publicitaires 


Description 
de l'émission 


10,9,8,7 
bonne 


6,5,4 
passable 


3,2,1 
mauvaise 


observations 


1. 














2. 














3. 














4. 














5. 














6. 














7. 














8. 














9. 














10. 















Avez-vous vu ces émissions en noir et blanc | | 

Nom Adresse 



en couleur lJ 



135 



RADIO 

Directives générales : 

Veuillez classer les émissions que vous écoutez, de 10 â 1, en fonction des 
normes suivantes: 

1. L'émission plait-elle au public auquel elle est destinée? 

2. Satisfait-elle les besoins des gens en matière de divertissement et d'action?. 

3. Permet-elle une meilleure compréhension de soi, des autres et du monde? 

4. Encourage-t-elle des idéaux, valeurs et croyances valables? (famille, vie, etc.) 

5. L'émission encourage-t-elle les activités constructives? 

6. A-t-elle des qualités artistiques? 

7. Les annonces publicitaires sont-elles acceptables? 

8. Comporte-t-elle de la violence perpétrée contre des groupes particuliers, par 
exemple, les vieux, les femmes, les enfants, etc.? 

TABLEAU D'EVALUATION DES EMISSIONS 



i 



Nom de l'émission 
station, réseau 


Durée de l'émission 
et nombre d'annonces 
publicitaires 


Description 
de l'émission 


10,9,8,7 
bonne 


6,5,4 

passable 


3,2,1 

mauvaise 


observât ions 


1. 














2. 














3. 














4. 














5. 














6. 














7. 














8. 














9. 














10. 















I 



Nom 



Adresse 



I 



136 



I 



JOURNAUX 

Directives générales : 

Veuillez classer les rubriques, de 10 à 1, en fonction des normes suivantes: 

1. Le reportage de l'événement vous semble-t-il exact? 

(d'après les observations sur place et les comptes rendus des autres journaux 
ou médias) 

2. Est-ce que les manchettes ou les titres donnent une bonne idée du texte qui 
suit? 



3. L'article exploite-t-il la violence? 
NOM DU JOURNAL : 



Date du. 

(mois) 



.au. 





LUNDI 


MARDI 


MERCREDI 


JEUDI 


VENDREDI 


SAMEDI 


Observations 


NOUVELLES 
















SPORTS 
















BANDES ILLUSTREES 
















DIVERTISSEMENT 

















NOM DU JOURNAL : Date . 



.du. 



.au. 



(mois) 





LUNDI 


MARDI 


MERCREDI 


JEUDI 


VENDREDI 


SAMEDI 


Observations 


NOUVELLES 
















SPORTS 
















BANDES ILLUSTREES 
















DIVERTISSEMENT 

















Nom 



Adresse 



137 



REVUES 



Directives générales 

Veuillez classer les rubriques, de 10 à 1, en fonction des normes 
suivantes: 

1. La revue encourage-t-elle des idées, valeurs et croyances valables? 

2. La revue encourage-t-elle des réformes sociales et politiques? 

3. La revue encourage-t-elle le sens d'appartenance à la communauté? 

4. Comporte-t-elle de la violence perpétrée contre des groupes particuliers, 
par exemple, les vieux, les femmes, les enfants, etc.? 



Nom de la revue 


Article 


Reportages 


Photographies 


Bandes dessinées 


Publicité 


Observations 


1. 














2. 














3. 














4. 














5. 














6. 














7. 














8. 














9. 














10. 















Nom 



Adresse 



138 



I 



n 

m 

H' 

O 
O 



]L 



C-l 



o 



n< 



Ch 


t-< 


— 


fDv 


&> 


0<5 


H- 


(B 




S 


n 


a 


m 


(D 


m 




01 


03 


H 


c 


D- 


(W 


n>\ 


00 




n\ 


M 


H 


pj 


(Bv 




(D 


rt 


■ • 


a>\ 




M 




(DV 




< 




H- 




en 




H- 




O 










B 







C-H 




0) 


H- 




C 






H- 


(_i. 




lu 


5^=- 




^: 






=r 


ri 




(D 


01 




N 






a 






n 






m 


Ch 




S 


P 




S 


H- 




H- 






0) 


i-h 

X ^ 


«-. 


tn 


m" ro 


eT 


(B 


ÏO M 


H- 


CO 


eu 




C 


(B 





H- 


< 


p) 


CO 


O 







H- 


w 


CO 


H 


(D^ 


O 


01 


/^ 


■♦ IL* il 


en t_i 


L) 


'T^^ tij 


O - 




Hm <^ 


m (u 


^^■^^ 


""^IJ tL) 


C H- 




MM' O 


en <-j. 




3 


O 




m 


C 




CO 


(B\ 




TJ 


BJ 




P 


< 




CD 
3 
rt 


^f 




CO 


CD 




tn Ch 


(B/ 




B) fD - 


^1 


W\> 


H- C 0) 
tn h-* H- 
O 


fB 
CO 




3 tD/<-j. 


fB 




o 


rt 









0)/ 

h-' 
O 


C» 

0)' 
VD 

3" 


0)/ 

3- 


ON 

car 

3" 


Ûl' 

ON 

3" 


■P- 

3" 


0)/ 

■c- 

3- 


0)' 
U) 

3* 


M 
(U/ 
M 
3- 


(1)7 

M 
3- 


h-' 
P>' 
!-' 

3" 


O 

05/ 

H' 

H-- 

3* 


pj/ 

(-■ 
O 

3" 


e» 

0)/ 

3- 


0)' 
00 

3" 


































C 
3 

H- 
































H 

a 

H- 
































11 
O 
11 
fB 
O- 
H- 
































C-i 

fB 

C 

a 

H- 
































< 

(B 
3 

ta- 
11 

fB 
CL 
H- 
































C/3 

03 

3 
(B 

H- 
































O 
H- 

3 

03 

3 
n 

3" 
fB 




H- 
I-' 
M 
tB 


> r O 
OQ w c 

ft J3 (B 

•• C 1- 

(B l-" 






(B (B 

en 

(u rt 




11 

O 

3 


H- 

S rt 
(0 O 
CO S 
1 

rt (Bv 

C 3 

H- 
M CO 
2 fB CO 
H- H- 
< 3 O 
(B O 3 
[U H- 
C 3 X) 

en 11 






en •<! fB\ 

O i-h 
O fBV 








(-' Il 

(D fB\ 
H- fB 
H .^ 

fB 



139 



St. John's Presbyterian Church 
Kapuskasing 

C'est un fait qu'il incombe aux parents de 
contrôler les programmes de télévision de leurs 
enfants ainsi que les films projetés au cinéma afin 
de les aider à développer leur intelligence et à 
savoir prendre des décisions responsables. 

Cependant, la télévision est accessible à tous et, 
malheureusement, on s'en sert avec excès dans la 
majorité des foyers. Ce puissant média est utilisé 
de façon abusive pour décrire différents types de 
violence, alors qu'il pourrait servir à enrichir la vie 
de chacun. Le problème des solutions de rechange 
en matière d'émissions est un problème délicat et 
il faudrait consulter le public de façon honnête et 
intelligente. 

La violence fait partie de la vie. Mais à haute 
dose, la violence inutile, qu'elle soit physique ou 
psychologique, doit être condamnée. Son utili- 
sation excessive par les médias, surtout la 
télévision et le cinéma, à des fins uniquement 
publicitaires et financières, ne peut pas enrichir 
notre société. 

Parfois, la sollicitude n'est qu'une forme 
insidieuse de violence. En cas de tragédie, on 
empiète trop facilement sur la vie privée des 
individus. Exploiter le chagrin d'autrui est déplo- 
rable. Dans les moments de tension et de 
souff'rance, on devrait respecter le droit des gens à 
la solitude. 

Nous demandons quelles études ont été faites 
sur les eff'ets de la télévision sur les enfants qui y 
ont été exposés depuis le berceau - sans voix ni 
choix - et auxquels on impose les programmes 
regardés par leurs aînés? Arrive-t-il un moment où 
ils sont inconsciemment programmés pour la vie? 
Qu'advient-il de nos enfants, de nos valeurs, de 
notre nation? 

Qui sommes-nous? 

Nous sommes des femmes entre 20 et 65 ans. 
Nous sommes des mères, des tantes et des grand- 
mères. Nous sommes des professeurs, des 
infirmières d'hygiène publique, des infirmières 
scolaires, des secrétaires et des femmes d'intérieur. 
Nos enfants ont entre 32 mois et 17 ans. 

Pourquoi sommes-nous préoccupées? 

Nous sommes préoccupées depuis que nous 
avons appris l'existence de la Commission. Ceci 



nous a poussées à réfléchir, non pas pour la 
première fois, car nous nous étions déjà posé des 
questions à propos de la violence à la télévision. 
Nous avons discuté en groupe de nos craintes et 
de nos préoccupations. Nous pouvons aussi les 
expliquer et les comparer. 

Nous avons étudié ce qui se passait dans notre 
groupe et nous nous sommes rendu compte que les 
enfants passent autant d'heures devant la 
télévision qu'à l'école. 

Sur quoi nous sommes-nous concentrées? 

En grande partie sur la télévision, car elle est 
dans chaque foyer et influence tous les individus 
de 2 ans à 80 ans. Nous nous sommes senties 
concernées non seulement pour nos familles, mais 
aussi pour la communauté dans son ensemble, car 
nous prenons à coeur la responsabilité qui nous 
incombe vis-à-vis d'autrui. 

Quel est le problème à la télévision? 

Tout d'abord, le problème le plus aigu à Kapus- 
kasing est le manque de choix. Pouvons-nous 
sélectionner les programmes pour nos familles si 
nous n'avons pas d'alternative. A Kapuskasing, en 
hiver, après 5h30 du soir, il fait trop noir et froid 
pour que les enfants puissent sortir; il y a donc 
essentiellement un problème entre 4h et 9h du 
soir. 

Les deux stations de télévision locales projettent 
des films de 6h à 7h30 ou 8h du soir. La plupart ne 
s'adressent pas aux enfants, alors que les Wallons 
ou Charlie Brown ainsi que d'autres programmes 
destinés aux enfants ou de nature éducative sont 
présentés beaucoup plus tard. Les parents 
concernés ont donc le choix entre deux solutions 
désagréables: 

1. Eteindre la télévision 

2. Obliger les enfants à se coucher tard. 

Deuxièmement, il y a le problème des actualités à 
la télévision, surtout le rapport de 1 Ih du soir. 
Certaines personnes de notre groupe ont remarqué 
que de nombreux amis et parents plus âgés étaient 
déprimés et perturbés après les nouvelles du soir. 
Notre groupe pense que ceci est dû à la présen- 
tation trop dramatique et sensationnelle de ces 
nouvelles. Nous pensons que l'on insiste trop sur 



140 



les détails sanglants, la souffrance et les techniques 
utilisées. Ce que nous voulons? 

1. Entre 4h et 9h du soir, nous voulons: 

a) des programmes éducatifs - par exemple 
Animal Kingdom, Nature ofThings 

b) des émissions familiales - par exemple 
Wallons, Little House on the Prairie 

c) des émissions dramatiques - par exemple 
Emergency, Doctors Hospital, Forest Rangers. 
Même certaines émissions policières - par 
exemple McLeod ou Colombo, qui n'insistent 
pas sur les détails sanglants ou la violence et 
utilisent des moyens légaux pour arrêter les 
suspects. 

2. Nous voulons des nouvelles nationales concises et 
positives et non la liste des suicides ou des 
meurtres locaux. Nous ne voulons pas voir de 
films qui exploitent la souffrance physique des 
individus après un accident ou une tragédie pas 
plus que les images de personnes en train de 
mourir. 

The Presbyterian Women's Fellowship 



Douglas C. Trowcll, ckey Limited 
Toronto 

Je voudrais commencer par répondre aux 
questions de votre lettre du 8 janvier 1976. 

1. Vous nous demandez quels sont nos critères de 
sélection et de présentation des nouvelles et 
comment nous choisissons spécifiquement nos 
sujets violents et non violents. 

Et bien, la violence en tant que telle n'a 
absolument rien à voir avec la sélection des 
nouvelles ni avec notre politique de présentation. 
(Vous pourriez lire avec profit l'exemplaire ci-joint 
de notre politique des nouvelles et de l'informa- 
tion. Cette déclaration ne comporte que trois 
paragraphes et vous donnera une idée sur la façon 
dont fonctionne notre service des nouvelles et sur 
le discernement dont doivent faire preuve nos 
rédacteurs et nos radiophonistes dans le traitement 
de l'actualité, quelle qu'elle soit.) 

C'est ce discernement qui décide des nouvelles 
présentées et de l'importance qui leur est accordée. 
C'est notre style qui détermine la manière de les 
rédiger et de les présenter. (Nous nous attachons à 
présenter surtout des nouvelles locales qui, au 
cours d'une semaine donnée, représentent 60 pour 
cent de l'ensemble des informations. Bien 
entendu, ce pourcentage varie nécessairement 
suivant les événements.) 



En ce qui concerne la définition des nouvelles, je 
pense que tout le monde est d'accord pour 
désigner ainsi ce qui est nouveau en termes d'infor- 
mation ou d'intérêt général. Les nouvelles . . . c'est 
ce qui se passe dans le monde. 

Nous ne cherchons pas les nouvelles violentes, 
mais le monde est plein de violence et nous devons 
en parler. Si la nouvelle est d'intérêt public (et 
nous devons décider si une nouvelle particulière est 
d'intérêt général ou non), nous prenons la respon- 
sabilité de la faire connaître. 

2. En ce qui concerne l'autocensure et nos critères 
relativement au bon goût, au respect de la vie 



141 



privée, à la violence, je traiterai ces points l'un 
après l'autre. 

Le bon goût dépend en vérité du bon sens, de la 
personnalité de chacun et des caractéristiques de 
la station radio. D'autre part, les caractéristiques 
d'une station dépendent de celles de ses auditeurs; 
dans notre cas, nous cherchons à attirer et à 
conserver un groupe largement représentatif 
d'auditeurs adultes. 

Quant à la vie privée des individus, nous la respec- 
tons. Nous ne cherchons pas à empiéter sur la vie 
privée de quiconque sans nécessité ou brutale- 
ment. Toutefois, pour couvrir les nouvelles et 
chercher les informations, il faut parfois s'imposer 
et faire preuve d'une certaine agressivité, sinon on 
risque d'arriver bon dernier. 

Chaque fois que nous interrogeons quelqu'un par 
téléphone, nous précisons toujours qu'il s'agit 
d'une interview et que cette interview sera 
diffusée. 

En ce qui concerne la violence, je pense qu'il faut 
revenir ici encore à l'idée de bon goût qui est une 
question de bon sens et dépend du goût et des 
valeurs de chacun. C'est ainsi que nos émissions 
reflètent vraiment notre goût et nous sommes prêts 
à en assumer la responsabilité et à justifier ce que 
nous faisons et disons. Nous ne cherchons pas à 
exploiter l'aspect sensationnel ou émotionnel 
d'une nouvelle simplement pour satisfaire les bas 
instincts des auditeurs, mais, et je le souligne, nous 
n'évitons jamais de diff^user une information pour 
la simple raison qu'elle est violente. Nous lui 
appliquons le traitement que nous considérons 
approprié à nos auditeurs. Je n'ai guère plus à 
dire. 

3. Vous nous demandez dans quelle mesure nous 
nous basons sur les services de presse étrangers 
plutôt que canadiens. Pour le moment, nous 
obtenons les nouvelles générales internationales et 
américaines de CBS News. Toutefois, nous 
envoyons aussi des correspondants à l'étranger 
pour divers reportages importants et événements 
spéciaux et pour des questions d'intérêt général 
pour nos auditeurs de la région de Toronto. Nos 



services de communications nous fournissent 
également certaines nouvelles de l'étranger. 

Le style des nouveUes dépend simplement de notre 
personnel et de nos auditeurs. Notre langage, nos 
phrases, notre prononciation reflètent tout notre 
personnel et nos auditeurs, leur milieu, leur forma- 
tion, etc. 

En ce qui concerne les priorités, le contenu et 
l'aspect violent de nos nouvelles, nous nous 
attachons, comme je l'ai dit précédemment, à 
présenter 60 pour cent de nouvelles locales. Toutes 
nos émissions et tous nos reportages sont basés là- 
dessus. 

Nous faisons de notre mieux pour oflTrir aux 
auditeurs ce qui les intéresse, ce qu'ils voudraient 
éclaircir, ce qui les inquiète, ce qui leur fait plaisir, 
etc. Les nouvelles violentes sont sélectiormées 
d'après leur valeur en tant que nouvelles et non 
d'après leur contenu de violence. 

4. Vous nous demandez si la publicité a une 

influence sur le contenu des émissions. Elle n'en a 
absolument aucune spécifiquement parlant. Si 
vous voulez dire que l'ensemble des émissions est 
influencé par les commanditaires parce que nous 
dépendons de la publicité, alors je réponds oui. 
Mais c'est notre cas à tous. Nous cherchons tous à 
attirer des auditeurs, mais ce n'est pas aux 
commanditaires de nous dire quoi faire. Même les 
annonces publicitaires ne peuvent être diffusées 
sans notre consentement préalable. 

Notre station radio am ckey est une entreprise 
commerciale et nous cherchons à atteindre le 
maximum d'auditeurs adultes. (Nous avons 
déposé une demande de permis fm auprès du 
CRTC, à Toronto, pour établir une station, appelée 
CFYi "for your information", qui constituera la 
première station radio du Canada à diffuser des 
nouvelles en permanence. Je puis vous dire 
qu'avec cette station nous n'atteindrons jamais un 
large auditoire. Nous ne chercherons à atteindre 
qu'une petite partie des auditeurs, mais ce seront 
des auditeurs importants.) Pour en revenir à ckey, 
nous nous adressons à un large auditoire et nos 
programmes sont conçus de façon à garder nos 



142 



auditeurs et à accroître leur nombre. Cependant, 
aucun commanditaire ni groupe de commandi- 
taires n'a jamais eu la plus légère influence sur le 
contenu de nos émissions. 

En ce qui concerne la publicité, je suppose que 
vous vous intéressez aux types de publicité et de 
textes publicitaires que nous acceptons plutôt 
qu'au nombre d'annonces publicitaires, qui est 
régi par les règlements du crtc. Ici encore, nous 
avons nos propres critères qui reposent sur le bon 
sens. Nous connaissons notre auditoire. Nous 
savons ce qui l'intéresse et ce qui lui déplaît. Je 
puis vous dire que nous n'allons rien faire qui lui 
déplaise. C'est de lui que nous dépendons. C'est 
pourquoi nous adoptons un contenu et des textes 
publicitaires adaptés à ses goûts. Nos programmes 
sont très efficaces, ils sont bien reçus et notre 
auditoire s'accroît énormément. C'est nous qui 
déterminons notre propre politique en matière de 
publicité. Il s'agit de principes subjectifs qui 
reposent sur notre connaissance objective de notre 
auditoire. Nous nous conformons aux normes des 
organismes régissant la publicité, autant pour 
Y exactitude des annonces que pour la publicité 
destinée aux enfants. 

5. Vous nous demandez quels sont nos principes, 
critères, etc., touchant l'importance accordée aux 
nouvelles violentes. Nous n'avons pas de théorie 
particulière, mais nous avons une pratique. Celle- 
ci repose sur une certaine idée du reportage qui 
doit non seulement couvrir les événements, mais 
aussi les découvrir. 

Nous estimons qu'il vaut mieux que les citoyens 
soient mis au fait des événements plutôt que de les 
ignorer. Les gens ont le droit, et même le devoir, 
de savoir s'ils veulent vraiment être de bons 
citoyens. Que les nouvelles soient désagréables ou 
indésirables ne modifient en rien notre position. 
Ce n'est pas au journaliste de décider si une 
nouvelle est bonne ou mauvaise, mais de 
rapporter ce qui est vrai. Ce n'est pas au reporter 
de présenter une nouvelle selon son propre point 
de vue; son rôle est d'en donner un compte rendu 
exact. 

Il y a, et il y aura toujours, des gens pour critiquer. 



Le reporter pourrait être tenté de les apaiser en 
choisissant les nouvelles en fonction de ses goûts 
propres ou des goûts du public ou des critiques. Il 
y a une liste quasiment sans fin de groupes 
d'intérêts divers qui accepteraient avec joie une 
telle autocensure, à savoir la modification ou la 
suppression pure et simple des nouvelles gênantes. 
Ce serait faire preuve d'un sens excellent des 
relations publiques, mais ce ne serait pas du bon 
journalisme. 

Si, en tant que citoyens, nous voulons changer 
quelque chose dans la société, nous devons 
d'abord identifier les problèmes, puis procéder à 
une évaluation personnelle. Si nous décidons que 
quelque chose est mauvais et doit être supprimé 
ou modifié, il nous faut agir par le biais de la 
persuasion politique; ce n'est certes pas en 
refusant de parler d'un problème qu'on le fera 
disparaître. 

"On ne peut pas blâmer un miroir de réfléchir la 
laideur", a dit Gogol. 

Et ce mot d'Edith Wharton: "Il y a deux façons de 
répandre la lumière; l'une est d'être la bougie, 
l'autre, le miroir qui la réfléchit". Deux idées qui 
expriment bien ce que je pense de notre traitement 
de l'actualité et de nos émissions d'information. 
Nous ne devons rien cacher, nous devons dire tout 
ce que nous savons et faire confiance aux citoyens 
qui prendront ensuite leur décision en connais- 
sance de cause. S'il y a violence, et bien nous en 
parlerons et la présenterons de la façon appro- 
priée. Cela peut dépendre de la nature et de 
l'importance de l'acte ou de l'événement. Il y a là 
un jugement de valeur à porter et c'est aux rédac- 
teurs et au directeur des nouvelles de le porter. 

6. Je ne suis pas très sûr de ce que vous voulez dire 
par orientation prosociale. Je pense que vous 
voulez parler des façons dont les médias peuvent 
aider les citoyens à aff'ronter la vie et à s'y adapter. 
Ici encore, c'est pour nous davantage une affaire 
de pratique que de théorie. Nos auditeurs sont des 
adultes, cultivés, curieux et, dans de nombreux 
cas, engagés dans des activité sociales. Nous les 
traitons en conséquence, comme des adultes. 



143 



En ce qui concerne les auditeurs plus jeunes, nous 
ne les intéressons pas. Il s'agit là d'une décision 
consciente de notre part. Nous ne cherchons pas à 
les attirer. Toutefois, si nous voulions intéresser un 
auditoire déjeunes, tous nos programmes seraient 
orientés dans ce sens et, une fois de plus, c'est le 
bon sens qui nous servirait de guide, à moi en tout 
cas. 

Il est bien évident que des enfants peuvent 
entendre nos émissions et nous en tenons compte, 
parce que nos auditeurs s'en préoccupent égale- 
ment. Ces enfants peuvent être à la maison ou 
dans la voiture et nous ne devons pas l'oublier. Le 
bon goût, le bon sens et la sensibilité de nos 
auditeurs, y compris des très jeunes, sont ici 
encore des facteurs déterminants, mais cela ne 
veut pas dire que nous leur cachons des informa- 
tions. 

7. Vous mentionnez le sens des responsabilités. Nous 
ne demandons pas à notre personnel de remplir 
des formules compliquées donnant un compte 
rendu exact de toutes leurs activités, mais vous 
pouvez être sûrs que nous sommes en permanence 
à l'écoute de notre station et que nous sommes très 
conscients de notre responsabilité. Après tout, une 
station radio est une sorte de prolongement des 
individus que nous sommes et nous ne voulons pas 
qu'elle donne de nous une image déformée. Notre 
station est le résultat de la personnalité de chacun, 
des gens que nous engageons, de nos directeurs, de 
la manière dont ils participent à l'activité de la 
station et au service des nouvelles. Nous sommes 
tous en permanence à l'écoute pour évaluer nos 
émissions. Bien plus, nous écoutons nos auditeurs! 
Nous notons dans un livre tous les appels télépho- 
niques et chacun peut en prendre connaissance 
dans les jours qui suivent. En fait, nous avons tout 
un service qui s'occupe uniquement des auditeurs, 
prend les appels téléphoniques, transmet les 
renseignements, vérifie les faits, note les réactions, 
bonnes ou mauvaises, les positions pour ou contre. 
Nous sommes responsables à tous points de vue. 

8. Recherche: Je ne sais s'il y a eu des recherches de 
faites sur les effets des nouvelles sur le public. Par 
contre, les faits tendent à démontrer que la 
suppression ou la privation de nouvelles ou 



d'informations a de graves conséquences sur la 
société. 

Nous savons également, d'après nos études auprès 
des auditeurs, que les gens cherchent à obtenir le 
plus d'informations possible, sur les sujets les plus 
divers. Nouvelles et informations sont importantes 
pour eux et il s'agit de satisfaire la curiosité de 
notre auditoire. C'est pourquoi nous nous voulons 
dignes de foi. 

9. Violence dans les médias. Vous me demandez 
d'évaluer les conséquences pour la société de la 
violence dans les médias. Et bien, je ne crois pas 
que la violence présentée à la télévision, dans les 
films, dans les livres, dans les bandes dessinées ou 
dans la Bible encourage ou même provoque la 
violence dans la société en général. Par contre, 
tout un ensemble d'études sur les causes de la 
violence montre que la pauvreté, la promiscuité, le 
surpeuplement, la compétitivité et l'agressivité qui 
l'accompagnent, la favorisent tout comme ils 
poussent à d'autres comportements aberrants tels 
que l'alcoolisme, la toxicomanie et le jeu, pour ne 
prendre que quelques exemples. 

J'estime que la violence dans les médias est plutôt 
un symptôme. Il s'agit d'une manifestation de 
l'état de notre société. La violence a toujours fait 
partie de la condition humaine, semble-t-il. Elle 
existait bien avant la télévision, la radio, le 
téléphone ou l'imprimerie ou tous les types de 
communications modernes que nous cormaissons 
de nos jours. Ce qui se passe maintenant, c'est que 
la violence est transmise instantanément avec tout 
le reste et qu'il n'existe plus ce retard des commu- 
nications, qui en atténuait les effets. Pour trouver 
de la violence, il suffit de remonter à celle qui s'est 
produite dans cette ville, il y a seulement quelques 
heures, à celle du Vietnam, il y a quelques années, 
aux camps de concentration de la deuxième guerre 
mondiale (y compris nos propres camps, ici au 
Canada), aux contes de fées et aux livres pour 
enfants, conçus pour eff'rayer les enfants et leur 
imposer un certain comportement, aux chasses 
aux sorcières, à l'Inquisition, au folklore, aux 
sagas, chansons et légendes, à la crucifixion, à la 
Bible. Je ne pense pas qu'il soit bon d'en nier 
l'existence. 



144 



La violence existe dans chacun de nous, nous 
l'avons tous ressentie et, bien que le degré et 
l'intensité varient, nul n'en est exempt. Nous 
sommes tous agressifs de temps à autre: nous 
cherchons à blesser et parfois, malheureusement, 
nous y arrivons très bien. 

Comment alors l'humanité a-t-elle pu survivre 
et dominer le monde???? Comment la violence 
a-t-elle pu être contrôlée? C'est grâce, me semble- 
t-il, au développement de la civilisation, de sa 
culture et de ses échanges, en particulier des 
communications qui sont une part extrêmement 
importante de ce processus. Si nous désirons 
changer la société et contrôler la violence, nous 
disposons des lois et des coutumes pour le faire. 
Si, aujourd'hui, les communications sont plus 
rapides, les changements doivent être plus rapides. 
Et c'est bien ce qui se passe! 

Voilà pour les questions. 

Dans le mandat de votre Commission, on utilise 
le mot "exploitation". Je pense qu'il est important 
de préciser la signification de ce mot. Les diction- 
naires donnent trois significations fondamentales: 

\. Utilisation dans un but de profit; 

2. Utilisation à des fins égoïstes; 

3. Utilisation des relations publiques et de la 
publicité pour vendre un objet ou promouvoir une 
idée. 

Oublions la signification numéro trois qui ne nous 
concerne pas. Prenons les significations un et 
deux. De ces points de vue, "exploitation" 
s'applique difficilement aux émissions et aux infor- 
mations radiophoniques. La violence n'est pas un 
élément à communiquer simplement parce qu'il 
s'agit de violence. Elle peut très bien faire partie 
intégrante de la société pour un auditoire parti- 
culier et, dans ce cas, les auditeurs sauront se tenir 
au courant. Vous pouvez être sûrs qu'à notre 
station, nous ne communiquons pas la violence 
pour la violence. 

Certaines des communications que vous avez 
reçues se disent en faveur de divers types de 
censure. C'est une idée à laquelle je m'oppose 
parce que, à mon avis, quelles qu'en soient 



l'importance, l'éducation ou la sensibilité d'un 
censeur, il ne pourra jamais me convaincre qu'il 
sait mieux que moi ce qu'il me faut. Je me réserve 
ce droit et je dois donc donner à tous la possibilité 
de l'exercer aussi. 

Je suis particulièrement inquiet, lorsque 
j'entends parler de filtrage des nouvelles. Par 
contre, je suis parfaitement d'accord pour 
indiquer, grâce à un système de cotes, la teneur 
des émissions de télévision ou des films, par 
exemple. Cela aiderait les parents à exercer un 
contrôle sur leurs enfants, et les adultes à décider 
de ce qu'ils veulent voir ou ne veulent pas voir, car 
les titres ou les critiques ne sont pas toujours très 
explicites. Les citoyens pourraient alors exercer 
leur jugement. 

Un service de nouvelles n'a pas pour fonction 
d'être agréable mais de fournir des faits. La 
fonction d'un amuseur est d'amuser, celle du 
journaliste de s'approcher d'aussi près que 
possible de la vérité et de la rapporter, sans 
s'occuper de faire plaisir à quiconque. 

Je ne cherche pas à encourager l'emploi et 
l'exploitation de la violence aux fins de divertisse- 
ment. Je parle en journaliste. J'estime que la 
société perdrait beaucoup si la violence (quelle 
que soit la définition qu'on puisse lui dormer) était 
bannie du journalisme. Je m'oppose catégori- 
quement à toute suggestion de censure dans la 
présentation de l'actualité. Cela reviendrait à 
cacher la vérité. Et c'est, en définitive, la société et 
les citoyens qui en souff'riraient le plus. 

Les dilemmes des reporters ou des journalistes 
sont plus aigus qu'on ne le pense. Il n'y a pas de 
choix faciles. Avons-nous raison ou tort? Pour 
quelle raison éviter de rendre compte des consé- 
quences des crimes et de la violence? Comment 
éviter la confusion entre passion et principes? 
Exercerions-nous mieux notre métier de journa- 
liste si nous ignorions ou cachions la violence et 
ses conséquences? La violence existe. Elle se 
produit partout dans notre ville. Des gens sont 
blessés, saignent, meurent. 

Peut-on parler de manipulation? Qu'entend-on 
par là? Veut-on parler du reportage qui cherche à 
inclure tous les aspects d'un sujet, ou de celui qui 
le traite sélectivement, selon les caprices du 
reporter ou par crainte des critiques et des groupes 
de pression? (La critique serait valable si la 



145 



violence n'existait pas dans nos villes du vingtième 
siècle; hélas il semble qu'elle fasse presque partie 
intégrante de la société actuelle.) 

Je ne connais pas les réponses à ces questions 
qui dépendent des circonstances et du moment. 
Mais c'est à nous de trouver les meilleures 
réponses possible. Nul ne peut ni ne doit le faire 
pour nous. 

Je ne veux participer à rien qui contribue à 
tromper les citoyens sur l'état du monde, parce 
que j'estime que ce serait un mauvais service à 
rendre. Je me refuse à participer à une conspi- 
ration du silence décidée par quelqu'un d'autre. 
J'estime qu'il faut être d'autant plus vigilant devant 
l'érosion graduelle de la liberté d'expression que le 
public semble l'accepter de plus en plus facile- 
ment. Cette érosion a une façon terrible de s'accé- 
lérer jusqu'à, éventuellement, priver chacun de 
nous de sa liberté. 

C'est ce qu'on appelle une prise de contrôle et, à 
mon avis, rien n'est plus violent que la prise de 
contrôle d'autrui. C'est cela la violence. Quelles 
que soient les bonnes intentions, c'est ce genre de 
violence qui me préoccupe le plus. 



Mary Miller 
Rexdale 

Je voudrais d'abord vous féhciter, le gouver- 
nement de l'Ontario et vous-mêmes, des efforts 
que vous avez déployés pour mener à bien cette 
étude du phénomène de la violence dans notre 
société. Des gens de toutes conditions, y compris 
de nombreux parents et éducateurs, vous ont 
donné leur avis sur les effeis de la violence sur 
notre vie. J'aimerais porter à votre attention un 
matériel pédagogique dont on ne vous a peut-être 
pas parlé. 

Si, comme les études du comportement humain 
semblent l'indiquer, nous sommes le produit de 
notre environnement, la violence dans les médias 
doit certainement influencer notre personnalité, 
notre sens des valeurs et notre comportement. Et 
cela doit être particulièrement vrai de la télévision 
qui constitue une part si importante de l'environ- 
nement de tant de gens et surtout des enfants. 

Je crains que nos enfants, qui sont si vulné- 
rables à la violence à la télévision, n'y soient 
également soumis à l'école. La violence en effet, 
de mieux en mieux tolérée par le public en 
général, semble maintenant admise dans un 
domaine très sensible et vital, celui du choix du 
matériel pédagogique. Il semble que, dans leur 
hâte de remplacer des livres jugés "trop sérieux et 
ennuyeux", les éducateurs, suivant en cela 
l'exemple de leurs collègues américains, aient 
choisi un matériel ressemblant aux programmes 
de télévision, c'est-à-dire essentiellement impres- 
sionnant, rapide et violent. Il s'agit peut-être là de 
la violence la plus dangereuse de toutes car tandis 
que la télévision jouit du privilège de la fantaisie, 
le matériel scolaire est par définition "vrai" et 
sanctionné par les autorités. Aussi, un matériel 
pédagogique "violent" tend-il à renforcer et à 
légitimer aux yeux de l'enfant la violence vue à la 
télévision la veille ainsi que celle du matériel 
pédagogique lui-même. 

Les livres dont je veux parler sont Thrust et 
Focus, les deux premiers d'un ensemble de six 
livres de la série "Galaxy": Thrust, Focus, 
Vanguard, Perspectives, Accent u.S.a. et Compass 
publiés par Scott Foresman and Co. à Glenview, 
111., et distribués par Gage au Canada. Ces hvres 
ont été "découverts" par nos éducateurs à 



146 



l'occasion d'une conférence sur l'éducation à 
Washington. 

L'année dernière, mon fils, élève de septième 
année, a rapporté à la maison Thrust, le premier 
des six livres. C'était un livre neuf et attrayant. 
J'en parcourus rapidement les pages (après qu'un 
autre parent inquiet m'ait demandé de le faire). Le 
livre s'ouvrit alors de lui-même au milieu et je me 
mis à lire. C'était une histoire prenante et 
effrayante. Il s'agissait d'un épisode de la série 
télévisée "Twilight Zone", une histoire sur le 
thème des comités de vigilance aux Etats-Unis. Je 
me suis demandée pourquoi le livre s'était ouvert 
de lui-même et je me suis aperçue qu'il s'agissait 
des pages les plus usées du livre. Une lecture plus 
approfondie m'a montré qu'il existait plusieurs 
histoires sur des guerres indiennes et sur l'Ouest 
américain, y compris une pendaison sommaire au 
Texas, des histoires d'agents secrets américains, 
l'histoire d'un jugement en Alabama, etc. En 
somme, on se croirait à la télévision! Le nombre 
d'histoires où on utilisait revolvers et fusils, 
comme armes ou comme moyens d'intimidation, 
m'a beaucoup inquiétée. J'ai protesté auprès du 
conseil de l'éducation d'Etobicoke contre l'usage 
de ce livre en classe, dénonçant la violence de son 
contenu et son caractère américain. 

On m'a donné plusieurs raisons pour justifier l'uti- 
Usation de ce livre dans nos écoles: 

L il n'y a pas d'autre livre acceptable; 

2. ce livre est essentiellement destiné aux enfants 
ayant des problèmes de lecture et qui ont besoin 
de se concentrer sur des sujets intéressants et 
pleins d'action; 

3. les livres de cette série sont particulièrement 
intéressants pour les bons lecteurs qui sont 
capables d'assimiler rapidement le vocabulaire, 
etc. 

En fait, tous les enfants de septième année de 
notre école utilisent ce livre. 

Cette année, mon fils a apporté à la maison le 
deuxième livre, Focus. Il est peut-être malheureux 
que cela se soit produit après la deuxième fusillade 



dans une école secondaire. Peut-être étais-je parti- 
culièrement sensibilisée et ma réaction a-t-elle été 
trop forte. Mais ce que j'ai vu et lu m'a terri- 
blement déprimée. Au cours des semaines 
suivantes, j'ai tristement retourné dans ma tête 
l'un ou l'autre aspect des histoires du livre. Là 
encore, j'ai trouvé violence, mépris de la vie et 
inhumanité. Je me suis interrogée sur les effets que 
cela pourraient avoir sur un enfant très émotif, et 
il doit y en avoir beaucoup. En fait, je me suis 
demandé quel effet ces six livres, utilisés au cours 
de six années consécutives, pourraient avoir sur un 
enfant à cet âge très impressionnable. La leçon de 
grammaire et de composition (le message) peut- 
elle survivre à l'histoire racontée? Ou le moyen 
devient-il le message? Au mieux, qui peut séparer 
les deux, moyen et message? 

Voici en quoi consiste le livre: 

La première partie contient six histoires dont 
quatre sont, à mon avis, violentes. La première est 
intitulée The Long Cold Night, histoire de terreur 
et de meurtres sur un baleinier pris dans les glaces. 
Tous les membres de l'équipage sont tués, jusqu'à 
ce qu'il ne reste plus que le meurtrier et le mousse. 
Il est intéressant d'apprendre que l'auteur a écrit 
pour des magazines et revues populaires à sensa- 
tions. 

Woman Without Fear est l'histoire vraie d'une 
femme qui se spécialise dans la manipulation des 
reptiles les plus dangereux: cobras, pythons, 
crocodiles, etc. et qui, à la fin, est mordue et 
meurt. 

Wally the WatchfuI Eye est une histoire 
policière humoristique dans laquelle un jeune 
détective découvre le meurtrier de la femme de 
son patron (en fait son patron). Il déclare: "Il a 
réglé son compte à la vieille de quelques bouffées 
de gaz avant d'aller à Boston . . ." 

The Kitten est l'histoire d'une jeune garçon qui 
recueille un chaton que son père ne peut pas 
supporter. Ce dernier lui crie: "Tue-moi donc 
cette saleté". De rage, le jeune garçon fait 
exactement ce que son père lui suggère: "J'ai pris 
un bout de ficelle, j'ai fait un noeud coulant que 
j'ai glissé autour du cou du chaton. J'ai fait passer 
la ficelle sur un clou et j'ai tiré. Le chat s'est mis à 
râler, à baver, à gigoter dans tous les sens, à battre 
l'air de ses griflTes, puis ses mâchoires se sont 
ouvertes et sa langue rose est sortie". 



147 



Le chapitre intitulé Courage commence ainsi: 
"Est-ce regarder le danger en face, sans fuir? Est- 
ce vouloir vivre, mais être prêt à mourir? Est-ce 
vivre dans la terreur heure après heure? Est-ce 
tuer ou refuser de tuer? etc. C'est ici que se place 
One ofthe Brave, histoire de fusillades et combats 
singuliers abondamment illustrée. 

The Tigers and the Sharks est l'histoire d'un 
équipage de cinq hommes dont l'avion tombe 
dans le Pacifique. L'un des hommes est tué lorsque 
l'avion touche l'eau et les autres luttent pour leur 
survie contre la mer et les requins. Deux autres 
morts sont décrites, avant que les sauveteurs 
arrivent juste à temps pour sauver l'un des survi- 
vants attaqué par un requin. 

Spoil the Child est une histoire de colons de 
l'Ouest américain qui décrit les attaques des 
Indiens subies par une famille voyageant dans une 
voiture couverte. L'eau manque, le père est tué par 
les indiens et le garçon tue un Indien. 

Rescue est l'histoire d'un homme enterré vivant 
pendant deux semaines dont tout le pays attend la 
délivrance. Le récit est basé sur un film télévisé 
reposant sur l'histoire vraie d'un homme agonisant 
pendant deux semaines. 

Vampires est la deuxième histoire "vraie" de 
l'auteur de "Woman Without Fear". Le point 
culminant de l'histoire décrit l'auteur s'enfermant 
dans la même pièce que le vampire pour que sa 
femme puisse observer la manière dont ces 
animaux se nourrissent. 

Antaeus est l'histoire très troublante d'un 
groupe déjeunes garçons d'une ville touchée par 
la dépression économique qui transportent de la 
terre arable sur le toit d'une usine et plantent une 
pelouse. Au moment où les pousses sortent, le 
propriétaire de l'usine découvre ce qu'ils ont fait et 
leur ordonne de quitter les lieux. Fous de rage, ils 
détruisent leur travail. 

Brightside Crossing - science fiction. La 
traversée de la face exposée au soleil de la planète 
Mercure. La chaleur épouvantable et le terrain 
très difficile ont raison de tous les explorateurs 
sauf un. 

The Soûl of Caliban: un chien très jaloux de son 
maître est forcé de partager l'affection de ce 
dernier lorsqu'il se marie puis lorsqu'un enfant 
naît. Un jour, on n'arrive pas à retrouver l'enfant 
et on s'aperçoit que le chien a du sang autour de la 



gueule. On le tue, à tort comme le montre la fin de 
l'histoire. 

One Alaska Night: une histoire de terreur où 
une femme, perdue dans les bois, découvre le soir 
une cabane près de laquelle elle trouve des 
squelettes humains. 

Le chapitre appelé Turning Point commence 
ainsi: "Que feriez- vous si vous aviez fait quelque 
chose de terriblement mal ... si vous saviez que 
vous alliez mourir ... si vous deviez affronter un 
danger?" 

Bloodstain: un garçon de 14 ans prend en 
cachette le fusil de son père et, dans les bois, tue 
accidentellement le père de son meilleur ami. Il 
décide de ne rien dire à personne. 

The Glouster Gladiator: deux soldats doivent 
être exécutés lorsqu'on leur donne une dernière 
chance: celle de vaincre "l'homme le plus fort de 
Corée". 

Désertion, une autre histoire de science fiction 
raconte l'exploration d'une planète inhabitable, 
Jupiter. L'un après l'autre, les hommes sont 
envoyés en mission et ne reviennent pas. Enfin, le 
commandant lui-même y va. 

Un bien triste échantillonnage de la vie! La 
plupart des histoires sont racontées de façon très 
convaincante! 

Pour être franche, mon fils aime ces livres. Il 
aime également regarder Cannon, Police Story, 
Starsky and Hutch, etc. Jusqu'à un certain point, 
ces programmes sont de rigueur pour les enfants 
qui veulent être "dans le coup", tout comme le 
coke et les chips dans le domaine de l'alimenta- 
tion. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de 
laisser nos enfants se nourrir ainsi. Ils risquent la 
malnutrition de l'esprit. Nos services d'éducation 
ne doivent pas abdiquer leurs responsabilités qui 
ne sont pas seulement d'ordre académique mais 
aussi d'ordre social. 

J'espère que votre Commission saura alerter 
davantage de gens sur les effets de la violence. 



I 



148 



Simone Joanisse 
Anne-Lynn Kucheran 
Kapuskasing 

Dans notre mémoire, nous nous proposons de 
vous faire part, ainsi qu'aux nombreux lecteurs du 
compte rendu de ces délibérations, de notre 
opinion sur les effets de la violence à la télévision 
sur nos enfants. Nous avons voulu exprimer le 
point de vue de parents, mais surtout de parents 
qui vivent dans une communauté semi-isolée. 

Il est évident que la télévision fait partie de nos 
moeurs et que les programmes qui offrent de la 
violence se vendent facilement aux annonceurs. Si 
un adulte est capable de distinguer les "bons" des 
"méchants" et la violence de la non-violence, par 
contre l'enfant entre deux et douze ans ne fait pas 
la différence. 

Chaque enfant réagit différemment à la même 
scène de violence; laissé à lui-même, un enfant de 
quatre ans pourra fort bien dormir après s'être 
paisiblement imprégné du bruit et de la brutalité 
d'un film de violence. Pourtant, ma fille de quatre 
ans a fait des cauchemars après avoir vu fondre 
Frosty the Snowman. Tous les enfants sont 
marqués par ce qu'ils voient à la télévision, soit 
qu'ils retiennent simplement l'idée que les "bons" 
ont toujours le dessus, soit qu'ils s'identifient 
tellement à un personnage qu'ils ne savent plus 
différencier la fiction de la réalité. 

L'un des avantages de vivre ici au nord de 
l'Ontario, c'est que, les programmes de télévision 
étant très limités, on sait toujours à l'avance ce 
qu'on va voir. L'inconvénient, en revanche, c'est le 
manque de commanditaires de bons spectacles; 
résultat: on nous passe et repasse des programmes 
de mauvaise qualité aux meilleures heures 
d'écoute. Pour couronner le tout, les annonces 
publicitaires de ces émissions dramatiques sont 
projetées sur l'écran tout l'après-midi sans qu'on 
puisse alors exercer aucun contrôle. Non 
seulement je m'oppose à ce que mes enfants 
regardent le fameux programme "Le F.B.L" mais 
je ne veux pas non plus qu'ils en voient les 
passages les plus pervers sous forme d'annonces- 
éclairs vociférantes tout l'après-midi. 

A l'origine tournée essentiellement vers les 
loisirs, la télévision se fait maintenant de plus en 
plus éducative. La télévision bien comprise peut 



s'avérer un moyen sain et efficace d'acquérir des 
connaissances; si elle vient compléter les activités 
de plein air, la lecture, les sports et les divers 
passe-temps, elle peut contribuer à former des 
êtres complets. Elle offre d'excellents spectacles 
pour toutes les catégories d'âge. Je laisse sans 
hésitation mes enfants regarder la merveilleuse 
émission canadienne Mr. Dress-Up et d'autres 
émissions comme Romper Room, ou Sésame 
Street; plus tard, j'espère qu'ils auront encore 
l'occasion de regarder des programmes de 
l'envergure de Wild Kingdom (Au royaume des 
animaux) et the Wonderful World of Disney (Le 
monde merveilleux de Disney), ainsi que Rainbow 
Country. 

J'ai le sentiment profond que c'est à nous, 
parents, qu'il incombe de faire un choix dans les 
programmes de télévision. Nous avons le droit et 
le devoir d'autoriser ou de rejeter les programmes 
que regardent nos enfants. Il va sans dire que dans 
de nombreux foyers, la télévision est trop souvent 
un moyen à bon-marché de tenir les enfants 
occupés, même si nous n'avons pas statisti- 
quement la preuve qu'il existe un lien incontes- 
table entre la violence et l'industrie des médias, la 
violence et l'agressivité sont des valeurs acquises 
dès l'enfance et elles ne peuvent que nuire à 
l'enfani qui inconsciemment subit leur influence. 

On a contesté la violence dans les dessins 
animés. Dans le dessin animé Road Runner, on 
voit mourir au moins un coyote par minute; 
Cookie Monster (Croc-croc le monstre) a une 
façon de se nourrir qui est révoltante et les vieux 
films de cowboys sont pleins de préjugés et d'idées 
fausses sur l'histoire. C'est donc aux parents de 
faire preuve de fermeté quant au choix des 
programmes de télévision de leurs enfants, et de 
leur expliquer pourquoi certaines scènes sont 
choquantes. Les parents ne manquent pas de 
moyens pour juger de la qualité des programmes. 
Récemment, l'intérêt soulevé par la question a 
suscité la publication de plusieurs livres destinés à 
guider les parents dans leur choix de programmes. 
Par ailleurs, nombre d'articles parus dans des 
magazines destinés aux parents ont souligné le 
danger de passer trop de temps en face du petit 
écran ou de regarder des programmes médiocres. 

Malheureusement, tous les parents ne se sentent 
pas concernés par le problème. On laisse trop 



149 



souvent les enfants regarder ce qui leur plaît, au 
détriment d'autres activités bien plus saines. Les 
programmes de la soirée leur offrent souvent plus 
de crimes dont les innocents sont les victimes que 
n'en contiennent les informations du soir 
télévisées de tout un mois. Vous vous demandez 
pourquoi? Parce que des directeurs irresponsables 
de chaînes de télévision remplissent les temps 
morts et que des parents insouciants veulent 
"avoir la paix". 

Nous pensons qu'il est de notre devoir de 
protéger ces enfants. Les deniers publics devraient 
servir à informer ces parents des effets de la 
violence à la télévision sur leurs enfants. Il 
faudrait insérer de brèves annonces aux heures 
d'écoute des adultes pour leur exposer d'abord les 
causes puis les effets des scènes de violence sur 
leurs enfants. On l'a déjà fait pour mettre en garde 
contre l'usage du tabac et des drogues, pour 
inciter les gens à porter des ceintures de sécurité, 
pour éduquer les consommateurs dans l'achat des 
oeufs. Pourquoi, maintenant, ne pas le faire pour 
le bien des enfants? 

Simmone Joanisse 
Anne-Lynn Kucheran 



Georges Vanier School 
Smooth Rock Falls 

Je désire exposer mes vues face à l'escalade de la 
violence dans nos médias. 

Bien que la télévision semble venir en tête de 
liste, parce qu'il s'agit là du moyen de communi- 
cation le plus évident, je n'exclus pas les journaux, 
les magazines et même les bandes dessinées. 

Je sais que le rôle des médias est de refléter la 
réalité telle qu'elle existe dans notre société. 
Cependant, ils assument parfois ce rôle de façon 
trop radicale et descriptive au point d'en arriver à 
aveugler notre jeunesse de leurs faux éclats. 

Je suis lasse de la tendance actuelle à glorifier 
les actes de violence, les personnalités violentes, 
en fait, la violence en elle-même. Si ces actes de 
violence n'avaient pas de conséquences, le mal 
serait moins grand. 

Malheureusement, nous nous rendons compte 
que de nombreux membres de notre société 
imitent ou essaient d'imiter les héros des médias. 
Ce phénomène est particulièrement évident dans 
le domaine sportif, mais il ne s'arrête pas là. 

Je déplore aussi le fait que l'on ne glorifie pas 
seulement la violence physique, mais aussi la 
violence morale et intellectuelle. 

Est-il vraiment nécessaire de montrer des scènes 
de viol, de brutalité, de torture, de cruauté et de 
violences de toutes sortes pour faire comprendre 
l'histoire? 

Certains prétendront que les médias ne font 
qu'offrir à la société ce qu'elle demande. Je 
prétends que nous pouvons modeler ces désirs. 
Nous sommes pris dans un cercle vicieux où nos 
goûts pour la violence augmentent au même 
rythme qu'elle envahit nos médias. 

Récemment, j'ai observé les réactions de la salle 
durant la projection du film Les dents de la mer, 
juste avant que le requin ne meure, alors que des 
morceaux de chair sanglante volaient partout. 
Lorsque plusieurs personnes se sont mises à 
applaudir, je n'ai pas pu m'empêcher de comparer 
cette scène à celle que décrit George Orwell dans 
son roman 1984, lorsqu'une foule applaudit à la 
mutilation d'un être humain. 

Il n'y a guère de différence entre l'homme et le 
requin, il ne faudra pas longtemps à une société 



f 
I 



150 



violente pour combler ce fossé. C'est pourquoi je 
demande à votre Commission d'agir avec poigne, 
sagesse et rapidité. 

Richard Pulsifer 
Directeur. 



St. Stanislas School 
Harty 

Je déplore le fait que nos enfants soient soumis à 
toutes sortes de violence à la télévision, au cinéma, 
dans les journaux et dans les autres médias. 

J'aimerais surtout attirer votre attention sur l'un 
des nombreux points qui me frappent - la 
publicité cinématographique à la télévision. Il 
s'agit de films qui seront projetés au cinéma ou à 
la télévision au cours des jours suivants. 

Ce type de publicité passe à la télévision toute la 
journée et dans la soirée. Les personnes de tous 
âges, qu'il s'agisse d'enfants, d'adolescents et 
d'adultes, y sont exposées. 

En quoi consiste ce type de publicité? Il s'agit 
d'un court extrait de film, montrant en général les 
scènes les plus violentes: un coup de pistolet, une 
victime écrasée par une voiture, une autre déchi- 
quetée par l'hélice d'un moteur ou toute autre 
situation violente anormale et stupide. On 
n'explique ni les raisons ni les conséquences de ce 
type de violence; on ne fait que montrer l'action 
violente. Quel effet ceci peut-il avoir sur l'esprit 
d'un enfant? On lui a montré l'action violente, 
mais les raisons et les conséquences ne lui ont pas 
été expliquées. 

Nos enfants sont exposés à ce type de 
programme tous les jours, plusieurs fois par jour, à 
partir du moment où ils sont assez âgés pour 
regarder la télévision jusqu'au jour où ils décident 
de l'éteindre. Ne serait-il pas possible de présenter 
ces annonces publicitaires à d'autres moments et 
de changer leur contenu? 

Georgette Bourgeois 



151 



St. Jules School 
Moonbeam 

Un des aspects de la violence à la télévision me 
préoccupe énormément. Il s'agit du nombre 
croissant de spectateurs, surtout des adolescents, 
qui sont devenus des adeptes fervents de 
programmes vantant les méthodes de combat 
orientales. 

Je suis conscient du fait que le gouvernement a 
pris des mesures pour rendre illégale la possession 
de certaines armes provenant de l'Orient. 

Cependant, je pense que ces mesures ne vont 
pas assez loin, si l'on en juge par le nombre 
croissant de clubs qui offrent des cours d'autodé- 
fense. Le gouvernement devrait adopter une 
attitude beaucoup plus stricte à propos de 
programmes tels que Kung Fu. 

Je suis certain que ce genre de recommanda- 
tions a déjà été présenté devant votre Commis- 
sion. 

En conclusion, je ne puis qu'espérer que le 
gouvernement pourra adopter des mesures plus 
strictes en matière de violence à la télévision. 

Yvon Côté 
Directeur. 



Ste. Jeanne d'Arc School 
Fauquier 

Ce n'est que récemment que j'ai appris qu'une 
Commission avait été mise en place pour 
combattre la violence dans l'industrie des commu- 
nications. J'apprécie réellement ces efforts et 
j'espère sincèrement qu'ils aboutiront, particuliè- 
rement en ce qui concerne les programmes 
télévisés. 

Il est navrant de voir un jeune enfant qui peut à 
peine marcher essayer d'imiter les cowboys et les 
bandits. Actuellement, il est impossible de suivre 
un programme vraiment éducatif, sans se voir 
exposé à des images et actes obscènes, sans parler 
du vocabulaire! Est-ce ainsi que nous éduquons la 
jeunesse de demain? 

Je pense qu'il est temps que nous prenions des 
mesures dans ce domaine des communications. Si 
nous voulons intégrer une certaine beauté et vérité 
dans l'univers de nos élèves, il faut que nous 
essayions de leur offrir un système de valeurs 
valable d'après lequel ils pourront modeler leur 
vie. 

Nous vous présentons tous nos voeux de succès. 

Sister Fleurette Dufour, sco 
Directrice. 



4 



H 



152 



Immaculate Conception School 
Kapuskasing 

Je prends la liberté d'attirer votre attention sur 
l'un des exemples les plus frappants de violence 
dans les médias, qui se manifeste surtout à la 
télévision. 

Les émissions sportives offrent une masse 
d'images choisies pour satisfaire et stimuler le côté 
sadique, qu'il soit latent ou conscient, de chaque 
individu. En fait, qui parmi nous ne retire pas un 
certain plaisir à la vue du sang d'autrui? Il s'agit là 
de satisfaire notre besoin de blesser, soit physique- 
ment, soit mentalement. Les gros plans ou la 
seconde projection de scènes de violence 
exploitent ce faux besoin: au hockey, on projette 
deux ou trois fois les bagarres à coups-de-poing et 
les interceptions violentes; la lutte n'est qu'un 
sport brutal et sauvage; les courses en patins à 
roulettes glorifient un comportement d'une 
violence toute particulière. 

Ces émissions sont programmées de telle façon 
que les enfants peuvent les voir: de nombreux 
enfants ne sont pas encore couchés. De plus, non 
seulement on encourage l'enfant à être violent, 
mais on lui montre que pour s'affirmer et atteindre 
à une certaine célébrité, il se doit d'être violent. 

Il y a aussi trop de films policiers. L'enfant 
assiste à l'assassinat d'un acteur, puis voit ce 
même acteur jouer un rôle dans un autre film le 
jour suivant ou le même jour; l'enfant sait que ce 
n'est pas sérieux, qu'il s'agit d'un jeu. 

On présente aussi à l'enfant des scènes réelles: 
la guerre, les insurrections, les vols, les enlève- 
ments, il voit des gens tomber sous une rafale de 
balles. Sait-il que ces gens ne se relèveront plus 
jamais? 

C'est pourquoi je désire protester contre les 
films de guerre, les scènes de violence, quelles 
qu'elles soient, et les films présentés au cours des 
nouvelles, lorsque les enfants sont toujours 
debout. N'est-il pas possible de garder ces 
nouvelles pour l'édition du soir? Je pense que l'on 
devrait aussi épargner les adultes. Pourquoi ne 
nous rappelle-t-on pas qu'il y a aussi des événe- 
ments heureux? Il est temps de réfuter le dicton 
qui affirme: un peuple heureux est un peuple sans 
histoire. 

J'espère que votre Commission aura 



suffisamment de poids pour forcer le gouver- 
nement à adoucir les moeurs des médias et pour 
réapprendre la joie de vivre aux annonceurs. 

Pauline Larahie 
Directrice. 



153 



Manitoulin Secondary School 
West Bay 

Vous aimeriez connaître mes réactions face à la 
violence, eh bien les voilà. 

Je pense qu'il n'y a rien à redire, outre que si 
l'on désire programmer une émission à la télévi- 
sion, on devrait le faire après 9 heures du soir, ou 
au cours de l'après-midi, de façon que les enfants 
ne soient pas effrayés et ne prennent pas de 
mauvaises habitudes de langage. 

J'aime réellement regarder les programmes 
violents à la télévision, parce que je pense qu'il 
s'agit là des films les plus attrayants, qui mettent 
en scène beaucoup d'action. 

Kim Abotossaway 



The Canadian Broadcasting League 
Ottawa 

1. La Ligue de radio-télédiffusion canadienne 
recommande que, dans les programmes scolaires, 
il soit accordé une plus grande importance aux 
répercussions des médias sur la société et que l'on 
étudie plus en profondeur les aspects artistiques et 
techniques de la préparation, la rédaction et la 
production des programmes présentés à la radio et 
à la télévision. 

Nous passons des heures dans les écoles à 
enseigner la littérature aux enfants mais nous 
accordons bien peu de temps aux médias, le 
cinéma et la télévision en particulier. L'éducation 
étant la responsabihté constitutionnelle de la 
province, nous engageons vivement le ministère de 
l'Education à envisager l'accroissement des 
subventions pour la spécialisation d'enseignants 
dans ce domaine et pour l'étude des médias à 
l'école, pour que les enfants puissent évaluer la 
valeur intrinsèque des médias électroniques 
comme ils le font pour les textes écrits et soient 
capables déjuger avec discernement les 
programmes qui leur sont présentés. 



2. Que le Conseil des Arts de l'Ontario utilise les 
fonds fournis par Wintario pour mettre au point 
un programme important de soutien aux rédac- 
teurs de textes utilisables à la radio et à la télévi- 
sion. 

Nombreux sont les rédacteurs de talent qui 
peuvent écrire pour la télévision lorsque l'occasion 
se présente. Il faudrait apporter un soutien accru à 
la préparation de scripts à l'usage de ce média, ce 
qui permettrait d'élargir les intrigues qui se 
limitent trop souvent aux clichés de violence et 
aux conventions sociales. 

3. Nous recommandons que, avec l'aide du ministère 
de l'Education et du ministère de la Santé, il soit 
préparé et publié un guide visant à aider les 
parents à comprendre la nature des médias et les 
répercussions qu'ils peuvent avoir sur leur 
existence et celle de leurs enfants. 



154 



Une telle publication constituerait un guide d'uti- 
lisation des médias au foyer et encouragerait les 
parents à partager la télévision avec leurs enfants. 
Il pourrait servir de base à des études de groupes 
parmi les adultes, contribuer au processus de 
démystification et constituer un premier pas dans 
l'éducation du public qui, jusqu'alors, n'a eu que 
peu ou pas d'occasion d'exercer son sens critique à 
l'égard des médias. 

Il faut inciter les réseaux à supprimer les émissions 
trop violentes pendant la journée et en début de 
soirée lorsque les enfants et leur famille regardent 
habituellement la télévision. La publicité des 
programmes violents ou destinés à des téléspecta- 
teurs avertis doit être éliminée des programmes 
familiaux. Il faut envisager la mise au point d'un 
code, de normes ou de lignes de conduite volon- 
taires pour le contenu des bulletins d'information 
et des programmes sur les aff"aires publiques et 
pour la programmation des émissions. 

Nous recommandons que la province de l'Ontario, 
par l'intermédiaire de l'un ou de plusieurs de ses 
ministres de la Santé, de l'Education ou des 
Collèges et Universités, continue à encourager 
l'étude des effets des médias sur la société. 



Au Canada, nous avons recours à des normes 
assez élevées pour la présentation des programmes 
dans les secteurs publics et privés. Mais nos goiîts 
et nos désirs ont été fortement influencés par nos 
contacts avec des programmes étrangers. Il nous 
faut faire davantage confiance à notre talent 
créateur pour que la télévision devienne pour les 
Canadiens une expérience vraiment enrichissante. 
Kealy Brooker 
Directeur administratif. 



On ne saurait sous-estimer la valeur d'une grande 
partie des recherches déjà entreprises par la 
Commission. Devant la rapidité des progrès 
techniques et du fait que les commanditaires et les 
réalisateurs évoluent au rythme du changement 
des valeurs sociales, les médias eux-mêmes sont en 
perpétuelle évolution. C'est pour cette raison que 
l'évaluation permanente des répercussions des 
médias sur la société est utile et nécessaire. Paral- 
lèlement, une politique d'aide à la recherche 
permanente nous permettrait d'établir un 
ensemble de données relatives à l'expérience 
canadienne pour mieux comprendre les répercus- 
sions à long terme des médias sur notre société. 



Pour conclure, nous souhaitons la création d'un 
milieu qui permettrait au public, aux diff'useurs et 
aux annonceurs publicitaires de partager leurs 
soucis relativement à l'utilisation des médias 
d'information dans l'intérêt général. 



155 



Education Committee 
Ontario Fédération of 
Home and School Associations Inc. 1976 

Le Comité sur l'éducation de la Fédération 
ontarienne des Associations foyer-école et 
parents-maîtres est heureux d'avoir l'occasion 
d'exprimer son point de vue devant la 
Commission et il apprécie que le gouvernement de 
l'Ontario se soucie du problème posé par la 
violence dans la société. Le présent mémoire 
s'attache principalement à la question des jeunes 
et des effets que peut avoir sur eux la violence 
présentée dans les médias. Avant d'entrer dans le 
vif du sujet, nous aimerions faire quelques obser- 
vations générales sur la nature du mandat de la 
Commission. Ces observations ont pour but non 
seulement de renforcer les opinions particulières 
exprimées par le présent Comité mais aussi 
d'éclairer, d'une manière générale, les délibéra- 
tions de la Commission. 

Le prospectus de six pages qui a été distribué 
par la Commission ("Pourquoi la Commission 
. . .") montre bien quelles questions seront posées, 
quels fait sont déjà connus et surtout quels liens 
précis on peut établir entre la production des 
médias et le comportement des individus. 

En ce qui concerne les "faits", le document fait 
allusion à ". . . l'étalage de la violence dans 
l'industrie des communications". Notre Comité se 
demande quelle est la portée de cette recrudes- 
cence, quelles preuves ont été acceptées à la fois 
par les représentants des médias et par le public et, 
en admettant que cette recrudescence soit réelle et 
universellement reconnue, s'il s'agit vraiment d'un 
"étalage" de violence. Nous avons de nombreuses 
raisons de douter, mais il nous semble que les 
journaux, par exemple, pourraient soutenir que si 
leurs rubriques de faits divers sont plus longues, 
c'est simplement parce que le nombre de crimes 
violents a augmenté. 

Pour en revenir au sujet, votre mandat implique 
qu'il est possible d'étudier objectivement le 
rapport entre la violence dans les médias et le 
comportement humain (c'est-à dire "de déter- 
miner s'il existe un rapport entre les deux . . ."). 
Ailleurs, vous faites allusion aux nombreuses 
tentatives qui ont été faites dans maints cercles 
professionnels pour étudier scientifiquement la 



question. Il nous semble que l'on ne pourra jamais 
établir ce Uen d'une manière aussi quantifiable que 
votre prospectus semble l'exiger. Et il s'agit là 
malheureusement de l'un des mythes les plus 
courants de notre société positiviste qui exige 
toujours des "preuves" au lieu de se contenter 
d'opinions dans les questions d'intérêt social. Il ne 
fait aucun doute qu'il vous incombe de rechercher 
et d'examiner toutes les preuves disponibles 
d'ordre social et scientifique qui peuvent 
permettre de déterminer ce rapport. Il est possible 
que ces preuves révèlent des corrélations 
présentant une certaine importance statistique 
mais, à la limite, la prise de conscience du 
problème (celui de la violence dans les médias) et 
sa solution constituent chacune des questions 
d'opinion. 

Ceci dit, notre Comité n'a pas du tout honte 
d'offrir son opinion sans sondages, preuves ou 
justifications à l'appui. Nous tenons simplement à 
préciser qu'il s'agit là d'opinions et qu'il faut les 
prendre au sérieux car ce ne sont pas des opinions 
"à la légère". 

Nous pensons que le gouvernement provincial 
devrait prendre trois mesures pour réglementer les 
médias, et leurs effets sur les enfants. En premier 
lieu, nous pensons qu'il serait bon d'établir une 
agence gouvernementale chargée de surveiller la 
violence dans les médias en se basant sur des 
définitions et des normes approuvées par les 
médias et des représentants du public. Les normes 
ne doivent pas demeurer semblables d'armée en 
année et les renseignements doivent pouvoir 
circuler régulièrement dans les écoles, les conseils 
scolaires et les groupements comme le nôtre. Cela 
nous permettra de dire s'il y a effectivement 
"étalage de violence dans l'industrie des commu- 
nications". 

En second lieu, nous recommandons que 
l'industrie des communications songe à établir de 
son propre gré des indicateurs un peu plus 
uniformes en matière de violence dans les 
émissions destinées aux enfants. La société Radio- 
Canada, par exemple, prétend qu'elle applique le 
critère du "bon goût" mais nous ne sommes 
nullement convaincus que leurs critères tierment 
compte de la vulnérabilité des enfants. Manifeste- 
ment, elle semble davantage prête à condamner la 
sexualité et la vulgarité du langage devant les 



156 



adultes, tard le soir, que le sadisme et la violence 
trop souvent présentés aux enfants en début de 
soirée. 

En troisième lieu, nous pensons qu'il convient 
d'accorder une attention toute particulière à la 
télévision durant les heures réservées aux 
programmes pour la famille, même si votre 
Commission nourrit l'admirable ambition 
d'effectuer une étude globale de tous les organes 
des médias. Cela s'impose d'autant plus que 
depuis l'avènement de la couleur, la télévision 
affecte plus directement les téléspectateurs. A 
notre avis, dans l'état actuel des choses, nous 
n'avons pas besoin de censure par les pouvoirs 
publics puisque les chaînes de télévision doivent 
déjà s'adresser au crtc pour faire renouveler leur 
permis de diffusion et qu'il suffit que celui-ci 
exerce un contrôle plus serré sur la diffusion. A 
notre avis, il est inutile de télédiffuser des 
programmes sur le viol, le sadisme, la brutalité ou 
l'agonie en début de soirée ni de tendre vers le 
réalisme à tout prix dans la peinture de la violence 
en général. Ceux qui nient que la violence dans les 
médias a des effets néfastes, basent leurs 
arguments sur la capacité des gens à faire une 
distinction entre la violence imaginaire et la 
violence réelle. Or, nous nous préoccupons autant 
de l'attitude de nombreux producteurs de 
télévision que de la quantité ou de la fréquence de 
la violence en soi. 

Permettez-moi d'ajouter que notre société (la 
Fédération ontarienne des Associations foyer- 
école et parents-maîtres) s'inquiète de la question 
des émissions enfantines depuis de nombreuses 
années déjà. En 1963, elle a demandé qu'on 
effectue des recherches sur les émissions enfan- 
tines; en 1966, qu'on classe les émissions et en 
1973, qu'on réduise la part de la violence. En 1974, 
nous avons recommandé à nos fédérations provin- 
ciales d'effectuer une étude sur le documentaire 
intitulé A Question of Violence (Une question de 
violence). Vous connaissez sans doute ce 
documentaire sur la Commission du Sénat, aux 
Etats-Unis. Elle a fait couler beaucoup d'encre et 
nous estimons qu'elle s'applique aussi bien aux 
spectateurs canadiens qu'aux américains, 
puisqu'une grande partie de nos émissions sont 
importées des Etats-Unis et qu'une proportion 



importante de téléspectateurs semblent accorder 
la préférence aux chaînes américaines. 

La Fédération ontarienne des Associations 
foyer-école et parents-maîtres a effectué une étude 
pilote sur ce documentaire et des centaines de 
parents ont signé une pétition pour demander au 
Comité permanent de la Chambre des Communes 
sur la radio, les communications et les arts ainsi 
qu'au Conseil de la Radiodiffusion et de la 
Télédiffusion canadiennes de faire une enquête sur 
les causes de la violence excessive et gratuite dans 
les émissions diffusées par les chaînes canadiennes 
et de prendre les mesures qui s'imposent pour 
éliminer cette violence et lui substituer des 
émissions prosociales dans l'intérêt de nos enfants 
et de la qualité de la vie au Canada. 

Le même rapport a également été étudié par le 
National Congress of Parents and Teachers, aux 
Etats-Unis, qui a adopté une résolution très ferme 
exigeant l'action immédiate sur cette question. 

En 1975, notre Fédération a demandé la 
création d'un comité consultatif composé de 
parents, d'éducateurs et de psychologues de 
l'enfant agissant de concert avec les agences 
gouvernementales et l'industrie de la télévision 
pour examiner les programmes en général et, tout 
particulièrement, ceux que peuvent regarder les 
enfants. 

Durant l'assemblée executive de la Fédération 
au milieu du trimestre, les présidents provinciaux 
ont publié un communiqué de presse en faveur de 
la prise de position de M. James A. McGrath, 
M. P., devant la Commission et à la Chambre des 
Communes. Il serait utile de répéter ses déclara- 
tions. Vous remarquerez sans doute la similarité 
de nos opinions. Nous sommes d'accord en effet 
que c'est au crtc de réglementer la diffusion des 
programmes au Canada, et d'imposer des normes 
et des règlements pour assurer le contrôle de la 
violence dans les émissions télévisées. 

Comme d'autres personnes citées par M. 
McGrath l'ont très bien dit, c'est le fait que la 
société semble se complaire à présenter la violence 
comme un mode de vie qui doit nous préoccuper. 
Le réalisme outré, la reproduction explicite, avec 
force détails, des actes de violence ne rehaussent 
en aucuns cas la qualité de la vie. Je n'ai 
nullement l'intention de suggérer que la situation 
s'améliorera si nous ignorons cette réalité. Mais à 



157 



notre époque, caractérisée par l'impact visuel, si 
l'on continue d'étaler la cruauté et les abus de tous 
genres, cela finira certainement par nous blaser et 
par affaiblir considérablement l'aversion qu'ils 
nous inspirent. 

Nous espérons que les audiences et les délibéra- 
tions de la présente Commission lui permettront 
de conclure qu'il est nécessaire de réagir, de 
recommander au gouvernement de l'Ontario de 
prendre les mesures en son pouvoir pour remédier 
à la situation et d'intervenir auprès du gouver- 
nement du Canada pour que des dispositions 
soient prises à ce niveau dans le cadre de la Loi 
sur la diffusion. 

Nous vous remercions une fois de plus au nom 
de tous nos membres de nous avoir donné 
l'occasion d'exprimer notre préoccupation. 

Kristi Jarvis 



Yvon O. Dicaire 
Hawkesbury 

La recrudescence de la violence dans les films, la 
télévision, le théâtre, les livres, les journaux, les 
magazines, les bandes dessinées, les disques et les 
autres médias a-t-elle un effet néfaste sur le 
comportement des individus et des groupes? 

Dès le moment de la conception, l'enfant exerce 
une influence bouleversante sur son milieu. En 
effet, les parents et les autres membres de la 
famille doivent eflTectuer une transition psycholo- 
gique avant même qu'ait lieu la transformation 
physique. 

D'ailleurs, les parents ne sont pas les seuls à 
subir cette métamorphose. Le foetus subit 
également des milliers de changements, beaucoup 
trop nombreux pour être énumérés ici. De plus, je 
n'ai nullement l'intention de disserter sur le 
développement humain dans le présent mémoire 
mais plutôt sur la violence et ses influences 
néfastes. 

Il serait présomptueux de ma part de donner ma 
propre opinion, comme si j'étais une autorité en la 
matière. 

C'est pourquoi je citerai des auteurs spécialisés 
en psychologie et j'exprimerai finalement les 
commentaires que m'inspire mon rôle d'éducateur 
(comme parent et professeur). 

Pour bien étudier un sujet, il est essentiel de 
saisir les données centrales du problème. 

Qu'est-ce que la violence? L'hérédité est-elle le 
seul facteur déterminant dans la formation de la 
personnalité? 

Que peut-on dire du processus de maturation? 

Il est bien évident qu'il est essentiel de répondre 
à ces questions, si l'on veut véritablement saisir la 
portée de la violence dans les médias et son 
influence sur la violence de la société. 

Qu'est-ce que la violence? 

On peut dire que la violence est une contrainte 
exercée sur une personne. Or, cette contrainte 
peut être directe ou indirecte, consciente ou 
inconsciente. Lorsqu'un enfant porte la marque 
évidente de coups, on peut affirmer que ses 
parents, son maître, etc., ont exercé sur lui une 
contrainte directe. 

Par contre, il est beaucoup plus diflficile de 
détecter des signes évidents de contrainte 



158 



indirecte. Mais elle existe, même si on en doute 
quelquefois et il est beaucoup plus difficile 
d'évaluer tous ses effets et de comprendre tous ses 
mécanismes. Je me contenterai de citer une étude 
qui a été effectuée il y a quelques années sur 
l'influence qu'a sur les enfants la publicité relative 
aux jouets. On a constaté qu'il existait un rapport 
direct incontestable entre le jouet et la façon dont 
il était présenté. Celle-ci modifie la façon de 
penser de l'enfant, qui considère l'acquisition du 
jouet comme le comble du bonheur. L'enfant n'est 
pas capable de faire la distinction, mais par la 
suite, il comprend vite que le jouet ne peut pas le 
rendre éternellement heureux. 

La contrainte est d'autant plus grave que 
l'enfant ou l'adolescent est incapable de se 
défendre. Nous parlons alors de jugement et de 
maturité. Nous reviendrons sur cela quand nous 
parlerons du processus de maturation. 

L'hérédité est-elle le seul facteur qui détermine 
la personnalité? On se pose cette question depuis 
le début du siècle. Les psychologues conviennent 
en effet que l'hérédité et le milieu constituent la 
totalité des influences qui façonnent la person- 
nalité de l'être humain, comme l'a montré Paul 
Osterrieth dans son ouvrage intitulé Psychologie de 
l'enfant. 

Disons simplement que l'hérédité explique un 
grand nombre de facteurs, mais qu'on ne sait pas 
encore quelle est son importance exacte parce que 
"le milieu exerce également une influence, surtout 
en ce qui concerne les caractéristiques psycholo- 
giques et morales". 

Ce point de vue correspond également à celui 
du docteur Thomas A. Harris, personnalité bien 
connue. En effet, dans l'ouvrage intitulé l'm O.K. 
You're O.K., on peut lire ce qui suit: 

Les éléments qui constituent le Parent*'* ont d'autres 
sources que les parents naturels. Un enfant de trois ans 
qui regarde la télévision chaque jour pendant de 
nombreuses heures enregistre ce qu'il voit. Les émissions 
qu'il regarde font partie de sa conception "acquise" de la 
vie. S'il regarde des programmes violents, je pense qu'il 
voit ses parents comme violents. C'est inévitable, c'est la 
vie! 

C'est certainement la conclusion à laquelle il aboutira si 
ses parents ne manifestent pas leur opposition en 
arrêtant l'émission. S'ils apprécient eux aussi les 
spectacles violents, l'enfant y trouvera une double 
sanction - le plaisir de la télévision et l'approbation des 



parents. Il en conclut que la violence est permise et il ne 
se gênera pas pour y avoir recours pourvu qu'il puisse 
trouver une bonne raison pour .se conduire comme le 
shérif. Un enfant peut facilement transposer dans sa vie 
trois soirées de violence à la télévision, qu'il s'agisse de 
vol de bétail, de cambriolage à main armée ou de la 
séduction d'une demoiselle.'^' 

On peut donc dire sans trop d'hésitation que la 
télévision influence les enfants indirectement et 
inconsciemment et souvent d'une manière dange- 
reuse du fait qu'elle est partie intégrante de leur 
milieu. 

D'autre part, il ne faut pas oublier que l'ado- 
lescent est à la recherche de sa propre identité. 
Cela peut sembler simpliste, mais il s'agit d'un 
processus d'évolution très important. En effet, 
"l'adolescent ne cherche plus à subjuguer les 
autres, comme le fait l'enfant, mais plutôt à 
s'expliquer aux autres, pour découvrir son 
identité".»^' 

C'est pourquoi, comme le montre bien l'auteur 
plus loin, 

La construction d'une image du moi correspond à la 
construction d'un cadre facilitant l'interprétation du 
monde physique et social. Ainsi, le développement de la 
conscience correspond à une perception de plus en plus 
forte et claire de la réalité.'"*' 

Par conséquent, l'enfant ou l'adolescent qui 
perçoit la violence comme une chose acceptable et 
acceptée (puisque les parents la regardent sans 
l'interrompre, que la télévision la diffuse, etc.) 
l'intègre à sa personnalité et peut donc y avoir 
recours en cas de besoin ou lorsqu'elle s'avère 
légitime, selon le cadre d'interprétation dont il 
dispose. 

À qui la faute? Que peut-on y faire? Il est très 
difficile de blâmer quelqu'un ou un groupe parti- 
culier. Nous pensons que la société elle-même est 
partiellement responsable. Nous répétons les 
paroles que le meurtre de Robert Kennedy a 
inspiré à Arthur Miller: 

La violence existe parce que chaque jour nous l'hono- 
rons. N'importe quel crétin vêtu d'un beau costume peut 
s'enrichir du jour au lendemain en fabriquant une 
émission de télévision brutale et filmée avec 
suffisamment de détails atroces. Qui réalise ces 
émissions? Qui les finance? Qui se sent honoré d'y tenir 
un rôle? S'agit-il de névrosés et de délinquants, traînant 
dans les rues mal famées? Pas du tout, ce sont les pihers 
de notre société, des hommes respectés, des parangons 
de succès et de respectabilité . . .'^' 



159 



Voilà pourquoi j'exige que la Commission 
royale d'enquête sur la violence dans l'industrie 
des communications interdise la diffusion d'émis- 
sions qui font l'apologie de la violence. 

Notes: 

(1) Par Parent, on entend une multitude d'enregistrements dans le 
cerveau d'événements extérieurs acceptés sans discussion ou 
imposés, qui sont perçus par le jeune enfant durant sa petite 
enfance, c'est-à-dire pendant les cinq premières années de sa 
vie. 

(2) Paul Osterrieth, Psychologie de l'enfant. Presses Universitaires 
de France, 1967 p. 19 et suivante pp. 252. 

(3) D. Origlia et H. Ouillon, L'adolescent, Les éditions sociales 
françaises, 1968, p. 62, 63. 

(4) Ibid.p.215. 

(5) Thomas A. Harris, l'm O.K. You're O.K. p. 298 



L'Association Ontarienne de psycliologie 

Texte préparé par les membres du groupe de 
travail sur la violence dans les moyens de 
communication de masse. 



Introduction 

The Ontario Psychological Association 
(Association ontarienne de psychologie) est une 
association bénévole qui a entre autres la charge 
de présenter au public la psychologie, et de 
défendre les positions de la profession en Ontario. 
La Charte de L'opa se donne comme but: "de 
faire avancer la cause de la psychologie en tant 
que science, en tant que profession et en tant que 
moyen d'améliorer le bien-être de l'humanité; 
promouvoir la recherche en psychologie et ses 
applications pratiques; encourager la coopération 
entre les membres de la profession et les personnes 
travaillant dans des domaines qui lui sont 
proches. . .". En conséquence, dès que la 
Commission Royale d'enquête sur la violence 
dans l'industrie a été constituée, l'association 
ontarienne de psychologie a mis des psychologues 
compétents à la disposition de la commission, et a 
formé un groupe de travail (voir appendice A) 
pour préparer et soumettre un mémoire à la 
Commission. 

La psychologie est la science du comportement. 
En tant que telle, elle inclut, dans les sujets dont 
elle traite, l'étude du comportement humain et les 
effets de l'environnement sur ce comportement. 
Cela signifie en clair que le sujet de l'enquête de la 
Commission est du ressort de la psychologie. Si 
des constatations intéressantes sont faites dans le 
domaine couvert par l'enquête de la Commission, 
elles constitueront une contribution à la psycho- 
logie en tant que science, ou elles seront un effet 
de ces découvertes. En effet, le travail de 
recherche sur ce sujet a été, pour la plus grande 
part, effectué par des psychologues, et les travaux 
futurs de recherche sont employés par les psycho- 
logues pour améliorer la qualité de vie de notre 
société. 



i 



160 



Définitions 

La définition de la violence pose un problème. Il est 
évident que le sens fort de ce terme, qui évoque les 
blessures ou les dommages physiques infligés à un 
individu ou à ses biens, est de la plus haute impor- 
tance pour cette enquête. Il est également 
manifeste que dans la plupart des cas, la violence 
n'apparaît pas dans toute son ampleur sans que 
des comportements précurseurs ou antérieurs 
d'intensité moindre ne l'aient précédée. Cela 
signifie que pour que l'enquête ait un sens, la 
violence doit être quantifiée d'une manière ou 
d'une autre. On découvrira, comme de 
nombreuses études psychologiques l'ont 
démontré, que chez un individu donné si la 
violence risque de se manifester, le degré ou 
l'intensité de son agressivité augmentera avec le 
temps dans son attitude, ses fantasmes ou son 
comportement. 

Un grand nombre de types d'observation ou de 
mesure de l'agressivité ont été utilisés dans les 
études sur ce phénomène. Ces différentes mesures 
représentent apparemment des aspects divers de 
l'agressivité, depuis qu'on a montré (Geen et Alii 
1968; Leibowitz 1968) que la plupart des mesures 
de l'agressivité qui ont été utilisées sont statisti- 
quement indépendantes, ou ne sont pas rehées de 
façon significative les unes aux autres. Cependant, 
on a également démontré (Berkowitz 1965a, 
1965b; Walters and Brown 1963; Williams et Ahi 
1967), que les diff'érents types de mesures de 
l'agressivité qui ont été utilisés dans la recherche 
sur ce phénomène sont affectés de façon très 
semblable par des conditions d'expérience 
diff'érentes. On pourrait interpréter ces observa- 
tions comme signifiant que différentes mesures de 
l'agressivité qui ont été utilisées pour démontrer 
les effets de l'exposition aux médias sur un 
comportement agressif ultérieur s'adressent 
chacune à des aspects diff'érents du concept 
général d'agressivité. 

L'agressivité ou la violence, en tant que 
variables indépendantes ou décrites ont été 
mesurées sur le contenu des médias. La méthode 
habituellement utilisée pour évaluer l'agressivité 
ou la violence contenues dans les messages 
diff'usés par les médias nécessite le classement, par 
des observateurs, de ces messages selon l'impor- 



tance de leur contenu agressif. On considère que 
cette méthode donne aux mesures une logique 
interne et une fiabilité satisfaisantes (Gerbner 
1972a, 1973; Greenberg and Gordon 1972), et 
permet à la fois de quantifier la violence contenue 
dans ces messages, et de diviser ces derniers en 
messages violents et messages non violents. L'utili- 
sation de ces mesures a permis d'accumuler un 
nombre considérable d'informations sur le 
contenu des médias aux Etats-Unis, et un nombre 
plus limité d'informations sur le contenu des 
médias en Ontario. 

Les difficultés 

Pour répondre aux nécessités de la présente 
enquête, trois questions générales au moins nous 
semblent devoir être étudiées. 

L la violence représentée dans les moyens de communi- 
cation augmente-t-elle de façon significative la 
probabilité d'attitudes ou de comportements 
destructifs ou agressifs chez les individus et, par 
suite, dans la société prise dans son ensemble? 

2. dans quelles conditions des effets agressifs sont-ils 
obtenus? 

3. comment réduire l'infiuence pernicieuse, qu'elle soit 
potentielle ou réelle des médias sur la société? 

On ne peut obtenir de réponses valables à ces 
questions qu'au moyen de données obtenues par 
la recherche expérimentale. Cependant, l'appli- 
cation des méthodes scientifiques aux données de 
la psychologie du comportement est un travail très 
spécialisé, et seule une analyse très superficielle du 
problème convient aux limites nécessaires de cette 
enquête. Répondre seulement à la première de ces 
questions représenterait un travail considérable; 
ainsi par exemple, selon Liebert (Liebert et Alii 
1973) pour être vraiment complète, une étude des 
eff~ets réels de la violence télévisée sur la société 
devrait inclure une comparaison de la violence 
dans deux nations occidentales identiques en tous 
points, sauf en ce que l'une n'aurait jamais été 
exposée à la violence par ces médias, et l'autre 
aurait été exposée au même type de violence que 
le sont les consommateurs nord-américains. Il est 



161 



difficile de trouver, à partir des résultats obtenus 
dans le milieu des laboratoires, une base que l'on 
pourrait étendre de façon significative aux situa- 
tions de la vie réelle. On doit souvent employer en 
dehors des laboratoires des méthodes corrélatives 
qui rendent difficiles le contrôle des effets 
éventuels d'autres variables. Heureusement, dans 
le domaine de la présente enquête, un grand 
nombre de recherches ont été menées qui ont 
employé différents moyens de mesures, différentes 
méthodes de recherche et des conditions variées, 
et qui ont été répétées de différentes manières avec 
des sujets différents. A quelque exception près, 
toutes ces études différentes semblent parvenir aux 
mêmes conclusions générales, qu'on peut donc 
considérer comme valables. L'uniformité de leurs 
découvertes permet d'appliquer leurs conclusions 
à la vie de tous les jours avec un risque d'erreurs 
relativement faible. 

La société et les médias 

Les comportements violents n'ont pas cessé de se 
développer à travers le monde depuis quelques 
années. Cette augmentation est particuhèrement 
sensible dans le monde occidental au cours des 
vingt années pendant lesquelles la télévision et les 
moyens de communications de masse se sont 
développés au point d'atteindre presque tout le 
monde. Aux Etats-Unis, le taux de criminalité a 
doublé en vingt ans et est aujourd'hui tel que plus 
d'une personne sur deux cents a une chance d'être 
assassinée (Lunde 1975). Les statistiques pour le 
Canada montrent que, dans ce pays, le nombre de 
meurtres par 100,000 habitants est passé de 1.6 en 
1969 à 2.4 en 1974. Encore ces chiffres ne 
rendent-ils compte du développement d'un seul 
type de violence que l'augmentation des dépenses 
de l'Etat consacrées à la police, aux tribunaux et à 
l'application des peines n'a pas su enrayer. Ces 
variations ne reflètent des augmentations que dans 
un seul type de violence, qui se sont produites bien 
que la société ait augmenté financièrement les 
coûts des poursuites judiciaires, des tribunaux et 
des peines. Pourtant, on en sait long sur les causes 
et les conditions dans lesquelles l'agressivité et la 
violence se manifestent. L'ancienne croyance 
selon laquelle la violence fait partie de la nature 
humaine ne peut plus décemment être utilisée 



pour expliquer la violence (Eisenberg 1972). On 
sait maintenant avec certitude, malgré les 
nombreux arguments qui ont été avancés par les 
représentants des mass média (voir appendice B), 
qu'en plus des autres causes admises, une des 
causes majeures de la violence est attribuable à la 
description de la violence dans les médias (Baker 
et Bail 1969; Bandura 1965b; Bandura et Walters 
1963; Berkowitz 1962; 1968; Goranson 1970; 
Klapper 1963; Leifer et Al 1974; Liebert et Al 
1973; Maccoby 1964; Murray 1973). 

L'expérience de la violence par les individus qui 
composent la société est plutôt limitée. L'essentiel 
de leur vie quotidienne se passe en activités 
sociales, en groupe, en distractions famihales, en 
travail et enjeux. Bien qu'il semble évident que les 
médias ne soient pas le reflet exact de la vie quoti- 
dienne, certaines études sur le contenu de la 
télévision sont révélatrices. Environ 20% 
seulement des personnes qu'elle présente sont des 
femmes (Gerbner 1972a; Sternglanz et Serbin 
1974); les personnages des minorités sont en 
général très affectés et stéréotypés (Menelson et 
Young 1972; Ormiston et Williams 1973); et les 
assassinats à la télévision arrivent le plus souvent 
entre des étrangers ou dans leur voisinage 
(Gerbner 1972a). Toutes ces caractéristiques du 
monde de la télévision contrastent violemment 
avec ce qui se passe réellement. Même s'ils ne 
vivent que rarement ce type d'expérience dans la 
réalité, de nombreux ontariens font chaque jour 
l'expérience de la violence que leur présentent les 
médias. 

Une grande partie des informations dont 
dispose la majorité des habitants de l'Ontario 
provient des Etats-Unis. Le contenu des informa- 
tions provenant des Etats-Unis a été étudié dans le 
détail (Clark et Blankenburg 1972; Gerbner 
1972a, 1972b; Greenberg 1969; Greenberg et 
Gordon 1972) et s'est révélé présenter surtout des 
messages violents. Le pourcentage de la violence à 
la télévision américaine a augmenté régulièrement 
pour passer de 17% à la moitié des années 50 à 
environ 75% à 80% en 1969, époque à laquelle il 
s'est stabilité (Liebert 1974). Bien que beaucoup 
des émissions faites au Canada contiennent moins 
de violence que celles faites aux É.-U., la violence 
qu'elles décrivent est sans commune mesure avec 
ce que nous vivons chaque jour. C'est surtout vrai 



i 



162 



si l'on fait rentrer dans cette analyse les émissions 
d'information, les sports et les films. 

Il est clair qu'aux yeux de la plupart des gens 
ayant un rôle dans les médias, un des buts ou une 
des fonctions principales des médias est de 
distraire. Il n'y a pas de raison de douter que la 
recherche des distractions ne soit pour une grande 
part dans la vie des Canadiens. Le personnel des 
médias paraît aussi assumer que la violence est 
distrayante, plus peut-être que n'importe quel 
autre type de contenu. Cette affirmation ressort 
clairement de l'importance de la place de la 
violence dans les médias; on pourrait conclure, en 
s'en tenant à l'intérêt élevé que le consommateur 
manifeste pour la violence et à la consommation 
qu'il en fait, que leur supposition est justifiée. Il 
n'y a cependant pas de raison pour que la violence 
soit fondamentalement plus distrayante ou digne 
d'avoir les honneurs de l'information que les 
événements à caractère social. Il se peut que 
l'apparente demande en distractions violentes 
faite par le consommateur soit le résultat d'une 
éducation. Il est possible que son exposition 
répétée au contenu violent des médias et 
l'habitude que le consommateur en a soit respon- 
sable de cet accroissement visible. 

En plus de leur fonction distractive, les médias 
sont nos principaux éducateurs. Les parents et les 
enseignants ont souvent trop peu de temps à 
consacrer à l'éducation de leurs enfants; et leurs 
semblables leur présentent souvent une infor- 
mation erronée. Pour les très jeunes, la télévision 
devient la principale "ouverture sur le monde" et 
une source essentielle d'enseignement à un 
moment de leur vie où les enfants sont particu- 
Uèment aptes à apprendre et où ils sont incapables 
de critiquer les informations inexactes. Quand ils 
grandissent, la radio, les livres et les magazines 
s'ajoutent à ce qui fait l'éducation des enfants à un 
moment où leurs facultés critiques sont encore 
relativement limitées. Les journaux sont essentiel- 
lement des moyens d'éducation pour adultes. Ils 
présentent leurs informations comme des 
évidences, ce qui inhibent les facultés critiques du 
lecteur. Les médias participent à cette présen- 
tation aux consommateurs d'une image déformée 
du monde. Il semble souvent que les consomma- 
teurs sont éduqués pour percevoir leur environ- 
nement réel comme étant peuplé en majorité par 



des gens agressifs et violents se comportant de 
façon stéréotypée. Ces derniers sont fréquemment 
présentés comme des héros et leur conduite 
violente leur vaut d'être généreusement et 
chaudement félicités. En fait, en communiquant 
cette image là du monde, les médias pourraient 
bien suggérer que la violence est commune, accep- 
table et peut-être même louable et qu'elle peut être 
un moyen d'arriver à ses fins. 

La violence et les médias 

Les effets de la violence décrite dans les médias sur 
l'évocation du comportement violent sont discutés en 
détail dans l'appendice C. Il a été clairement dé 
montré que la violence présentée dans les médias 
augmente le comportement agressif, et proba- 
blement violent plus tard, des consommateurs. 
Cela ne signifie pas que tous les individus sont 
aff'ectés par tous les contenus violents; mais cela 
veut dire que beaucoup d'individus, et non pas 
uniquement ceux qui sont, d'une certaine façon, 
originaux, sont affectés de façon significative par 
diff'érents types de contenus violents. Cet effet se 
manifeste presque toujours chez les individus 
agressifs ou chez les personnes en colère ou provo- 
quées (Berkowitz 1965a; Berkowitz et Geen 1967; 
Geen et Stonner 1974; Hartmann 1969; Hoyt, 
1970; Liebert et Baron, 1972; Stein et Friedrich, 
1972; Wolf et Baron, 1971), et habituellement chez 
les personnes calmes (Bandura et Alii, 1963b; 
Walters et AHi, 1963). Cet effet augmente si le 
comportement agressif dépeint apparaît louable 
(Bandura et Alii, 1961, 1963a, 1963c), si la 
conduite agressive semble être justifiée (Berkowitz, 
1965b; Hoyt, 1967, 1970) et si les répliques 
associées au message des médias se retrouvent dans 
la situation ultérieure (Bandura, 1969; Berkowitz, 
1964; Berkowitz et Geen, 1966, 1967; Geen et 
Berkowitz, 1966). L'eff'et est également accru si les 
mots associés à ce que l'on voit facilitent le 
transfert du contenu dépeint au comportement 
imitateur postérieur (Bandura et Ahi, 1967; 
Coates et Hartup, 1969) et si l'acteur semble avoir 
un statut social proche de celui du consommateur 
(Britt, 1961; Hammer, 1971: Harvey et Ruther- 
ford, 1960; Lefkowitz et Alii, 1955; Schuh, 1971). 
Et qui plus est, ce qui est appris peut être retenu 
pendant longtemps (Eron et Alii, 1972; Hicks, 



163 



1965; Lefkowitz et Alii, 1972). Il existe de 
nombreuses critiques de ce qui a été écrit sur les 
effets de la violence dans les médias (Baker et Bail, 
1969; Bandura, 1965b; Bandura et Walters, 1963; 
Berkowitz, 1962, 1968); Goranson, 1970; Klapper, 
1963; Leifer et Mil, 1974; Liebert, 1974; Liebert et 
Alii, 1973; Maccoby, 1964; Murray, 1973). 

La recherche sur les effets de la violence des 
médias dans l'évocation des comportements 
violents a revêtu différentes formes qu'il n'appar- 
tient pas à ce mémoire de détailler (voir appendice 
C). Cependant, plus de 50 études ont été entre- 
prises pour examiner ce problème sous ses aspects 
les plus concevables. Les études en laboratoires, 
utilisant des groupes de sujets exposés à des 
contenus différents, ont servi à analyser les effets à 
court terme sur le comportement du consom- 
mateur de son exposition aux médias. Les études 
sur le terrain ont permis de comparer les compor- 
tements agressifs suivant la quantité de violence à 
laquelle ont été exposés les sujets. Il existe 
quelques études à long terme des effets de la 
violence dans les médias sur l'agressivité dans la 
vie quotidienne. Chaque type d'étude est 
évidemment critiquable et comporte ses propres 
limites. Aucune de ces études n'est une fin en soi. 
Cependant, il ressort clairement de toutes les 
études entreprises et de la régularité avec laquelle 
certains effets se manifestent dans les expériences 
que l'exposition à différents types de violence dans 
les médias augmente les chances de voir se 
développer le comportement agressif et les 
attitudes anti-sociales. 

Les mécanismes par lesquels la violence se traduit 
en un comportement agressif sont suffisamment 
connus. Mais là encore, une revue détaillée de ces 
mécanismes et de la façon dont ils fonctionnent 
sort du champ de cet exposé. Nous essaierons d'en 
discuter quelques-uns dans l'appendice D. En 
général, la violence communiquée par les médias 
s'acquiert par imitation ou identification. Il 
semble que l'être humain imite beaucoup la 
conduite des autres, en particulier si ceux qu'il 
imite lui apparaissent socialement reconnus et 
félicités pour leur comportement. Les comporte- 
ments appris dans les médias peuvent l'être de 
façon directe, par exemple quand l'individu est 
rémunéré pour sa conduite ou les comportements 



les plus extrêmes de son groupe. Il est certain que 
de nombreuses manifestations violentes ont été 
montées uniquement dans l'espoir que les médias 
en parleraient. La frustration et la peur sont 
reconnues comme des sources importantes du 
comportement agressif et toutes deux sont indis- 
cutablement engrendrées par l'exposition aux 
médias. La frustration qu'engendre le spectacle 
d'une vie socio-économique meilleure que celle du 
spectacteur, ou la peur de l'agressivité des autres 
se traduisant par une attitude défensive et peut- 
être même agressive chez les consommateurs, en 
sont des exemples évidents. L'irrespect de la loi 
que traduisent la brutalité ou la conduite de la 
police dans les émissions de télévision contribue à 
développer les attitudes agressives et antisociales 
du consommateur. 

Les moyens de communication et le comportement 
pro-social 

En plus de la preuve évidente des effets agressifs et 
anti-sociaux résultant de la violence dans les 
médias, des textes de plus en plus nombreux 
démontrent l'effet considérable que les médias 
peuvent avoir dans la suggestion de comportement 
pro-social sur les consommateurs. On a montré 
que selon leur contenu, les médias pouvaient 
susciter l'obstination et la coopération (Stein et 
Friedrich, 1972), l'altruisme (Midlarsky et Alii, 
1973; Morris et Alii, 1973; Yarrow et Alii, 1973), 
la générosité (Bryan, 1970; Bryan et London, 
1970; Bryan et Walbeck, 1970; Krebs, 1970), le 
bon sens moral (Keasey, 1973; Prentice, 1972; 
Turiel et Rothman, 1972), la résistance à la 
tentation (Rosenkoetter, 1973; Walters et Alii, 
1963; Wolf, 1973; Wolf et Cheyne, 1972), et la 
volonté d'aider les autres (Rosenhan et White, 
1967). L'exposition à des contenus appropriés peut 
supprimer la peur (Bandura et Menlove, 1967; 
Bandura et AJii, 1967; CHne et Alii, 1973; Stein, 
1972) et l'investigation des possibilités pro-sociales 
ne fait que commencer. Du reste, même quand les 
médias présentent des contenus destructifs, il est 
prouvé que leurs effets sur le comportement du 
consommateur peuvent être minimisés si ces 
contenus sont présentés de façon à montrer les 
conséquences de la violence, si l'agresseur n'en 
retire pas de récompense ou d'amélioration de son 



164 



statut, et s'ils ne présentent pas la violence 
dépeinte comme génératrice de résultats heureux. 
Ajoutons à cela que les réactions des parents 
modifient aussi leurs effets (Bail et Bogatz, 1970; 
Grusec 1973; Hicks, 1968). 

Recommandations 

1. Des règlements devraient établir clairement la 
quantité de violence et de contenus anti-sociaux 
que pourrait comporter chaque émission, y 
compris les informations. La part du contenu 
violent anti-social de chaque émission devrait être 
réduite, et ramenée à la quantité de violence ou 
d'expérience anti-sociale que rencontre l'homme 
de la rue au cours d'une période de temps équiva- 
lente à celle représentée dans l'histoire racontée. 
Cela aurait pour résultat de diminuer les effets 
actuels de la violence dans les médias, ce qui 
n'empêcherait cependant pas l'accroissement 
graduel de la violence dans la société, la quantité 
de violence présentée dépassant toujours le 
montant de la violence que rencontre l'homme de 
la rue dans la vie de tous les jours. 

a) Il serait important de contrôler l'application 
de tous les règlements tendant à réduire la 
violence dans les médias. Bien que les effets 
des médias sur le comportement humain 
soient connus depuis des années, que des 
informations sur le sujet soient disponibles 
depuis le début des années 60, que cette infor- 
mation soit issue depuis 1972 de source 
autorisée, que les dirigeants des médias aient 
promis de contrôler et de réduire la quantité 
de violence à la télévision, la violence à la 
télévision n'a pas diminué de façon sensible et 
se maintient au contraire depuis 1969 à un 
taux de 75% du contenu des émissions 
(Liebert 1974). Cela signifie que l'industrie des 
communications, en dépit des déclarations 
d'intention des représentants des médias, n'a 
pas montré beaucoup de sérieux dans 
l'exercice de son auto-censure et de son 
contrôle interne. S'il est démontré que l'auto- 
réglementation de l'industrie des communica- 
tions est inefficace, d'autres mesures de 
contrôle devraient alors être envisagées. Bien 
que la réglementation de l'industrie dans son 



ensemble ne soit pas du domaine provincial, 
ceux qui contribuent individuellement aux 
contenus de l'industrie pourraient être consi- 
dérés de la même manière que le sont d'autres 
groupes jouant un rôle important sur les 
comportements et le mode de vie humains tels 
les psychologues et les médecins qui agissent 
dans le cadre de règles fixées au chapitre de la 
protection du public. 

b) Si un contrôle ou des règles de procédure 
étaient institués, il faudrait s'assurer que tous 
ceux qui procèdent à ces réglementations ne 
sont sous l'influence d'aucun intérêt en place. 
Les groupes réglementant les contenus des 
médias doivent être composés uniquement de 
consommateurs. Les annonceurs doivent être 
exclus de toute participation dans les corps 
réglementaires ceci afin d'éviter un contrôle 
économique du contenu des médias. Comme 
d'habitude, la censure politique doit être 
évitée en s'assurant que toutes les nomina- 
tions aux corps réglementaires sont apoliti- 
ques. On ne doit pas craindre les limitations 
imposées à une presse libre si toutes les limita- 
tions et les règlements sont placés sous le seul 
contrôle des consommateurs. 

c) Il serait même approprié d'envisager de régle- 
menter la programmation du contenu des 
médias avant de proposer aux annonceurs de 
les financer. On a constaté très souvent qu'une 
grande partie du processus de sélection des 
contenus des médias est sous le contrôle des 
annonceurs. Le contrôle économique du 
contenu des médias s'est révélé très puissant, 
la possibilité de financer des contenus particu- 
liers déterminant dans une large mesure si ces 
contenus seront ou non présentés aux 
consommateurs. Cela aboutirait à dénaturer 
tout effort réglementaire du contenu des 
médias. Pour l'éviter, il faudrait que les 
annonceurs et ceux qui financent les émissions 
ne puissent sélectionner le contenu qu'ils 
veulent financer ou supporter qu'après que ce 
contenu ait été sélectionné et programmé à la 
présentation. 

2. La violence présentée dans les médias devrait 
contenir autant que possible de caractéristiques 
connues pour limiter les effets d'imitation sur le 



165 



comportement du consommateur. Quand on 
présente de la violence, elle devrait contenir toutes 
les caractéristiques de la violence dans la vie 
réelle, y compris ses conséquences pour la victime, 
les traits caractéristiques des exécutants et des 
victimes, la bassesse de ceux qui l'emploient et le 
peu d'intérêt qu'ils en retirent. Bien plus, les 
récompenses devraient être réservées, dans les 
histoires des médias, à ceux qui font face avec 
succès à toute violence présentée et à ceux qui 
poursuivent des objectifs constructifs par des 
moyens socialement acceptables. 

3. Des informations devraient être continuellement 
distribuées aux personnes ayant une fonction dans 
la production ou le contrôle des médias. Ces infor- 
mations doivent être à jour, claires et catégoriques 
sur les effets des présentations des médias sur le 
comportement humain. De telles informations 
devraient être à la disposition du public et leur 
lecture obligatoire pour les personnes ayant un 
rôle créatif dans les médias et les membres de tous 
les corps réglementaires impliqués dans le contrôle 
des médias. Ces personnes doivent être formées à 
reconnaître les longs métrages qui risquent peu de 
se traduire par des comportements anti-sociaux 
appris. 

4. Une recherche évaluative portant sur un large 
échantillonnage du contenu de médias, devrait 
être entreprise. Elle devrait l'être par des agents 
indépendants (non gouvernementaux), mais 
financée par les fonds publics. La détermination, 
antérieure à la présentation au public, de tous les 
effets potentiellement nocifs du contenu proposé 
par les médias, devrait faire partie de ces recher- 
ches. L'évaluation ou la pré-analyse des échan- 
tillons de contenus des médias devrait être 
analogue à celle faite sur les produits chimiques 
potentiellement dangereux avant qu'on autorise la 
mise en circulation. Des méthodes de pré-analyse 
des contenus des médias existent. Ainsi qu'il est 
dit dans le rapport, ces méthodes comportent 
l'évaluation du contenu de ce que présentent les 
médias selon leur violence relative et l'analyse 
expérimentale des divers contenus de média pour 
déterminer leurs effets sur le comportement. La 
première de ces tâches est relativement simple et 
peu onéreuse; la seconde est plus complexe et 



coûteuse, mais permettrait, en doublant la 
première, de contribuer directement à en 
connaître plus sur les effets des médias. 

5. Des récompenses en espèces ou d'autres formes 
explicites de reconnaissance devraient être offertes 
aux productions de bonne qualité qui n'ont pas 
recours à la violence pour être intéressantes. 

6. Les médias de divertissement doivent être conti- 
nuellement encouragés à rechercher et à présenter 
des contenus socialement positifs. Les médias 
éducatifs reçoivent déjà ce type d'encouragement. 
Les émissions insistant sur les valeurs sociales 
positives devraient représenter l'essentiel de ce que 
les médias destinent aux groupes de consomma- 
teurs particuHèrement vulnérables comme les 
enfants ou les résidents des établissements 
correctionnels.. 

7. Le stress humain et sa contre partie psychologique 
de peur et d'anxiété contribuent à la violence et à 
l'agressivité. Il est prouvé que les contenus des 
médias construits en conséquence peuvent réduire 
l'anxiété et le stress. La recherche tendant à 
évaluer les chances qu'ont les contenus des médias 
de réduire le stress et l'anxiété et partant leurs 
possibilités de contribuer à réduire le compor- 
tement violent et agressif qui en émane, dans la 
société, devrait être stimulée. La plupart des 
recommandations antérieures se sont intéressées 
aux efforts à faire pour contrôler les médias. Cette 
recommandation-ci représente une des contribu- 
tions que la Commission pourrait faire à une utili- 
sation future positive des médias en engageant le 
gouvernement provincial dans la recherche dans 
cette branche. C'est pourquoi notre association 
aimerait attirer particulièrement l'attention sur 
cette recommandation. 

8. Une information publique sur les effets des médias 
sur le comportement de l'homme, son expérience 
et ses attitudes, devrait être mise à la disposition 
du consommateur par des publications financées 
par l'Etat. Cette information doit comprendre des 
recommandations sur les habitudes d'utilisation 
du consommateur, et lui expliquer comment se 
protéger des effets indésirables des médias sur son 
comportement. 



166 



Appendice A 

L'association ont arienne de psychologie et son 
groupe de travail 

L'Association ontarienne de psychologie est 
l'Association volontaire provinciale des psycholo- 
gues. Elle est surtout composée de psychologues, 
bien que certains de ses membres soient étudiants 
ou assistants en psychologie. C'est une personne 
morale dont le comité exécutif et les directeurs 
sont élus par les membres. L'Association 
ontarienne de psychologie parle au nom de la 
profession de psychologue qui rassemble, dans la 
province de l'Ontario, environ mille psychologues 
agréés. 

Les dirigeants actuels de l'exécutif de l'Asso- 
ciation ontarienne de psychologie sont: 
Le Dr. David Randall, président 
Le Dr. Tasso Christie, futur président 
Le Dr. Timothy Hogan, président sortant 
Les bureaux de l'Association ontarienne de 
psychologie sont situés au 245 Old Forest Hill 
Road, Toronto, Ontario, M6C 2H5, Téléphone: 
(416)781-8515. 

A la suite de l'institution de la Commission 
Royale sur la violence dans l'industrie des 
communications, le conseil d'administration de 
l'Association ontarienne de psychologie a mis en 
place un groupe de travail pour préparer et pour 
soumettre un rapport à la Commission Royale. Le 
conseil d'administration a nommé un de ses 
membres à la tête du groupe de travail et l'a 
chargé de créer une équipe de psychologues pour 
l'aider dans sa tâche. 

Douglas A. Quirk en fut nommé président. Il 
travaille actuellement comme directeur clinique de 
l'Assessment Unit de l'Ontario Correctional 
Institute à Brampton. Il a travaillé comme psycho- 
logue avec la Commission de l'éducation de 
Toronto, le East York Leaside Child Guidance 
Center, le Queen Street Mental Health Center et le 
Clarke Institute of Psychiatry. Plus récemment, il 
exerçait à plein temps dans le privé à Toronto. La 
raison de sa nomination au groupe de travail était 
qu'il ne connaissait, au moment de sa nomination, 
que peu de textes sur les effets des contenus des 
médias sur le comportement humain et qu'on 
pouvait donc s'attendre à ce qu'il aborde la tâche 



qui lui était assignée sans préjugés ou sans parti 
pris sur les ouvrages existants. 

Noël Derrick fut invité à se joindre au groupe 
de travail. C'est un psychologue employé au L.S. 
Penrose Center à Kingston. Le docteur Derrick est 
un chercheur circonspect, connu pour l'intérêt 
qu'il porte à ce qui relève des comportements anti- 
sociaux. Il s'intéresse depuis longtemps aux 
travaux de recherche entrepris dans le domaine de 
cette enquête. 

Michael Waye conduit actuellement, au dépar- 
tement de psychologie éducative de l'Université 
de Calgary, ses études de doctorat. Au moment de 
la mise sur pied du groupe de travail, il était 
employé à des travaux de psychologie dans le 
nord de l'Ontario. La plupart de ses travaux de 
recherche, y compris ses dissertations de licence, 
ont porté sur des sujets intéressant cette enquête. 
Il a réalisé un certain nombre d'analyses sur les 
contenus de la télévision en Ontario et sur les 
effets de certains types de contenus sur le compor- 
tement. D'autres psychologues, comme les 
docteurs Goranson et Doob engagés dans d'autres 
travaux intéressant l'enquête de la Commission 
Royale, ne purent prendre part à cet exposé. Le 
docteur Joan Grusec nous a apporté son aide, ses 
conseils et ses encouragements. 

L'exposé que nous soumettons à la Commission 
Royale a été examiné et approuvé par le comité 
sur les communications, puis par le conseil 
d'administration de l'Association ontarienne de 
psychologie. 

Le conseil d'administration de l'Association 
ontarienne de psychologie soumet respectueu- 
sement aujourd'hui, au nom des membres de 
l'Association, ce rapport à la Commission Royale 
d'enquête sur la violence dans l'industrie des 
communications. 



167 



Appendice B 

Examen de quelques unes des positions connues des 
médias sur les effets de la violence dans les moyens 
de communication sur les humains 

Bien qu'un certain nombre de représentants et de 
porte-parole des médias semblent connaître 
quelques-uns des risques que comportent les 
représentations de la violence dans les médias, la 
grande majorité de ceux que le public a pu 
entendre semble ignorer ce que le sujet a d'évi- 
dent, et même ridiculise l'idée que des effets 
indésirables puissent découler de la violence dans 
les médias. Certains porte-parole ont même été 
jusqu'à affirmer que si la violence présentée dans 
les médias avait des effets néfastes, ces effets 
n'affectaient que des gens qui seraient de toute 
façon violents, ou encore uniquement des 
personnes déséquilibrées ou présentant des 
troubles psychologiques profonds. Certains 
membres des médias ont insinué que les 
scientifiques qui épousaient l'idée que la violence 
dans les médias était une des causes de la violence 
dans la société étaient à la fois une minorité et 
probablement des disciples de la mode. Mais les 
gens des médias sont aussi les premiers à croire 
que les moyens de communication ont une grande 
influence sur la population, et à accepter l'idée 
qu'ils servent de modèle dans la vie de bien des 
gens, qu'ils sont une source essentielle d'infor- 
mation et d'éducation, ce qui, on serait tenté de 
penser qu'ils le croient, affecte profondément la 
vie et les comportements de la population. 

Toutefois, quoique les gens des médias soient 
peut-être plus attirés par le côté esthétique des 
médias, le contenu de leurs histoires décrit 
fréquemment les effets considérables des médias 
sur la vie des gens, suggérant peut-être qu'une 
grande partie du personnel des médias ne croit pas 
vraiment que leur contenu ait peu d'effet direct sur 
les consommateurs. 

La meilleure façon d'illustrer le problème de la 
reconnaissance par les médias de ses effets sur le 
comportement humain serait peut-être de se 
référer aux exposés des médias sur leurs effets sur 
le comportement. Le T. V. guide du 14 au 20 juin 
1975 publia un exemplaire probablement influent 
de ce type de discours. Ce numéro présentait le 
problème de la violence dans un article important 



sous le titre: La violence à la télévision! - affecté-t- 
elle vraiment notre société? Par sa structure, l'article 
donnait l'impression d'être équilibré et objectif. Il 
était divisé en deux sections, la première 
présentant les arguments pour et la seconde les 
arguments contre, le tout suivant une introduction 
générale mettant en vedette des représentants du 
Sénat et du Parlement et des présidents de 
réseaux. L'objectivité et l'équilibre apparents des 
discussions, en présentant à la fois le pour et le 
contre, donnaient à penser aux lecteurs non 
prévenus, que rien n'était prouvé et que certains 
arguments permettaient de douter. Il semblait en 
découler d'autre part une certaine équivalence 
entre les opinions polémiques et personnelles des 
gens des médias d'une part et les conclusions 
d'une multitude de recherches sérieuses entre- 
prises par des scientifiques n'ayant pas d'intérêt 
dévolu dans ces conclusions, d'autre part. 

Il nous semble que l'incapacité apparente des 
médias à se rendre à l'évidence doive retenir 
l'attention de la Commission Royale. Le 
spectateur serait certainement étonné de 
constater: (1) que ceux qui semblent être les plus 
concernés par l'importance de l'information et des 
faits dans la vie quotidienne, semblent peu enclins 
à changer leurs propres attitudes malgré l'exis- 
tence d'une information sans ambiguïté et (2) que 
ces mêmes personnes qui sont confrontées quoti- 
diennement avec les effets des médias sur la vie 
des humains, semblent résister à l'idée que la 
présentation d'un type particulier de contenu, la 
violence pour ne pas la nommer, peut aflfecter 
profondément le comportement humain. Nous 
faisons bien sûr référence ici à celles de ces 
personnes qui ont consacré leur vie à travailler 
dans les médias. Une explication évidente de ces 
paradoxes consisterait à dire que les attitudes des 
gens des médias sur ce sujet, ont été fortement 
influencées par les récompenses que leur a values 
leur travail, que ce soit sous forme d'avantages 
financiers ou de reconnaissance sociale. Mais, 
même si les attitudes de ces gens ont été façonnées 
de telle façon que la représentation de la violence 
fasse l'essentiel des contenus, cela rie suffirait pas 
nécessairement à expliquer la rigidité 
et la fréquence de l'attitude en question, puisque 
la présentation fréquente de contenus pro-sociaux 
aurait pu tout aussi bien leur valoir ces encourage- 



168 



ments. Il faudrait peut être en donner d'autres 
explications. Il se peut que ce qui a encouragé ces 
gens à continuer dans cette voie leur vient d'une 
certaine fidélité ou d'un attachement à ce que 
d'autres ont fait avant eux. Peut-être est-ce, qu'un 
certain nombre de gens des médias considére- 
raient comme une trahison envers leurs collègues 
d'adopter une attitude suggérant que les contenus 
violents des médias peuvent avoir des effets nocifs 
sur la société. Ou peut-être encore les gens des 
médias reconnaissent-ils qu'il est plus facile et plus 
simple pour eux-mêmes et pour leurs collègues de 
présenter de la violence dans les médias. Et 
pourtant, si les gens des médias sont connus pour 
quelque chose c'est bien pour la défense de leur 
intérêt personnel plutôt que pour leur fidélité les 
uns aux autres, et pour leur activité plutôt que 
pour leur paresse. En conséquence, l'explication 
des paradoxes évoquées ci-dessus devra certai- 
nement être cherchée ailleurs. Il semble plus que 
probable que les raisons qui sous-tendent la 
persistance des paradoxes que nous avons relevés 
plus haut dans les attitudes des médias soient de 
deux types. Tout d'abord, il est probable que le 
personnel des médias en est arrivé à considérer 
que le consommateur veut et a besoin de violence 
dans les médias et que les contenus violents en 
eux-mêmes conserveront aux médias l'intérêt du 
consommateur grâce auquel d'autres produits, y 
compris un contenu pro-social et des produits 
commerciaux, pourront être vendus, pour le bien 
et du public et de l'industrie. Le fondement de 
cette croyance a été évoqué et illustré de diverses 
manières, notamment par la peur de voir les 
consommateurs se détourner des contenus non 
violents des médias. En second lieu, il est probable 
que le personnel des médias n'a pas, jusqu'à 
présent, été informé de façon claire et sans 
ambiguïté, des répercussions violentes dans la 
société de la violence des médias. Il se peut que le 
personnel des médias ait tendance à évaluer une 
information en se basant en partie sur le prestige 
de la personne dont elle émane, et peut-être ce 
personnel a-t-il tendance à assigner aux informa- 
tions qu'il donne à ses propres collègues une 
valeur égale à celle que les scientifiques et les 
experts s'attribuent dans d'autres domaines. Si ces 
raisons sont effectivement celles pour lesquelles le 
personnel des médias n'a pas su modifier son 



attitude malgré l'accumulation des preuves sur la 
relation entre la violence dans les médias et la 
violence dans la société, alors, la Commission 
Royale doit s'y arrêter. Car après tout, c'est essen- 
tiellement par les médias que le public aura 
connaissance des découvertes et des conclusions 
de la Commission Royale. 

La violence dans les médias et le besoin qu 'en a le 
consommateur 

Dans son article négatif du numéro TV Guide 
auquel nous faisions allusion tout à l'heure, Edith 
Efron se fait le champion de la valeur des 
émissions de télévision d'aujourd'hui, à la fois en 
nullifiant la recherche aux moyens d'arguments 
sentimentaux abondamment soutenus par l'utili- 
sation du argumentum ad hominum, et en se 
référant aux records de vente des émissions de 
télévision présentant de la violence qu'elle carac- 
térise comme "le héros de toujours". Efron 
affirme: "C'est précisément parce que les héros 
sont des aimants émotionnels infaillibles que les 
réseaux programment autant de feuilletons 
héroïques". Cet argument peut se diviser en deux 
parties. La première partie de l'argument semble 
faire référence à la vieille idée psycho-analytique 
de catharsis. En eflfet, une étude (Feshbach et 
Singer, 1971) à laquelle on a souvent fait 
référence, sert de base à l'argument selon lequel le 
spectacle de la violence à la télévision joue le rôle 
d'un déversoir ou catharsis dans lequel le 
spectateur se décharge de ses sentiments agressifs 
ou violents refoulés. Le spectacle de la violence à 
la télévision aurait donc pour conséquence 
présumée que le spectateur serait moins violent 
après avoir regardé la violence. L'étude Feshbach 
et Singer (1971) semble en effet aboutir à de tels 
résultats. Les enfants auxquels on demande de se 
limiter aux émissions télévisées violentes se 
montrent par la suite moins agressifs que les 
enfants auxquels on a demandé de se limiter aux 
émissions de télévision non violentes. Une analyse 
plus poussée de ces découvertes révèle que la 
nature des émissions n'était pas en fait très bien 
contrôlée. Les enfants limités à un menu télévisé 
non violent se plaignirent de la suppression de 
leurs émissions violentes favorites, et furent 
autorisés à en regarder un certain nombre. L'étude 
de Feshbach et Singer présente plusieurs 



169 



difficultés révélatrices, en particulier, depuis que 
cette étude est utilisée comme référence pour 
justifier la présentation de violence dans les 
médias. Il nous semble donc opportun de faire une 
brève digression pour examiner cette étude. Dans 
l'étude de Feshbach et Singer (1971), la réduction 
significative de l'agressivité observée à la suite des 
films violents, s'appliquait entièrement à des 
jeunes garçons vivant dans trois des institutions 
qui participaient à l'étude. Ces trois institutions 
étaient trois des quatre foyers pour garçons 
n'ayant pas fait chez eux l'objet d'une attention 
adéquate. Nous ouvrons ici une parenthèse pour 
dire que cela suggère qu'à l'opposé des 
affirmations de certains porte-parole des médias, 
la violence à la télévision pourrait avoir des effets 
moins perturbants sur les enfants les plus désavan- 
tagés que sur les enfants les plus avantagés. Il est 
intéressant de noter pour appuyer cette suggestion 
que dans l'étude de Feshbach et Singer les garçons 
des trois écoles privées étudiées montraient les 
signes habituels d'augmentation de l'agressivité qui 
suivent l'exposition à des films violents. Ajoutons 
aussi que, pour répondre à l'étude de Feshbach et 
Singer, Wells (1972) et Parke et Alii (1972) ont 
montré que la réduction de l'agressivité à la suite 
des films violents n'était pas prouvée et qu'au 
contraire, l'augmentation habituelle d'agressivité 
qui suivait les films violents aurait été observée. 
Mais la réduction de l'agressivité à la suite des 
films violents n'était pas la seule découverte de 
l'étude de Feshbach et Singer. L'étude de 
Feshbach et Singer a également montré une 
augmentation de l'agressivité à la suite d'une cure 
de films non violents. En marge de l'explication 
opposée de ces découvertes dans les exemples ci- 
dessus, on a pu observer (Chaffee et McLeod, 
1971) à partir des données mêmes de Feshbach et 
Singer, que les garçons faisant partie du groupe de 
télévision non violente, aimaient leurs émissions 
infiniment moins que les garçons assignés au 
groupe de télévision violente. Il se peut que les 
garçons du groupe de télévision non violente se 
soient montrés plus agressifs parce qu'ils se 
sentaient limités aux émissions non violentes. En 
effet, le mécontentement, la m. . >saderie, la 
désobéissance, la grossièreté ou l'esprit de contra- 
diction étaient des variables de la mesure de 
l'agressivité, faisant fonction de variables dépen- 



dantes. Ajoutez à cela que les garçons soumis au 
régime de télévision non violente dans les institu- 
tions dans lesquelles la catharsis devait, dit-on, 
apparaître par la suite, se plaignirent (les plaintes 
étaient considérées comme des signes d'agressi- 
vité) tant de ne pas être autorisés à regarder 
Batman que les enquêteurs les autorisèrent à 
inclure Batman dans leur régime de télévision 
supposée non violente. Cette différence apparem- 
ment mineure entre le traitement appliqué aux 
deux groupes expérimentaux représente un sérieux 
écart par rapport aux exigences d'une méthode 
scientifique. Le personnel ayant cédé à une très 
vive protestation de la part des garçons soumis au 
régime de télévision non violente a peut-être 
encouragé des attitudes, telles que le mécontente- 
ment, les complaintes, le refus d'accomplir 
certaines tâches ou la tendance à la maussaderie, 
qui furent alors notées comme conduite agressive. 
Au vue des répliques contradictoires et des 
difficultés rencontrées dans l'étude de Feshbach et 
Singer que nous venons de décrire, il nous semble 
devoir conclure que les découvertes de Feshbach 
et Singer représentent une erreur parmi les thèses 
de recherche dans ce domaine, et que ce qui a été 
écrit d'autre justifie la conclusion que la violence 
dans les médias fait naître l'agressivité et peut-être 
la violence dans le comportement du consomma- 
teur. La seconde partie de l'argument selon lequel 
le consommateur aurait besoin de violence, 
découle de la demande apparente du consom- 
mateur en émissions violentes. On a remarqué que 
les livres, les magazines, les journaux, les films et 
les émissions de télévision qui mettent la violence 
en vedette, se vendent mieux que ceux qui ne le 
font pas. Il serait peut-être intéressant cependant 
de se demander quelle est la source de la demande 
du consommateur en violence. La plupart des gens 
savent de quelle façon fonctionne la publicité. 
L'exposition répétée à un produit tend à accroître 
la demande de ce produit. Cet effet s'accroît 
fortement et les produits présentés sont associés à 
des stimuli émotionnels violents tels la violence ou 
le sexe. Il est possible que ça soit tout simplement 
l'exposition répétée à des contenus violents dans 
les médias pendant de nombreuses années qui soit 
à l'origine de la demande de contenus violents. 
Cet effet peut s'être accru par exemple après la 
deuxième guerre mondiale à cause de l'intérêt que 



r 



170 



ceux qui y avaient participé, portaient aux événe- 
ments auxquels ils avaient assisté, ce qui peut 
avoir accru leur intérêt temporaire pour un certain 
type de contenu violent. Les programmeurs des 
médias à leur tour, avertis de la demande pour un 
type de contenus violents dans les médias, ont 
peut-être trop fortement réagi en couvrant le 
marché de récits violents. En plus, le fait que les 
histoires mettant la violence en vedette ne 
demandent qu'une intrigue et des caractères 
limités, peut avoir séduit à la fois les gens des 
médias dans leur acharnement à produire de 
grandes quantités, et le public qui, dans sa 
recherche de distraction, n'a peut-être pas bien 
réagi à l'affrontement de la pensée et des réactions 
émotionnelles des caractères et des intrigues 
approfondies dans la littérature et leur a préféré 
des histoires simples et des caractères stéréotypés. 
Toutes ces différences entre les contenus violents 
et les autres, ont pu jouer un rôle pendant les 
années durant lesquelles les contenus violents se 
sont multipliés dans les médias. En tout cas, le 
spectacle de la violence s'est certainement accru 
dans les médias et cela pourrait très bien suffire à 
créer la demande apparente. L'augmentation des 
contenus violents a été étudiée dans le cas de la 
télévision où ils se sont révélés être passés pendant 
les vingt dernières années de 17% en 1955 à plus 
de 60% en 1962 pour atteindre entre 75% et 80% 
en 1970 (Liebert, 1974) sans beaucoup varier de 
1967 à 1971 (Gerbner, 1972a). Il n'y a pas de 
raison de croire qu'une exposition continue à des 
contenus pro-sociaux dans les médias ne 
produirait pas de la même façon chez le consom- 
mateur une demande de contenus pro-sociaux, 
étant entendu que la qualité des émissions 
produites égalerait celle des émissions mettant la 
violence en vedette, et que les éléments 
émotionnels seraient associés aux contenus 
présentés. 

Informer les médias des effets de la violence qu'ils 
diffusent 

Il est possible que le personnel des médias n'ait 
pas jusqu'à présent reçu une information claire sur 
les effets de la violence sur le comportement 
humain. L'article de Efron dans le numéro de TV 
Guide mentionné plus haut, permettrait de le 
conclure. Elle énumère plusieurs des conclusions 



du rapport du médecin général sur le sujet. Et elle 
conclut, en se basant sur la nature des déclara- 
tions, que les découvertes des études demandées et 
citées, sont ambiguës et peu concluantes. Elle 
ignore les difficultés rencontrées par le rapport du 
médecin général, et il semble qu'en conséquence 
nous devrions présenter ici à la Commission 
Royale un document sur les circonstances ayant 
affecté la rédaction finale de ce rapport. Elles 
permettent de comprendre comment un lecteur 
peut juger que ses découvertes ne sont pas 
concluantes. L'enquête du médecin général avait 
commencé à la suite de plusieurs années d'études 
et de recherche du sous-comité du Sénat sur la 
délinquance juvénile, présidé par le sénateur 
Kefauver et plus tard par le sénateur Dodd. Les 
intérêts du sous-comité le conduisirent à amorcer 
des efforts de recherche dominés par les trois 
réseaux. Le premier ne fut jamais terminé; le 
second analysait les insuffisances d'une recherche 
nuisible aux intérêts de l'industrie et le troisième 
(Feshbach et Singer, 1971) donnait, dans une 
étude qui a déjà fait l'objet de notre attention dans 
cet appendice, des résultats opposés à ceux des 
autres travaux de recherche. La Commission 
nationale sur les causes et la prévention de la 
violence (1969) qui s'intéressait aussi aux rôles des 
médias, fit elle aussi pression. En 1969, le 
président du sous-comité du Sénat sur les commu- 
nications encourageait le ministre de la Santé, de 
l'Education et du Bien-être pubUc à faire entre- 
prendre des études empiriques (Murray, 1973). Le 
ministre demanda au médecin général d'examiner 
les effets de la télévision sur les enfants. Le 
médecin général demanda à des associations 
académiques et professionnelles, à des 
scientifiques distingués, à l'Association nationale 
des programmateurs, et aux trois grands réseaux 
de nommer des participants à un comité consul- 
tatif. Il y avait 40 délégués. On demanda alors aux 
réseaux de désigner ceux des délégués ne pouvant 
pas participer à une enquête scientifique impar- 
tiale sur la télévision et la violence. Ce procédé 
amena l'élimination de 7 membres distingués dont 
les recherches passées avaient démontré que la 
télévision engendrait l'agressivité, ou qui avaient 
fait des déclarations dans lesquelles ils reconnais- 
saient une relation de cause à effet entre les 
contenus violents à la télévision et l'agressivité. 



171 



Des 12 personnes qui constituaient le comité, 5 
étaient des directeurs d'industrie et des médecins. 
Puis des pressions politiques furent exercées sur le 
comité consultatif "scientifique" pour produire un 
rapport représentant un accord entre tous les 
membres. Les conclusions qui en découlèrent 
étaient sûrement citées d'avance. Les auditions 
ultérieures du sénateur Pastore sur les études 
révélaient que la majorité des participants du 
comité consultatif qui n'étaient pas membres d'un 
réseau, pensaient que les données dont ils dispo- 
saient alors suffisaient à montrer un rapport de 
cause à eff"et entre la violence à la télévision et le 
comportement agressif. Il est peut-être intéressant 
de noter que la presse et la télévision ne donnèrent 
que peu d'informations sur les auditions Pastore. 
On trouvera une analyse détaillée des conditions 
dans lesquelles fut fait le rapport du médecin 
général dans Liebert et Alii (1973), dont les 
conclusions sont identiques à celles de Goranson 
(1975), Murray (1973) et Liebert (1974). Les 
conclusions apparemment peu convaincantes du 
rapport du médecin général découlaient certai- 
nement de la façon dont il fut préparé. Il semble 
qu'il faille absolument que le personnel des 
médias responsable des productions livrées aux 
consommateurs dont il cherche à attirer le plus 
grand nombre, soit correctement informé des effets 
de leurs médias sur le consommateur humain. Et il 
serait certainement nécessaire d'exercer des 
contrôles permettant de s'assurer que le personnel 
des médias reçoive une formation correcte sur cet 
aspect important de son travail. 



P 



172 



Appendice C 

Les effets de la violence décrite dans les médias sur 
l'évocation des comportements violents 

Cet appendice est le noyau autour duquel s'articu- 
lent les positions prises dans cet exposé. Il sera 
donc un peu plus complexe que les autres. Bien 
qu'une revue complète et détaillée des écrits sur le 
sujet sorte du cadre de cet exposé, cet appendice 
essaiera de présenter une vue d'ensemble de 
certains aspects des recherches qui ont été menées 
sur les effets de la violence présentée dans les 
médias et de résumer sommairement les conclu- 
sions qu'il convient d'en tirer. Remarquons, avant 
de commencer, que la plupart des recherches sur 
le sujet, ont porté sur le cinéma et la télévision. 
Etant donné le nombre des facteurs qui inter- 
viennent dans l'évocation du comportement 
violent et des attitudes agressives, la recherche des 
effets provoqués par la violence présentée dans les 
médias est un travail très complexe. La recherche 
dans ce domaine est rendue plus difficile par les 
contraintes pratiques et éthiques qui pèsent sur le 
chercheur qui l'entreprend. Il reste que l'impor- 
tance du domaine couvert par l'enquête, veut 
qu'on tente de le faire. Par commodité, la 
recherche qui va suivre sur la possibilité que la 
violence présentée dans les médias augmente le 
comportement agressif, est divisée en deux 
grandes parties. La première portant sur les 
expériences sur l'imitation, la seconde sur les 
expériences sur ce qu'on pourrait appeler l'inci- 
tation ou "désinhibition". Ces deux sections sont 
suivies d'une présentation plus générale de 
facteurs affectant les effets de la violence des 
médias sur le comportement, puis par un débat 
général. 

Les expériences sur l'imitation 

Ces expériences essaient de répondre à la question 
suivante: un comportement agressif peut-il être 
appris par l'observation d'un sujet de film ou de 
télévision, et, un individu peut-il de cette façon 
apprendre des réponses qui ne faisaient pas, 
auparavant, partie de son répertoire? Une 
expérience classique consiste à montrer à un 
groupe de sujets un modèle exécutant à la 
télévision des actions violentes d'un type nouveau. 
A d'autres groupes, on ne montre rien, ou 



simplement des films neutres. Dans le test qui suit, 
on observe, on enregistre et on mesure le nombre 
de ces actions agressives d'un type nouveau que 
les sujets de tous les groupes répètent. 

Bandura fut un des pionniers de ce type d'expé 
rience. La théorie du comportement appris qu'il a 
développée à partir de son travail expérimental et 
selon laquelle l'imitation d'un modèle est un 
puissant mode d'apprentissage, tourne autour de 
ce type d'expérience. Pour l'instant cependant, 
seules nous intéressent les expériences utilisant le 
comportement agressif d'un modèle à la télévision 
ou dans un film. Bandura, Ross et Ross (1936) 
conduisirent une de ces expériences. Dans celle-ci, 
des enfants assistaient à une émission simulée de 
télévision, dans laquelle un modèle adulte ou un 
chat de dessin animé agressait une poupée en 
plastique gonflée d'une façon inusuelle, par 
exemple, en la frappant avec un maillet. Le test 
qui suivait enregistrait les manifestations de 
réponses agressives nouvelles dans une situation 
de jeu où les enfants avaient accès aux objets 
qu'ils avaient vus agressés. Il en résultait que 
comparés aux sujets qui n'avaient pas vu de films 
violents, ceux qui en avaient vu utilisaient plus de 
réponses agressives d'un type nouveau; ceux qui 
avaient observé le modèle humain agressant 
montraient plus de réponses agressives que ceux 
qui avaient observé le modèle du dessin animé 
agressant. Ces auteurs ont également découvert 
que le modèle filmé était aussi efficace que les 
modèles vivants dans l'évocation du compor- 
tement à imiter. Plusieurs expériences similaires 
ont été entreprises. Le rapport du médecin général 
(1972) en dénombrait plus de 20. On pourrait 
également citer des expériences similaires d'un 
autre genre qui testaient aussi les effets de 
l'agression commise contre des êtres humains 
vivants (Hanratty et alii, 1969). Dans cette 
expérience, on montrait à des enfants un film dans 
lequel un modèle adulte agressait un clown. Pour 
la moitié des sujets, l'objet de l'agression était un 
clown en plastique gonflé, pour l'autre moitié 
c'était un clown vivant. Les modèles commettaient 
des actions violentes, employant un maillet ou un 
pistolet jouet. Dans le test qui suivit, les enfants 
avaient accès à ces objets ainsi qu'à un clown en 
plastique gonflé et à un clown vivant. Tous les 
sujets, quel que soit le film qu'ils avaient vu. 



173 



attaquèrent le clown en plastique, mais ceux qui 
avaient assisté aux films violents firent beaucoup 
plus que ceux qui n'en avaient pas vu; seuls ceux 
ayant vu un film s'attaquèrent au clown vivant. 

Quelques expériences récentes de Kniveton 
(1973, 1974) faites avec des jeunes Anglais permet- 
taient également de conclure que le phénomène 
d'imitation apparaissait toujours après que des 
enfants aient vu des films montrant une agression, 
quand bien même les caractères et les décors 
présidant à la situation dans le film changeaient 
dans le test qui suivait. 

Bandura (1965b) établit une distinction entre 
apprendre et exécuter. Les enfants regardaient un 
modèle filmé exécutant des actes agressifs 
nouveaux, à la fois verbaux et physiques. Le 
modèle était soit récompensé, soit puni ou encore 
il ne lui arrivait rien. Les résultats montrèrent que 
les sujets ayant vu les modèles récompensés ou en 
tout cas non punis avaient fortement tendance à 
les imiter; le modèle puni était le moins imité. 
L'expérimentateur prodigua alors des encourage- 
ments fortuits aux sujets copiant le comportement 
du modèle. A la suite de cela, tous les sujets 
montrèrent de fortes tendances à l'imitation, quel 
que soit le groupe auquel ils appartenaient. 
Bandura concluait qu'à lui seul, le fait de regarder 
permettait d'apprendre mais que l'exécution 
concrète des réponses apprises dépendait d'autres 
conditions, les encouragements qu'il avait 
formulés dans le cas que nous avons cité.La 
plupart de ces études sur l'imitation se déroulaient 
dans un intervalle de temps assez court. Cepen- 
dant, certaines expériences ont montré que les 
eff'ets pouvaient durer longtemps. Hicks (1965, 
1968), par exemple, a démontré qu'après une 
exposition de dix minutes à un modèle de télévi- 
sion, l'eff'et imitatif pouvait encore se manifester 
six mois plus tard, et dans une autre étude ce délai 
s'étendait à huit mois. Dans les vérifications faites 
après de tels délais, 40% des réponses agressives 
du modèle de la télévision étaient encore copiées. 
Kniveton (1973) étudiant des garçons de 5 à 6 ans, 
pendant leurs jeux, découvrit que les films violents 
influençaient le comportement immédiatement 
après qu'ils aient été visionnés et même sporadi- 
quement, pendant cinq mois. Dans ces travaux, la 
tendance à durer longtemps était particulièrement 
forte chez les enfants de la classe ouvrière. Il existe 



également, dans le domaine de l'imitation des 
réponses, une preuve anecdotique. On a 
fréquemment observé qu'à la suite de la la présen- 
tation par les nouvelles, le cinéma ou la télévision 
d'un crime spectaculaire, il y a de boimes chances 
qu'on assiste à une vague d'imitation. Liebert 
possède quelques enregistrements vidéo d'enfants 
regardant une action à la télévision et l'imitant. 
Dans l'un d'eux, on voit un garçon regardant une 
séquence où un chevalier sort son épée, tirer, au 
même moment, son couteau de sa poche. 

Les études sur l'imitation mènent toutes à la 
conclusion qu'il y a une relation causale entre le 
fait de voir à la télévision ou au cinéma des 
modèles agressifs et l'apprentissage par le 
spectacteur de nouvelles réactions agressives. Ce 
type d'expériences comporte certaines limitations. 
Etant donné qu'elles sont menées dans le cadre 
d'un laboratoire, on peut se demander si leurs 
résultats peuvent être étendus à ce qui se passe 
dans la réalité. On pourrait également critiquer les 
modes de mesure de l'agression utilisés. On 
pourrait par exemple se demander si l'agression 
perpétrée contre une poupée en plastique ne 
devrait pas plutôt être considérée comme un jeu 
plutôt que comme une agression. Cependant, des 
attaques contre des êtres humains apparaissent 
dans certaines expériences. De même, bien que la 
plupart des expériences aient analysé les effets sur 
de courtes périodes de temps, il en existe un 
certain nombre montrant les mêmes résultats 
après des périodes assez longues. 

Les expériences sur l'incitation 

Ce paragraphe s'intéresse à la question de savoir si 
l'exposition à la violence télévisée ou filmée 
n'accroît que les formes d'agression qui s'y ratta- 
chent, ou si elle accroît également l'ensemble du 
comportement agressif. C'est-à-dire la connais- 
sance apprise par l'observation se limite-t-elle, 
quant à ses effets, à la forme d'agression nouvel- 
lement apprise, ou inclut-elle d'autres réponses 
faisant déjà partie du répertoire agressif du sujet? 
Bandura (1969) appelle ce phénomène plus 
général, désinhibition de l'agressivité. Quelques- 
unes des expériences sur cette question ont été 
entreprises en laboratoire, d'autres sur le terrain et 
quelques-unes de ces recherches consistent en 
sondages.L'expérience type en laboratoire sur 



174 



l'incitation consiste à exposer certains sujets à une 
émission télévisée violente, d'autres à une 
émission non violente et à n'en présenter aucune 
aux derniers. A la suite de ces expériences, on 
prend différentes mesures, quelques-unes enjeu 
libre, mais très souvent dans un test situationnel. 
Un test situationnel suppose, par exemple, que le 
sujet soit informé qu'en pressant un bouton, il 
peut transmettre un choc électrique à une 
personne située dans une pièce voisine; on lui 
demande de presser le bouton pour indiquer à 
cette dernière la qualité d'un travail qu'elle 
effectue. En réalité, il n'y a personne dans la pièce 
voisine, mais l'intensité, la durée et la fréquence 
avec lesquelles le sujet presse le bouton servent à 
mesurer son agressivité. Liebert et Baron (1972) 
ont utilisé une variante de cette procédure. Ils 
disaient à des enfants servant de sujets, qu'un 
autre enfant, dans la pièce voisine, jouait un jeu 
dans lequel il devait tourner un bouton. On 
indiquait aux sujets que quand apparaissait une 
lumière, ils pouvaient soit presser un bouton vert 
marqué "au secours" ce qui rendrait le bouton de 
l'autre plus facile à tourner, soit presser un bouton 
rouge marqué "douleur", ce qui aurait pour effet 
de faire chauffer le bouton et de le rendre plus 
difficile à tourner. D'autres mesures consistaient 
en des questionnaires papier et crayon sur les 
sentiments agressifs. 

Une expérience plus ancienne de Lovaas (1961) 
avait permis de découvrir que les enfants étaient 
plus agressifs envers leurs jouets après un dessin 
animé agressif qu'après un dessin animé peu 
agressif. Mussen et Rutherford (1961) travaillèrent 
avec des enfants de première année, la moitié 
d'entre eux avait été préalablement frustrée par un 
travail répétitif accompagné de critiques. On 
montrait ensuite aux enfants soit un dessin animé 
agressif, soit un dessin animé non agressif ou pas 
de dessin animé du tout. Le test qui suivait 
consistait en questions sur le désir de l'enfant de 
frapper dans un ballon. Ces résultats ne 
montrèrent aucune différence entre les enfants 
frustrés et les autres, alors que le dessin animé 
agressif avait accru les pulsions agressives. 

Liebert et Baron (1972) ont mené une 
expérience factorielle 2x2x2 dans laquelle le 
sexe, l'âge de 5 à 6 ans ou de 8 à 9 ans et une 
émission de télévision violente (Les Intouchables) 



ou non violentes des séquences sportives enthou- 
siasmantes, alternaient. Le test qui suivait 
comportait la possibilité d'agresser ou de ne pas 
agresser un autre enfant en pressant le bouton 
"douleur" ou "au secours" mentionné tout à 
l'heure. Les résultats montraient que l'émission de 
télévision violente était suivie par des "attaques" 
plus longues sur la "victime" et aussi que le niveau 
d'agressivité était plus élevé dans les jeux libres. 

Ce type de résultat peut être obtenu aussi bien 
avec des sujets adultes qu'avec des sujets enfants. 
Walters et Thomas (1962) ont découvert que le 
personnel masculin d'un hôpital, après avoir vu un 
film sur un combat au couteau, donnait des chocs 
plus intenses que ceux qui n'avaient pas vu le film. 
Berkowitz et Geen (1966) montrèrent à un groupe 
d'étudiants de collège une scène d'un combat 
professionnel tirée du film "Champion", dans 
laquelle le héros est durement battu, et à un autre 
groupe d'étudiants, un film sur un passionnant 
meeting d'athlétisme. Les sujets furent au 
préalable insultés par l'expérimentateur. Les 
résultats montrèrent que le film violent augmentait 
plus les pulsions des spectacteurs que le film non 
violent. Meyer (1972) travailla avec des étudiants 
mâles auxquels il montra soit un film violent 
verbalement, soit un film enthousiasmant mais 
non violent ou pas de film du tout. Il découvrit 
que les sujets exposés au film verbalement violent 
se montraient plus agressifs envers la personne qui 
les avait auparavant fâchés que les autres. 

Certains expérimentateurs ont toutefois fait des 
découvertes opposées. Feshbach (1966) travaillait 
avec des étudiants de collège qui avaient été soit 
insultés par des critiques injustifiées de l'expéri- 
mentateur, soit traités normalement, et auxquels 
on montrait ensuite soit un film violent, (la scène 
du combat professionnel), soit un film neutre. Un 
test d'association de mots et un questionnaire sur 
les attitudes du sujet vis-à-vis de l'expérimentateur 
suivaient. Une interaction significative 
apparaissait dans les résultats. Dans le cas des 
sujets ayant été insultés, le film violent se 
traduisait par une agressivité significativement 
moindre que le film neutre dans les résultats à la 
fois de l'association de mots et des questionnaires. 
Dans le cas de sujets non insultés, seul le test sur 
l'association de mots montrait que l'agressivité 
développée après le film violent était supérieure à 



175 



celle résultant du film neutre. Ces résultats furent 
interprétés par l'auteur comme compatibles avec 
l'hypothèse de catharsis dont il a été question à 
l'appendice précédent (B). Cependant, ces 
résultats sont en contradiction directe avec ceux 
obtenus dans l'étude de Berkowitz et Geen (1966) 
dont il a été question au paragraphe précédent. 
Cependant, cela ne signifie pas nécessairement 
que l'étude de Feshbah soit fausse. Deux autres 
études ont donné des résultats qui sont en général 
analogues à ceux de Feshbah et par voie de 
conséquence compatibles avec ce qu'on appelle la 
catharsis. Holz (1971) entreprit une étude utilisant 
des étudiants comme sujets. Dans cette étude, 
l'hostilité enregistrée dans le Rosenzweig Picture 
frustration test et le test de perception thématique 
était infiniment moins grande après une émission 
de télévision très violente, qu'en l'absence 
d'émission télévisée ou après une émission 
violente. Dans l'étude de Manning et Taylor 
(1975) les sujets étaient ou non mis en colère avant 
de voir un film violent ou un film neutre. Le test 
qui suivait mesurait les réponses hostiles et agres- 
sives. D'après les résultats, ils conclurent que les 
sujets fâchés étaient nettement plus agressifs, mais 
que le film violent diminuait l'agressivité. Une des 
difficultés que rencontrent les études qui 
défendent l'hypothèse de la catharsis réside en ce 
qu'elles emploient des tests psychologiques sur la 
personnalité comme moyen de mesure de base. 
Les ouvrages sur les tests restent profondément 
divisés sur la question de savoir si les réponses 
agressives aux tests reflètent ou prédisent une 
augmentation du comportement agressif dans la 
vie, augmentent le fantasme d'agression dans la 
vie, ou réduisent les comportements agressifs 
associés à une augmentation des fantasmes repré- 
sentant une augmentation de l'agressivité 
indirecte. 

Il est certain que les résultats opposés obtenus 
dans certains domaines de la recherche qui 
intéressent la présente enquête, montrent que l'on 
ne connaît pas toutes les réponses concernant 
l'influence des autres variables sur les effets de la 
violence dans les médias sur le comportement 
agressif. Quelques unes des variables qui se sont 
révélé influencer les résultats d'expériences 
similaires seront discutées plus loin. Cependant, la 
majorité des études montrent une relation de 



cause à efi'et entre l'exposition à la violence des 
médias et l'accroissement de la tendance au 
comportement agressif. De nombreuses études ont 
confirmé cette conclusion. Le rapport du médecin 
général (1972) en dénombre plus de 30. Les décou- 
vertes dans ce sens ont été obtenues à partir d'un 
large éventail de sujets dans des conditions 
variées, encore qu'il faille noter, comme le 
souligne prudemment le rapport du médecin 
général, que l'exposition n'affecte pas nécessai- 
rement tous les sujets toujours. Les limitations à 
ces expériences sont les mêmes ici que celles 
mentionnées pour les expériences sur l'imitation. 
Celles auxquelles nous nous référons sur l'inci- 
tation furent menées dans le cadre de laboratoires, 
ce qui permet de se demander dans quelle mesure 
les résultats obtenus peuvent être généralisés à la 
vie réelle. Ajoutons également que ces expériences 
ne portent que sur des expositions limitées et sur 
des intervalles courts pour l'observation des effets. 
Les sujets ont, dans l'ensemble, été soumis à des 
extraits d'émission plutôt qu'à des émissions de 
télévision complètes qui auraient probablement 
contenu d'autres types de comportements à imiter, 
en plus du comportement violent montré. 
Ajoutons que dans les expériences en laboratoire, 
les sujets n'ont rien d'autre à faire et qu'en consé- 
quence, ils s'intéressent en général plus au film 
qu'ils ne le font dans la vie réelle où ils peuvent 
faire un tas d'autres choses, tel que lire et partant, 
prêter moins d'attention aux comportements 
agressifs qu'on leur présente. 

Certaines des mesures utilisées peuvent 
également être considérées comme tant soit peu 
artificielles. Appuyer sur un bouton pour donner 
un "choc" à une prétendue "victime" dont on 
n'obtient pas de réaction, puisqu'on ne la voit ni 
ne l'entend, peut laisser à penser au sujet que la 
situation n'est pas dangereuse et qu'il lui est 
permis de donner une réponse agressive. Cepen- 
dant, certaines expériences tendent à vahder ce 
type de mesurage. Par exemple, Hartmann (1969) 
a travaillé avec des délinquants juvéniles que l'on 
irritait ou non avant de leur montrer soit un film 
violent, soit un film neutre. Il a obtenu le résultat 
habituel qui veut que les sujets exposés au film 
violent délivraient plus de chocs, qu'ils aient été 
ou non mis en colère. Il a cependant remarqué que 
ceux de ses sujets ayant vu des histoires plus 



176 



f 



violentes délivraient plus de chocs que ne le 
faisaient les autres garçons. Le même type 
d'observation fut faite par Wolf et Baron (1971) 
sur les étudiants mâles d'un collège et des hommes 
dangereux détenus dans une prison à sécurité 
maximale. Après leur avoir présenté un modèle 
vivant, ils découvrirent comme ils s'y attendaient, 
que tous les sujets qui avaient vu un modèle 
agressif délivraient des chocs plus forts que ceux 
qui avaient vu un modèle non agressif Cependant, 
ils découvrirent également que les prisonniers 
délivraient plus de chocs que les étudiants du 
collège. En matière d'incitation, les expériences 
types faites sur le terrain éliminent quelques-uns 
des désavantages des expériences en laboratoire 
puisqu'elles sont menées dans des conditions plus 
naturelles avec des types de mesure correspondant 
plus à la vie réelle. 

Steuer, Applefield et Smith (1971), par exemple, 
ont travaillé avec des enfants d'âge pré-scolaire 
dans un jardin d'enfants. Ils ont mesuré l'agres- 
sivité physique que les enfants manifestaient les 
uns envers les autres. Ils choisirent des groupes de 
deux enfants, ayant en commun le temps qu'ils 
passaient à regarder la télévision chez eux. Après 
une période de base comprenant dix sessions, ils 
séparèrent les paires et pendant onze jours un 
enfant de chaque paire regarda un dessin animé 
violent tandis que l'autre regardait une émission 
de télévision non violente. Ils démontrèrent que, à 
la fin des onze jours, une différence significative 
était apparue entre les deux groupes, les enfants 
ayant été exposés au dessin animé violent 
émettant une fréquence plus haute de compor- 
tement agressif que ceux ayant assisté aux 
émissions neutres. 

Stein et Friedrich (1972) firent à leur tour des 
observations sur des enfants en âge pré-scolaire 
dans une école maternelle, à la fois pendant les 
récréations et dans les salles de classe. Après une 
étude sur une période de base de trois semaines, 
les sujets furent exposés pendant quatre semaines 
soit à des émissions de télévision violentes 
(Batman ou Superman), soit à des émissions de 
télévision neutres (sportives par exemple), ou 
encore à des émissions de type social (le voisinage 
de M. Roger) puis l'observation continua sur une 
période de deux semaines. Les résultats 
montrèrent que les enfants qui avaient assisté aux 



émissions violentes avaient une forte tendance à 
agir de façon agressive, et que cet effet se prolon- 
geait au-delà de la période de deux semaines 
d'observation qui suivait les émissions. Cepen- 
dant, cet effet n'apparaissait que chez les enfants 
dont le niveau d'agressivité était à l'origine 
supérieur à la moyenne. 

Feshbach et Singer (1971) firent une découverte 
inverse. Leur expérience portait sur des garçons de 
13 ans dans plusieurs institutions. Les expérimen- 
tateurs s'arrangèrent pour contrôler les 
programmes de télévision des garçons sur une 
période de six semaines, de telle façon qu'ils aient 
soit un régime d'émissions jugées violentes 
(Bonanza, I Spy, The Rifleman, Les Intoucha- 
bles), ou un régime d'émissions jugées non 
violentes (Andy Williams, Gomer Pyle, Petticoat 
Junction). Un certain nombre de mesures furent 
prises, notamment une évaluation quotidienne des 
différentes manifestations physiques de l'agressi- 
vité, des questionnaires, des tests projectifs, et 
ainsi de suite. Il ressortait des résultats que les 
garçons soumis au régime de télévision non 
agressive étaient moins agressifs que ceux exposés 
au régime de télévision agressive. Quelques unes 
des difficultés de cette étude ont été discutées dans 
l'appendice B. Cependant, ces résultats contre- 
disent la plupart de ceux obtenus dans des études 
parallèles, et sont à leur tour contredits dans deux 
répliques de cette étude (Wells 1972; Parke et alii, 
1972). 

La recherche théorique type sur l'incitation 
étudie les corrélations entre certaines mesures 
d'exposition à la violence télévisée ou à une 
préférence pour les programmes violents, et 
certaines mesures d'agressivité. Cette dernière 
comprenant une auto-évaluation, des évaluations 
par ses proches, professeurs ou parents, et ainsi de 
suite. 

Quelques études plus anciennes établissaient un 
rapport entre le fait que les sujets disposent d'une 
télévision et leur agressivité. Ces études s'atta- 
chaient au fait de disposer d'une télévision et non 
pas au temps passé à la regarder ou à la quantité 
de violence diffusée. Une expérience, celle de 
Himmelweit et ahi (1958) aboutissait à un taux 
d'agressivité évalué par les parents et les profes- 
seurs, égaux entre les enfants ayant la télévision 
chez eux et ceux ne l'ayant pas. Cependant, une 



177 



autre expérience faite par Schramm, Lyle et 
Parker (1961) avait démontré que dans un groupe 
d'enfants l'agressivité était plus développée chez 
ceux des enfants regardant beaucoup la télévision 
et lisant peu, que chez les enfants regardant peu la 
télévision et lisant beaucoup. Mais cela ne 
s'applique pas à tous les groupes d'enfants. Cepen- 
dant, les auteurs en concluaient que la télévision 
pouvait stimuler l'agressivité chez les sujets déjà 
frustrés. Il faudrait cependant rappeler que ces 
études ont été menées à une époque où la quantité 
de violence montrée à la télévision était encore 
peu élevée entre 17% et 60% des émissions (Liebert 
1974). Plus récemment, Mcintyre et Teevan (1972) 
comparèrent chez 2,300 étudiants d'école secon- 
daire juniors et seniors la liste de leurs 
programmes favoris avec ce que les sujets disaient 
d'eux-mêmes sur leurs comportements déviants. 
Ils découvrirent une relation manifeste et 
significative montrant que plus l'émission préférée 
était violente, plus le comportement était déviant 
et plus la tendance à approuver le comportement 
déviant était grande. Cependant, la corrélation la 
plus élevée était de l'ordre de 16. Dans une autre 
étude, Robinson et Bachman (1972) comparaient 
le nombre d'heures passées devant la télévision 
ainsi que le taux d'agressivité des émissions 
favorites avec les comptes rendus sur leur propre 
agressivité de quelque 1,500 adolescents plus âgés. 
Les résultats montraient une tendance à plus 
d'agressivité chez ceux qui préféraient les 
émissions de télévision violentes. Les auteurs en 
conclurent que la violence à la télévision facihte et 
renforce la violence chez les sujets où elle est déjà 
élevée. 

Dominick et Greenberg (1972) ont comparé le 
taux d'exposition à la violence télévisée avec ce 
que les enfants disaient de leur degré d'appro- 
bation de la violence et de leur volonté de l'uti- 
liser, dans une expérience faite sur 454 garçons de 
la 4ème à la 6ème année. Ils en déduisirent qu'une 
exposition élevée à la violence à la télévision va de 
pair avec une plus grande approbation de la 
violence et une plus grande volonté de l'utiliser 
dans la vie réelle. McLeod, Atkin et Chaffee 
(1972) en étudiant des adolescents, mesurèrent la 
quantité de violence regardée à la télévision, ce 
qu'ils disaient de leurs tendances agressives et les 
comptes rendus sur l'agressivité faits par d'autres. 



Ils découvrirent une corrélation manifeste et 
significative entre le fait de voir de la violence et 
ce que les adolescents disaient de leur compor- 
tement agressif, la corrélation moyenne étant de 
l'ordre de plus de 31. Une étude importante s'est 
intéressée à la relation entre l'exposition à la 
violence à la télévision et le comportement agressif 
sur une longue période (Lefkowitz, Eron, Walder 
et Huesmann, 1972). Dans une étude préalable 
portant sur 875 garçons de troisième année, ils 
avaient établi la relation manifeste et significative 
habituelle entre la dose d'agressivité évaluée par 
les proches. Dans une étude postérieure de 10 ans 
avec 21 1 des garçons et 216 des filles utilisés à 
l'origine, qui étaient maintenant en 13ème année, 
ils aboutirent à des résultats similaires. Pour ce qui 
est des filles, la seule relation significative s'éta- 
blissait entre l'agressivité en troisième année et 
l'agressivité en 13ème année. Cependant, chez les 
garçons une corrélation significative s'étabhssait 
également entre la violence visionnée en troisième 
année et le comportement agressif qu'ils manifes- 
taient en 13ème année; cela établissait une 
relation significative couvrant une période de dix 
ans. Partant de leur analyse de ces relations et en 
utilisant les relations en croix (figure 1.), ils 
conclurent qu'il existait une relation causale entre 
la violence vue à la télévision en troisième année 
et l'agressivité dans le comportement en 13ème 
année. 



Violence à la télévision ■ 



En 3 ème année 



•violence à la télévision 



en 13ème année 




.21 



Agressivité en 



3ème année 



.05 



Agressivité en 



I3ème année 



k 



Figure 1: relations en croix Etude portant sur 211 
garçons Lefkowitz, et alii, 1972 



178 



Le consensus qui se dégage de ce type de 
recherche, ajouté à celui des recherches en labora- 
toire et sur le terrain, montre clairement la relation 
qui existe entre le spectacle de la violence à la 
télévision et le comportement agressif. Les études 
sur sondages ont été menées sur de larges éventails 
de sujets évoluant dans leur milieu naturel, 
regardant naturellement des vraies émissions de 
télévision. Il reste cependant à en déduire une 
relation de cause à effet. Il se peut que l'exposition 
à la violence télévisée soit cause d'agressivité; il est 
également possible, comme le soutiennent 
certaines études sur sondages, qu'une tendance à 
se comporter de façon agressive pousse certaines 
personnes à rechercher plus de spectacles télévisés 
violents; il reste également possible que quelques 
variables non déterminées interviennent dans les 
relations observées. Par exemple, il est possible 
que l'attitude de la famille envers l'agressivité 
puisse, si elle ne la combat pas, influencer à la fois 
le nombre d'émissions violentes regardées et le 
comportement agressif. 

Certains chercheurs se sont intéressés de près au 
problème de la causalité. Lefkowitz et alii (1972) 
ont examiné les schémas de leurs corrélations dans 
toute leur complexité, et en ont déduit que le 
spectacle de violence à la télévision était une cause 
à long terme de l'agressivité. Une autre approche a 
consisté à éliminer les effets d'autres variables 
pouvant affecter la relation pour savoir si les effets 
restaient les mêmes en l'absence d'autres effets 
variables. Des chercheurs tels que McLeod, Atkin 
et Chaffee (1972) ont fait cette expérience en 
supprimant des variables telles que le temps total 
de vision, le statut socio-économique, les résultats 
scolaires, le type de punition utilisé par les 
parents, l'affection parentale, l'étude perçue de 
l'agressivité, et ainsi de suite. Les résultats ont 
montré que les relations entre la violence vue à la 
télévision et l'agressivité restaient manifestes et 
significatives, et dans de nombreux cas, inchan- 
gées, Chaffee et McLeod (1971) ont aussi analysé 
le développement d'une causalité possible en 
analysant les hypothèses secondaires, y compris le 
rôle de variables intermédiaires qui pourraient être 
la cause de la relation. Ils ont également conclu à 
partir de cette analyse que la causalité 
fonctionnait dans le sens spectacle violent à la 
télévision comportement agressif, plutôt que dans 



le sens inverse. 

En résumé et bien qu'il soit impossible d'écarter 
totalement les autres hypothèses, celle selon 
laquelle le spectacle de la violence à la télévision 
se traduit par un comportement agressif chez le 
spectacteur est corroborée par un nombre consi- 
dérable d'éléments. Toutefois, si cette hypothèse 
est exacte, le spectacle de la violence à la 
télévision rentre pour au moins 10% dans l'évo- 
lution du comportement agressif. 

Conclusion 

S'il y a une chose que les psychologues'ont large- 
ment, adéquatement, et plusieurs fois démontrée 
ces dernières années, c'est bien que les individus 
imitent les comportements qu'ils ont vu adopter 
par d'autres, sans se soucier de savoir si ce 
comportement se manifestait dans des situations 
de vie réelle ou dans des situations fictives. Cela 
est vrai à la fois pour les enfants et pour les 
adultes, bien qu'il soit probablement vrai 
également que plus l'individu est jeune et plus il 
est porté à imiter. Non seulement les enfant 
imitent ce qu'ils voient, mais ils sont aussi très 
enclins à imiter un comportement associé à un 
sentiment violent, un comportement agressif ou 
blessant par exemple. Le nombre des études sur ce 
problème dans les 15 dernières années est aussi 
impressionnant que les résultats obtenus. Des 
enfants de classe moyenne honnêtes et responsa- 
bles, mis en présence d'une situation dans laquelle 
quelqu'un d'autre adopte ou copie un compor- 
tement blessant, reprennent ce comportement à 
leur compte. La variété des situations que les 
chercheurs ont utilisées pour vérifier ce 
phénomène est infinie. Par exemple, des enfants 
qui regardaient chaque jour vingt minutes de 
Batman et de Superman pendant une période de 
quatre semaines, et qui étaient par la suite 
observés dans leur milieu scolaire naturel, 
comparés à des enfants assignés à un programme 
quotidien d'émissions telles que "Le voisinage de 
M. Roger", se montraient plus grossiers et 
beaucoup plus agressifs dans leur façon de se 
comporter pendant leurs jeux. Il est vrai qu'il 
n'existe pas d'étude montrant que des enfants 
exposés à un régime de violence par les médias 
descendent dans la rue et volent, estropient ou 
tuent. Mais il semble probable que le fait de 



179 



pousser, de bousculer et de frapper les camarades 
de jeux dans le but d'obtenir des objets qu'un 
enfant désire, entre dans le même ordre d'idées 
que le fait de battre des étrangers pour prendre 
leur argent ou leurs biens. La similitude suffit à 
nous mettre très mal à l'aise quant à l'avenir de 
certains de nos enfants qui assistent à de fortes 
doses de comportements anti-sociaux sur leurs 
écrans de télévision. Ceux qui sont aujourd'hui les 
brutes sur les terrains de jeux et ils sont proba- 
blement aidés à l'être par le spectacle de la 
violence dans les médias pourraient très 
facilement être les criminels de demain. 

Tous les enfants qui assistent à des scènes 
violentes à la télévision ou dans les films n'en 
deviennent pas pour autant plus agressifs. Un 
nombre surprenant d'enfants de foyers respec- 
tables et honnêtes le deviennent; mais quelques 
autres y échappent. Il semble qu'il y ait des 
parents qui réussissent à protéger leurs enfants 
contre les effets pernicieux de la violence dans les 
médias. Les psychologues ont quelques idées sur 
la façon dont ces parents réussissent à immuniser 
leurs enfants. Ils travaillent activement à 
développer un comportement pro-social; par 
l'exemple et par l'enseignement direct, ils 
insufflent à leurs enfants des notions de souci à 
l'égard des autres, de partage et d'assistance, et 
leur apprennent à toujours faire attention aux 
conséquences que leurs comportements pourraient 
avoir sur les autres. Ils encouragent la coopération 
et découragent la compétition destructive. Ils 
désapprouvent activement les comportements 
violents et destructifs, et, en présence de tels 
comportements, ils essaient de montrer en quoi 
c'est un échec. Et ils s'attardent de toute façon sur 
les conséquences malheureuses d'un tel compor- 
tement pour la victime. Par-dessus tout, ils 
n'adoptent pas eux-mêmes de comportements 
agressifs. Ils sont un exemple pour leurs enfants 
du fait qu'il est possible d'agir avec succès dans la 
vie sans s'imposer aux autres par la force. Cette 
tâche n'est pas facile, surtout dans le monde 
d'aujourd'hui. Et, malheureusement, il semble que 
peu de parents essaient de l'entreprendre. Un 
psychologue a écrit: "De nombreux changements 
sont intervenus dans les méthodes d'éducation des 
enfants en particulier depuis la seconde guerre 
mondiale . . . mais ils peuvent être résumés en une 



seule phrase: les enfants étaient, autrefois, élevés 
par leurs parents. Il n'y a pas si longtemps, la 
famille au sens large était la règle. Les tantes, les 
oncles, les grands-parents, les cousins plus âgés et 
les frères et soeurs, étaient tous engagés dans 
l'éducation d'un enfant. Ils assumaient tous la 
responsabilité du bien-être, moral et autres de cet 
enfant. Si une personne ne s'acquittait pas du 
travail, une autre était là pour prendre sa place. 
Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. La famille 
s'est rétrécie à la mère et au père". Et s'ils ne font 
pas leur travail - et ils sont malheureusement 
nombreux dans ce cas - il n'y a plus personne 
pour les remplacer. L'école ne le fait pas et ne doit 
pas le faire. L'église qui jouait autrefois un rôle 
important dans l'élaboration des valeurs morales 
des enfants n'a plus aujourd'hui l'influence qu'elle 
avait. Si les enfants ne passent plus leur temps 
avec leurs parents à apprendre les valeurs qui 
délivraient le monde de cette destruction violente 
et inconsciente à laquelle nous assistons aujour- 
d'hui, s'ils ne les apprennent plus à l'école ou dans 
le cadre d'un système religieux, où donc passent- 
ils leur temps et où apprennent-ils la nature de ce 
monde? La réponse est qu'ils passent une grande 
partie de leur temps en face d'un poste de télévi- 
sion. Les enfants de deuxième année passent une 
moyenne de 17 heures par semaine à regarder la 
télévision, et ce chiffre grimpe à 28 heures par 
semaine pour les enfants de 6ème année. Les 
enfants les plus intelligents, élevés dans les foyers 
économiquement plus favorisés, passent plus de 
temps à regarder la télévision que les enfants 
ayant un coefficient intellectuel inférieur, élevés 
dans un milieu social moins favorisé. 

Quand un enfant atteint ses 16 ans, il a passé 12 
à 15,000 heures à regarder la télévision, soit l'équi- 
valent de 15 à 20 mois, 24 heures par jour assis en 
face d'un écran de télévision. Car c'est là que les 
enfants reçoivent l'essentiel de leur formation sur 
la façon de se comporter avec le monde dans 
lequel ils grandissent. Et quand on regarde ce 
qu'ils voient sur l'écran de télévision, on ne peut 
que réagir par un sentiment d'horreur et un 
pressentiment effrayant. Evidemment, il ne serait 
pas juste de reporter tous les problèmes de la 
société d'aujourd'hui entièrement ou même pour 
une large part sur l'industrie de la télévision. Leurs 
sources sont en grande partie ailleurs. Il serait par 



180 



ailleurs difficile d'entreprendre une reconstruction 
complète de la société. Il serait beaucoup plus 
facile, par contre, de prendre conscience du fait 
que de nombreux parents ont laissé la télévision 
faire la plupart de leur travail. Et la télévision ne 
fait pas un très bon travail. Nous devons profiter 
de ses possibilités pour produire des citoyens 
responsables, au lieu de la laisser contribuer à la 
création de citoyens irresponsables. La télévision 
pourrait être une source extraordinaire de bien 
dans un monde qui en a certainement besoin. Elle 
a déjà fait beaucoup en élargissant les horizons 
des enfants, en les aidant à développer leur créati- 
vité, en leur donnant accès à un monde dont leurs 
parents ignoraient jusqu'à l'existence. Mais elle a 
également fait énormément de mal, et ce mal doit 
être enrayé. Il vaut mieux admettre le rôle que 
joue la télévision dans la vie des enfants, et essayer 
de faire que son influence soit constructive. On 
pourrait faire beaucoup. On pourrait inciter les 
personnes travaillant dans l'industrie des commu- 
nications à produire des émissions qui encourage- 
raient les enfants à devenir de bons citoyens. Cette 
production ne doit pas nécessairement être triste, 
ennuyeuse ou invendable. Le succès de Sésame 
Street en témoigne. Même les adultes pourraient, 
probablement avec succès et de manière 
profitable, être distraits par autre chose que de la 
violence gratuite. Une censure devrait être intro- 
duite, du moins pour les enfants. La censure est 
devenue un mot péjoratif, mais c'est surtout en 
raison de ce qu'elle implique comme suppression 
sélective de l'information politique et économique, 
par un gouvernement qui veut se maintenir au 
pouvoir. La censure s'applique aux produits 
chimiques dangereux qui pourraient sans cela être 
vendus aux consommateurs au risque de graves 
conséquences. La même censure devrait 
s'appliquer à tout ce qui comporte un risque pour 
le bien de l'humanité. On devrait censurer au 
moins la télévision à laquelle les enfants sont 
exposés puisqu'ils n'ont pas encore appris la façon 
de manier l'information qu'ils reçoivent. Et on 
peut aussi penser qu'un grand nombre d'adultes 
manient plutôt mal l'information qu'ils reçoivent 
des médias. Ajoutons à cela que la censure qu'ap- 
plique l'industrie des communications dans sa 
tentative de s'auto-contrôler est effrayante. Il 
semble que l'idée de la censure de l'industrie soit 



de purifier la violence qu'elle dépeint. Il s'agit là 
d'une approche complètement fausse. Elle laisse 
aux enfants l'idée qu'il n'y a rien de mal dans la 
violence puisqu'elle ne provoque jamais de saigne- 
ment, de douleur ou de souffrance. S'il faut décrire 
la violence, faisons-le avec réalisme, en montrant 
ses conséquences dans toute leur horreur. 



181 



Appendice D 

Quelques variables ayant rapport à l'évocation de 
l'agressivité provoquée par la violence dans les 
médias 

Cet appendice va essayer de montrer, dans ses 
grandes lignes, comment la violence contenue 
dans les médias a pour effet de susciter un 
comportement agressif chez les consommmateurs. 
L'appendice précédent (C) tentait de montrer que 
la violence dans les médias pouvait susciter un 
comportement agressif chez le consommateur, et 
expliquer comment cet effet agissait, à savoir par 
l'imitation. Le présent appendice se propose 
d'étudier quelques unes des autres variables qui 
pourraient intervenir. Cet appendice contient 
deux sections, une consacrée aux variables qui 
contredisent les effets provoqués par la violence 
dans les médias, l'autre s'intéressant aux variables 
qui peuvent médiatiser certains de ces effets. 

Quelques variables affectant les résultats des études 
sur la violence dans les médias 

i: LES CARACTÉRISTIQUES PROPRES AU SUJET 

Les différences selon le sexe ont été notées dans 
les études sur les effets de la violence des médias 
sur le comportement. En règle générale, les 
femmes semblent moins sensibles aux influences 
de la violence des médias que les hommes. 
Certaines études révèlent un effet significatif chez 
les garçons, mais pas chez les filles. Cette 
différence fut remarquée, par exemple, dans les 
études de Lefkowitz, et Alii (1972), Bandura et alii 
(1963) et Hicks (1965). Dans d'autres études, celles 
de Berkowiiz et Rawlings (1963) de Mussen et 
Rutherford (1961), cependant la différence entre 
les sexes n'apparaît pas. C'est peut-être à cause de 
l'éducation non violente que l'on donne aux 
femmes, qu'elles ont moins tendance que les 
hommes à apprendre la violence par le biais des 
médias. 

L'âge peut être une autre variable affectant les 
effets de la violence des médias sur le comporte- 
ment. Bien que les effets de la violence des médias 
sur le comportement aient été observés dans tous 
les groupes d'âge étudiés, il semble que tout le 
monde s'entende pour dire que les adultes sont 
moins sensibles aux effets de la violence dans les 
médias que les enfants. On explique cela par 



l'expérience hmitée que les enfants ont de la 
réalité et par leur incapacité relative à distinguer la 
fiction du réel et à évaluer précisément la réalité. 
On indique par ailleurs que le comportement des 
adultes est probablement déjà modelé, donc moins 
influençable, tandis que celui des enfants est en 
formation et qu'ils ont peu d'habitudes fortement 
ancrées pour se défendre contre les influences 
nouvelles. Quelle que soit la force apparente de 
ces arguments, il est également possible que les 
chercheurs soient aussi capables que n'importe qui 
d'autres d'interprétations erronées basées sur leurs 
expériences personnelles. Nous voulons dire par là 
qu'il est possible que l'argument de différences 
selon l'âge soit moins basé sur une preuve réelle 
que sur une croyance personnelle fortement 
enracinée que "les adultes comme moi" peuvent 
résister aux mauvaises influences. Les présumées 
différences d'âge dans la sensibilité à l'influence de 
la violence par les médias peuvent donc être plus 
apparentes que réelles. 

La classe sociale peut également intervenir dans 
l'influence qu'a la violence des médias sur le 
comportement. Kniveton (1973,1974) a découvert 
que les effets étaient différents selon la classe 
sociale. Les garçons de la classe ouvrière étaient 
plus sensibles que ceux de la bourgeoisie à ces 
effets. D'après lui, les enfants ayant moins de 
possibilités de développer leurs propres intérêts, 
étaient plus susceptibles d'être influencés que les 
autres. 

L'agressivité des consommateurs semble avoir 
souvent influencé les résultats des études sur les 
effets de la violence des médias sur le comporte- 
ment. Les enfants initialement plus agressifs 
seront plus susceptibles que les autres de réagir. 
Bien qu'il ne ressorte pas de toutes les études, cet 
effet a été observé, par exemple, dans les 
recherches de Stein et Friedrich (1972), Wells 
(1972), et Feshbach et Singer (1971). De plus 
l'effet expérimental a plus de chance de se 
produire chez les sujets en colère que chez les 
sujets qui ne le sont pas (ex. Berkowitz et 
Rawlings 1963). Une découverte semblable de 
Ekman et alii (1972) soulignait que les garçons 
dont le visage trahissait l'approbation et la partici- 
pation à une agression qu'ils regardaient dans une 
émission de télévision, Les Intouchables, avaient 
plus de chance de répondre violemment dans le 



182 



test qui suivait que les garçons qui manifestaient 
leur désagrément devant la même émission. 

II - Certaines caractéristiques du modèle 
affectent les chances qu'il a d'être imité et le temps 
pendant lequel il le sera. En général, les modèles 
ayant un statut social élevé sont plus imités que les 
modèles ayant un statut moyen; de même les 
héros où les modèles hautement compétents sont 
plus souvent imités que les modèles qui le sont 
moins. De même, des commentaires critiques sur 
l'agression perpétrée par le modèle peuvent 
affecter le résultat. Par exemple, Hicks (1968), 
travaillant avec des enfants de 5 à 9 ans, a 
découvert que si, durant la projection de l'émis- 
sion, un des spectateurs émettait des critiques sur 
l'agression commise par le modèle, l'imitation ne 
se manifestait pas pendant le test postérieur si le 
commentateur était présent. Dans une autre 
étude, Grusec (1973) montrait à des enfants de 5 à 
10 ans un film dans lequel un modèle féminin 
adulte agissait distinctement de façon agressive ou 
neutre. Pendant la projection du film, un expéri- 
mentateur faisait des remarques positives, 
critiques ou neutres sur le comportement du 
modèle. Pendant le test qui suivit, les enfants de 5 
ans imitèrent les actions agressives ou neutres, 
sans tenir compte des évaluations du commenta- 
teur; dans le cas des enfants de 10 ans par contre, 
l'imitation portait plus sur ce qui avait été 
commenté comme étant positif ou neutre que sur 
ce qui avait été commenté comme étant négatif. 

La ressemblance avec le modèle, dans 
l'ensemble, incitait plus à l'imitation que si le 
modèle avait été différent, adulte par exemple. 
Hicks (1966), travaillant avec des enfants de 3 à 6 
ans, a découvert que les sujets qui étaient exposés 
à des films agressifs montraient plus de tendance à 
imiter l'agressivité qu'à la contrôler. Cependant un 
modèle du même âge était nettement plus imité 
que ne l'était un modèle mâle adulte ou que ne 
l'était un modèle du même âge féminin. 

Les caractéristiques de la victime ont aussi 
influencé l'effet d'imitation. Hartman (1969) 
utilisait des sujets qui avaient été mis en colère et 
des sujets qui ne l'étaient pas; il leur montrait un 
film insistant soit sur la douleur de la victime, soit 
sur l'agression qui y contribue. Comme d'habi- 
tude, il trouva que le film de type agressif amenait 
les sujets à délivrer plus de chocs "à la victime" et 



que les sujets fâchés avaient tendance à délivrer 
encore plus de chocs que les sujets non fâchés. 
Cependant, il découvrit également que les sujets 
fâchés qui voyaient dans le film la douleur de la 
victime, devenaient plus agressifs que ceux qui 
avaient vu l'agression qui en était la cause, alors 
que l'inverse était observé dans le cas des sujets 
qui n'avaient pas été fâchés. 

Les conséquences pour le modèle ou, comme on 
l'a appelé, le renforcement de substitution, se sont 
révélées influentes dans les résultats des études sur 
les effets de la violence dans les médias sur le 
comportement agressif. Bandura, Ross et Ross 
(1961) présentaient à des enfants un film dans 
lequel un garçon, Rocky, s'emparait des jouets 
d'un autre garçon, Johnny, et l'agressait d'un tas 
d'autres façons. Une partie des enfants voyaient 
ensuite Rocky être récompensé en recevant les 
jouets et des bonbons, tandis que les autres 
enfants le voyaient se faire punir, battre et chasser 
par Johnny. Dans le test qui suivait et qui 
consistait en une observation de vingt minutes de 
jeux avec d'autres enfants, ceux qui avaient vu 
l'agresseur récompensé l'imitaient de manière 
notablement plus agressive que ceux qui l'avaient 
vu se faire battre. Bandura, Ross et Ross (1963) 
dans une étude dont nous parlerons plus loin, et 
Bandura (1965a) ont obtenu des résultats sembla- 
bles. Cependant, Bandura fait remarquer que 
même dans le cas où le modèle est puni, le 
comportement agressif est appris par celui qui le 
voit. Ce comportement appris peut ne pas se 
manifester immédiatement, dépendant pour cela 
des conditions de renforcement, mais peut 
toujours réapparaître si des circonstances 
ultérieures le favorisent. Une autre étude par 
Albert (1967) découvrit que la sur-répression, telle 
qu'elle avait été mesurée par le test de Rosen- 
zweig, Picture Frustration, augmentait après que 
les enfants aient assisté à un film dans lequel 
Hopalong Cassidy attaquait avec succès. A ce 
propos, il est intéressant de noter que, dans de 
nombreux films, le méchant attaque pour ensuite 
être puni par le héros du film, cette punition étant 
souvent violente. Ce qui précède, suggère que le 
spectateur peut apprendre les deux formes 
d'agression. 

Le contexte dans lequel se manifeste le compor- 
tement peut aussi modifier le résultat des études. 



183 



L'éventualité du renforcement dominant quand le 
sujet a la possibilité de répondre après avoir vu 
une scène de violence filmée, en est un exemple 
flagrant. Ce phénomène est illustré dans l'étude de 
Bandura, Ross et Ross (1963c). Les personnes 
présentes pendant le test qui suit sont un des 
aspects de ce phénomène. Martin, Gelfand et 
Hartmann (1971) ont découvert que, après avoir 
été mis en présence d'un modèle agressif, des 
enfants dans une situation de jeux montraient 
beaucoup moins de .signes d'agressivité en 
présence d'un adulte. Par contre, en présence de 
l'un de leurs semblables, le taux d'agressivité 
augmentait. 

L'interprétation ou la signification du compor- 
tement agressif afi'ecte ses chances d'être imité. 
Les trois études qui suivent ont toutes utilisé le 
combat professionnel extrait du film ''Champion' 
dans lequel le héros se fait battre. Berkowitz et 
Alioto (1973) ont montré que les sujets en colère 
manifestaient plus d'agressivité à la suite de ce 
film si on leur avait dit auparavant qu'il s'agissait 
d'une véritable revanche, que si on leur avait dit 
qu'il s'agissait d'un match professionnel ou encore 
d'un match fictif. Geen et Stonner (1974) ont dé- 
montré que les sujets délivraient plus de "chocs", 
que leur tension augmentait et qu'ils s'avouaient 
eux-mêmes moins calmes, si, avant de voir le film, 
on leur avait dit qu'il illustrait une vengeance que 
quand on leur avait dit qu'il s'agissait d'un combat 
professionnel, ou encore si on ne leur avait rien 
dit. Geen et Rakosky (1973) ont démontré que les 
sujets manifestaient moins de GSR durant le film 
si on leur avait dit qu'il était fictif que si on leur 
avait dit qu'il s'agissait d'un combat professionnel 
ou d'une revanche. Dans une autre étude 
Feshbach et Feshbach (1973) ont montré à des 
enfants l'enregistrement vidéo d'une manifestation 
sur un campus. Les enfants auxquels on avait dit 
qu'il s'agissait d'un reportage et d'un événement 
réel, étaient plus agressifs que les enfants auxquels 
on avait dit qu'il s'agissait d'un film hollywoodien. 

Le réalisme de la présentation dans les médias, 
tel qu'il est perçu par le consommateur, s'est avéré 
produire des eff"ets similaires. Hapkiewicz et Stone 
(1973) ont montré à des garçons de 6 à 10 ans un 
film réaliste violent, un dessin animé agressif, ou 
un film passif. Ils ont découvert que le film réaliste 
conduisait à une plus grande agressivité dans le 



jeu que les autres films, et qu'il n'y avait par contre 
aucune diflTérence entre les deux autres types de 
film. Bandura, Ross et Ross (1963b) ont découvert 
qu'un modèle adulte réel suscitait plus de 
tendance à imiter son agressivité que ne le faisait 
un modèle de dessin animé, bien que l'agressivité 
imitée à la suite de ce dernier soit supérieure à 
celle relevée dans le groupe de contrôle. Noble 
(1973) a montré que les enfants, entre 5 et 7 ans, 
avaient des jeux plus destructifs après avoir vu des 
agressions réelles filmées que ceux ayant vu des 
agressions filmées présentées de façon styHstique. 
Il semble que l'eff'et de réalisme agisse plus avec 
les enfants plus âgés qu'avec les plus jeunes. On 
dit que les enfants plus jeunes font mal la 
distinction entre la réalité et la fiction et qu'ils sont 
surtout influencés par la quantité d'agression 
montrée. Cette affirmation pourrait avoir quelque 
rapport avec les effets des informations sur les 
adultes. Les informations sont présentées comme 
un tableau de la réalité. Il se peut que la présen- 
tation des événements violents ait le même eflTet 
sur les adultes que les contenus violents fictifs ont 
sur les enfants. 

La justification de l'agression telle qu'elle est 
présentée avec la violence filmée aflTecte également 
la tendance à l'imitation. Cette variable a fait 
l'objet de nombreuses études du laboratoire 
Berkowitz. Berkowitz (1965b) et Berkowitz et 
Rawlings (1963) montrèrent le film du combat 
professionnel à des sujets en colère. On dit à la 
moitié d'entre eux que la victime était méchante et 
méritait d'être battue; on développa chez l'autre 
moitié de la sympathie envers la victime. Les 
sujets qui croyaient l'action justifiée, délivrèrent 
"plus de chocs" envers le complice qui les avait 
auparavant mis en colère. Berkowitz en conclut 
que les présentations des médias où le méchant 
reçoit pour sa méchanceté une punition physique 
comportent certains dangers. Bien qu'il puisse 
sembler socialement juste ou souhaitable que le 
méchant dans un film reçoive ce qu'il mérite, cela 
ne devrait pas se traduire par une agression 
physique. Si les peines qu'il encourt prennent la 
forme d'une agression physique, un individu 
frustré pourrait être incité à entreprendre, contre 
une autre personne, ce qu'il croit être une action 
violente justifiée. 



I 



184 



Quelques variables ayant une influence sur le 
processus d'apprentissage par observation de la 
violence véhiculée par les médias 

L'imitation ou la conformité à un modèle jouent 
sans doute un rôle essentiel dans la façon dont les 
médias influent sur le comportement, mais elles ne 
sont pas les seules, et d'autres contribuent à cette 
influence. C'est l'initiation d'un modèle qui a été le 
processus le plus étudié jusqu'à maintenant dans 
ce texte lorsqu'il s'agissait de savoir de quelle 
façon s'imposait l'influence des médias; dans la 
présente partie, on étudiera quelques autres 
facteurs contribuant à cette influence. 

L'environnement habituellement associé à 
l'exposition des sujets aux médias a certainement 
un eflet important sur le processus d'apprentissage 
qu'il déclenche. La plupart des consommateurs 
sont exposés aux messages des médias dans des 
conditions très favorables à l'apprentissage par 
observation. La plupart des gens en eflTet 
absorbent les messages des médias dans le confort 
de leur foyer, au moment où ils sont sans doute le 
plus détendus et le plus susceptibles d'ingérer 
facilement la matière proposée à leur observation, 
au moment où ils jouissent le moins de leurs 
moyens défensifs et critiques normaux. Les sujets 
sont souvent en train de manger au moment où ils 
sont exposés au contenu des médias: par exemple, 
lorsqu'ils lisent le journal en prenant leur petit 
déjeuner ou lorsqu'ils croquent des chips en 
regardant la télévision. C'est à la maison que la 
plupart des sujets reçoivent les messages des 
médias, et les interrelations familiales peuvent 
renforcer le processus d'apprentissage. Ainsi, les 
médias peuvent donner aux parents un matériau 
qu'ils transmettront à leurs enfants sous forme 
d'instruction, et les enfants de leur côté peuvent 
interpréter les réactions positives, neutres ou 
inexistantes de leurs parents comme une appro- 
bation du message que leur transmettent les 
médias. La simple présence des interrelations 
familiales, qu'elles soient explicites ou implicites, 
autour des messages des médias peut facilement 
contribuer à valoriser l'apprentissage. Le réalisme 
très implicite des messages des médias, qui joue 
certainement un grand rôle dans le choix fait par 
les difi'érentes catégories d'âges contribue sans 
doute lui aussi à valoriser l'apprentissage subi. 



Pour les enfants, la télévision, qui est leur 
principal accès aux médias, ressemble à une 
représentation photographique de la réalité, et 
cette apparence est rehaussée par la technique de 
la couleur. La qualité de la représentation impose 
sans aucun doute à l'enfant l'idée qu'il se trouve 
devant la réalité elle-même. Pour l'adulte, qui sait 
qu'une bonne partie du message télévisé n'est que 
fiction, et que les personnages qu'il voit sont des 
acteurs, l'accès aux médias se fait souvent par 
l'intermédiaire des informations, des journaux ou 
d'articles écrits manifestement par des experts. 

L'esprit adulte distingue facilement ce genre de 
message des messages fictionnels, et est par 
conséquent conscient que la réalité lui est 
seulement représentée. La plupart des classes 
d'âges semblent choisir des messages qu'elles 
perçoivent comme reflétant particulièrement bien 
la réalité; on l'a déjà vu au début du présent 
appendice lorsqu'il s'agissait de faire saisir le 
processus d'apprentissage des comportements à 
partir du contenu des médias. 

Les facteurs culturels ont probablement une 
influence sur l'apprentissage de l'agressivité à 
partir des médias. Journalistes et commentateurs 
de radio et de télévision, comme d'ailleurs le reste 
de la société peuvent facilement se persuader que 
la violence et l'agressivité sont rentables. 
L'industrie cinématographique, la télévision, la 
radio et les journaux ont les uns et les autres 
imposé cette idée au public, qui la leur a renvoyée 
après l'avoir assimilée (Larsen 1968). La consé- 
quence, c'est que les médias ne sont que trop 
enclins à mettre en relief toutes sortes de faits 
divers violents, en prétendant hypocritement qu'ils 
constituent l'actualité et que leur sensationnel en 
fait matière à nouvelles. Il est peu surprenant dans 
ces conditions que de nombreux groupes militants 
aient vite appris que la meilleure façon de 
s'assurer une publicité gratuite est d'attirer 
l'attention du public sur les causes qu'ils 
défendent et d'organiser des actions violentes ou 
destructives. Ainsi, les médias ont créé, nourri et 
encouragé toute une sous-culture dans laquelle la 
violence et la destruction, ou tout au moins les 
manifestations et la contestation, sont devenues 
presque un mode de vie. A cela s'ajoutent 
certaines conséquences du processus d'urbani- 
sation que connaît notre société. Au fur et à 



185 



mesure qu'augmente le taux d'urbanisation et que 
s'accroissent les villes, les individus perdent le sens 
de leur singularité, de leur importance: chacun, 
chaque jour, rencontre des foules de gens qui ne se 
distinguent en rien de lui-même. Pour la plupart 
des citadins, la meilleure façon de se sentir un peu 
différent ou un peu important est encore d'avoir 
accès aux médias, ce qui est possible et même 
facile si on commet quelques actes 
"sensationnels". Ainsi, le choix fait par le 
personnel des médias de diffuser des messages 
remplis de violence, en particulier dans les repor- 
tages sur l'actualité, peut contribuer directement à 
encourager et à renforcer les comportements anti- 
sociaux d'individus ou de groupes. Cela ne se 
hmite ni à la contestation, ni aux manifestations. 
C'est aussi évident dans le monde du sport. Le 
personnel des médias désapprouve sans doute 
autant que tout autre groupe social la violence 
dans le sport. Et pourtant, c'est sans doute lui qui 
attire le plus l'attention des spectateurs sur la 
violence des sports et, ce faisant, contribue à son 
universalité en incitant à l'imiter, et la récompense 
directement en lui ménageant cette attention du 
public qui, à long terme, fait la fortune des 
individus, des équipes et des sports et qui impose 
la violence au monde des sports. Cela veut dire 
qu'il semble possible qu'en montant en épingle 
dans les bulletins d'information les comporte- 
ments ou les sports violents, on encourage à la fois 
l'imitation de la violence par d'autres sujets et sa 
répétition par les mêmes, en lui assurant une 
récompense sous forme d'avantages économiques 
et de publicité. 

Certains facteurs institutionnels sont proba- 
blement influencés par les messages des médias. 
On en présentera ici deux seulement. Le crime 
organisé a longtemps été un facteur de violence 
dans la société. Il est pour le moins douteux que 
les médias aient contribué à tarir cette source de 
violence. Il se peut, comme semble le penser le 
personnel des médias, qu'en soumettant le crime 
organisé à l'examen du public, on en réduise la 
puissance. Il peut être tout aussi vrai que la 
description du crime organisé faite par les médias 
contribue surtout à valoriser les activités crimi- 
nelles. D'un côté, il est possible que des films 
comme le Parrain entraînent une espèce de 
sympathie pour le crime organisé en faisant de lui 



la victime d'une société répressive et injuste, ce qui 
peut revaloriser son image et inciter par consé- 
quent à imiter ses actes. (Bramel et ahi, 1968; 
Hartmann 1965). D'un autre côté, il est aussi 
possible qu'en projetant aux consommateurs des 
médias l'image d'un "milieu" tout-puissant et 
terrifiant, contre lequel le citoyen moyen n'a que 
peu de moyens de défense, on fasse naître chez lui 
une peur assez grande pour le rendre encore plus 
sensible à la force et à l'intimidation exercées par 
les criminels, et on crée ainsi chez certains 
débutants un sentiment de puissance et un goût 
plus vif pour les comportements criminels. En 
même temps, il est possible que les efforts effectués 
par la police pour faire respecter la loi et l'ordre 
dans la société souffrent des messages actuels des 
médias. Les policiers, même s'ils sont présentés 
comme les "bons", sont souvent caractérisés par 
un comportement brutal. C'est plus particuliè- 
rement évident dans les informations, peut-être 
parce que le personnel des médias estime devoir se 
montrer particuhèrement attentif à tout excès de 
zèle de la part de la police. 

La publicité faite aux brutalités pohcières a eu 
entre autres pour conséquences de développer 
chez beaucoup de gens une vision assez négative 
de la police. La rupture des Hens de respect entre 
le citoyen et la police peut facilement devenir 
réciproque. Un comportement méprisant chez les 
policiers entraîne presque toujours une attitude 
aussi méprisante chez les citoyens, et cela non 
seulement à l'égard de la police, mais aussi à 
l'égard de la loi qu'elle est censée faire respecter. 
En outre, l'agressivité attribuée par les médias à la 
police est peut-être plus susceptible d'entraîner 
des conduites d'imitation chez les consommateurs 
des médias que celle qui peut caractériser d'autres 
catégories de citoyens. En effet, les policiers, 
même lorsqu'on les montre en train d'accomplir 
des actes de violence, n'en restent pas moins les 
"bons" dont le comportement est non seulement 
récompensé financièrement, mais encore 
sanctionné par la société. 

On connaît de nombreuses sources 
psychologiques de violence et d'agressivité qui 
peuvent être influencées par les messages des 
médias. On ne peut en mentionner ici que 
quelques unes, et brièvement. 

La frustration est bien connue comme facteur 



II 



186 



psychologique important de l'agressivité (Dollard 
et alii, 1939). Le consommateur de médias moyen, 
c'est le citoyen moyen. Mais ce consommateur de 
médias se voit imposer une vision extrêmement 
faussée du monde dans lequel il vit. On lui montre 
un monde dans lequel les individus moyens vivent 
entourés de richesse, sans souci d'argent, et 
jouissent d'une grande liberté de voyager et de 
cultiver des relations inter-personnelles stimu- 
lantes et inédites, tout en ayant souvent l'occasion 
d'être violents et la perspective de riches récom- 
penses. L'illusion qui en résulte concernant ce à 
quoi il croit avoir droit dans sa propre vie, et qui 
est si différent de ce qu'il a en réalité, doit laisser 
un goût amer et fort de frustration permanente 
chez bien des consommateurs des médias. Les 
illusions et les frustrations nourries par l'expo- 
sition à ce genre de modèle imposé par les médias 
peuvent très bien jouer un rôle dans le processus 
qui a conduit à la psychologie inflationniste 
actuelle. Et sans doute les réactions nécessaires 
des employeurs aux revendications de salaires 
contribuent notablement aux frustrations des 
citoyens. 

La peur est peut-être une source moins connue 
d'agressivité. Il s'agit là d'une motivation qui, en 
devenant associée à une menace, tend à intensifier 
cette menace. La crainte de l'agression est peut- 
être le type de peur enseigné le plus fréquemment 
et avec le plus d'insistance: les parents exigent la 
soumission, interdisent de frapper autrui, et 
imposent la pohtesse, en particulier à l'égard des 
adultes; les enseignants interdisent le bruit et l'agi- 
tation, et enseignent que l'agressivité est le pire 
fléau de l'humanité; les médias font valoir que 
chacun se trouve chaque jour en danger d'être 
confronté à un acte de violence, et risque aussi de 
devenir lui-même violent. Les agressions sont par 
conséquent de plus en plus redoutées, ce qui ne 
sert qu'à accroître l'intensité de l'impression 
ressentie lors d'une agression. Si, alors, l'agression 
est empruntée à d'autres sources, comme par 
exemple l'imitation, l'intensité de la réaction 
agressive peut en être accrue, à cause de la peur 
même à laquelle elle renvoie. 

L'apprentissage de l'agressivité peut revêtir un 
certain nombre de formes, y compris la 
conformité à un modèle ou l'imitation, comme on 
l'a vu un peu partout dans ce mémoire, la récom- 



pense directe ou l'encouragement, dont il était 
question plus haut dans la présente section du 
présent appendice, l'encouragement indirect ou 
substitutif comme on va le voir dans la dernière 
section du présent appendice, et l'apprentissage 
physique d'une méthode destinée à arriver à une 
fin donnée par la violence, cette fin pouvant être 
un détournement d'avion ou un hold-up dans une 
banque. L'apprentissage est le moyen psycholo- 
gique par lequel les médias peuvent diff"user 
l'agression et la violence comme une épidémie. 
Les épidémies de contestation et de manifestations 
de détournements d'avion, de chantage à la 
bombe et de conflits économiques correspondent 
souvent en réalité à des périodes de présentation 
accrue de ce genre d'événements par les médias, 
en particulier d'information. On a été jusqu'à dire 
que si nous inaugurons peut-être une époque 
d'attentats et de terrorisme épidémiques à l'échelle 
internationale, cela est peut-être en partie dû à la 
publicité assurée à ces actes par les médias et à 
l'apprentissage des techniques qu'ils mettent en 
jeu. Il y a encore au moins un facteur psycholo- 
gique dans lequel les médias jouent probablement 
un rôle important, et qui devrait être mentionné 
ici. On a souvent remarqué, dans des situations 
nombreuses et diflTérentes, que la soumission de la 
victime tend à aiguiser le sadisme d'un compor- 
tement violent. On a observé ce phénomène 
surtout en invoquant le comportement des 
gardiens des camps de concentration de la 2ème 
guerre mondiale envers les prisonniers les plus 
soumis et celui des auteurs de viol vis-à-vis des 
victimes qu'ils se sont choisies. L'une des leçons 
que donnent souvent et de façon implicite les 
médias impose l'idée de l'impuissance totale des 
victimes face à la violence. Bien des histoires font 
valoir implicitement que les citoyens ordinaires 
sont désarmés face à la violence et il est rarement 
question dans les bulletins d'information d'inci- 
dents au cours desquels la violence a été contrée 
efïicacement. Le message imposé aux citoyens 
semble souvent affirmer qu'il faut se soumettre à 
la violence; ce message se traduit ainsi pour celui 
qui fait l'apprentissage de la violence: sa victime 
est sans défense et à sa merci. Voilà encore une 
leçon qui, une fois bien assimilée, ne fait que jeter 
de l'huile sur le feu. 

La plupart des observations présentées ci-dessus 



187 



suggèrent des moyens de limiter les effets de la 
violence diffusée par les médias. Il est peut-être 
temps maintenant de chercher avec soin des 
moyens d'appliquer ces nouvelles connaissances 
aux médias. 



P 



188 



Appendice E 

Caractéristiques socialement positives des médias 

La plus grande partie du présent mémoire est 
consacrée à montrer que l'exposition à la violence 
véhiculée par les médias, et en particulier, par la 
télévision, entraîne un accroissement de l'agressi- 
vité. On ne devrait cependant pas voir là une 
condamnation des médias en tant que tels. Nous 
ne désirons pas passer sous silence l'influence 
extrêmement positive que les médias peuvent 
avoir, et ont eu, sur la société. Les mêmes 
principes d'apprentissage et de conformité à des 
modèles dont on a montré les répercussions 
négatives et anti-sociales sur le comportement 
peuvent à l'inverse stimuler des comportements 
socialement positifs ou désirables si les modèles 
imposés sont appropriés. 

Il serait raisonnable d'admettre que l'une des 
raisons pour lesquelles le déferlement de violence 
qui a envahi les médias n'a pas eu un eff'et aussi 
dévastateur sur la société qu'on pourrait le 
craindre est que les médias proposaient en même 
temps à l'imitation des consommateurs une 
quantité importante de messages socialement 
positifs. La plupart des scénarios, même violents, 
présentent une bonne dose de comportements 
positifs comme modèles: ces comportements 
mettent en valeur des qualités telles que par 
exemple l'esprit de coopération, le sens de 
l'entraide, le respect, la politesse, etc. 

Le présent appendice a pour objet de présenter 
un certain nombre d'effets socialement positifs de 
l'exposition aux médias. Ceux-ci sont un moyen 
de distraction assez bien connu pour qu'il ne soit 
pas besoin d'y insister ici. On étudiera dans les 
trois sections suivantes les effets éducationnels et 
thérapeutiques des médias, ainsi que d'autres 
types d'apprentissage socialement positifs que les 
médias peuvent faciliter. Ces trois points ne seront 
pas discutés de façon exhaustive. L'une des tâches 
les plus importantes qui attend le personnel des 
médias devrait être de consacrer ses talents à 
chercher des moyens nouveaux et intéressants de 
présenter aux gens des comportements et des 
modes de vie socialement positifs. 

I - FONCTION ÉDUCATIVE 

Les médias ont toujours été nos principaux 



éducateurs. Ils fournissent à la société ses moyens 
de communication indirects. Tous les moyens de 
communication de masse, à l'exception des 
médias visuels, ont d'abord été conçus comme des 
moyens d'éducation et de communication. Il est 
certain que les médias mettent à la portée de 
personnes qui, sans eux, n'y auraient pas accès, 
une énorme masse d'informations. Et même dans 
des messages conçus à l'origine sur le mode du 
divertissement, on trouve bon nombre d'informa- 
tions indirectes. 

Les livres ont longtemps été les principaux 
supports éducationnels. Il n'en est pas moins 
certain que chacun des médias, à sa façon, peut 
jouer un rôle important dans le processus éduca- 
tionnel global. Bail et Bogaz (1970), à partir d'un 
certain nombre de mesures portant sur la connais- 
sance des différentes parties du corps, des lettres, 
des noms, de l'agencement des formes, des 
rapports, du tri et de la classification, ont montré 
que sur une période de six mois, les connaissances 
des enfants dans ces domaines augmentaient en 
proportion directe de leur exposition à l'émission 
Sésame street. Colton (1972) a montré que les 
programmes audio-visuels aidaient les enfants des 
maternelles dans l'apprentissage d'un concept. 
Des programmes scolaires entiers ont été 
enregistrés sur vidéo et sont utilisés au moins 
comme aide pédagogique. D'une façon plus large, 
d'énormes quantités d'informations et d'opinions 
sont déversées sur les consommateurs des médias 
par le canal de la télévision, de la radio, des 
journaux et des magazines. 

Malheureusement, trop peu de recherches 
sérieuses ont été faites sur l'eflîcacité de l'utili- 
sation des médias dans le processus éducationnel. 
C'est un fait que des stations de télévision 
éducative ont été mises sur pied. Elles produisent 
une quantité importante d'émissions éducatives 
destinées aux consommateurs. Néanmoins, rien 
ou presque rien, ne prouve que ces émissions 
éduquent véritablement ou qu'elles soient d'une 
façon ou d'une autre supérieures à d'autres 
moyens pédagogiques. En fait, il n'est pas certain 
du tout que les livres aident leurs lecteurs à 
apprendre quoi que ce soit. Certaines informations 
tendent à montrer que les chaînes de télévision 
éducative ont un peu moins la faveur des téléspec- 
tateurs que les programmes des chaînes privées 



189 



(Schramm, 1960). C'est là une information un peu 
décourageante, mais qui doit être corrigée: il est 
possible que la qualité de la télévision éducative, 
du point de vue technique, soit un peu limitée. Il 
se peut aussi que la programmation des chaînes de 
télévision éducative soit insuffisante; ou que les 
succès de la télévision privée soient dus à sa 
complaisance à satisfaire les besoins acquis de 
l'humanité en matière de violence; il se peut enfin 
que nous n'ayons simplement pas encore appris à 
nous servir de la télévision comme d'un 
instrument pédagogique. Et la même chose vaut 
peut-être pour les livres, les journaux et la radio. 
Il est peut-être temps que l'on impose certaines 
conditions à la délivrance des permis d'exploi- 
tation dans le secteur des médias: on pourrait par 
exemple exiger qu'une partie préalablement 
définie des bénéfices soit consacrée à la recherche, 
une recherche qui serait moins intéressée par les 
possibilités de mise en marché d'un produit que 
par son influence sur le consommateur. Cette 
exigence aurait certainement un eff'et particuHer 
puissant sur les médias prétendant avoir une 
vocation éducative. Si l'un de ces médias se 
réclamait de cette vocation pour obtenir des 
subventions, on pourrait très bien lui demander, 
dans le cadre de la protection des consommateurs, 
de prouver qu'il a réellement une influence 
pédagogique, c'est-à-dire qu'il transforme 
réellement d'une façon ou d'une autre le compor- 
tement de ceux qui sont exposés à ce qu'il produit. 
Peut-être alors serait-il possible, non seulement 
d'apprendre quelque chose sur la valeur respective 
des difl"érents médias du point de vue de l'éduca- 
tion, mais encore d'apprendre quelque chose sur 
l'influence que les diff'érents messages de diff'érents 
types de médias ont sur les gens. Les éducateurs, 
bien entendu, en tant qu'instruments de communi- 
cation de masse, devraient eux aussi prouver la 
réalité de l'influence qu'ils ont sur leurs consom- 
mateurs étudiants, et montrer comment cette 
influence se manifeste. 

II - USAGES THÉRAPEUTIQUES 

La médecine a réalisé ses principales décou- 
vertes dans le traitement et la prévention des 
maladies infectieuses. L'autre grande catégorie de 
maladies s'ordonne autour d'un point central qui 
est le stress. Ces maladies là ne font que 



commencer à reculer devant certaines formes de 
traitements psychologiques, en particulier les 
traitements désensibilisants. La plupart d'entre 
elles pourraient probablement être prévenues si on 
disposait des techniques et des moyens appropriés. 
On a maintenant des raisons de croire que les 
médias, et plus particulièrement la télévision, 
pourraient constituer une technique appropriée de 
traitement de certaines maladies et de certaines 
défaillances dérivées du stress. Les études très 
restreintes qui ont été menées jusqu'à présent 
tendent à montrer qu'on pourrait obtenir des 
résultats intéressants en se servant à bon escient 
de programmes de télévision susceptibles 
d'émousser la sensibilité à l'angoisse, qui constitue 
la dimension psychologique du stress. En fait, les 
médias pourraient contribuer à réduire non 
seulement le niveau de tension générale, mais 
encore celui de plusieurs autres maladies et défail- 
lances humaines. 

Selon certaines études, les comportements 
indésirables ou incongrus peuvent parfois être 
modifiés ou atténués. Dès 1942, Chittenden en 
donnait l'exemple: à des enfants hyperagressifs et 
dominateurs fut donnée une série de représenta- 
tions de marionnettes dans laquelle les person- 
nages qui faisaient valoir l'esprit de coopération 
comme moyen de résoudre des conflits étaient 
récompensés. Tandis que ceux qui voulaient 
imposer des solutions brutales en subissaient des 
conséquences désagréables. A la suite de cette 
série de représentations, on put observer une 
atténuation du comportement indésirable des 
enfants. Walters et Willows (1968) ont étudié les 
efl'ets de la présentation de modèles filmés soit 
agressifs, soit non agressifs, à des garçons de 7 à 
10 ans, les uns normaux et les autres souffrant de 
troubles divers. Ils purent observer une augmen- 
tation des comportements d'imitation non 
agressifs chez les garçons normaux. Enfin, la 
question n'est pas encore résolue de savoir si des 
garçons et des filles souff'rant de troubles affectifs 
n'auraient pas avantage à être exposés à des 
modèles appropriés adéquats, dans un milieu 
favorable. 

Selon un certain nombre d'études, des conduites 
de peur ou des phobies ont été atténuées en 
présentant au sujet des modèles n'éprouvant pas 
ce sentiment. Bandura, Grusec et Menlove (1967), 



190 



avec des modèles vivants, et Bandura et Menlove 
(1968), avec des modèles filmés, montrèrent à des 
enfants qui avaient peur des chiens des sujets de 
leur âge jouant sans crainte avec ces animaux. 
Après cela, les enfants témoignaient moins de 
crainte à approcher et flatter les chiens. Lorsque 
dans une étude ultérieure on utilisa des modèles 
représentant plusieurs traits de similitude avec les 
sujets, Tefi^et dura plus d'un mois. Une étude du 
même genre fut menée par Hill, Liebert et Mott 
(1968). Une autre étude du laboratoire de 
Bandura (Bandura, Blanchard et Ritter, 1969) 
traitait de la phobie des serpents. Plusieurs traite- 
ments furent essayés et comparés, et l'un d'entre 
eux était un film représentant un modèle s'appro- 
chant sans crainte d'un serpent. Bien que ce film 
n'ait pas été le plus efficace des traitements 
essayés, il n'en avait pas moins pour résultat 
d'accroîre la capacité des sujets à approcher les 
serpents, à réduire des témoignages de peur des 
serpents et à provoquer une attitude positive à leur 
égard. La plupart de ces effets durèrent au moins 
un mois. On doit aussi ajouter que si cette 
méthode de traitement n'était pas la plus efficace, 
elle n'en était pas moins la plus facile à mettre au 
point et à diff'user auprès du grand pubHc. 

Ce genre de phobie limitée et peut-être sans 
importance n'est pas le seul type de conduite 
d'angoisse à être abordé. Paulos et Davidson 
(1971) ont présenté un programme de télévision 
simulé à des enfants de AVi à 6% ans qui avaient 
peur du dentiste. Dans le film, un garçon de 8 ans 
s'installait sans peur dans un fauteuil de dentiste 
sous le regard craintif d'une fillette de 4 ans. Peu à 
peu, on voyait sa crainte disparaître et, plus tard, 
elle-même s'installait dans le fauteuil. On put 
observer une diminution significative de la peur 
témoignée par les sujets de l'expérience. 
Meichenbaum (1971) montre dans ses recherches 
que des sujets peuvent apprendre à dominer leurs 
angoisses dans des situations angoissantes en se 
répétant certains types d'énoncés. Cette technique 
peut être enseignée à l'aide de modèles appropriés, 
y compris les modèles enregistrés. Un certain 
nombre d'études publiées par Quirk (1973, 1974, 
1975), qui utilisait du matériel projeté sur diaposi- 
tives pour traiter des troubles complexes et 
difficiles, pourraient bien avoir des appHcations 
directes sur les productions des médias. 



Les conduites de timidité d'enfants d'âge pré- 
scolaire ont été corrigées au moyen de modèles 
filmés (O'Connor, 1972). Un film représentant le 
type de comportement qu'on attend d'un enfant à 
la maternelle fut tourné. Dans chaque scène, un 
modèle du même âge que les spectacteurs, tout 
d'abord exclu, regarde un groupe plongé dans une 
activité quelconque, se joint à lui et y est bien 
accueilli. Ces activités deviennent de plus en plus 
agitées. On put observer qu'après avoir vu ce film, 
des enfants témoignant d'un sentiment d'exclusion 
augmentaient de façon notable le nombre de leurs 
relations sociales, par rapport à un groupe de 
référence. On a de bonnes raisons de croire que 
certains patients chroniques des hôpitaux psychia- 
triques peuvent adopter un comportement socia- 
lement plus positif et adéquat si on leur projette 
des films bien conçus représentant ce genre de 
comportement (Stoller, 1967). Et la gamme des 
méthodes par lesquelles diff'érents types de défail- 
lances et de problèmes humains peuvent être 
atténués s'élargit régulièrement. 

III - AUTRES UTILISATIONS SOCIALEMENT 
POSITIVES 

Un certain nombre d'études ont prouvé que 
l'exposition à des modèles vivants ou filmés 
rendait les comportements plus positifs, socia- 
lement parlant. Bryan et Walbeck (1970) et 
Rosenhan et White (1967) ont étudié la générosité 
et l'altruisme. Dans leurs expériences, des enfants 
voyaient un modèle du même âge et du même sexe 
qu'eux jouer aux boules, et gagner des prix en 
argent. Ces modèles ou bien utilisaient ces prix de 
façon égoïste, ou bien de façon généreuse en les 
distribuant; ils prêchaient aussi les uns l'égoïsme, 
les autres la générosité. Lorsque, par la suite, on fit 
jouer une représentation par les sujets eux-mêmes, 
ceux qui avaient vu le modèle charitable étaient 
plus enclins à partager leurs prix que ceux qui 
avaient vu le modèle égoïste, et cela indépen- 
damment du contenu des discours du modèle. 
Cela signifie que seul le comportement réel du 
modèle avait influencé celui des sujets. Une étude 
similaire faite par Stein et Bryan (1972) traitait de 
la maîtrise de soi, là aussi en prenant le jeu de 
boules pour contexte. Le modèle, qui était du 
même âge et du même sexe que les sujets, 
s'accordait à lui-même une récompense sous la 



191 



forme d'une pile de pièces de 5 sous, chaque fois 
qu'il faisait un beau lancer. Pour certains enfants 
qui servaient de sujets à l'expérience, les modèles 
respectaient la règle, et pour d'autres ils trichaient. 
Les modèles parlaient aussi en faveur du respect 
de la règle ou de sa transgression. Par la suite, c'est 
par les sujets dont le modèle avait réguhèrement 
respecté la règle et en avait prêché le respect que 
cette règle était le plus respectée. 

On a aussi étudié le rapport de la gratification, 
du point de vue du délai écoulé entre l'acte et la 
récompense. Bandura et Mischel (1965) détermi- 
nèrent d'abord l'attitude globale des sujets par 
rapport à la récompense, c'est-à-dire qu'ils 
cherchèrent à savoir s'ils avaient tendance à 
préférer des récompenses immédiates mais de 
moindre valeur, ou étaient prêts à attendre plus 
longtemps pour se ménager une récompense plus 
importante. Ensuite, chaque sujet put observer un 
modèle fonctionnant sur la tendance inverse. La 
façon dont les sujets réagissaient par rapport aux 
délais de récompense en fut sensiblement affectée. 
On a étudié d'une façon un peu semblable le 
respect de la règle. Dans une expérience montée 
par Walters, Leat et Mezei (1963), on adopta pour 
règle que certains jouets ne devaient pas être 
touchés. Les sujets de l'expérience virent d'abord 
un modèle filmé enfreindre la règle et être soit 
récompensé, soit puni. Puis ils furent eux-mêmes 
mis en présence du jouet interdit. Les sujets qui 
avaient vu le film où le modèle avait été récom- 
pensé commencèrent à jouer plus tôt et jouèrent 
plus longtemps avec le jouet que ceux qui avaient 
vu le modèle puni. Wolf et Cheyne (1972), après 
une expérience semblable, conclurent qu'un 
modèle respectueux pousse le sujet à s'interdire de 
jouer avec les jouets interdits, tandis qu'un modèle 
irrespectueux les libère de cette interdiction. Ces 
effets furent obtenus avec des modèles vivants ou 
symboliques, comportementaux ou verbaux. On 
doit néanmoins préciser que le modèle comporte- 
mental fut plus efficace que le modèle verbal. 

La résistance à la tentation a aussi été étudiée. 
Bryan (1969) montrait à des enfants un modèle 
adulte qui soit, repoussait la tentation de voler des 
douceurs, soit, y cédait. Comme dans d'autres 
expériences, le modèle prêchait le refoulement ou 
la transgression ou tenait un discours neutre. 
Même si les enfants se trouvant un peu plus tard 



dans la même situation, ne cédèrent pas à la tenta- 
tion, leurs jugements concernant le modèle se 
ressentaient des actes de ce dernier, mais non pas 
de son discours. Le jugement ou le raisonnement 
moral fut amélioré chez les délinquants pré-ado- 
lescents (Keasey 1973) et adolescents (Prentice 
1972) après qu'on leur eut présenté des modèles 
illustrant un niveau de raisonnement ou de 
jugement plus élevé, face à des situations 
conflictuelles, qu'eux-mêmes, n'avaient atteint. 

Une expérience a montré que même des sujets 
modérément retardés pouvaient apprendre un 
répertoire restreint de réactions sociales, grâce à 
des modèles enregistrés sur vidéo. Dans l'étude en 
question (Nelson et alii 1973), le sujet apprenait 
trois réactions. Dans le cadre de la politique 
récemment adoptée voulant que les émissions de 
télévision présentent des acteurs de couleur dans 
des rôles positifs, une expérience de Kramer et alii 
(1975) est particulièrement intéressante. Ces 
chercheurs découvrirent que le préjugé racial de 
sujets à qui avait été projeté un film, Black and 
White: Uptight, ou un vidéo représentant un 
modèle adoptant une attitude positive, avait 
diminué. 

Une importante étude sur le terrain menée par 
Stein et Friedrich (1972) put dépasser les limites 
inhérentes aux expériences en laboratoire: en 
effet, ils ont observé des enfants exposés à des 
programmes de télévision réguliers dans le cadre 
très réaliste d'une maternelle. Ils mesurèrent sur 
une période de neuf semaines les conduites de 
collaboration, de persévérance et de maîtrise de 
soi tant pendant les cours que pendant les 
périodes de jeu. Dans les quatre semaines 
suivantes, on projeta quotidiennement aux enfants 
soit une émission socialement positive (Mr. 
Roger's neighbourhood), soit des dessins animés 
pleins d'agressivité (Baîman ou Superman), soit des 
émissions neutres. Les deux dernières semaines 
servirent de période de conclusion de l'expérience. 
Outre l'observation habituelle suivant laquelle 
l'agressivité de ceux qui regardaient les émissions 
violentes augmentait, on put aussi remarquer une 
amélioration de la maîtrise de soi de ceux qui 
avaient regardé des émissions socialement 
positives, et une diminution de la maîtrise de soi 
de ceux qui avaient regardé les émissions 
violentes. On put aussi observer chez les enfants 



192 



issus de milieux socio-économiquement plus 
défavorisés appartenant au groupe regardant les 
émissions socialement positives, un renforcement 
des conduites de coopération. 

Les observations présentées ci-dessus, jointes à 
celles qui parsèment le reste du présent mémoire, 
justifient les recommandations générales 
suivantes: il est d'une importance vitale pour la 
société dans son ensemble qu'on trouve les 
moyens de s'assurer que les modèles agressifs 
présentés par les médias soient remplacés par des 
modèles illustrant des conduites socialement 
positives, et trouvant des solutions socialement 
positives aux situations conflictuelles. Un nombre 
énorme d'actes socialement positifs pourraient 
être enseignés aux gens. Et les très grandes dispo- 
sitions créatrices du personnel des médias 
devraient d'une façon ou d'une autre être 
orientées vers la solution des problèmes qui se 
posent à la société plutôt que les renforcer. Les 
recherches effectuées dans ce domaine ouvrent 
d'immenses possibilités d'appHcation des vertus 
créatrices des médias. 



193 



Appendice F 

Ejfets relatifs des dijférents médias dans l'incitation 
à la violence 

Presque tous les travaux de recherche effectués sur 
le rôle des médias dans l'incitation à la violence 
portaient sur les moyens de communication 
audiovisuels, et en particulier, le cinéma et la 
télévision. La Commission Royale d'enquête s'est 
donc posé la question de savoir si les autres types 
de médias avaient des effets semblables sur le 
comportement humain. C'est là une question sur 
laquelle on ne s'est guère penché, et il existe peu 
de données à partir desquelles on pourrait y 
répondre directement. Néanmoins, en analysant 
ces différentes composantes, on peut lui fournir 
une réponse approximative. 

Les conduites d'imitation et de conformaité à 
un modèle ont été les principaux sujets des 
travaux de recherche portant sur les effets des 
médias. On peut donc se demander si tous les 
médias partagent cette aptitude à s'imposer 
comme modèle ou à susciter des conduites d'imi- 
tation. Il semble de plus en plus certain que le type 
de comportement proposé comme modèle a 
tendance à être assimilé par le consommateur. 
Certains des travaux évoqués plus haut obser- 
vaient que les discours et les "prêches" incitaient 
moins à l'imitation que la mise en scène des actes 
qu'on voulait faire imiter (voir l'appendice E). Ce 
sont les actes, les gestes et la motricité générale qui 
sont le plus susceptibles de susciter des conduites 
d'imitation lorsqu'ils sont véhiculés par des 
médias audiovisuels. Ce sont ces types de compor- 
tement qui sont acquis plus facilement par l'inter- 
médiaire de la télévision et des films (Dominick et 
Greenberg, 1972; Lefkowitz et alii, 1972; 
Mcintyre et Teevan, 1972; McLeod et alii, 1972a, 
1972b; Robinson et Bachman, 1972; Stein et 
Friedrich, 1972; Steuer et alii, 1971). Les autres 
médias emploient généralement le discours écrit 
ou parlé comme principal moyen de communica- 
tion. Par conséquent, ils tendent probablement à 
utiliser des modèles verbaux. La pédagogie 
verbale joue un grand rôle dans l'acquisition des 
connaissances nécessaires à la vie quotidienne, 
mais il se pourrait bien qu'elle ne facilite pas 
l'acquisition de la violence, et de loin, comme peut 
le faire la mise en scène de modèles. En outre, 



certaines expériences tendent à montrer que la 
pédagogie verbale n'est pas aussi efficace lorsqu'il 
s'agit d'imposer des modèles à des enfants (Bryan 
et Walbeck, 1970) que lorsqu'il s'agit de les 
imposer à des adultes. 

En second lieu, la télévision et le cinéma 
donnent aux spectateurs des informations ou des 
données dont le caractère visuel vaut pour preuve 
de leur vérité et de leur validité. Lorsque les yeux 
observent une scène particulière, surtout s'ils en 
perçoivent le mouvement et la couleur, le 
spectateur éprouve une impression très forte de 
réalité même si, comme chacun peut s'en assurer 
ne serait-ce qu'en visitant le Centre scientifique de 
l'Ontario pour y voir la fenêtre trapézoïde d'Ames 
ou la chambre des distorsions, par exemple, le 
spectacle présenté est parfaitement illusoire. Le 
discours parlé peut être considéré par l'auditeur 
comme vrai ou valide, c'est essentiellement une 
question de confiance dans l'autorité du locuteur. 
Mais le témoignage des yeux, qui permet aux gens 
de "le voir pour le croire", est difficile à contre- 
dire, même si toutes sortes de ruptures inter- 
viennent pour persuader le spectateur que ce qu'il 
voit est pure fiction. Cela assure à la télévision et 
au cinéma un net avantage sur les autres médias, 
puisque leurs messages sont caractérisés par la 
participation, l'identification et l'illusion de la 
réalité. Il est intéressant de noter que les enfants 
d'âges intermédiaires sont d'autant plus enclins à 
croire que les scènes projetées sont réalistes et 
véridiques, qu'ils sont assidus devant la télévision, 
et en particulier, devant les émissions violentes 
(Eron et alii, 1972). En outre, les supports audiovi- 
suels joignent au déroulement de l'histoire 
rapportée, mieux que la plupart des autres médias, 
des signes contextuels et subtils, témoignant 
subrepticement des récompenses offertes au 
modèle par exemple. Cela peut permettre au 
processus de corroboration substitutive de 
fonctionner mieux dans les médias visuels que 
dans les autres. 

En troisième lieu, il existe une différence très 
nette entre les médias au niveau de la diffusion. La 
télévision et le cinéma sont accessibles à 
quasiment tous les habitants de l'Ontario, si l'on 
suppose que les données disponibles sur les foyers 
américains s'appliquent dans ce domaine aux 
foyers ontariens. Les postes de télévision sont le 



194 



type d'appareils électriques le plus courant dans 
les foyers américains, plus courant encore que la 
plomberie (Liebert et alii 1973); aux Etats-Unis, à 
peu près 99% des foyers ayant des enfants ont la 
télévision; et le TV Guide est l'un des deux 
magazines à plus fort tirage. Les statistiques 
américaines nous apprennent que l'enfant moyen 
passe plus de temps à regarder la télévision qu'à 
faire quoi que ce soit d'autre, sauf dormir. Le 
poste de télévision est ouvert en moyenne plus de 
six heures par jour. C'est la télévision qui a la plus 
large diffusion de tous les médias. Il est vrai qu'il 
existe une évolution observable de l'emploi des 
médias au cours des différentes périodes de la vie 
mais, pour la plupart des catégories d'âge, la 
télévision demeure le média le plus utilisé. Tout 
cela assure à la télévision une capacité d'influencer 
la vie et le comportement des gens plus importante 
qu'à n'importe quel autre média. 

En quatrième lieu, il existe une différence consi- 
dérable entre les divers médias si l'on considère la 
sensibilité respective de leurs consommateurs. Ce 
facteur peut être considéré à plusieurs points de 
vue. 

a) Il y a des différences importantes dans la 
façon dont les gens consomment les différents 
médias. Les journaux sont en général lus de façon 
routinière et aussi très sélective. Ces deux facteurs 
ont tendance à maintenir le niveau de résistance 
du consommateur aux messages reçus à un niveau 
assez élevé, le caractère routinier de cette activité 
imposant à la longue une sorte de méthode de 
lecture, et son caractère sélectif renforçant les 
mécanismes de défense et de vigilance inhérents à 
une lecture efficace. Quant à la radio, aujourd'hui, 
elle n'est plus perçue par la majorité des auditeurs 
que comme une sorte de bruit de fond. Au 
contraire, la télévision, les films et, peut-être, les 
bandes dessinées, tendent à être absorbés de façon 
plutôt passive dans les périodes de loisir, dans un 
repos confortable et dans un environnement 
relativement détendu. Dans ces conditions, les 
mécanismes de sélection et de défense se relâchent 
et la sensibihté aux messages s'accroît, en parti- 
culier si ce message est associé à un contenu 
violent ou sexuel adéquat (Doob et Climie, 1972; 
Doob et Kirshenbaum. 1973). 

b) Il existe aussi des variations dans la sensi- 
bilité des gros consommateurs des différents 



médias. Les très jeunes ingèrent exclusivement des 
émissions télévisées. Dans les premières années de 
l'âge scolaire viennent s'y ajouter les illustrés. A 
partir de 10 ans, interviennent le cinéma et les 
ouvrages d'imagination. Au milieu de l'adoles- 
cence, les magazines ont tendance à remplacer les 
illustrés. Autour de 25 ans, le journal vient 
s'agréger aux autres médias consommés. L'intérêt 
pour la télévision décline quelque peu vers les 35 
ans, pour renaître à l'approche de la retraite 
(Murray, 1973). Tout cela tend à montrer que c'est 
aux âges les plus sensibles de leur vie, lorsqu'ils 
ressentent le plus le besoin d'être informés, 
rassurés et stabilisés, et lorsqu'ils se trouvent le 
plus incertains, que les gens accroissent leur 
consommation de télévison. En outre, c'est au 
cours des années de la pré-adolescence, lorsque 
l'enfant est le plus profondément engagé dans 
l'acquisition de nouveaux principes de conduite, 
lorsque ses facultés critiques sont le moins 
développées, lorsque son aptitude à distinguer 
entre la réalité et la fiction est la plus incertaine, 
lorsque sa capacité à juger ou interpréter son 
propre comportement et celui des autres est le 
moins informée, et lorsqu'il dépend le plus des 
moyens de communication pour l'aider dans son 
apprentissage, qu'il est un consommateur presque 
exclusif, entre tous les médias, de la télévision. Il 
faut ajouter à cela qu'au cours de ses toutes 
premières années, l'école et ses camarades de jeu 
ne sont guère susceptibles de limiter le temps qu'il 
consacre à la télévision. 

c) Tous les médias ont en commun certains 
moyens de persuader leur consommateur de la 
véracité de leurs messages. On a parlé plus haut de 
l'avantage qu'ont la télévision et le cinéma à 
présenter leurs messages sous forme visuelle, la 
vision étant pour la plupart des gens le principal 
garant de réalité. Les journaux, eux, créent 
l'illusion de la véracité en présentant des 
"informations" et en les dormant sous une forme 
"descriptive". Quant aux magazines et à la radio, 
ils s'abritent derrière des déclarations d'autorité et 
des messages "autoritaires". Il est sans doute vrai 
que bien des gens "croient" ce que leur disent les 
différents médias. Par exemple, les gens 
fonctionnant sur un schéma d'autorité peuvent se 
trouver plus réceptifs aux magazines et à la radio, 



195 



tandis que des scientifiques sont sans doute plus 
réceptifs à la télévision et au cinéma. 

Si l'on se base sur l'analyse précédente, on peut 
penser raisonnablement que des recherches qui 
ont porté essentiellement sur les eff"ets de la 
télévision et du cinéma sur le comportement 
humain produisent des résultats intéressant essen- 
tiellement la télévision et le cinéma. Les autres 
médias ont probablement une influence moins 
forte sur le comportement humain que ces 
derniers. Néanmoins, nous ne sommes pas 
capables de mesurer cette difl'érence, et elle n'est 
probablement pas très grande. Les médias ont 
vraisemblablement tous le même genre d'influence 
sur le comportement humain en incitant à l'agres- 
sivité et à la violence, même si la télévision 
l'emporte sur les autres médias du point de vue de 
l'eflîcacité dans ce domaine. 



196 



Appendice G 

Faits divers témoignant de l'influence des médias 
dans la dissémination de la violence dans la société. 

La presse a fait état de nombreux faits divers 
témoignant du rapport direct qui existe souvent 
entre les messages des médias et la violence 
manifestée ultérieurement par certains individus 
ou groupes. On peut citer par exemple l'histoire du 
garçon que le concierge avait surpris en train de 
parsemer le repas familial de verre pilé pour voir si 
ce menu aurait vraiment les effets annoncés par 
une émission de télévision, ou celle de l'épidémie 
de détournements d'avions après la sortie d'un 
film dont c'était là le sujet. Tout ce que prouvent 
ces histoires, c'est que les incidents rapportés par 
les médias donnent des idées aux gens, et que 
certaines gens cherchent précisément des idées qui 
pourront leur faire gagner de l'argent ou la 
célébrité. 

Mais ce que ces anecdotes ne disent pas, c'est 
qu'il n'y a pas que des fous et des malades qui 
soient influencés par les idées diffusées par les 
médias. Bien sûr, on ne peut pas dire que chacun 
s'empresse de mettre à exécution les idées de 
violence diffusées par les médias. Mais il y a assez 
de gens pour mettre à exécution les idées qu'ils 
retirent des médias pour qu'on ne puisse plus se 
contenter de croire que seuls ceux qui ont la 
volonté préalable de commettre des actes de 
violence les trouvent dans les médias. Les faits 
divers connus sont légion, et il y en a infiniment 
plus qui restent dans l'ombre. En fait, les travaux 
de recherche effectués sur le sujet tendent à 
montrer que l'influence de la violence diffusée par 
les médias est généralement, et même systémati- 
quement, plus subtile que ne le laisseraient croire 
quelques actions d'éclat montées en épingle. Au 
contraire même, il est vraisemblable que la plus 
grande partie des incidents significatifs de ce point 
de vue est non seulement considérée comme 
indigne de paraître dans la chronique des faits 
divers, mais encore comme n'ayant aucun rapport 
avec l'influence des médias sur leurs auteurs. Et 
pourtant, ces incidents subtilement influencés par 
les médias ne se comptent plus et le praticien assez 
attentif en entend bien d'autres dans le secret de 
son cabinet. 

Ainsi par exemple, on connaît un certain sujet 



qui, au cours de son enfance, s'identifiait 
fortement à un personnage de la littérature qui 
portait le même prénom que lui. Ce personnage 
était passablement violent, même si c'était avec 
panache. Les effets de cette identification sur la 
vie du sujet n'ont jamais été assez clairs pour 
pouvoir être décrits précisément, mais ils devaient 
s'accumuler et devenir systématiques jusqu'à 
produire une tendance générale et croissant avec 
l'expérience à nourrir une très forte agressivité. 
Sans doute, bien d'autres facteurs contribuaient à 
l'agressivité du sujet, mais il n'en reste pas moins 
que l'influence de son modèle y jouait un rôle 
certain. De la même façon, l'un des facteurs qui 
poussait une certaine femme à demander le 
divorce était, de son aveu même, l'identification 
fantasmée mais évidente à l'héroïne d'un feuil- 
leton télévisé mettant en scène une femme 
divorcée et ses filles. 

En fin de compte, tous ces faits divers ont relati- 
vement plus d'intérêt lorsqu'il s'agit de montrer 
l'effet destructeur du contenu des médias. En 
outre, la Commission a aussi facilement accès à ce 
genre d'anecdote que notre groupe de travail. Il 
semble par conséquent plus utile d'étudier ici un 
autre aspect de l'influence des médias portant sur 
le comportement des individus dans la société. 
C'est à cet autre aspect que sera consacrée la suite 
du présent appendice. 

Il s'agit de l'identification des messages diffusés 
par les médias et dont on peut s'attendre qu'ils 
aient une influence négative, et en particulier 
violente, sur le comportement. Les travaux 
effectués dans ce domaine donnent une idée assez 
claire des catégories de variables propres à susciter 
l'imitation, et par là à permettre des conduites 
négatives. Et les faits divers connus donnent 
nombre d'exemples du genre de choses qui 
peuvent produire des modifications du compor- 
tement relativement facilement et directement. 

Il y a quelque chose que l'on n'aborde pas assez 
souvent lors des débats sur cette question, et cela 
en grande partie à cause de la sensibilité dont 
témoigne à cet égard le personnel des médias: il 
s'agit du genre de messages, en particulier dans les 
émissions d'informations, susceptibles de susciter 
des comportements violents. Dans les paragraphes 
suivants, on évoquera deux types de bulletins 
d'informations dont les conséquences directes ou 



197 



indirectes ne sont pas connues, mais susceptibles 
d'entraîner des risques de manifestations 
violentes. 

Le premier type de nouvelles appartient à un 
bulletin d'informations national de Radio-Canada 
diffusé le 5 août 1975. On y parlait d'un rapport de 
la Gendarmerie Royale du Canada qui ne devait 
en principe pas être rendu public. Ce rapport 
prétendait que les Indiens du Canada représen- 
taient le principal risque de désordre et parlait 
notamment de la possibilité d"'enlever ou pire" 
des hommes politiques. Ce rapport prétendait 
aussi que le ressentiment de certains Indiens les 
dressaient contre d'autres Indiens. On parlait du 
processus d'organisation des Indiens, du stockage 
d'armes. 

La Gendarmerie soulignait même que les 
militants Indiens seraient sans doute flattés de la 
publication par la presse du rapport, cette publi- 
cation voulant dire pour eux qu'ils étaient enfin, 
après tant de vaines menaces, pris au sérieux. Au 
rapport proprement dit étaient joints des extraits 
de films montrant des Indiens qui portaient des 
armes, menaçaient la police ou se battaient contre 
des agents de la Gendarmerie Royale au cours 
d'une manifestation puissante et apparemment 
violente. Le rapport rappelait enfin la crise 
d'octobre au Québec et les attentats du FLQ pour 
souligner qu'un diplomate avait alors été enlevé et 
un autre tué, et pour avertir implicitement que ce 
genre d'événements pourrait bien se reproduire. 

Indépendamment de la question de savoir si ce 
bulletin d'informations eut une influence réelle sur 
le comportement de certains téléspectateurs, on 
peut dire qu'il était structuré d'une façon idéale du 
point de vue de l'eff'et de violence. Il désignait les 
Indiens du Canada à la vindicte de la population 
non indienne; il rappelait aux Indiens et à d'autres 
groupes éventuellement intéressés qu'il leur 
suffisait, pour devenir le centre de l'actualité 
nationale et internationale, de répéter les actes du 
FLQ, et sur cela le bulletin d'informations revenait 
une deuxième fois, comme pour mieux enfoncer le 
clou; il désignait les autres Indiens et les hommes 
publics comme des victimes éventuelles d'acte de 
violence, et suggérait même sous quelle forme; il 
parlait de stockage d'armes, idée propre à être 
retenue par toutes sortes de gens aigris ou 
apeurés; il montrait de façon particulièrement 



visible, si l'on peut dire, comment attirer 
l'attention du public et de la presse sur une cause; 
il donnait l'impression que les mécanismes de 
défense de la société contre les manifestations de 
violence étaient inefficaces et peut-être impuis- 
sants. Enfin, tout cela était accentué par le fait que 
le présentateur, qui a un statut social important 
aux yeux des téléspectateurs, décrivait quasiment 
comme un haut fait ce qui était, en fait, un vol: le 
document avait en eff'et été volé (et on laissait 
entendre par Radio-Canada) et était diff'usé 
comme subrepticement, presque illégalement et en 
tout cas avec beaucoup d'audace. Ce bulletin 
d'informations présentait bien le pire message que 
l'on puisse imaginer. 

Le même genre d'information fut diffusé le 5 
août 1975 au cours de l'édition du soir des 
nouvelles de ctv. On y voyait le Dr. Morton 
Shulman déclarer qu'un seul homme armé de six 
bâtons de dynamique pouvait effacer Toronto de 
la carte en deux semaines. Lui-même, semble-t-il, 
avait réussi à déjouer les surveillances des gardiens 
et à s'introduire dans la centrale nucléaire de 
Pickering, jusqu'en des zones radioactives. 

Ce genre de bulletin d'informations fait 
sensation sans aucun doute, tout comme les décla- 
rations du Dr. Shulman. Mais il y a plus. Il donne 
à tout le monde une idée de la façon dont on peut 
provoquer le désastre ultime, celui que personne 
ne croyait pouvoir réaliser jusqu'alors, la 
destruction d'une ville. Et cette idée a certai- 
nement fait son chemin dans la tête de quelques 
spectateurs particuhèrement aigris, ou séduits par 
les possibilités d'extorsion de fonds qui l'accompa- 
gnent. 

Il est temps que le gouvernement et le public 
unissent leurs efforts pour ne pas laisser les médias 
exposer les masses à des messages aussi irrespon- 
sables et dangereux. Parce qu'ils rejoignent un 
auditoire innombrable au moment où il est le plus 
inffuençable, les médias doivent être soumis au 
contrôle le plus strict par une société à laquelle ils 
peuvent causer un tort profond et peut-être 
irréversible. 

Dr. Tasso Christie, président élu 
Douglas A. Quirk 
Noël Derrick 
Michael Wayne. 



198 



Références 

Albert, R., Rôle of the mass média and the effects of 
aggressive film content upon children's aggressive 
responses and identification choices, Genetic 
Psychology Monographs, 1957, 55, 221-285. 

Baker, R.K., and Bail, S.J. (Eds), Violence and the 
Media, Washington, D.C., U.S. Government Printing 
Ofl^ce, 1969. 

Bail, S., and Bogatz, G. A., The first Year of Sésame 
Street: An évaluation, Princeton, N.J., Education 
Testing Service, 1970. 

Bandura, A., Influence of models' remforcement 
contingencies on the acquisition of imitative 
responses. Journal of Personality and Social 
Psychology, 1965(a), 1, 589-595'. 

Bandura, A., Vicarious processes: a case of no-trial 
learning, in Berkowitz, L. (Ed), Advances in 
Expérimental Social Psychology, Vol. 2, New York, 
Académie Press, 1965(b). 

Bandura, A., A social learning theory of identification 
processes, in Goslin, D.A. (Ed), Handbook of 
Socialization Theory and Research, Chicago, Rand 
McNally, 1969,213-262. 

Bandura, A., and Menlove, F.L., Factors determining 
vicarious extinction of avoidance behaviour through 
symbolic modelling. Journal of Personality and Social 
Psychology, \9(i%,8,99-m2. 

Bandura, A., and Mischel, W., Modification of self- 
imposed delay or reward through exposure to live and 
symbolic models. Journal of Personality and Social 
Psychology, 1965, 2, 698-705. 

Bandura, A., and Walters R.H., Social Learning and 
Personality Development, New York, Holt, Rinehart & 
Winston, 1963. 

Bandura, A., Ross, D., and Ross, S.A., Transmission of 
aggression through imitation of aggressive models. 
Journal ofA bnormal and Social Psychology, 1 96 1 , 6i, 

575-582. 

Bandura, A., Ross, D., and Ross, S.A., A comparative 
test of the status envy, social power, and secondary 
reinforcement théories of identification learning. 
Journal of A bnormal and Social Psychology, 1 963(a), 

67, 527-534. 

Bandura, A., Ross, D., and Ross, S.A., Imitation of 
film-mediated aggressive modeh. Journal ofAbnornial 
and Social Psychology, 1963(b), 66, 3-1 1. 

Bandura, A., Ross, D., and Ross, S.A., Vicarious 
reinforcement and imitative learning. Journal of 
Abnormal Social Psychology, 1963(c), 67, 601-607. 

Bandura, A., Grusec, J.E., and Menlove, F.L., Vicarious 
extinction of avoidance behaviour. Journal of 
Personality and Social Psychology, 1967,5, 16-23. 

Bandura, A., Blanchard, G., and Ritter, B., The relative 
efficacy of desensitization and modelling approaches 



for inducing behavioral, afTective and attitudinal 
changes, Journal of Personality and Social Psychology, 
1969,7.?, 173-179. 

Berkowitz, L., Aggression: A social psychological 
analysis, New York, McGraw-Hill, 1962. 

Berkowitz, L., Aggressive eues in aggressive behavior 
and hostility catharsis, Psychological Review, 1964, 77, 
104-122. 

Berkowitz, L., The concept of aggressive drive: Some 
additional considérations, in Berkowitz, L., (Ed), 
Advances in Expérimental Social Psychology, Vol. 2, 
New York, Académie Press, 1965(a). 

Berkowitz, L., Some aspects of observed aggression, 
Journal of Personality and Social Psychology, 1965(b), 
2, 359-369. 

Berkowitz, L., The frustration-aggression hypothesis 
revisited, in Berkowitz, L., (Ed). Roots of Aggression: A 
re-examination ofthe Frustration-Aggression 
Hypothesis, New York, Atherton Press, 1968. 

Berkowitz, L., and Alioto, J., The meaning of an 
observed event as a déterminant of its aggressive 
conséquences, Journal of Personality and Social 
Psychology, 1973, 28, 206-217. 

Berkowitz, L., and Geen, R., Film violence and the eue 
properties of available targets. Journal of Personality 
and Social Psychology, 1966, 3, 525-530. 

Berkowitz, L., and Geen, R., The stimulus qualities of 
the target of aggression: A further study. Journal of 
Personality and Social Psychology, 1967, 5, 364-368. 

Berkowitz, L. and Rawlings, E., Effects of film violence 
on inhibitions against subséquent aggression. Journal 
of Abnormal and Social Psychology, 1963, 66, 405-412. 

Bramel, D., Taub, B., and Blum, B., An observer's 
reaction to the sufîering of his enemy, Journal of 
Personality and Social Psychology, 1968, 8, 384-392. 

Britt, D.W., Effects of probability of reinforcement and 
social stimulus contingency of imitation. Journal of 
Personality and Social Psychology, 1971, 75, 189-200. 

Bryan, J.H., The impact of verbal and behavioral 
déviance upon children's judgements of TV models, 
manuscrit non publié, Northwestern University, 1969, 
(cité dans Bryan and Schwartz, 1971). 

Bryan, J.H., Children's reactions to helpers: Their 
money isn't where their mouths are, in Macauley, J., 
and Berkowitz, L., (Eds), Altruism and Helping 
Behavior, New York, Académie Press, 1970. 

Bryan, J.H., and London, P., Altruism behavior by 
children, Psychological Bulletin, 1970, 73, 200-21 1. 

Bryan, J.H., and Schwartz, T., ElTects of film material 
upon children's behavior, Psychological Bulletin, 1971, 
75, 50-59. 

Bryan, J.H.. and Walbeck, N.B., Preaching and 
practicing generosity: Children's actions and 
reactions, Child Development, 1970, 41, 329-353. 



199 



Chaffee, S. H., and McLeod, J.M.. Adolescents, parents, 
and télévision violence. Exposé présenté au congrès 
de l'American Psychological Association, 
Washington, D.C., septembre 1971. 

Chittenden, G., An expérimental study in measuring 
and modifying assertive behavior in children, 
Monographs ofthe Society for Research in Child 
Development, 1942, 7(1), No. 31. 

Clark, D.G., and Blankenberg, W.B., Trends in violent 
content in selected mass média, in Comstock, G.A., 
and Rubinstein, E.A. (Eds), Télévision and Social 
Behavior, Vol. 1: Media Content and Controh 
Washington, D.C., U.S. Government Printing Office, 
1972. 

Cline, V., Croft, R., et Courrier, S., Desensitization of 
children to télévision violence. Journal of Personality 
and Social Psychology, 1973,27, 360-365. 

Coates, B., and Hartup, W., Age and verbalization in 
observa tional learning, Developmcntal Psychology, 
1969, 7, 556-562. 

Colton, P., Cognitive and affective reactions of 
kindergarteners to video displays, Child Study 
Journal 1972,2,63-66. 

Dollard, J., Miller, N., Doob, L., Mowrer, O.H., and 
Sears, R.R., Frustration and Aggression, New Haven, 
Yale University Press, 1939. 

Dominick, J.R., and Greenberg, B.S., Attitudes toward 
violence: the interaction of télévision exposure, 
family attitudes and social class, dans Comstock, 
G.A., and Rubinstein, E.A., (Eds), Télévision and 
Social Behavior, Vol. III: Télévision and Adolescent 
Aggressiveness, Washington, D.C., U.S. Government 
Printing Office, 1972. 

Doob, A.N., and Climie, R.J., Delay of Measurement 
and the effects of film violence, Journal of 
Expérimental Social Psychology, \912,8, 136-142. 

Doob, A.N., and Kirshenbaum, H. M., The effects on 
arousal of frustration and aggressive films. Journal of 
Expérimental Social Psychology, 1973, 9, 57-64. 

Efron, E., Does TV Violence Affect our Society: No. 
T. V. Guide, Spécial Issue: Violence on TV. Does it 
Affect our Society?, Radnor, Pa., Triangle 
PubHcations, June 14-20, 1975. 

Ekman, P., et al. Facial expressions of émotion while 
watching TV's violence as predictors of subséquent 
aggression, in Comstock, G.A., Rubinstein, E.A., and 
Murray, J.P. (Eds), Télévision and Social Behavior, 
Vol. V: Télévision Effects; further explorations, 
Washington, D.C., U.S. Government Printing Office, 
1972. 

Eisenberg, L., The human nature of human nature. 
Science, 1911,176, 123-128. 

Eron, L.D., Huesman, L.R., Lefkowitz, M. M., and 



Walder, L.O., Does televison violence cause 
aggression?, American Psychologist, 1972, 27, 253-263. 

Feshbach, S., The stimulating versus cathartic effects of 
a vicarious aggressive activity. Journal of Abnormal 
and Social Psychology, 1 96 1 , 6i, 38 1 -385. 

Feshbach, S., and Feshbach, N., The young aggressors, 
Psychology Today, 1973, d, (1 1), 90-95. 

Feshbach, S., and Singer, R.D., Télévision and 
Aggression, An Empirical Field Study, San Francisco, 
Jossey-Bass. 1971. 

Geen, R., and Berkowitz, L., Name-mediating 

aggressive eue properties. Journal of Personality, 1966, 
34, 456-465. 

Geen, R., and Stonner, D., The meaning of observed 
violence: Effects on arousal and aggressive behavior, 
Journal of Research in Personality, 1974, 8, 55-63. 

Geen, R., and Rokosky, J., Interprétations of observed 
aggression and their effects on GSR, Journal of 
Expérimental Research in Personality, 1973, 6, 289- 
292. 

Geen, R., Rokosky, J., and O'Neal, E., Methodological 
Study of measurement of Aggression, Psychological 
Reports, 1968, 23, 59-62. 

Gerbner, G., Violence in télévision drama: Trends and 
symbolic functions, in Comstock, G. A., and 
Rubinstein, E.A. (Eds). Télévision and Social 
Behavior, Vol. 1: Media Content and Control, 
Washington, D.C., U.S. Government Printing Office, 
1972(a). 

Gerbner, G., The structure and process of télévision 
program content régulation in the United States, in 
Comstock, G. A., and Rubinstein, E.A., (Eds), 
Télévision and Social Behavior, Vol. I: Media Content 
and Control, Washington, D.C., U.S. Government 
Printing Office, 1972(b). 

Gerbner, G., The violence profile: Some indicators of 
the trends and symbolic functions of network 
télévision drama, 1967-1971, manuscrit non publié, 
Annenburg School of Communications, University of 
Pennsylvania, 1973. 

Goranson, R.E., Media violence and aggressive 
behavior: A review of expérimental research, in 
Berkowitz, L., (Ed), Advances in Expérimental Social 
Psychology, Vol. V, New York, Académie Press, 1970, 
1-31. 

Goranson, R.E., The impact of TV violence, A review, 
Contemporary Psychology, 1975,20, 291-293. 

Greenberg, B.S., The content and context of violence in 
the mass média, in Baker R.K., and Bail, S.J. (Eds), 
Violence and the Media, Washington, D.C., U.S. 
Government Printing Office, 1969, 423-452. 

Greenberg, B.S., and Gordon, T.F., Children's 
perception of télévision violence: a replication, in 
Comstock, G. A., and Rubinstein, E.A. (Eds), 



200 



Télévision and Social Behavior, Vol. V: Télévisions 
Effects: Further explorations, Washington, D.C., U.S. 
Government Printing Office, 1972. 

Grusec, J.E., Effects of Co-observer évaluations on 
imitation: a developmental study, Developmental 
Psychology, \913, 8, 141. 

Hammer, M. A., The effects of mode! exposure, status 
and task compétence on imitative behavior, 
Dissertation Abstracts, 1971, 31, 6158-6159. 

Hanratty, M.A., Liebert, R.M., Morris. L.W., et 
Fernandez, L.E. Imitation of film mediated 
aggression against live and inanimate victims, 
Proceedings ofthe 77 th Annual Convention ofthe 
American Psychological Association, 1969, 457-458. 

Hapkiewicz, W., and Stone, R., The effect of realistic 
versus imaginary aggression models on children's 
interpersonal play, Child Study Journal, 1973, 4, 47- 
58. 

Hartmann, D., The influence of symbolically modelled 
instrumental aggression and pain eues on the 
disinhibition of aggressive behavior, Unpublished 
Doctoral Dissertation, Stanford University, 1965. 

Hartmann, D., Influence of symbolically modelled 
instrumental aggression and pain eues on aggressive 
behavior. Journal ofPersonality and Social Psvchology, 
1969,77,280-288. 

Harvey, O.J., and Rutherford, J., Status in the informai 
group: influence and influencibility at differing âge 
levels, Child Development, 1960, 31, 377-385. 

Hicks, D., Imitation and rétention of film-mediated 
aggressive peer and adult models. Journal of 
personality and Social Psychology, 1965, 2, 97-100. 

Hicks, D., Short and long term rétention of affectively 
varied modelled behavior, Psychonomic Science, 1968, 
77, 369-370. 

Hill, J.H., Liebert, R.M., and Mott, D.E., Viearious 
extinction of avoidance behavior through films: an 
initial test, Psychological Reports, 1968, 22, 192. 

Himmelweit, H.. Oppenheim, A., et Vince P., Télévision 
and the Child: An Empirical Study ofthe Effect of 
Télévision on the Young, New York, Oxford 
University Press, 1958. 

Holz, R., TV Violence; a Paper Tiger? in C.R.C. Report 
1971, No. 57. 

Hoyt, J., Vengeance and self-defense as justification for 
filmed aggression, Unpublished Master's Thesis, 
University ofWisconsin, 1967. 

Hoyt, J., Effect of Media violence "justification" on 
aggression. Journal of Broadcasting, 1970, ]4, 455-465. 

Keasey, C.B., Experimentally induced changes in moral 
opinions and reasoning. Journal of Personality and 
Social Psychology, 1973, 26, 30-38. 

Klapper, J., The social effects of mass communication. 



in Schramm, W., The Science of H uman 
Communication, New York, Basic Books, 1963. 

Kniveton, B., Social class and imitation of aggressive 
adult and peer models. Journal of Social Psychology, 
1973,59,311-312. 

Kniveton, B., The very young and télévision violence. 
Journal of Psychosomatic Research, 1974, 75, 233-237. 

Kraemer, A., Bercini, D., and Harris, J., Viearious 
attitude change and the design of "message" films: 
applications to race relations, HumRRO Technical 
Report, 1975, No. 75-8, 39p. 

Krebs, D.L., Altruism - an examination ofthe concept 
and a review ofthe literature, Psychological Bulletin, 
1970, 7i, 258-302. 

Larsen, O., Violence in the Mass Media, New York, 
Harper&Row, 1968. 

Lefkowitz, M. M., Blake, R.R., and Mouton J.S., Status 
factors in pedestrian violation of traffie signais, 
Journal of Abnormal and Social Psychology, 1955, 57, 
704-706. 

Lefkowitz, M. M., Eron, L.D., Walder, L.O., and 
Huesmann, L.R., Télévision violence and child 
aggression: a follow-up study, in Comstock, G. A., 
and Rubinstein, E.A. (Eds), Télévision and Social 
Behavior, Vol. III: Télévision and A dolescent 
Aggressiveness, Washington, D.C., U.S. Government 
Printing Office, 1972. 

Leifer, A.D., Gordon, N.J., et Graves, S.B., Children's 
télévision: more than mère entertainment, Harvard 
Educational Review, 1974, 44, 213-245. 

Liebert, R.M., Télévision and children's aggressive 
behavior: Another look, American Journal of 
Psychoanalysis, 1974, 34, 99-107. 

Liebert, R.M., and Baron, R.A., Short-term effects of 
televised aggression on children's aggressive behavior, 
in Murray, J.P., Rubinstein, E.A., and Comstock, 
G. A. (Eds), Télévision and Social Behavior, Vol. II: 
Télévision and Social Learning, Washington, D.C., 
U.S. Government Printing Office, 1972. 

Liebert, R.M., Neale, J.M., and Davidson, E.S., The 
Early Window: Effects of Télévision on Children and 
Youth, New York, Pergamon Press, 1973. 

Liebowitz, G., Comparison of self-report and 
behavioral techniques of assessing aggression. Journal 
of Consuhing and Clinical Psychology, 1968, 32, 21-25. 

Lovaas, O., Effect of exposure to symbolic aggression 
on aggressive behavior, Child Development, 1961, 32, 

37-44. 

Lunde, D.T., Our murder boom, Psychology Today, 
1975, 9, 35-42. 

Maccoby, E.E., Effects of mass média, in Hoffman, 
M.L., et Hoffman, L.W. (Eds). Review of Child 
Development Research, New York, Russell Sage 
Foundation, 1964. 



201 



Manning, S., and Taylor, D., Effects of viewed violence 
and aggression: stimulation and catharsis. Journal of 
Personality and Social Psychology, \915,31, 180-188. 

Martin, M. F., Gelfand, D.M., and Hartmann, D.P., 
Effects of adult and peer observers on children's 
response to an aggressive model, Child Development, 
1971,42, 1271-1275. 

Mcintyre, J.J., and Teevan, J.J.Jr., Télévision violence 
and déviant behavior, in Comstock, G. A., et 
Rubinstein, E.A. (Eds), Télévision and Social 
Behavior, Vol. III: Télévision and Adolescent 
Aggressiveness, Washington, D.C., U.S. Government 
Printing Office, 1972." 

McLeod, J.M.. Atkin, C.K., and Chaffee, S.J., 
Adolescents, parents and télévision use; adolescent 
self-report measures from Maryland and Wisconsin 
samples, in Comstock, G. A., and Rubinstein, E.A., 
(Eds), Télévision and Social Behavior, Vol. III: 
Télévision and Adolescent Aggressiveness, Washington, 
D.C., U.S. Government Printing Office, 1972. 

McLeod, J.M., Atkin, C.K., and Chaffee, S.H., 
Adolescents, parents, and télévision use: Self- report 
and other report measures from the Wisconsin 
sample, in Comstock, G. A., and Rubinstein, E.A. 
(Eds), Télévision and Social Behavior, Vol. III: 
Télévision and Adolescent Aggressiveness, Washington, 
D.C., U.S. Government Printing Office, 1972. 

Meichenbaum, D.H., An examination of model 
characteristics in reducing avoidance behavior, 
Journal of Personality and Social Psychology, 1971, 17, 
298-307. 

Mendelson, G., and Young, M., A content analysis of 
black and minority treatment on children's télévision, 
Boston, Action for Children's Télévision, 1972. 

Meyer, T., The effects of verbally violent film content 
on aggressive behavior, A V Communications Review, 
1972,20,(2), 160-169. 

Midlarsky, E., Bryan, J.H., and Brickman, P., Aversive 
approval: Interactive effects of modelling and 
reinforcement on altruistic behavior, Child 
Development, 1973, 44, 321-328. 

Morris, W.M., Marshall, H. M., and Miller, R.S., The 
effect of vicarious punishment on pro-social behavior 
in children. Journal of Expérimental Child Psychology, 
1973,75,222-236. 

Murray, J.P., Télévision and violence: implications of 
the Surgeon General's research program, American 
Psychologist, 1973, 28, 472-478. 

Mussen, P., and Rutherford, E., Effects of aggressive 
cartoons on children's aggressive play. Journal of 
A bnormal and Social Psychology, 1 96 1 , 62, 46 1 -464. 

Nelson, R., Gibson, P., and Cutting, D., Video-taped 
modelling: the development of three appropriate 
social responses in a mildly retarded girl. Mental 
Retardation, 1973, 11, 24-28. 



Nobel, G., Effects of différent forms of filmed 
aggression on children's constructive and destructive 
play, Journal of Personality and Social Psychology, 
1973, 26, 54-59. 

O'Connor, R.D., Modification of social withdrawal 
through symbolic modelling, in O'Leary, K.D., and 
O'Leary, S. G. (Eds), Classroom Management, New 
York Pergamon Press, 1972. 

Ormiston, L.H., and Williams, S., Saturday Children's 
Programming in San Francisco, California: an A nalysis 
ofthe Présentation of Racial and Cultural Croups on 
Three Network Affiliated San Francisco Télévision 
Stations, San Francisco Committee on Children's TV, 
1973. 

Parke, R.D., Berkowitz, L., Leyens, J.P., West, S., and 
Sébastian, R., Movie violence and aggression; a field 
expérimental approach, Unpublished Manuscript, 
Fels Research Institute & University of Wisconsin, 
1972. 

Paulos, R.W., and Davidson, E.S., Effects of a short 
modelling film on fearful children's attitudes toward 
the dental situation. Unpublished Manuscript, State 
University of New York at Stoney Brook, New York, 
1971. 

Prentice, N.M., The influence of live and symbolic 
modelling on promoting moral judgement of 
adolescent delinquents. Journal of A bnormal 
Psychology, 1972,80, 157-161. 

Quirk, D.A., An automated desensitization, Advances in 
Behavior Therapy, New York, Académie Press, 1973. 

Quirk, D.A., A follow-up on the Bond-Hutchison case 
of systematic desensitization with an exhibitionist, 
Behavior Therapy, 1974, 5, 428-431. 

Quirk, D.A., Epileptic alcoholism: a case study, Ontario 
Psychologist, 1975, 7, 36-41. 

Robinson, J.P., and Bachman, J.G., Télévision viewing 
habits and aggression, in Comstock, G.A., and 
Rubinstein, E.A. (Eds), Télévision and Social 
Behavior, Vol. III: Télévision and A dolescent 
Aggressiveness, Washington, D.C., U.S. Government 
Prmting Office, 1972. 

Rosenhan, D., and White, G. M., Observation and 
rehearsal as déterminants of pro-social behavior. 
Journal of Personality and Social Psychology, 1967, 5, 
424-431. 

Rosenhoetter, L.I., Résistance to temptation: inhibitory 
and disinhibitory effects of models, Developmental 
Psychology, 1973, 8, 80-84. 

Schramm, W., The audiences of educational télévision, 
in Schramm, W. (Ed), The Impact of Educational 
Télévision, Urbana, Illinois, University of lUinois 
Press, 1960. 

Schramm, W., Lyle, J., and Parker, E., Télévision in the 



l'ai 



Lives ofOur Children, Stanford, California, Stanford 
Univers! ty Press, 1961. 

Schuh, J.V., The effect of adult mode) nurturance and 
compétence on preschool children's imitative 
behavior. Dissertation Ahstracts, \91\, 31, 6245. 

Stein, A. H., Mass média and young children's 
development. Yearbook ofthe National Society for the 
Study of Education, 1972, 77, 181-202. 

Stein, A. H., and Friedrich, L.K., Télévision content and 
young children's behavior, in Murray, J.P., 
Rubinstein, E.A., and Comstock, G. A. (Eds), 
Télévision and Social Behavior, Vol II; Télévision and 
Social Learning, Washington, D.C., U.S. Government 
Printing Office, 1972. 

Stein, G. M., and Bryan, J.H., The effect of a télévision 
model upon rule adoption behavior of children, Child 
Development, 1972, 43, 268-273. 

Sternglanz, S. H., and Serbin, L., An analysis ofthe sex 
rôles presented in children's télévision programs, 
Developmental Psychology, 1974 (in press). 

Steur, F.B., Applefield, J.M., and Smith, R., Televised 
aggression and the interpersonal aggression of 
preschool children. Journal of Expérimental Child 
Psychology, 1971, 77, 442-447. 

Stoller, T., Group psychotherapy on televison: an 
innovation with hospitalized patients, American 
Psychologist, \961. 22, 158-162. 

Turiel, E., and Rothman, G.R., The influence of 

reasoning on behavioral choices at différent stages of 
moral development, Child Development, 1972, 43, 741- 
756. 

Walters, R., and Brown, M., Studies of reinforcement of 
aggression: III: Transfer of responses to an 
interpersonal situation, Child Development, 1963, 34, 
563-57. 

Walters, R., and Willows, W.C.. Imitative behavior of 
disturbed and nondisturbed children following 
exposure to aggressive and nonaggressive models, 
Child Development, 1968, 39, 79-89. 

Walters, R., Thomas, E., and Acker, C, Enhancement 
of punitive behavior by audio-visual displays. 
Science, 1962, 136, 872-873. 

Walters, R., Leat, M., and Mezel, L., Inhibition and 
disinhibition of responses through empathie learning, 
Canadian Journal of Psychology, 1963, 77, 235-243. 

Wells, W.D., Télévision and aggression: a replication of 
an expérimental field study, Unpublished 
Manuscript, University of Chicago, 1972. 

Williams, J., Meyerson, L., Eron, L., et Semier, I., Peer- 
rated aggression and aggressive responses elicited in 
an expérimental situation, Child Development, 1967, 
38, 181-189. 

Wolf, B.M., and Baron, R.A., Is laboratory aggression 
related to aggression in naturalistic social situations? 



The influence of an aggressive model on the behavior 
of collège student and prisoner observers, 
Psychonomic Science, \91\,24, 1 93- 1 94. 

Wolf, T. M., Effects of televised modelled verbalizations 
and behavior on résistance to déviation, Develop- 
mental Psychology, 1973,5, 51-56. 

Wolf, T. M., and Cheyne, J.A., Persistence of eflfects of 
live behavioral, televised behavioral, and live verbal 
models on résistance to déviation, Child Development, 
\911,43, 1429-1436. 

Yarrow, M.R., Scott, P. M., and Waxler, C.Z., Learning 
concern for others, Developmental Psychology, 1973, 8, 
240-260. 



203 



The Toronto Board of Education 

Je pense que la civilisation fait sans aucun doute 
marche arrière. On en voit la preuve à mon avis dans 
l'incroyable recrudescence de la violence, non 
seulement dans la réalité mais aussi dans ce que nous 
appelons divertissement. Les hommes ont mis 
longtemps à sortir de l'état sauvage et voilà qu'ils y 
retombent en silence, sans même élever de 
protestations. 

LORD KENNETH CLARK, HISTORIEN 
ET AUTEUR DE CIVILISATION 

Trop de violence, trop de crimes, les gens semblent 
hypnotisés par la télévision. Ils la regardent conti- 
nuellement. Elle empoisonne notre société. 

VLADIMIR ZWORYKIN, PHYSICIEN 
ET INVENTEUR DE LA TÉLÉVISION 

Le conseil scolaire de la ville de Toronto a 
souvent exprimé son inquiétude devant la recru- 
descence de la description de la violence dans les 
médias. Par conséquent, lors de son assemblée du 
16 octobre 1975, le conseil a approuvé la création 
d'un comité chargé de soumettre un mémoire 
devant la Commission royale d'enquête sur la 
violence dans l'industrie des communications. Ce 
comité, composé d'administrateurs, de parents, 
d'enseignants et de personnel de ressource, a 
discuté de nombreux sujets liés à la violence. Mais 
aux fins du présent mémoire, les membres du 
comité ont surtout exprimé leur inquiétude au 
sujet de l'impact et de l'influence de la télévision et 
du cinéma sur les élèves. On a étudié tout particu- 
lièrement le comportement violent et agressif de 
l'élève de l'école élémentaire en relation avec les 
émissions violentes dans les médias. 

Le comité n'a nullement l'intention d'affirmer, 
ni même de prétendre qu'il existe un rapport 
direct de cause à eff'et entre la violence dans les 
médias et tous les comportements agressifs. Nous 
savons fort bien que violence et agressivité ont 
pour cause de nombreux facteurs d'ordre psycho- 
logique, par exemple, afi'ectif, social, et cetera. 
Mais d'après les rapports qui nous ont été 
adressés, nous sommes certains que la violence 
dans les médias contribue véritablement à 
accroître la violence chez nos jeunes, même si ce 
n'est pas le seul facteur qui entre en ligne de 
compte. 



C'est pourquoi le comité a soigneusement 
cherché de quelles manières on pouvait diminuer 
le nombre de programmes violents dans les 
médias. Vous trouverez ci-dessous nos recomman- 
dations: 

1) Emissions de remplacement 

Le comité s'est préoccupé de la fréquence et de la 
répétition des émissions excessivement violentes, 
par exemple, les feuilletons policiers. Le téléspec- 
tateur a donc très peu de choix, s'il préfère une 
autre émission. Par conséquent, le comité recom- 
mande une plus grande difî'usion d'émissions non 
violentes. 

2) Qualité des émissions 

Actuellement, à la télévision, le recours à la 
violence est trop souvent présenté conmie le 
moyen de résoudre les problèmes. Les rapports 
que nous avons reçus des enseignants et d'autres 
personnes intéressées ont indiqué à plusieurs 
reprises que les jeunes avaient tendance à imiter le 
comportement qu'ils voyaient à la télévision. 
Comme les émissions sont souvent de mauvaise 
qualité ou répétitives, cela réduisait leur créativité. 
On a accordé une attention particulière aux 
enfants les plus jeunes, donc les plus impression- 
nables qui, selon les statistiques, passent en 
moyenne quatre heures par jour devant le télévi- 
seur. 

Le traitement de la violence dans les informa- 
tions et les nouvelles a également suscité de vives 
préoccupations. Certains membres estimaient que 
si les bulletins d'informations font trop de cas de 
la violence, ils donnent l'impression que le monde 
est violent et nihiliste. 

Le comité recommande qu'on substitue aux 
émissions dont la qualité et le contenu laissent à 
désirer des programmes plus constructifs et que 
l'on réduise, dans le mesure du possible, la 
violence dans les informations. 

3) La violence dans les sports 

A en juger par les discussions et les exposés 
entendus par le comité, il s'avère que le recours 
dans les sports à la violence gratuite et excessive 
influence les élèves des écoles élémentaires et les 
incite à adopter un comportement identique. Le 



204 



comité s'inquiète particulièrement de l'insistance 
des caméras sur le comportement des sportifs qui 
ne font pas preuve de fair play et de professionna- 
lisme. Nous savons très bien que les joueurs sont 
pénalisés pour leur mauvaise conduite, mais nous 
nous opposons catégoriquement à la description 
détaillée de ce comportement. Des questions 
comme "As-tu vu la bataille hier soir?" au lieu de 
"As-tu vu le match?" se passent de commentaires. 
En outre, il serait bon de ne pas abuser des 
surnoms qui sont les équivalents anglais de "Le 
chien enragé", "Le tigre", "Le marteau", et cetera, 
au moins dans les médias. 

Par conséquent, le comité recommande que l'on 
attache une plus grande importance au fair play et 
au talent des joueurs. 

4) Annonce des audiences publiques du Conseil de la 
Radio-Télévision canadienne 

On a porté à notre attention le fait que les 
audiences du crtc n'étaient pas suffisamment 
connues du public, ce qui limite beaucoup l'inter- 
vention des membres de la communauté. Les 
groupements intéressés, tels que les associations 
familiales et scolaires, les parents d'élèves et 
cetera, pourraient fournir des commentaires 
précieux sur les émissions. En outre, le comité 
estime que le secteur de l'éducation devrait être 
représenté au crtc. 

C'est pourquoi le comité recommande que l'on 
donne une meilleure publicité au Conseil afin 
d'encourager le public à intervenir et que l'on 
nomme un représentant de l'éducation au Conseil. 

5) Heures des émissions destinées aux familles 

En plus de la recommandation 1), le comité estime 
qu'il serait bon de réserver certaines heures 
chaque jour, par exemple, entre 7h et 9h du soir à 
des émissions spéciales convenant aux soirées en 
famille. Les programmes violents et ceux qui ne 
s'adressent pas aux jeunes devraient passer 
beaucoup plus tard. On nous a informés que 
certaines chaînes de télévision aimeraient produire 
des émissions familiales de qualité mais qu'elles 
n'en avaient pas les moyens sans subventions car 
il est impossible de soutenir la concurrence des 
grands réseaux. 

Par conséquent, le comité recommande aux 



deux paliers du gouvernement, le fédéral et le 
provincial, d'affecter des crédits aux chaînes de 
télévision pour leur permettre de produire des 
émissions de remplacement valables. 

6) Le port rail de la femme dans les médias 

Le comité s'inquiète de la façon dont les médias 
présentent la femme. Bien qu'il ne s'agisse pas là 
directement de violence, d'importantes objections 
ont été soulevées au sujet des femmes qui sont 
représentées comme des êtres inférieurs ou des 
objets sexuels. D'autres membres du comité se 
sont plaints de l'image de la femme, telle que la 
présente la publicité cinématographique, surtout 
lorsqu'il y a violence ou agression. 

Par conséquent, nous recommandons qu'on 
encourage les producteurs de films et d'émissions 
télévisées et les annonceurs à promouvoir une 
image positive de la femme. 

Ce mémoire a pour but d'intervenir auprès des 
autorités compétentes pour qu'elles réduisent le 
nombre d'émissions télévisées qui dépeignent la 
violence. Le comité est convaincu que la 
Commission royale d'enquête sur la violence dans 
l'industrie des communications tiendra compte de 
nos recommandations et que l'on prendra les 
mesures qui s'imposent. 

Alexander Chumak, président, 

DennisJ. Colby, 

Roy W. Johnston, 

Bob Orr, 

Work Group on Violence in the 

Communications Industry. 



205 



Mid-Canada Broadcasting 

Pour être viable et continer à jouer son rôle d'ins- 
titution sociale prédominante, l'industrie des 
communications doit rester flexible et s'adapter 
aux nouvelles conditions sociales et économiques. 
Nous avons toujours cherché à rester proches de 
notre communauté. Facteur de stimulation, nous 
présentons à nos spectateurs les éléments positifs 
et négatifs de notre société et nous leur montrons 
comment les institutions collaborent ou s'oppo- 
sent. Nous pensons que le libre accès à tous les 
types d'information finit par améliorer la quahté 
de la vie de toute la population. 

Nul ne peut se targuer de comprendre 
absolument la société et les rapports de l'industrie 
avec elle, mais l'expérience montre que la plupart 
des gens connaissent les extrêmes d'un système 
basé sur l'équilibre et le contrôle. 

Pour un système de télévision local, ce sont les 
réactions de la communauté qui viennent en 
priorité. Nos directeurs assument donc des 
responsabilités au sein de la communauté. 

Outre la participation normale aux activités de 
la Chambre de Commerce et du Centre théâtral, 
nous encourageons notre personnel à prendre une 
part active à l'ensemble des organisations commu- 
nautaires. Une participation à la base permet de 
maintenir un contact bien plus étroit avec la 
communauté dans laquelle nous vivons. Ainsi 
pouvons-nous établir un rapport avec notre 
communauté et continuer à la comprendre. On ne 
peut certes pas accuser les médias électroniques de 
pratiquer la politique de l'autruche. Il s'agit de 
faire face aux problèmes de la société plutôt que 
d'espérer vivre dans une société sans problèmes. 

De nos jours, la grande question est la 
décadence de la société. Nous prenons à coeur le 
rôle que nous jouons. Les relations entre 
l'industrie et la société sont faites de rapports 
complexes et de paradoxes. Nous souhaitons bien 
sûr que les deux parties en tirent avantage. 

Nous sommes confrontés, dans la société 
moderne, à un problème extrêmement complexe 
qui n'existait pas auparavant. Dans le passé, les 
décisions étaient souvent relativement simples. Si 
la situation économique se dégradait, on mettait 
des gens à pied et on admettait que c'était "dans 
l'intérêt public" parce que cela avait un effet 



favorable sur les coiits et les prix et faisait partie 
des règles du marché. Autrefois, on écartait les 
problèmes sociaux avec le sarcasme de Charles 
Dickens qui déclarait "Bêtises que tout cela!" 

Du fait de l'interaction entre la télévision et 
l'ensemble de la société, nous évoluons dans une 
cage de verre. Toutes nos activités sont prati- 
quement exposées dans les salons ou les salles de 
jeux du nord de l'Ontario. Il s'agit d'équihbrer la 
mission sociale des médias et les facteurs économi- 
ques. Si la balance penche d'un côté, cependant, 
on risque un déséquilibre qui peut détruire notre 
industrie et le service à la communauté. 

Nous pensons qu'il y a plusieurs raisons à cette 
prise de conscience sociale, ces dernières armées, 
de la part du public. L'une des plus importantes 
est bien siîr que la société dans son ensemble a 
résolu la plupart des problèmes économiques 
causés par la dépression des années 30 et qu'elle 
est maintenant prête à aller de l'avant. Je pense 
cependant que la télévision a contribué à mettre 
les questions sociales en évidence et qu'on a trop 
tendance à adopter l'ancienne philosophie grecque 
qui tentait de régler les questions en "tirant sur le 
messager". C'est grâce à la télévision que l'on a 
pris conscience de problèmes tels que le crime, la 
décadence urbaine, les personnes défavorisées, les 
problèmes écologiques et l'égalité des chances. Les 
pressions de la société sur l'industrie ne sont 
qu'une manifestation de l'évolution générale de 
notre système social. Cette évolution est très 
rapide, causant de nombreux problèmes et 
compromettant l'équilibre précaire de la société. 
Les médias électroniques se préoccupent très 
certainement du rôle qu'ils jouent et peuvent 
jouer, soit qu'ils maintiennent la société sur la 
bonne voie, soit qu'ils contribuent à augmenter les 
frictions entre ses diff"érents éléments. 

Peter Drucker dans son essai intitulé ""Age of 
Discontinuity . . . Guidelines to our Changing 
Society" mentionne quatre phénomènes qui sont 
en train de modifier tout notre système. Il est 
intéressant de noter qu'il cite en premier lieu les 
innovations technologiques telles que les ordina- 
teurs et la télévision, qui aff"ectent non seulement 
l'industrie mais la société dans son ensemble. Les 
autres éléments sont l'établissement d'une 
économie mondiale consistant en un seul marché, 
un système social pluraliste dans lequel les tâches 



206 



sociales incombent en grande partie à d'impor- 
tantes institutions et, bien sûr, l'effet global de la 
révolution du savoir. 

Ici, dans le nord de l'Ontario, Mid-Canada 
Télévision a une conscience aiguë de sa responsa- 
bilité sociale. Notre président, M. J. Conrad 
Lavigne, est un autodidacte qui était boucher 
avant de devenir président de notre compagnie. 
Télédiffuseur actif et père de six enfants, c'est à lui 
que l'on doit l'excellente réputation de Mid- 
Canada Télévision, une des stations les plus 
responsables du Canada. Tous les membres de 
notre équipe, répartis dans les centres principaux 
de nord de l'Ontario, participent activement à la 
vie de la communauté dans son ensemble. Nous 
nous préoccupons du bien-être de nos collectivités 
et c'est de celles-ci que dépend l'avenir de notre 
industrie. Nous vivons ici. Nous désirons 
améliorer la qualité de la vie dans le nord de 
l'Ontario au sens le plus large du terme. Or la 
qualité de la vie est définie par la société; il 
n'existe plus de définition unanime du bien et du 
mal mais nous essayons d'atteindre une certaine 
harmonie entre nos décisions et les désirs 
généraux de la société. Il nous faut répondre aux 
besoins de la société tout en réalisant nos objectifs 
économiques. Jusqu'à présent, dans l'histoire de 
notre compagnie, nous avons réussi à atteindre 
nos buts sociaux mais, sur le vaste marché que 
représente le nord de l'Ontario, nous ne sommes 
pas encore parvenus à atteindre un niveau de 
rentabilité adéquat. 

Notre président, qui est en contact étroit avec sa 
communauté, prend tellement à coeur les 
questions sociales qu'il a, dans le passé, souvent 
négligé les problèmes économiques. Nous 
exploitons actuellement dix émetteurs de 
télévision allant des rives de la Baie James dans le 
nord jusqu'à Parry Sound, quatre cent milles au 
sud. Dans l'ouest, nous desservons la communauté 
de Hearst et dépassons Mattawa, à 340 milles à 
l'est. Il s'agit là d'une grande partie du bouclier 
canadien et les agences nationales se demandent 
avec raison si, dans certaines régions, ce ne sont 
pas les élans qui constituent le plus gros de la 
population. 

Vous pouvez constater que notre problème 
principal jusqu'à présent a été de permettre à tous 
nos spectateurs de profiter gratuitement de nos 



programmes. Il s'agit là d'une opération coûteuse 
qui absorbe une bonne partie des ressources 
limitées dérivées des centres principaux comme 
Timmins, Sudbury et North Bay. En bref, pour 
toucher un auditoire de presque 550,000 specta- 
teurs, il nous faut dix stations de télévision et un 
réseau de plus de 1,000 milles reliant les différents 
émetteurs des communautés situées dans la zone 
de télédiffusion de Mid-Canada. De plus, nous 
offrons des programmes locaux dans les trois 
centres principaux. La télévision locale est une 
entreprise onéreuse qui nous tient particuliè- 
rement à coeur. 

Dans notre désir de servir les communautés 
isolées , nous nous sommes quelque peu éloignés 
des buts traditionnels de l'industrie. 

Nous désirons souligner devant cette 
Commission aujourd'hui le problème que pose le 
contrôle d'une autorité supérieure qui déciderait 
que certains éléments d'information ou certains 
divertissements ne conviennent pas à une partie de 
la société. La télédiffusion privée présente pour la 
communauté dans son ensemble un avantage 
inappréciable. En effet, les personnes responsa- 
bles, qu'il s'agisse des propriétaires ou des direc- 
teurs, vivent dans la communauté qui contribue à 
leur existence quotidienne. Le public peut punir le 
télédiffuseur privé en choisissant d'ignorer sa 
station, s'il n'est pas d'accord avec sa politique. 
Ceci peut influencer les différents commerçants 
qui choisissent volontairement de faire de la 
publicité sur les ondes de la station locale. Ainsi, 
les commerçants locaux et la communauté 
peuvent rapidement influencer le télédiffuseur et le 
pousser à changer sa politique, si la communauté 
dans son ensemble la condamne. Les 
télédiffuseurs contribuent certainement à 
améliorer la quaUté de la vie communautaire. Ils 
participent activement à un grand nombre de 
projets, qui vont de la rénovation urbaine aux 
organisations charitables, par des marathons, des 
messages publicitaires et autres activités. Il s'agit 
là, pour nous, de rentabilité maximale à long 
terme, et il importe au télédiffuseur local que sa 
communauté constitue un cadre de vie et de 
travail agréable. Si le crime diminuait, on aurait 
moins besoin des deniers publics pour protéger la 
propriété et remplacer ce qui a été détruit. Ce n'est 
là qu'un exemple du fait qu'une société meilleure 



207 



ne peut être que bénéfique à l'industrie de la 
diff'usion dans son ensemble. 

Dans le nord de l'Ontario, pour répondre à la 
demande de câblodiffusion, on a finalement 
accordé un permis à un opérateur de câble qui 
transmettra les signaux étrangers par micro-ondes 
depuis le sud de l'Ontario cet automne. On relie en 
ce moment Timmins et Sudbury et, d'ici octobre, 
des milliers de téléspectateurs paieront $8 par 
mois pour une seule raison, obtenir davantage de 
programmes américains. Les citoyens du nord de 
l'Ontario m'arrêtent dans la rue pour me 
demander combien de stations américaines ils 
pourront capter. Il y a cinq ou six ans, 25,000 
personnes signèrent une pétition à Sudbury, en 
vue d'obtenir la câblodiff'usion, c'est-à-dire en fait 
davantage de programmes américains. 

Le fait que nous n'avons pas diflfusé les premiers 
jeux de football de la nfl a provoqué de 
nombreuses protestations contre notre réseau cet 
automne. Les menaces allaient de: "Attendez que 
nous recevions la câblodiffusion" jusqu'à 
"Comment osez-vous ne pas diffuser le meilleur 
football du monde?". 

En fait, il s'agit là d'une décision relativement 
aisée à prendre. D'un autre côté, nous sommes 
chaque jour confrontés au paradoxe suivant: "Si 
la télévision veut vraiment être socialement 
responsable, ne devrions-nous pas nous conformer 
de façon démocratique aux désirs de la majorité 
de la société?" Ne sommes-nous pas responsables 
envers ceux qui choisissent librement de regarder 
fidèlement un programme qu'ils considèrent 
intéressant et auquel ils sont prêts à consacrer une 
partie de leur précieux temps? A cela s'opposent 
les pressions exercées sur les télédiffuseurs voulant 
que certains programmes, du fait de leur nature 
violente ou antisociale, ne soient pas présentés aux 
spectateurs. 

Etant donné qu'il n'y a que deux stations dans 
le nord de l'Ontario, les programmes canadiens et 
ceux que nous pourrions appeler des programmes 
socialement responsables ont parfois du succès. 
Les deux dernières études bbm montrent que 
Marketplace est plus populaire que le Bob Newhart 
Show et que Beachcombers l'emporte sur les films 
américains. 

Nous craignons cependant que cette tendance 
ne soit de courte durée. Lorsque les réseaux améri- 



cains envahiront le Canada avec leur éventail de 
programmes populaires et intéressants, les 
programmes canadiens en souffriront. Les specta- 
teurs fidèles du Bob Newhart Show continueront 
sereinement à regarder cette émission, mais ceux 
qui choisissaient de regarder Marketplace seront 
tentés par des programmes américains plus stimu- 
lants. Ce que j'essaie de prouver, c'est que 
l'industrie de la télévision doit avoir un auditoire, 
non seulement pour justifier son existence mais 
pour pouvoir survivre économiquement. 

La question de base est bien sûr la suivante: 
"N'est-il pas dans l'intérêt du public de lui offrir 
ce qui intéresse la majorité et ce qu'elle 
demande?". La télévision est l'outil le plus 
puissant que l'homme ait jamais inventé en 
matière de communications. Certains spectateurs 
pensent que nous insistons trop sur le sport, 
d'autres que nous répétons trop nos programmes 
et d'autres que nous diffusons trop d'émissions 
dramatiques de Radio-Canada et de programmes 
intellectuels. Certaines personnes se plaignent du 
fait que nous ne proposons pas les programmes 
américains ou britanniques qu'ils ont vus au cours 
de leurs vacances ou dont ils ont entendu parler 
dans les journaux de Toronto ou ailleurs. Le 
nombre de plaintes concernant la violence et les 
actes immoraux est extrêmement faible et ces 
plaintes ne s'appliquent en général qu'à quelques 
minutes de dialogue ou d'action sur nos 6,500 
heures de télédiffusion annuelle. 

L'attitude du public n'est qu'un des critères 
permettant de formuler une politique sociale mais, 
dans une société démocratique, c'est elle qui tend 
à prédominer à long terme et par conséquent, 
nous pensons que notre industrie se doit d'y 
répondre d'une façon ef!icace. Par exemple, 
lorsque la station city-tv à Toronto a diffusé ses 
"Baby Blue Movies", bon nombre de spectateurs 
nous demandèrent de présenter ce programme. 
Nous n'avons pas accepté. 

Notre président, M. J. Conrad Lavigne, a une 
émission de télévision hebdomadaire d'une demi- 
heure intitulée Président 's Corner, au cours de 
laquelle il lit toutes les lettres des spectateurs, qu'il 
s'agisse de critiques ou d'éloges et répond de façon 
courtoise et intelligente à toutes les suggestions. 
Nous répondons au public. Nous évaluons les 
revendications et les désirs de nos spectateurs par 



208 



rapport à l'ensemble de l'auditoire et aux 
tendances du marché de la télédiffusion, tant à 
l'échelle nationale que locale. 

Par exemple, la raison pour laquelle nous avons 
dû renoncer à diffuser les jeux de football de la 
NFL est, je l'admets, que nous voulions supprimer 
le programme étranger le moins coté de façon à 
pouvoir proposer des émissions canadiennes. Or, 
ce programme était Sésame Street. La réaction des 
mères du nord de l'Ontario fut virulente et l'on 
exerça sur nous des pressions sociales incroyables. 
On rétablit rapidement Sésame Street et on 
supprima le programme suivant dans l'ordre des 
cotes, à savoir les jeux de football de la nfl. Ce 
qui est paradoxal, c'est qu'un programme étranger 
comme Sésame Street est traité par les règlements 
exactement de la même façon que Police Story ou 
Cannon. Lorsqu'on évalue le contenu canadien et 
étranger, une heure de Sésame Street compte 
exactement comme une heure de tout autre 
programme américain ou étranger. 

Les radiodiffuseurs sont prêts à assumer leurs 
responsabilités envers leur auditoire et l'ensemble 
de la communauté et à offrir des programmes 
responsables. Nous exerçons une censure contre 
ce que nous considérons être des excès ou des 
extrêmes. Nous savons que nous ne satisferons 
jamais 100 pour cent de la société et c'est 
pourquoi nous nous référons au "Bureau of 
Broadcast Measurement". Nous désirons 
vraiment que notre société évolue dans le sens de 
la moralité et de la responsabihté. Benjamin 
Selekman, dans son livre intitulé Power and 
Morality in a Business Society dit en substance 
ceci: "On ne peut pas demander aux hommes 
d'affaires de faire preuve de responsabilité morale 
tant qu'ils n'ont pas pris conscience des pouvoirs 
dont ils disposent." Nous ne prenons pas à la 
légère l'éternel problème du pouvoir, avec ses 
avantages et ses dangers. Nous nous soucions de 
l'influence de nos programmes sur la société et sur 
les individus qui la constituent. Nous devons 
constamment concilier les problèmes écono- 
miques que posent l'acquisition et la satisfaction 
d'un auditoire avec l'objectif moral qui consiste à 
faire preuve de responsabilité sociale. 

Nous pensons que l'industrie de la télédiffusion 
s'adapte plus rapidement que toute autre aux 
changements sociaux. Des programmes dans 



lesquels les réseaux avaient investi des centaines 
de milliers de dollars ont été annulés après deux 
ou trois épisodes, lorsqu'on a découvert que les 
spectateurs ne les aimaient pas. En général, 
l'industrie de la diffusion s'est adaptée plus 
rapidement aux changements sociaux que le 
système d'éducation, les gouvernements, l'église 
ou le système judiciaire. 

J'ai déjà parlé de ce qu'il en coûtait à notre 
station de programmer des émissions du réseau 
Radio-Canada pour répondre aux désirs de notre 
auditoire. Les coûts en installations techniques ont 
été énormes et les profits de notre compagnie se 
sont vus considérablement réduits. Mais nous 
pensons aussi qu'à long terme, notre refus aurait 
eu des conséquences beaucoup plus graves. Notre 
institution perdra en effet de sa valeur si nous ne 
nous montrons pas capables de répondre aux 
besoins humains. 

L'industrie de la diffusion transmet 
constamment des valeurs à la société et vice versa. 
En fait, nous pensons que si nous voulons être une 
institution viable et vigoureuse au sein de la 
société, il faut qu'il y ait partage des forces et pas 
simplement réaction aux influences extérieures. 
Chaque diffuseur a besoin d'être motivé; nous 
sommes des acteurs sur la scène de la société et ne 
nous contentons pas de refléter le monde extérieur 
et de réagir. 

Par exemple, Mid-Canada Télévision, autant 
que nous le sachions, est le seul réseau de 
télévision privé et commercial au monde qui 
propose des cours universitaires à domicile 
permettant d'obtenir une licence es lettres ou es 
sciences. 

Notre équipe a passé de longs mois avec les 
professeurs de l'Université Laurentienne pour 
élaborer, planifier et mettre en oeuvre la méthodo- 
logie de ces cours. Cette année, plus de 1,200 
étudiants se sont inscrits aux cours télévisés grâce 
à ce système, et chaque étudiant a payé les frais 
d'inscription normaux de $125 par cours. Ceci est 
intéressant à plusieurs points de vue. Tout 
d'abord, les téléspectateurs peuvent ainsi, pour la 
première fois, communiquer avec les personnes 
qui leur parlent. Ils participent, prennent des 
notes, préparent des dissertations, passent des 
examens et font part de leurs difficultés et de leurs 
problèmes aux professeurs de l'université. Ils 



209 



peuvent vraiment profiter des connaissances que 
la télévision leur propose, en se concentrant atten- 
tivement sur le matériel mis à leur disposition et 
en utilisant les documents qui leur sont offerts 
pour les aider à comprendre les sujets enseignés. 
Pour la plupart des téléspectateurs, il s'agit là du 
seul type d'éducation qu'ils peuvent recevoir. Il est 
hors de question, d'un point de vue économique, 
de demander à des professeurs qualifiés de se 
rendre dans de petites villes comme Moonbeam 
ou Malartic. Cependant, grâce à notre station de 
télévision et à nos ressources en matière de 
production et de distribution, nous sommes 
capables de collaborer avec une institution établie 
pour arriver à réaliser ce que les réseaux 
principaux n'ont pas pu ou n'ont pas voulu faire. 

L'ensemble de l'auditoire en bénéficie bien sûr. 
Par exemple, d'après le dernier bbm, un cours 
universitaire intitulé World Living Religions, 
auquel s'étaient inscrits environ 450 étudiants, a 
été suivi par un auditoire de plus de 16,000 
personnes à 8h 30 du matin, le dimanche. Le 
concept de la production de programmes adaptés 
au Nord présente de nombreux avantages et, 
grâce à l'aide financière du secteur de l'éducation, 
nous avons pu co-produire des programmes très 
intéressants pour le public. 

Nous avons simplement essayé de rendre nos 
rapports avec les spectateurs beaucoup plus actifs, 
car nous sommes préoccupés par la passivité que 
suppose la télévision. Heure après heure, le 
spectateur hypnotisé regarde la télévision, assis 
dans son salon, absorbant totalement ou en partie 
ce qu'on lui propose. Nous pensons que l'industrie 
de la diff"usion devrait encourager à long terme la 
participation active des spectateurs. 

La nécessité de la collaboration entre la 
diff"usion et le public est une évidence. Si cette 
industrie désire rester viable à long terme, elle doit 
se conformer aux besoins de la société et lui oiïrir 
ce qu'elle veut. 

Lorsque nous avons créé cette station, il y a 
environ quatre ans, nous avons décidé d'offrir un 
choix en matière de programmes aux résidents du 
du nord de l'Ontario. Nous avons eu l'idée de 
projeter un film à 6h du soir pour changer des 
programmes un peu répétitifs de la soirée. Or, il 
suffit d'un coup d'oeil dans les journaux pour se 
rendre compte que la majorité des films offerts 



dans les cinémas locaux ne peuvent être projetés à 
la télévision, le soir à 6 heures. Cependant, ces 
films conviennent à un certain auditoire et ont des 
spectateurs. Nous sommes conscients que, contrai- 
rement au cinéma, la télévision pénètre dans tous 
les foyers, mais il est certain que les pressions 
exercées par notre société forcent les stations de 
télévision à off'rir aux spectateurs et aux amateurs 
de cinéma le type de spectacles qu'ils désirent. 

Actuellement, nous avons adopté comme règle 
interne que les programmes ayant un contenu 
moral douteux ou comportant une certaine 
violence seront projetés plus tard dans la soirée. 
Nous nous sommes rendu compte malheureu- 
sement qu'un nombre surprenant de très jeunes 
enfants restent devant la télévision même très tard 
le soir et ne sont que peu contrôlés par leurs 
parents au cours de ces périodes d'écoute. 

Nous avons réservé les heures d'écoute de la 
journée et du début de la soirée à des programmes 
qui conviennent en général à tous les auditoires, 
mais en même temps, nous pensons que nous 
devons assumer certaines responsabihtés. 

Je pense que l'on peut expliquer partiellement le 
problème actuel en se fondant sur la hiérarchie 
des besoins humains établie par Maslow. Il 
indique que lorsque les besoins fondamentaux 
sont relativement satisfaits, d'autres besoins et 
donc d'autres désirs humains apparaissent. Dans 
la hiérarchie de Mr'slovv', les besoins physiques et 
les besoins fondamentaux de sécurité sont suivis 
par les besoins sociaux. 

Si nous supposons que les besoins physiques et 
de sécurité sont relativement satisfaits dans les 
nations développées, et il existe de nombreuses 
preuves à l'appui de cette hypothèse, ce sont donc 
des besoins sociaux que le public va graduel- 
lement demander à satisfaire. Cela indique que les 
changements des désirs du pubhc sont fonda- 
mentaux et de grande envergure. Comme, de toute 
évidence, l'évolution des besoins ne se fait pas 
uniformément dans toute la population, on 
assistera à des diflTérences d'opinions fondamen- 
tales concernant la responsabilité sociale. Les 
désirs du public fluctuent rapidement comme le 
prouvent l'intérêt pour les questions écologiques, 
l'instabilité raciale et autres problèmes sociaux. 

On estime en général que les stations de 
télévision canadiennes, et surtout celles du nord 



210 



de l'Ontario, ne font pas un usage abusif de la 
violence dans leurs programmes. Tout d'abord, 60 
pour cent des programmes doivent être de 
contenu canadien, et peu de programmes 
canadiens sont violents. Les spectacles légers 
constituent un large pourcentage des 40 pour cent 
qui restent. Nous pensons qu'il est normal 
d'avertir le spectateur si le programme risque 
d'offenser ses goûts et il sait bien, en général, que 
lorsqu'une émission policière est diffusée sur une 
chaîne, il peut trouver sur l'autre un programme 
moins violent. 

Nous tenons cependant à vous dire à quel point 
nous sommes préoccupés en tant que station de 
télévision locale et en tant que citoyens du nord de 
l'Ontario. Les chaînes américaines en effet n'ont 
aucune responsabilité envers cette communauté et 
leurs programmes, transmis à partir de Buffalo, à 
plus de 400 milles au sud, ne sont pas conçus pour 
un auditoire comme le nôtre. De toute évidence, 
les Américains ne se plaignent pas du supplément 
de spectateurs qui captent leurs stations. Mais en 
même temps, les programmes offerts par ces 
stations, que réclament d'ailleurs les citoyens du 
nord de l'Ontario, ne répondent certainement pas 
aux besoins sociaux de la communauté dans son 
ensemble. 

Les stations de télévision canadiennes n'ont 
qu'une solution, c'est d'acheter exactement les 
même programmes que les stations américaines et 
de diffuser la version canadienne de ces 
programmes américains exactement en même 
temps. Vous savez qu'étant donné les problèmes 
d'énergie, les américains diffusent leurs 
programmes une heure à l'avance au Canada, 
durant certaines périodes, ce qui a causé des 
problèmes dans certaines régions de l'ouest. En 
tant que télédiffuseur du nord de l'Ontario, nous 
sommes confrontés à un problème réellement 
aigu. Comme la question de l'intérêt public est 
difficile à résoudre, nous sommes constamment 
pris, comme vous tous, entre ce que nous pensons 
être une attitude vraiment responsable et 
l'influence de quelques dissidents prudes de la 
communauté. D'un autre côté, nous ne pouvons 
pas ignorer l'aspect économique de notre système. 
Nous pensons que l'on ne peut atteindre un 
équilibre qu'en combinant l'aspect économique 



aux avantages sociaux (nous pourrions parler de 
profits sociaux). 

Nous sommes conscients du fait que le rende- 
ment, qu'il soit social ou économique, doit être 
supérieur aux investissements. C'est ainsi que nous 
pourrons servir raisonnablement les citoyens du 
nord de l'Ontario, dont dépend notre industrie. 
Nous cherchons à assurer une saturation raison- 
nable de notre marché de façon à informer les 
citoyens et à leur donner la chance de développer 
leur potentiel. Nous maintenons un système de 
libre expression mais, en même temps, nous nous 
assurons que les groupes les plus véhéments ne 
dominent pas, ce qui nuirait au libéralisme du 
système. L'abus irresponsable de la liberté de 
communication menacerait les fondations sur 
lesquelles une société libre est construite. Cepen- 
dant, le consommateur contrôle la télévision, 
comme je l'ai indiqué auparavant; le public est le 
dernier juge en la matière. Si le public ne veut pas 
regarder un progranmie, il est à même de le 
supprimer. Si un producteur de télévision n'arrive 
pas à trouver un commanditaire pour financer une 
émission qu'il désire produire, il risque d'avoir à 
renoncer à son projet, quelle que soit la valeur de 
celui-ci. Nous pensons que si le gouvernement de 
l'Ontario désire compenser l'annulation du récent 
réseau éducatif dans le nord, il devrait utiliser les 
réseaux existants des stations privées pour distri- 
buer, sur une base expérimentale, des progranmies 
qu'il pense être bénéfiques aux résidents du Nord 
d'un point de vue éducatif, social et culturel. Nous 
avons informé M. Ran Ide, président de I'oteo, 
qu'au cours des cinq ou dix prochaines années, 
tant que l'Office n'aura pas terminé la 
construction de son réseau dans le Nord, nous 
serions intéressés à partager des programmes à 
toutes les heures de la journée. 

Cette discussion a pour but de vous prouver 
que, bien que nous possédions les moyens de 
communication, nous ne constituons qu'un 
facteur d'influence de la communication de masse 
parmi d'autres. Dans une société pluraliste, de 
nombreux groupes semi-autonomes influent sur la 
qualité et le contenu des communications. Le 
pluralisme permet au système de se dégager de 
tout monopole et de rester réceptif aux différentes 
opinions. Il permet de promouvoir une société 
libre, ce qui est le but ultime de la communication 



211 



de masse libre et responsable. Il nous incombe de 
maintenir une programmation équilibrée qui 
corresponde aux différents groupes d'intérêt et 
rebute le moins possible de spectateurs. Si un 
groupe devient trop puissant, on risque le déséqui- 
libre social. 

Le concept d'autorégulation est efficace! 

La réputation de télédiffuseur auprès du public 
est cruciale en termes de rentabilité à long et court 
termes. C'est ce qui permet d'attirer des clients et 
de meilleurs employés. Les buts sociaux sont 
actuellement une des priorités du public. Pour être 
bien acceptée, une compagnie doit donc se fixer 
des objectifs sociaux responsables. 

Les diffuseurs sont aussi assez réalistes pour 
comprendre qu'un comportement irresponsable 
entraînera une réglementation gouvernementale 
plus stricte. Cette réglementation est onéreuse 
pour l'industrie et limite sa flexibilité en matière 
de prise de décisions. En tant que télédiffuseurs, 
nous estimons qu'il est important que les décisions 
soient prises librement pour répondre au marché 
et aux pressions sociales. Nous pensons aussi que 
la décentralisation du pouvoir est importante dans 
un système démocratique. Le gouvernement est 
déjà une institution massive dont la bureaucratie 
et le pouvoir centralisés menacent l'équilibre de 
notre système. Toute action de notre part, suscep- 
tible d'encourager l'emprise du gouvernement, 
risquerait de nuire au public et éventuellement 
d'empiéter sur les libertés. Nous pensons que les 
décisions devraient être prises, autant que 
possible, par les personnes concernées là où les 
problèmes surgissent. 

Votre Commission se préoccupe surtout du lien 
existant entre la violence dans l'industrie des 
communications et la violence dans la rue. Par 
conséquent, lorsque j'ai préparé ce mémoire, j'ai 
interviewé les membres des forces de police à tous 
les niveaux, ainsi que les membres des autorités 
municipales, provinciales et de la Gendarmerie 
royale. Ils se sont tous dits préoccupés de 
l'escalade du crime dans notre société et les 
conclusions générales de ces discussions sont 
intéressantes. Ils estimaient par exemple que la 
télévision contribuait dans une certaine mesure à 
augmenter la criminalité en faisant connaître des 
événements qui risquaient d'être imités. Les 
incidents après les détournements d'avions en sont 



un exemple. Il en est de même des vols et des 
agressions utilisant des méthodes inhabituelles. 
D'un autre côté, ils étaient conscients du fait qu'il 
est difficile de censurer les actualités et d'éliminer 
les nouvelles criminelles inhabituelles. Les forces 
de police ont reconnu en général que les actualités 
locales restaient très sobres dans leur présentation 
des actes criminels. 

Cependant, la police se préoccupe du problème 
de l'application uniforme des lois dans notre pays. 
Les criminels ont découvert que la répétition du 
même crime, par exemple des cambriolages ou des 
agressions, entraîne souvent des peines confon- 
dues. Ceci, combiné à l'absence d'uniformité des 
décisions judiciaires prises dans nos tribunaux, a 
certainement contribué à l'escalade du crime. 

Ceci n'a pas pour but de nous détourner du 
problème de l'impact de la télévision sur le specta- 
teur. Il ne fait aucun doute que la télévision est et 
restera le média qui a la plus grande influence sur 
le comportement humain. Nous acceptons cette 
responsabilité et nous essayons d'en faire bon 
usage. Nous admettons cependant que les 
émissions dramatiques à la télévision, surtout les 
émissions américaines, ne reflètent pas en général 
le mode de vie du citoyen moyen et offrent une 
conception erronée de la réahté. L'un des respon- 
sables que j'ai interrogés s'est dit préoccupé de la 
façon dont les acteurs conduisaient leur voiture 
dans certains programmes et a suggéré que cela 
soit modifié. Cependant, au cours de la conversa- 
tion, il a indiqué qu'il préférait que l'on continue à 
présenter les faits de la manière actuelle plutôt que 
de voir la télévision adopter une attitude plus 
réaliste en matière de criminahté. 

En fait, si la télévision adoptait comme philo- 
sophie de montrer les activités criminelles sous 
leur aspect réel, il faudrait d'abord dévoiler aux 
spectateurs le manque d'efficacité des forces de 
police ainsi que les frustrations qu'elles éprouvent 
lorsqu'elles essaient de découvrir et de faire 
accuser le criminel. 

Nous découvririons tout à coup que 80 pour 
cent des crimes ne sont jamais résolus et que les 
malfaiteurs continuent à mener une existence 
criminelle ou se rangent et deviennent des 
citoyens respectés. Par conséquent, adhérer de 
trop près à la réalité constitue un danger, car dans 



212 



la réalité, les criminels s'en sortent mieux qu'à la 
télévision. 

Cependant, je n'insisterai jamais assez sur le fait 
que les intrigues de ces programmes policiers et 
dramatiques aident non seulement les forces de 
police mais aussi tous les citoyens. Justice est faite 
la plupart du temps et, si quelque chose risque de 
décourager un criminel, c'est bien de savoir que le 
coupable sera arrêté, accusé et puni. Les enfants 
sont certainement plus cyniques qu'autrefois. En 
fait, ils grandissent plus rapidement. Notre 
enquête a prouvé que les enfants savent que les 
dessins animés sont purement imaginaires et que 
la violence fait partie du divertissement. 

Nous sommes convaincus, malgré tout, que le 
contenu des programmes américains crée un 
conflit culturel et pose des problèmes sociaux 
mettant en cause le nationalisme canadien de 
même que l'éthique canadienne. La suggestion 
présentée à la Commission, consistant à accorder 
un encouragement fiscal supplémentaire de 10 ou 
20 pour cent aux commanditaires qui font de la 
publicité au cours de programmes canadiens ou de 
programmes familiaux, nous semble être une 
mesure extrêmement intelligente et positive. Cela 
les encouragera à soutenir des programmes peut- 
être moins suivis mais où ils engageront moins de 
frais. 

Il est indéniable que les programmes américains 
attirent davantage de spectateurs que les 
programmes canadiens hebdomadaires. Ils sont 
tellement populaires que d'ici un an, dans le nord 
de l'Ontario, plus de 20,000 propriétaires de postes 
de télévision paieront presque $100 par au pour 
une seule raison: obtenir davantage de 
programmes américains. 

Ces programmes de télévision sont transmis 
dans le Nord à un coiît proche de $100,000 par 
mois et nos stations n'ont plus qu'à essayer de 
rivaliser avec les chaînes américaines ou à fermer 
boutique. 

Nous prenons notre tâche de télédiff'useurs à 
coeur et nous établissons nos programmes de faç 
on à convenir à tous nos spectateurs. Nous 
essayons de satisfaire les besoins sociaux bien au- 
delà des exigences minimales de la loi. Nous 
admettons que nous avons du mal à définir les 
normes généralement acceptées par la commu- 
nauté, mais en même temps, nous pensons qu'il 



n'existe pas encore de meilleur système de 
contrôle et de réglementation en matière de 
diffusion. 



213 



Mary Lassance Parthun 
Cobourg 

Introduction 

L'art et sa forme vulgaire, le divertissement, sont 
fondés sur la notion de conflit. Dans les oeuvres 
artistiques élaborées, la qualité est souvent 
fonction de la complexité et de la finesse du conflit 
et de la façon dont il est présenté. Cependant, 
comme tout le monde ne lit pas Henry James, on a 
afî'aire dans les mass médias à une forme 
beaucoup plus directe de conflit, qu'il s'agisse de 
la juxtaposition de personnages comiques ou de la 
lutte du protagoniste contre un milieu menaçant. 
Le conflit, ainsi que le suspense et l'action qui en 
découlent, provoquent chez le spectateur stimu- 
lation et défoulement et rendent le spectacle 
attrayant. 

La personne plus cultivée recherche une stimu- 
lation intellectuelle plus subtile. Mais, la grande 
majorité de la population préfère être touchée 
beaucoup plus directement par l'action ou par les 
sentiments présentés. Bien que certaines 
personnes ne soient pas d'accord, il ne s'agit pas 
tant d'une question de moralité que de goût et 
celui-ci varie selon la mode et l'époque. 

Ce n'est pas le besoin "d'action" dans les 
spectacles de masse qui est un phénomène 
nouveau, c'est la quantité de spectacles présentés. 
Comme peu de professions ou de modes de vie 
off'rent un environnement plausible pour les 
intrigues rapides et scabreuses, nous sommes 
inondés de policiers, de détectives et de médecins. 
Cela est moins le fait d'une intention délibérée que 
le résultat de la demande en spectacles et ne peut 
être contrôlé qu'en réduisant les heures de 
difl"usion et la production des médias en général. 

Etude historique 

A des époques plus simples, les besoins esthétiques 
et la demande en divertissements étaient satisfaits 
par les histoires qui étaient racontées, jouées ou 
dansées par les membres de la société qui 
contaient chasses et batailles, procédé qui 
renforçait le moral et la solidarité du groupe. 
Lorsque la société devint plus complexe, les 
spectacles furent assurés spécifiquement par des 
individus ou des troupes qui, de par leur position 



marginale, avaient une vue globale de la société. 
Les fous, les acteurs et les ménestrels devaient non 
seulement refléter la société, mais ils devaient 
aussi satisfaire des goûts différents correspondant 
à des auditoires très variés. 

Cependant, la société s'est diflTérenciée de plus 
en plus, des sous-groupes se sont constitués et les 
spectacles se sont spécialisés. Les oeuvres artis- 
tiques et sérieuses devinrent le lot des intellectuels 
et des personnes cultivées; les classes moyennes 
développèrent un goût plus prononcé pour le 
sentimentalisme et la classe ouvrière, dont les 
moyens et l'éducation étaient limités, se nourrit de 
magazines, tabloïdes et spectacles légers qui insis- 
taient sur des émotions banales et sur le côté 
sensationnel des événements, le tout courormé de 
moralisme à bon marché. 

Ces distinctions sont actuellement en voie de 
disparition, car notre société devient de plus en 
plus sophistiquée et démocratique. L'art n'est plus 
réservé à une élite et les classes sociales défavo- 
risées ont accès à la culture et à la promotion 
sociale. Les pauvres, qui survivent dans des condi- 
tions difficiles, s'expriment dans des oeuvres qui 
sont respectées par un auditoire de plus en plus 
vaste. 

Cependant, cette nouvelle liberté artistique s'est 
accompagnée d'un relâchement des normes de la 
société dans son ensemble, d'un désir de repousser 
les frontières et de tenter de nouvelles expériences, 
particulièrement dans le domaine de la violence et 
de la sexualité. Aux deux extrêmes de la société, 
deux groupes subissent les conséquences des 
erreurs de la socialisation: les très riches et les très 
pauvres. Du fait de leurs conditions de vie, ces 
personnes ont tendance à présenter un compor- 
tement que l'on décrit cliniquement par les termes 
de psychopathie ou sociopathie. 

Dans le monde moderne, les migrations à 
grande échelle, les guerres, les progrès de la 
technologie et l'explosion de la population ont 
contribué à augmenter le nombre de personnes 
inadaptées socialement et dépourvues économi- 
quement. A l'autre extrême, l'accroissement de la 
richesse et de la mobilité a accru le nombre de 
riches oisifs. Les goûts des deux groupes, qui sont 
fonction de leurs rapports d'exploitation mutuelle, 
tendent à être décadents et dépravés. Actuelle- 



I 



214 



ment, leur nombre est assez important pour avoir 
un impact sur le monde du divertissement. 

Les médias ont joué un rôle indirect dans ce 
processus en faisant connaître ces groupes à un 
auditoire de plus en plus vaste et en leur donnant 
de l'importance. Alors qu'auparavant, la 
perversité était le lot d'un groupe marginal et la 
décadence réservée à quelques hommes de lettres 
et aristocrates, elles sont devenues choses 
communes dans la musique populaire et au 
cinéma. 

Les entrepreneurs profitent de ce nouveau 
marché de la sensation, aidés en cela par les 
nouvelles techniques et des coûts de production 
relativement peu onéreux. Cette situation n'est pas 
nouvelle. Elle atteint simplement un auditoire plus 
vaste de façon plus sophistiquée, et plus nombreux 
sont les spectateurs de scènes sordides. En outre, 
étant donné la concurrence créée par les films 
d'exploitation pure, les producteurs et artistes 
sérieux se sentent quelque peu obligés d'avoir 
recours eux-mêmes au sensationnel de façon à se 
faire entendre. 

Ce processus est surtout pénible pour ceux qui 
étaient davantage protégés et qui avaient fait du 
bon goût et de la moralité un synonyme 
d"'excellence" et de "culture". Ils se trouvent 
soudain agressés par un monde dont ils n'étaient 
pas conscients auparavant et qui les choque 
profondément. C'est pourquoi, lorsqu'ils voient 
une émission policière qui présente des meurtres 
étranges et apprennent par la suite que le crime a 
été imité dans la réalité, ils sont prêts à conclure 
qu'il existe entre les deux un lien direct de cause à 
effet, sans réaliser que les marginaux ont toujours 
eu accès à des descriptions réelles et précises de 
crimes horribles. Or, la réaction de ces individus 
est due à leur propre expérience physique, psycho- 
logique et sociale, et ils peuvent aussi bien réagir 
par la violence à des histoires romantiques ou à 
des oeuvres sérieuses. 



les oeuvres spirituelles et édifiantes tendent à 
utiliser des métaphores violentes telles que les 
"combats de la volonté" et la "lutte avec Satan" et 
fourmillent de vainqueurs, de victoires et d'arra- 
chements. 

La violence a toujours inspiré les oeuvres artis- 
tiques sérieuses du fait qu'elle est haute en 
couleurs et en passion. Mais à certaines époques, 
surtout à l'occasion de changements sociaux et en 
périodes de transition, elle a dominé les thèmes 
artistiques. On remarque souvent un mélange 
d'érotisme et de mort qui, tout comme les modes 
de vie et les formes sociales qu'il reflète, tend vers 
la décadence jusqu'au moment où la société se 
réorganise et où l'art se revitalise. 

Bien que certains artistes, comme Bacon ou 
Woods, s'intéressent à la composition de scènes 
brutales, les oeuvres sérieuses peuvent aussi se 
servir de la violence pour explorer des thèmes 
moraux. On peut citer en exemple la description 
que Goya a fait des atrocités de l'invasion 
napoléonienne en Espagne. Un nombre considé- 
rable de films modernes sérieux, de peintures et de 
chansons décrivant la violence tombent dans cette 
catégorie et mettent en garde contre la brutalité 
d'une société complaisante ou inconsciente. 

La liberté actuelle, qui permet de pousser 
jusqu'à l'extrême les attitudes sociales, contribue 
aussi à la remise en question de ces attitudes. 
Notre société, par exemple, a longtemps pris le 
viol à la légère tout en considérant ses victimes 
avec une certaine suspicion. Les metteurs en scène 
insouciants qui reflètent ces attitudes et présentent 
des scènes de viol brutales comme des phéno- 
mènes neutres ou acceptables n'encouragent pas 
l'opinion publique à évoluer et à réclamer des 
changements dans la législation. C'est aussi au 
réalisme des oeuvres d'art et des journaux que l'on 
doit la tendance actuelle à adopter une vue 
romantique de la guerre et de la misère et à ne pas 
s'inquiéter du racisme. 



L'esthétique de la violence 

La violence est considérée au mieux comme un 
mal nécessaire. Cependant, on parle aussi souvent 
"de l'horrible beauté de la violence". La majesté 
fondamentale de la violence fait partie des 
grandes tragédies et des drames héroïques. Mêmes 



La violence en tant que spectacle 

Dans les sociétés primitives, classiques et médié- 
vales, on off^rait au peuple le spectacle de la torture 
des hommes et des animaux. Ces phénomènes ont 
subi différents changements, mais existent encore 
à notre époque sous des formes modifiées. Les 



215 



prisonniers et, lorsque la société devint plus 
complexe, les criminels, les esclaves et les 
minorités politiques ont été soumis à des tortures 
cruelles et raffinées aux fins de divertissement. Il 
semble que ces phénomènes se fassent plus 
nombreux en périodes de troubles sociaux et 
soient utilisés comme soupape de sécurité contre 
le désordre intérieur et comme source de cohésion 
sociale. Les dirigeants politiques ont depuis 
longtemps recours à cette technique. 

Les cirques de la Rome antique, les autodafés, 
plus tard les pogromes de l'Europe chrétienne et le 
génocide nazi sont tous des exemples classiques de 
recours à la violence contre une minorité vulné- 
rable pour mobiliser les masses, assurer la 
cohésion sociale et réprimer l'agitation. Ce 
phénomène n'a pas échappé à l'attention des 
réformateurs et des révolutionnaires popuhstes qui 
cherchent à utiliser les frustrations des individus 
pour combattre le système en place. A notre 
époque, la combinaison de cet ancien procédé 
avec la technologie moderne et les systèmes 
poHtiques aboutit à la terreur politique à grande 
échelle. 

La torture d'animaux est une institution 
courante. Les éléments varient selon la classe, la 
culture et l'époque, mais le modèle reste le même. 
Les combats d'ours et de taureaux sont passés de 
mode, mais les courses de lièvres, les combats de 
coqs et autres spectacles similaires subsistent ici et 
là. La lutte entre l'homme et l'animal, les corridas 
par exemple et les rodéos, constitue toujours un 
spectacle populaire dans certaines cultures rurales 
et se déroule dans le faste suivant des rites bien 
définis. 

On divertit aussi les foules en opposant les 
hommes entre eux dans des conflits violents. 
Auparavant, les protagonistes étaient des esclaves 
ou des prisonniers mais, à l'heure actuelle, dans 
des sports comme la boxe et le hockey, les adver- 
saires sont recrutés parmi des minorités socio-éco- 
nomiques qui n'ont pas d'autres moyens d'arriver 
et qui sont prêtes à accepter les dangers en 
espérant devenir célèbres, gagner de l'argent et 
gravir l'échelle sociale. 

L'idée que les spectacles devraient être exempts 
de violence est relativement nouvelle, tout comme 
l'idée que les enfants requièrent une forme de 
divertissement diff'érente. On peut voir là essentiel- 



lement l'influence des classes moyennes, marquées 
par la moralité des contes victoriens qui, libérés 
d'une certaine morbidité, sont devenus encore 
plus doucereux au contact de l'optimisme nord- 
américain, pour atteindre leur zénith dans le 
monde imaginaire de Disney. A l'opposé des 
contes prudents de la jeunesse de Dylan Thomas, 
où les petits garçons qui "voulaient patiner sur 
l'étang du fermier Giles, y allaient et se noyaient", 
les petits aventuriers de Disney désobéissent aux 
conseils des parents, apprivoisent des animaux 
sauvages, sont poursuivis par des chasseurs, 
mènent des enquêtes policières et traquent de 
terribles criminels. Si, dans la réalité, les enfants 
suivaient ces exemples, ils seraient probablement 
blessés, tués ou violés; on considère qu'il vaut 
mieux ignorer cette vérité déplaisante. 

La récente philosophie du spectacle propose un 
idéal romantique de la vie rurale ou des petites 
communautés, avec recul dans le temps si 
possible, qui aurait convenu à Marie- Antoinette 
ou à Rousseau. Ainsi, on apprend aux enfants 
modernes, qui vivent en grande partie dans les 
villes et qui sont confrontés à une dure réalité et 
aux caprices et contradictions de parents et de 
professeurs bien vivants, à rêver d'un monde 
imaginaire qui n'a rien à voir avec leur époque et 
leur milieu. Ce monde ne leur apprend pas à faire 
face, ne présente aucun modèle pertinent et ne 
leur off're ni cathexis ni catharsis pour leurs senti- 
ments réels, mais les encourage plutôt à chercher 
des satisfactions vagues par substitution, et crée 
chez eux une nostalgie spécieuse. 

Outre les tenants de cette philosophie du 
spectacle spécialisé pour enfants, qui constituent 
une grande partie de la société, il existe de 
nombreux producteurs qui ont saisi que la 
violence est inhérente à la nature humaine et 
savent comme l'a dit feu Lenny Bruce que "les 
gens sont prêts à payer pour voir des voitures 
écraser des enfants". Il s'agit d'un groupe de 
rapaces peu intéressants dont les produits doivent 
en partie leur succès à l'inanité des spectacles pour 
enfants. 

Devant une telle polarisation, on n'a plus qu'à 
se ranger du côté des anges ou contre eux; c'est là 
une situation extrêmement inconfortable, car les 
champions n'ont que peu de choses à oflTrir à 
l'intelligence, tandis que les méchants laissent 



216 



l'âme sur sa faim. Il doit y avoir un moyen terme 
qui ferait l'objet de mon choix. 

L'inquiétude du public face à la violence est 
certainement positive et encourageante sociale- 
ment. Cependant, il serait malheureux de le 
décevoir en adoptant des solutions trop simples ou 
dangereuses. Il est essentiel de se souvenir que 
l'art et le spectacle reflètent leur époque plus qu'ils 
ne la façonnent. 

Nonobstant les statistiques, l'augmentation du 
crime est plus apparente que réelle et reflète des 
aspirations sociales plus élevées ainsi qu'un 
processus d'égalisation plus poussé à l'intérieur de 
notre société. La vie isolée des communautés 
rurales d'Amérique du Nord a favorisé la violence 
sans pratiquement oflrir aucun recours aux 
faibles. Des minorités comme les Noirs ou les 
Indiens ont été l'objet d'actes de violence (y 
compris le viol et le meurtre) qui étaient commis 
impunément, souvent par les autorités elles- 
mêmes. Les structures familiales autoritaires et 
l'importance accordée à l'autonomie familiale 
permettaient aux parents d'être violents avec leurs 
enfants et aux maris de l'être avec leur femme. 
Blessures et morts ne donnaient que rarement lieu 
à des enquêtes. 

En milieu urbain, du fait de la concentration de 
la population, la loi est mieux appliquée, l'hétéro- 
généité respectée et les abus réprimés. Il n'y a pas 
longtemps encore, même dans les zones urbaines, 
on laissait facilement les groupes "à problèmes" 
régler leurs diff'érends entre eux et se combattre les 
uns les autres tant que la violence n'était pas 
dirigée contre les membres plus privilégiés de la 
société. Avec l'urbanisation, le désir de voir la loi 
mieux appliquée, la reconnaissance plus large des 
droits individuels et le réveil des minorités, la 
violence, de relativement cachée qu'elle était, a été 
portée à l'attention du public. 

Cependant, même si l'accroissement de la 
violence n'est pas aussi important qu'on le dit, 
toute escalade est inquiétante. 



d'une recrudescence de l'agressivité. Avec l'auto- 
mation, un nombre important déjeunes se sont 
retrouvés au chômage. II s'agit là d'un facteur 
crucial. Ceci en eflet crée un milieu idéal pour la 
montée du crime spontané. Ce problème ne 
semble devoir se résoudre qu'avec le temps et la 
baisse du taux de natalité. 

De plus, nous vivons à une époque de grande 
instabilité économique et sociale. La valeur 
fonctionnelle et spirituelle de la possession 
illimitée et du confort matériel est actuellement 
remise en question, mais elle a la vie dure. 
L'amertume et les frustrations augmentent au fur 
et à mesure que le fossé entre les aspirations et la 
réalité se creuse davantage, créant une situation 
continuellement explosive pour l'individu et pour 
la société. 

Dans notre quête du confort matériel, nous 
avons voulu nous libérer de la soufl'rance et de la 
peine. Comme Illich l'a souhgné: 

"Avec le recul de la tolérance à la souffrance, on a vu 
décliner la capacité d'apprécier les joies et les plaisirs 
simples de la vie. Dans une société anesthésiée, il faut 
des stimuli de plus en plus forts pour donner aux gens le 
sentiment qu'ils existent. La drogue, la violence et 
l'horreur restent les seuls stimuli capables de provoquer 
une expérience du moi. Les tranquillisants augmentent 
la demande d'excitation douloureuse". {Médical 
Nemesis, McClelland & Stewart, 1975, p. 106.) 

Un des résultats du "rétrécissement" de la Terre et 
de l'importance croissante des pays du Tiers- 
Monde est qu'il n'est plus possible d'exporter nos 
graines de violence. On ne peut plus se débar- 
rasser de nos débris humains générateurs de 
violence ou de nos populations économiquement 
inutiles. Il n'y a plus de colonies, plus de légions 
étrangères et plus d'indigènes à brutaliser. Seules, 
quelques armées de mercenaires subsistent et elles 
ne suffisent pas à absorber les déchets humains. La 
population des prisons, qui s'accroît de façon 
astronomique, ofl're une solution temporaire, mais 
crée une menace à long terme beaucoup plus 
terrifiante. 



Facteurs sociaux de la violence 

La société canadienne et la société occidentale en 
général, ont subi d'énormes changements sociaux, 
politiques, économiques et démographiques, 
changements qui s'accompagnent généralement 



Problèmes de censure 

Etant doimé le sinistre potentiel de violence que 
représentent les circonstances actuelles, il serait 
dangereux de nous laisser distraire par des 
problèmes superficiels. Nos médias sont essentiel- 



217 



lement des entreprises commerciales, et en tant 
que telles, constituent un terrain de rêve pour tout 
psychologue du comportement. A part les pigeons, 
il est difficile de trouver des créatures vivantes 
dont le système de récompense soit aussi simple - 
argent et/ou reconnaissance. 

Ceux qui croient sincèrement que le contenu 
des médias devrait être modifié, peuvent utiliser 
les méthodes classiques à la disposition des 
consommateurs. Ils peuvent boycotter les films, 
programmes et magazines, de même que les 
produits des commanditaires. Le recours Imagi- 
natif à la législation en vigueur permet souvent de 
modifier les politiques de marketing. Il semble par 
exemple que des méthodes coercitives soient 
utilisées pour distribuer des films et des magazines 
violents et/ou pornographiques. Il s'agit d'une 
question purement économique, car le prix de 
revient étant peu élevé, ils sont extrêmement 
rentables s'ils sont vendus en grande quantité. Par 
conséquent, si les commerçants veulent obtenir un 
produit "respectable" ils sont obligés d'accepter 
l'autre. 

La censure et les autres formes de contrôle 
direct des actualités, des spectacles ou de l'art 
présentent plus de dangers que d'avantages. C'est 
comme l'homme de la Bible qui rejette un démon 
et se rend compte qu'il a aff'aire non plus à un 
mais à sept démons encore pires que le premier. 
Bien qu'il soit révoltant de voir des individus, qui 
exploitent de façon ouverte le sexe et la violence, 
défendre leurs actes au nom de la hberté de la 
presse, il est pratiquement impossible d'établir une 
frontière entre ce qui devrait être permis et ce qui 
ne devrait pas l'être. 

En voulant respecter les prises de position 
sincères d'ordre social, politique ou artistique, on 
n'a fait que tourner la loi en ridicule et apporter de 
l'eau au moulin des satiristes. La censure, ou toute 
autre forme de contrôle gouvernemental sur les 
médias, peut engendrer de tels abus qu'elle n'est 
pas justifiable, même dans des circonstances bien 
pires qu'à présent. 

Il est bon de se souvenir que la récente prohibi- 
tion, alors que l'alcool était une denrée recher- 
chée, a eu des eff'ets extrêmement négatifs. Elle a 
permis au crime organisé de s'implanter à jamais 
en Amérique du Nord. Cette incursion légale dans 
le domaine moral a abouti au mépris de la loi, à la 



corruption officielle et à la création d'une organi- 
sation policière nationale autoritaire. De plus, 
l'objectif de modération et d'abstinence n'a pas 
été réalisé. Les Nord- Américains n'ont jamais 
appris à consommer l'alcool de façon responsable 
et adulte, et les excès de boisson se sont 
simplement parés d'un nouvel éclat. 

Dietrich Bonhoffer, le théologien protestant qui 
fut martyrisé par les nazis, écrivait avec sagesse 
que le seul moyen de combattre le mal était de le 
laisser suivre son cours. Il existe déjà des preuves 
indiquant que l'intérêt pour la violence débridée 
dans les spectacles populaires a connu son apogée, 
qu'elle est maintenant "victime" de ses propres 
excès. Lorsque les spectacles violents, avec ou sans 
caractère sexuel, cesseront d'être à la mode, leur 
attrait s'estompera mais ne disparaîtra pas. 
Comme Haskell, le critique du journal avant-gar- 
diste Village Voice l'a déclaré: 

"Il existe quelque chose de vil en chacun de nous, le 
besoin par exemple de voir l'autre mourir pour s'assurer 
que nous sommes bien vivants. C'est peut-être à l'art 
qu'il incombe de résister à ces tendances, de revenir à la 
responsabilité morale préconisée par Aristote". (New 
York, mars 1976, p. 60.) 

Les excès que l'on connaît actuellement, s'ils ne 
sont pas déformés par l'intervention extérieure, 
portent en eux leurs propres hmites et font partie 
du processus de maturation artistique et social. 
Plutôt que d'encourager la violence, ils constituent 
une catharsis pour ce qui aurait pu être une 
époque encore plus violente. Ils devraient nous 
aider à assumer notre vraie nature. La violence, 
comme le sexe, est partie intégrante de la nature 
humaine et essentielle à la survie. Lorsque l'une ou 
l'autre tendance est niée, supprimée ou cachée, 
elle n'est plus contrôlée et se manifeste de façon 
détournée, grotesque et dangereuse. 

Conclusion 

J'ai examiné un nombre considérable "d'études" 
sur la violence et les médias, mais je n'en ai pas 
parlé ici pour deux raisons. Tout d'abord, elles ont 
fait l'objet d'autres mémoires et des recherches de 
la Commission. Deuxièmement, je n'ai pas encore 
rencontré d'études qui ne soient pas aussi 
commerciales que les médias eux-mêmes ou qui ne 
soient guère autre chose qu'une expérience isolée 
de laboratoire sans rapport avec la complexité de 



218 



la réalité. On ne s'est toujours pas demandé 
pourquoi certaines personnes regardent six heures 
de télévision par jour, ni pourquoi les enfants 
restent assis à longueur de journée devant le petit 
écran. Or, il s'agit peut-être là d'un problème 
beaucoup plus fondamental que le contenu de ce 
qui est présenté. 

Parmi les causes du comportement violent, nous 
savons que des facteurs comme le régime, l'empoi- 
sonnement chimique dû aussi bien à la pollution 
qu'à la drogue, les pratiques modernes d'obsté- 
trique et les châtiments corporels immodérés 
infligés dans les foyers et dans les écoles peuvent 
entraîner des dégâts physiques et une perte de 
contrôle. Les eff^ets de ces problèmes neurolo- 
giques et corticaux commencent-ils à se faire 
sentir dans la société? 

Nous tâtonnons dans l'ignorance et la recherche 
ne résoudra pas tous nos problèmes. Dans le 
monde moderne, la vraie menace en matière de 
violence n'est pas le voleur dans la rue, mais le fait 
que la violence règne de plus en plus au niveau des 
institutions. En cachant la violence et en la niant, 
nous n'avons fait que la recouvrir 
superficiellement. Dépouillée de toute identité, la 
violence n'est plus appelée par son nom. A la 
place on parle de contrôle, de sécurité, de réhabili- 
tation, de traitement ou de modification du 
comportement. Or, il s'agit d'une menace générale 
et universelle. Le problème n'est pas que nous 
voyons trop de violence, mais que nous n'en 
voyons pas assez. La nouvelle violence n'a pas de 
visage, pas de nom et pas de responsabilité. 



J. Michael McAuley, 
Toronto 

The Quality of the Evidence: 
A Review of Lefkowitz 

Au cours des 25 dernières années on a beaucoup 
parlé, de façon plus ou moins qualifiée, des effets 
de la télévision sur le comportement social. Avec 
l'avènement récent de la "violence dans les 
médias", c'est-à-dire des programmes de télévision 
policiers, des films comme Straw Dogs, Clockwork 
Orange et Rollerball, on s'est demandé quels effets 
le spectacle de la violence à la télévision avait sur 
le comportement violent (agressif) du spectateur 
par la suite. 

Il ne fait aucun doute que les conclusions de 
cette Commission auront des conséquences 
directes et importantes sur chaque citoyen de cette 
province. C'est pourquoi, il est primordial que la 
Commission mène l'enquête la plus complète 
possible sur les eff'ets de la présentation de la 
violence à la télévision et que la qualité l'emporte 
sur la quantité. Les "preuves concluantes" ne 
prouvent rien du tout, quel que soit le nombre des 
études à l'appui des résultats, si la formulation 
méthodologique est erronée. Se laisser influencer 
par le nombre d'études qui arrivent à une 
conclusion donnée plutôt que par l'exactitude de 
ces études (une considération concomitante 
importante) revient à détruire la nature et la 
validité fondamentales de l'enquête scientifique. 

Le but de ce mémoire est d'étudier l'exactitude 
méthodologique et théorique de l'étude de 
Lefkowitz et al (1971) intitulée Télévision Violence 
and Child Aggression: A Followup Study. Cette 
critique est d'autant plus nécessaire que cette 
étude spécifique a été accueillie comme la preuve 
la plus concluante des effets de la télévision sur le 
comportement violent (Jowett, 1975). Sur la base 
d'un échantillon procédant d'un choix raisonné de 
21 1 jeunes garçons issus de la classe moyenne (les 
216 filles de l'échantillon n'ont pas été incluses 
dans l'analyse), Lefkowitz et al (1971) ont conclu 
que "le goût pour la violence en troisième année 
présente une relation causale avec le compor- 
tement agressif qui se manifeste dix ans plus tard" 
(p. 49). 



219 



Critique 

Variable dépendante - Mesure de l'agressivité 

Si l'on accepte que le comportement agressif qui 
préoccupe le plus les citoyens consiste à 
"appliquer (ou menacer d'appliquer) dans la 
réalité des stimuli extrêmement forts et physi- 
quement dangereux à d'autres personnes ou aux 
biens d'autrui avec l'intention de blesser . . . afin 
d'obtenir les résultats désirés et/ou d'éviter ceux 
qui ne sont pas désirables" (Ellis 1975a: 3-4), 
l'agressivité décrite dans les questions relatives au 
comportement des camarades de classe (Annexe 
1) doit être remise en question. Il est plus probable 
que ces types de comportement ne sont, en 
général, que des manifestations d'irritation, des 
formes de conduite enfantine normale ou 
simplement de jeux brutaux qui n'ont pas pour 
but de blesser. De plus, ce qu'un enfant de 
troisième année considère comme agressif, un 
élève de treizième année peut le qualifier de puéril 
et/ou d'irritant. On n'a pas demandé aux sujets de 
définir ce qu'ils entendaient par comportement 
agressif. On ne leur a pas non plus demandé si les 
comportements décrits dans les questions étaient, 
à leur avis, des comportements agressifs, si eux- 
mêmes présentaient ces types de comportements 
et jusqu'à quel point. 

Le cadre théorique dans lequel on fait 
fonctionner la variable dépendante (agg) est la 
théorie initiale "frustration-agression" de Dollard 
et al (1939). Ce concept repose sur trois 
hypothèses: 1) "l'agressivité est toujours la 
conséquence de la frustration"; 2) l'agressivité 
dont il est question est explosive par nature et 
l'homme est poussé à agir de façon agressive par le 
déclenchement d'un mécanisme naturel; 3) la 
frustration est provoquée par les obstacles 
rencontrés dans la poursuite du but recherché. Les 
descriptions du comportement agressif semblent 
être moins révélatrices d'un comportement 
explosif qu'elles ne le sont d'une forme de 
comportement rationnellement utilisé par les 
enfants pour obtenir satisfaction. De plus, le rôle 
de la télévision en tant que stimulus externe 
entraînant des frustrations (qui, à leur tour, provo- 
quent directement l'agressivité compulsive), en 
faisant obstacle à la poursuite du but recherché, 



reste à prouver dans cette étude ou dans une 
autre. 

Cependant, nonobstant ces questions de 
définition, la formulation de cette variable dépen- 
dante pose quatre problèmes méthodologiques: 

1) Le fait que l'étude soit ouverte aff'ecte 
l'élément temporel en cause. Lorsque l'on 
demande aux sujets (troisième, huitième et 
treizième année) d'évaluer les tendances agressives 
d'autres enfants, rien ne permet de prouver que 
cette évaluation ne concerne pas un compor- 
tement antérieur à la période de mesure du degré 
d'exposition à la violence de la télévision. 

2) Comme l'agressivité évaluée n'a pas été 
observée par les chercheurs, il n'y a pas moyen de 
comparer le comportement réel avec le souvenir 
des sujets interrogés. Il est donc possible qu'un 
conflit de personnalité entre deux enfants ait 
entraîné une évaluation de l'agressivité basée sur 
la rancune. 

3) On a complètement ignoré les facteurs de 
situation, qui affectent le comportement agressif. 
Il est important de savoir si l'agressivité vis-à-vis 
des camarades s'est manifestée en présence 
d'agents de contrôle social (professeurs ou 
parents) ou si elle s'est manifestée entre enfants 
lorsqu'ils ont pu laisser libre cours à leurs 
tendances (par exemple, lors des récréations ou 
avant et après l'école). L'absence ou la présence 
de "représentants de l'autorité" et leurs réactions 
face à l'agressivité ouverte a plus d'influence sur le 
comportement agressif que le spectacle de la 
violence à la télévision. 

4) Le simple fait que l'agressivité en treizième 
année (agg 13) soit fonction de souvenirs datant 
de dix ans rend l'étude fort contestable. Tumer 
(1972:204) indique que, plus la période de 
référence est courte, plus le souvenir du compor- 
tement violent est précis. Avec un échantillon de 
taille 5,000, la période optimale de référence est 
d'environ six mois. 

Variable indépendante - Mesure de la violence 
vue à la télévision 

En établissant un indice pour cette variable, les 
chercheurs ont omis de demander aux sujets si, à 
leur avis, la télévision avait ou non un effet sur 
leurs tendances agressives ouvertes ou cachées. En 
utilisant des évaluations extérieures à nbc, le 



220 



"régime d'exposition à la violence" obtenu peut 
être totalement différent du "régime" auquel les 
sujets ont en fait été soumis. Comme on l'a 
remarqué ailleurs (Ellis, 1975a:35), la violence à la 
télévision, du fait qu'elle manque de réalisme, est 
perçue par les enfants comme "l'antithèse de la 
violence". 

De plus, le fait de demander aux parents des 
renseignements sur les programmes de télévision 
favoris de leurs enfants a fait jouer deux influences 
extérieures. D'un côté, la réponse des parents 
risque de refléter le temps que l'enfant passe à 
regarder un programme spécifique plutôt que le 
goût réel de l'enfant pour ce programme. Même si 
l'enfant préfère le programme A au programme B, 
l'horaire des réseaux l'a peut-être obligé à regarder 
le programme B cinq fois par semaine et le 
programme A une seul fois. D'autre part, comme 
la classe moyenne tend à considérer le compor- 
tement agressif comme indésirable 
(Bronfenbrenner, 1958; Wolfgang et Ferracuti, 
1967), il est fort possible que les parents dont les 
enfants avaient un comportement agressif aient 
profité du questionnaire pour déplacer la respon- 
sabilité de ce comportement et la faire assumer 
par un stimulus externe, la télévision. 

A ce sujet, lorsqu'on a demandé à des garçons 
de huitième année quels étaient leurs programmes 
de télévision favoris, on s'est rendu compte qu'il 
n'y avait pas de lien entre le fait d'observer la 
violence à la télévision (tvvl 8) et un compor- 
tement agressif ultérieur en treizième année (agg 
13) (r =-.019) (Ellis, 1975a:30). Il est intéressant 
de remarquer que cette corrélation d'ordre zéro 
n'a pas été signalée par Lefkowitz et al (1971). 

D'autre part, on est parti de l'hypothèse 
impHcite que le spectacle de la violence à la 
télévision est le seul instigateur des tendances 
agressives ultérieures. Bien que cela ait été 
démontré dans des études préalables (Singer 
1971), le fait que le spectacle de la violence à la 
télévision puisse avoir sur le spectateur un effet de 
catharsis a été complètement ignoré dans le cadre 
de la structure théorique et opérationnelle de cette 
étude. De plus, le questionnaire en soi avait 
tendance à omettre de nombreuses variables 
susceptibles de provoquer, de faciliter ou d'inhiber 
l'agression et ce, indépendamment de l'existence 
de la télévision. Parmi ces variables, on peut citer: 



• les habitudes sociales des parents 

• la réaction des parents face à la violence à la 
télévision 

• le recours des parents à la violence 

• l'encouragement donné aux enfants, lorsqu'ils 
utilisent des moyens non violents pour atteindre 
leurs buts 

• la punition d'actes violents par les parents 

• la présence ou l'absence de "représentants de 
l'autorité" 

• l'encouragement à la violence par les 
camarades 

• les rôles sexuels 

Les résultats - La causalité existe-t-elle? 

Heise (1970) a montré comment la technique du 
diagramme de corrélation en croix pouvait 
permettre de tirer des conclusions causales, à 
condition d'utiliser des coefiicients de trajet ou des 
coefficients partiels, et à condition que sens et 
séquences soient sans équivoque. Cependant, 
Lefkowitz et al (1971) ont choisi d'indiquer des 
corrélations brutes d'ordre zéro qui, en fait, ne 
permettent pas de tirer des conclusions (Blalock, 
1964; Heise, 1970). De plus, ils ont omis d'inclure 
des "termes d'erreur" permettant de procéder aux 
mesures finales, à savoir tvvl13 et agg 13. Ces 
termes d'erreur, essentiels dans cette technique, 
correspondent à l'ensemble des perturbations 
extérieures affectant les variables tvvl et agg 
entre les mesures et déterminent par là même la 
variance inexpliquée par tvvl2 et agg3 (Heise, 
1970). Bien que non indiquée, la variance 
inexpliquée s'élevait à 89 pour cent. Encore plus 
intéressant est le fait que la variable que Lefkowitz 
et al (1971) citent comme étant le meilleur 
indicateur d'AGG 13, à savoir tvvl3, laissait 96 
pour cent de la variance inexpliqués. Cependant, 
ces faits seuls n'éliminent pas la possibilité de 
causalité. 

Même si nous acceptons les corrélations d'ordre 
zéro comme étant utiles, il ne servirait à rien 
d'essayer de tirer des conclusions. Une condition 
préalable serait qu'au moins une flèche manque 
sur le modèle (Blalock, 1964). Dans notre cas, il ne 



221 



manque aucune flèche appropriée du point de vue 
théorique ou méthodologique, grâce à laquelle on 
pourrait développer un groupe d'équations récur- 
rentes (ibid.) Bien que l'on puisse considérer 
TVVL13 comme étant un candidat probable (voir 
figure 1), le fait que toutes les flèches associées 
soient nulles, c'est-à-dire absentes, exclut cette 
variable du modèle. De plus, comme la technique 
est tirée d'une analyse de trajet (Heise, 1970:3), on 
pourrait soutenir que ces coeflicients de corré- 
lation d'ordre zéro indiquent l'existence d'une 
relation non analysée. En terminologie de trajet, 
ils représentent la valeur numérique de flèches de 
corrélation, orientées dans les deux sens, liant des 
variables "exogènes" (Duncan, 1966: 118). 

Du fait de la nature ouverte de la mesure de 
l'agressivité et du fait également que les renseigne- 
ments fournis par les parents d'enfants à tendance 
agressive sur leurs préférences en matière de 
programmes peuvent être déformés, le sens et 
l'ordre des variables peuvent avoir été faussés. Il 
est aussi possible que les tendances agressives que 
les enfants ont en eux, lorsqu'ils s'installent devant 
le téléviseur, ainsi que leurs tendances agressives 
ultérieures, dépendent davantage de facteurs liés 
aux rôles des sexes que de préférences en matière 
de programmes. On a mentionné auparavant que 
les résultats de Lefkowitz et al (1971) ne s'appli- 
quaient qu'à des garçons qui, par identification à 
leur rôle de mâle, sont généralement plus agressifs 

Figure 1 

Les corrélations entre la violence vue à la 
télévision et l'agressivité chez 211 garçons à 10 ans 
d'intervalle 



TVVL3 



.21 



AGG3 




TWL13 



-.05 



AGG13 



TVVL3— Spectacles de télévision violents regardés en troisième 
année 

TVVLl 3— Spectacles de télévision violents regardés en treizième 
année 

A GG 3— Comportement agressif en troisième année 

AGGl 3— Comportement agressif en treizième année 



que les filles (Weis et Borges, 1973:81-87). C'est 
pourquoi, il faut remarquer que les données 
présentées par Lefkowitz et al (1971 : 57) indiquent 
que le comportement agressif en troisième année est 
intimement lié au comportement agressif ultérieur 
(agg3 est en corrélation avec elle-même et agg8, 
r = .48; et agg8 est en corrélation avec elle-même 
et agg13, r = .65). 

De plus, les données indiquent que la relation 
entre la télévision regardée et le comportement 
agressif ultérieur peut être influencée par une 
variable extérieure, la popularité. La popularité en 
troisième année et la popularité en treizième année 
présentent une corrélation entre elles et avec le 
temps passé à regarder la télévision en treizième 
année, r = .22 et r =-.26 respectivement (ibid.: 52- 
3). De plus, le temps passé à regarder la télévision 
en troisième année présente une corrélation 
négative avec lui-même et avec l'agressivité 
évaluée en troisième année, r = .19 (ibid.: 54). Si 
popularité signifie connaissance de l'individu 
populaire par le groupe, il est alors possible que 
l'agressivité de l'individu, évaluée par le groupe, 
soit davantage le reflet de l'influence extérieure 
des rapports au sein du groupe, et peut-être même 
de l'approbation de l'agressivité par le groupe, que 
du comportement réel de l'individu. 

Conclusion 

Bien que Lefkowitz et al (1971) aient résisté aux 
critiques de nombreux chercheurs méthodologi- 
ques, on ne peut pas s'empêcher de se demander 
combien de ces individus ont souff'ert de "vision 
tubulaire" au cours de leurs études critiques. Ce 
qui précède constitue une évaluation critique de 
l'étude de Lefkowitz et al. Nous avons trouvé que 
les insuffisances théoriques et méthodologiques de 
l'évaluation des variables dépendantes et indépen- 
dantes, jointes à l'exclusion de nombreuses 
variables susceptibles de provoquer, d'encourager 
ou d'inhiber la violence rendent les conclusions de 
l'étude extrêmement douteuses. De plus, le fait 
que les chercheurs aient omis de mentionner les 
données qui n'allaient pas dans le sens des 
résultats théoriquement escomptés, place à mon 
avis les chercheurs eux-mêmes dans une position 
précaire. C'est pourquoi on peut faire en 
conclusion trois remarques. Tout d'abord, il est 



222 



plausible que le lien établi entre le spectacle de la 
violence à la télévision et le comportement violent 
consécutif soit faux (du fait de l'influence des 
autres facteurs ou de la méthode de rassem- 
blement des données elle-même). Deuxièmement, 
les variables dépendantes et indépendantes 
peuvent, en fait, varier indépendamment l'une de 
l'autre. Troisièmement, les données, c'est-à-dire 
les coefficients de corrélation d'ordre zéro, 
n'étaient pas applicables à la technique méthodo- 
logique utilisée. 



223 



Annexe 1 

Tableau 1: Evaluation de l'agressivité à trois 

périodes différentes 

3^ année 

1. Qui désobéit au professeur? 

2. Qui dit souvent "donne-moi ça!"? 

3. Qui fait des grimaces ou tire la langue aux 
autres enfants? 

4. Qui raconte des histoires et ment pour causer 
des problèmes aux autres enfants? 

5. Qui fait des choses qui ennuient les autres? 

6. Qui commence une bagarre pour rien? 

7. Qui malmène ou maltraite les enfants? 

8. Qui se fait toujours gronder? 

9. Qui dit des choses méchantes? 

10. Qui prend les affaires des autres sans 
demander? 

5 ans après 
8" année 

1. Qui désobéit au professeur? 

2. OMIS 

3. Qui fait des grimaces ou des gestes hostiles aux 
autres enfants? 

4. Qui raconte des histoires et ment pour causer 
des problèmes aux autres enfants? 

5. Qui fait des choses qui ennuient les autres? 

6. Qui commence une bagarre pour rien? 

7. Qui malmène ou maltraite les enfants? 

8. Qui se fait toujours gronder? 

9. Qui dit des choses méchantes? 

10. Qui prend les affaires des autres sans 
demander? 

10 ans après 
13^ année 

1. Qui n'écoutait pas le professeur? 

2. OMIS 

3. Qui faisait des grimaces ou des gestes hostiles 
aux autres enfants? 

4. Qui racontait des histoires et mentait pour 
causer des problèmes aux autres enfants? 

5. Qui faisait des choses qui ennuyaient les autres? 

6. Qui commençait une bagarre pour rien? 

7. Qui malmenait ou maltraitait les enfants? 

8. Qui se faisait toujours gronder? 

9. Qui disait des choses méchantes? 



10. Qui prenait les affaires des autres sans 
demander? 



I 



224 



Bibliographie 

Blalock. H. M. 1964 Causal Inferences in 
Nonexperimental Research. Chapel Hill: University of 
North Carolina Press. 

Bronfenbrenner. U. 1958 "Socialization and Social 
Class Through Time and Space" dans E. Maccoby et 
al. (éd.) Readings in Social Psychology. New York: 
Holt Rinehart and Winston. 

Dollard. J.: Doob. L.: Miller. N.: Mowrer. O.: and 
Sears. R. 1939 Frustration and Aggression. New 
Haven: Yale Press. 

Duncan. E.L. 1966 "Path Analysis Sociological 

Examples" in H. M. Blalock (éd.) Causal Models in the 
Social Sciences. Chicago: Aldine Publishing. 

Ellis. D. 1975a "Mass Media Effects on Violence in 
Society" in press. 

Heise. D. 1970 "Causal Inference from Panel Data" pp. 
3-28 dans E. Borgatta and G. Bohrnstedt (eds.) 
Sociological M ethodology. San Francisco: Jossey- 
Bass. 

Jowett, G. S. 1975 The Globe and Mail. 15 Septembre, p. 
8. 

Lefkowitz. M.: Eron. L.: Walder. L.: and Huesmann. L. 
1971 "Télévision Violence and Child Aggression: A 
FoUowup Study" pp. 35-135 in G. A. Comstock and 
E.A. Rubinstein (eds.) Télévision and Social Behavior. 
Vol. 3. Washington, D.C.: U.S. Government Printing 
Office. 

Singer. J. 1971 The Control of Aggression and Violence, 
New York: Académie Books. 

Turner. A.G. 1972 "Victimization Surveying: Its 
History, Uses and Limitations" pp. 199-214 dans 
National Advisory Commit tee on CriminalJustice 
Standards and Goals. Washington D.C.: U.S. 
Government Printing Office. 

Weis. K. and Borges. S. 1973 "Victimology and Râpe" 
pg. 71-1 15 in Issues in Criminology. Vol. 8. 

Wolfgang, M.E. and Ferracuti, F. 1967 The Subculture 
of Violence. New York: Tavistock. 



225 



Lakehead University 
Thunder Bay 

Je regrette de n'avoir pu me présenter devant 
votre Commission lorsqu'elle est venue à l'Uni- 
versité de Lakehead. Cependant, j'aimerais vous 
présenter mes vues sur la fonction de la violence 
dans les différents médias et les effets que la 
violence à la télévision a sur la qualité de la vie au 
Canada. 

Je ne prétends pas expliquer les répercussions 
que la violence à la télévision a sur les individus. Il 
est difficile de prouver scientifiquement que les 
programmes violents présentés dans les médias 
rendent les individus plus agressifs et les poussent 
à adopter ensuite un comportement violent. Des 
psychologues et d'autres commissions ont étudié 
le problème et ne sont pas arrivés à trouver de 
réponse définitive. Il existe tellement de facteurs et 
de contradictions que l'on ne peut répondre que 
partiellement à la question. Même si les conditions 
expérimentales étaient parfaites et même si on 
voulait prouver que les programmes violents 
présentés par les médias entraînent un compor- 
tement agressif, il resterait une question sociolo- 
gique à résoudre. Pourquoi certains groupes et 
individus qui regardent des programmes violents 
réagissent-ils par la violence, alors que d'autres ne 
le font pas? 

A mon avis, l'acte violent dépend de la structure 
sociale dans son ensemble, des valeurs culturelles 
marginales et de facteurs circonstanciels. On 
exagère sans doute les effets de la violence 
présentée par les médias. Elle n'est probablement 
qu'un facteur parmi tant d'autres, qu'il s'agisse 
d'organismes ou d'institutions. 

La question est plus vaste que vous ne le pensez. 
Le Canada, contrairement à ce que croient de 
nombreux Canadiens, est un pays violent. Notre 
histoire est faite de périodes d'oppression violente, 
de guerres, d'actes de répression envers des 
groupes minoritaires, de lavages de cerveaux 
rituels de nos jeunes, et cetera. Tout ceci date 
d'avant l'ère de la télévision et est un argument en 
sa faveur. Regardez comment nous élevons nos 
enfants, comment nous jouons avec eux, voyez les 
idéaux que nous leur enseignons et la façon dont 
nous les disciplinons. Ces aspects fondamentaux 
de la vie au Canada sont également des causes 



importantes de violence. Nous sommes une nation 
violente, indépendamment de la nature de notre 
télévision. La violence à la télévision n'est que le 
refîet de la violence qui est en nous. 

Cependant, ce n'est pas parce que les effets de la 
violence dans les médias sur la violence dans la 
rue ne peuvent être prouvés, parce que la violence 
est indépendante des médias et parce que le 
Canada est une nation violente, que l'on devrait se 
désintéresser des effets nocifs que peut avoir le 
contenu des médias sur la société. 

Personnellement, je constate que la violence à la 
télévision a des répercussions odieuses et néfastes, 
mais ceci va au-delà de la controverse actuelle. La 
violence à la télévision me contrarie, non pas 
parce qu'elle a un effet négatif ou positif, mais 
parce qu'elle maintient le statu quo. Ceci peut 
paraître ridicule, mais l'on devrait condamner la 
violence à la télévision, non pas pour la violence 
qu'elle risque de causer, mais parce qu'elle sert à 
préserver plusieurs de nos préjugés, notions et 
perspectives démodés. Le Canada a désespé- 
rément besoin de devenir une nation plus sophisti- 
quée. Les Canadiens ont besoin de regarder le 
monde avec des yeux neufs. La violence à la 
télévision est un des facteurs qui empêche ce 
phénomène. C'est une force qui contribue au 
maintien de notre mode de vie traditionnel et 
démodé. 

Les médias devraient servir à apporter des 
changements constructifs. J'aimerais, par exemple, 
citer les réalisations de l'Office national du film 
dans le cadre des programmes Challenge for 
Change. Actuellement, nos programmes de 
télévision enferment les Canadiens dans un 
système de valeurs et d'appréhension du monde 
réellement archaïque. C'est pourquoi je prétends, 
qu'il est grand temps d'instaurer des changements. 

La fonction des médias 

La télévision et les journaux, de par leur contenu 
violent, transmettent les valeurs de base de la 
société. Nos valeurs étaient auparavant renforcées 
de façon plus directe. Nous vivions dans des 
communautés closes où les criminels étaient 
proches de nous. Le drame et le rituel du 
châtiment étaient un aspect de la vie, qui était 
apprécié au sens fort par la population. Les 



226 



communautés closes sont révolues. Nous ne 
voyons pas le criminel, pas plus que ses actes. 
Cependant, nous avons d'une certaine manière 
besoin de savoir quelle offense a été commise ou 
que le mal existe dans le monde. La télévision 
transcende notre mode de vie isolé et remplit cette 
fonction. Nous savons que le mal existe. La 
télévision le dit. Chaque groupe ou société a 
besoin que les limites entre le bien et le mal soient 
définies par une personne ou par une institution. 
Les Canadiens semblent particulièrement 
affectionner les leçons de morale qui sont données 
par les médias. 

La violence dans les médias enseigne aux gens 
ce qui est mal et en cela, elle est nécessaire. Elle 
offre des points de référence qui servent à 
l'individu à établir sa ligne de conduite. Nous 
devons nous souvenir que le fait d'enseigner aux 
gens ce qui est mal, revient à leur enseigner ce qui 
est bien. Les nouvelles nationales définissent avec 
précision les limites du mal contemporain, alors 
que Cannon renforce les mêmes notions, mais sous 
forme de divertissement. Le monde du crime, de la 
corruption et du mal est décrit à la fois 
officiellement et non officiellement et tout est ainsi 
mis en oeuvre pour offrir à la population des 
points de référence précis pour son univers 
conceptuel. Bien que l'on nous offre davantage 
encore en pâture que l'on n'offrait aux Français au 
moment de la Révolution, je pense que la 
télévision remplit le même objectif que les exécu- 
tions quotidiennes à la guillotine, les pendaisons 
publiques ou le fait d'enduire un individu de 
goudron et de plumes pour le punir. La télévision 
définit nos démons et nos sorcières. L'hérétique ou 
le blasphémateur d'autrefois rencontre tous les 
soirs, aux heures d'écoute, le tueur névrosé, le 
kidnappeur, l'homme qui bat sa femme et les 
gangs déjeunes délinquants. 

Renforcement des valeurs traditionnelles 

J'ai indiqué précédemment comment les médias 
agissent en tant qu'éléments nécessaires de la 
société; il s'agit en fait d'une force qui maintient le 
statu quo intellectuel de la nation. Je voudrais 
maintenant discuter de quelques notions 
spécifiques qui sont fausses, simplistes et contri- 
buent à justifier nos croyances, notions et préjugés 



démodés. Ces concepts concernent l'image que se 
font les Canadiens de la nature humaine, de la 
nature du crime et du criminel ainsi que de la 
nature du bien et du mal dans la vie. Je ne dis pas 
que la télévision ne devrait pas présenter les maux 
de la société; je prétends tout simplement que la 
présentation devrait être meilleure, moins catégo- 
rique, plus sophistiquée et plus intelligente. Nous 
ne pouvons pas continuer à exister en tant que 
nation démocratique, si nos médias continuent à 
nous offrir des programmes qui répondent à des 
croyances anciennes, à des concepts moraux 
démodés qui n'ont plus aucune raison d'être. 

a) La première hypothèse qui est exprimée 
implicitement et explicitement dans les 
programmes de télévision moderne est que la 
cupidité mène le monde. Que cette hypothèse soit 
vraie ou fausse est secondaire. Ce qui importe, 
c'est le rôle qu'elle joue comme vérité absolue. 
Depuis Adam et Eve, on nous a appris que le 
défaut principal de l'homme est la cupidité. Bien 
que les actes de l'homme soient souvent motivés 
par d'autres émotions, nous sommes tellement 
préoccupés par la cupidité que nous sommes 
incapables de voir plus loin. Les médias modernes 
ont énormément contribué à ce phénomène. 

b) La seconde hypothèse veut que les méchants 
appartiennent à une race particulière. On les 
décrit comme différents biologiquement, socia- 
lement et moralement. Toutes les études sociolo- 
giques démontrent que cette conception est fausse. 
Les criminels, pour la plupart, ressemblent 
étonnamment à l'homme de la rue. Cependant, les 
médias continuent à insister avec lourdeur sur le 
fait qu'ils sont différents. Le problème surgit, 
lorsqu'on en vient au bien, contraire du mal. Une 
description simpliste du mal entraînera une 
description simpliste du bien et de la responsabi- 
lité. Les normes du bien fixées par les médias sont 
si faciles à atteindre! Il suffit d'éviter de molester 
un enfant, de voler une banque ou de faire la 
course en voiture avec un policier. La quête du 
bien n'est pas une entreprise aussi aisée. En bref, 
le monde moderne ne peut plus se permettre une 
vue aussi simpliste des choses. 

c) La troisième hypothèse concerne les exécu- 
teurs de la loi. Le thème dominant dans les médias 
modernes est la victoire du bien sur le mal. Avec 
des moyens financiers adéquats et un talent hors 



227 



pair, rien de plus facile que d'éliminer le crime. Un 
autre message est que la police veut vraiment 
supprimer le crime - en admettant qu'elle le 
puisse. 

Ces deux hypothèses sont absolument fausses. 
Nous avons constaté que le degré de criminalité 
est fonction de la société en question. Dans une 
société de saints, le fait que Saint-Jean ait négligé 
ses roses peut être perçu comme un crime aussi 
grave que les meurtres de Charles Manson. "Le 
crime", à longue échéance, ne diminue pas. Il 
existe de nombreuses preuves à l'appui de la 
théorie que la police et la société ont intérêt à 
maintenir un certain niveau de criminalité. La 
télévision a certainement intérêt à la décrire. Le 
drame du gendarme et du voleur se joue depuis 
des siècles, et ni l'argent, ni les systèmes réaction- 
naires, ni la tolérance humaine ne permettront de 
l'éliminer. Le mal est en nous-mêmes. Il est ce que 
nous voulons qu'il soit. Nous avons besoin de 
criminels comme nous avons besoin de nourriture. 
Ils donnent à notre vie signification et importance. 

A propos de cette troisième hypothèse, le 
problème à mon avis vient surtout de la façon 
dont les médias présentent les choses. Il s'agit 
donc d'une présentation maladroite, simpliste et 
moralement fausse. Ainsi se trouve encouragé un 
optimisme ou un pessimisme déplacés. Dans la 
lutte contre le crime, les progrès, de même que les 
renversements de situation, n'existent pas. On 
projette simplement plus ou moins sur le criminel 
ses doutes, sa méfiance, son insécurité ou son 
insatisfaction. Je suggère que les médias 
remontent aux sources de l'insatisfaction. 

Il y a bien d'autres notions que les médias entre- 
tiennent et encouragent; mon exposé ne 
comprend qu'une liste partielle. La liste complète 
ferait en elle-même l'objet d'une étude. En résumé, 
je désire souhgner que le caractère principal des 
médias est essentiellement conservateur. Ils ne 
font rien pour supprimer les rivalités ethniques et 
régionales traditionnelles. Les médias, en insistant 
sur la violence, ne font rien pour améliorer le 
niveau intellectuel du pays que ce soit à l'échelle 
individuelle ou nationale. C'est une force qui nous 
laisse impuissants face aux difficultés futures. 

lan Stewart 
Chargé de cours. 



Métropolitain Toronto 
Separate School Board 

Le phénomène de la violence 

Une enseignante se souvient d'une conversation 
qu'elle a eue avec deux directeurs des services 
étudiants il y a neuf ans, alors que le trafic de 
drogues battait son plein parmi les jeunes de 
Toronto. Elle voulait savoir ce qui était fait et ce 
qui pouvait être fait pour protéger les jeunes des 
dommages parfois irréparables causés par les 
expériences qu'ils tentaient dans le domaine 
dangereux de la drogue. La discussion fut valable 
dans son ensemble mais c'est d'une remarque 
gratuite qu'elle se souvient. "Ce qui se profile 
maintenant à l'horizon, c'est la violence, et ce sera 
quelque chose d'obscène et de terrible." De nos 
jours, quelque dix ans plus tard, la violence a tout 
envahi de telle manière qu'on n'y fait même plus 
attention et qu'on l'absorbe avec l'air qu'on 
respire. 

Il serait fastidieux de dresser à nouveau en 
détail la liste des incidents violents. La création de 
la Commission royale d'enquête sur la violence 
dans l'industrie des communications ramène notre 
attention sur ce phénomène. Nul ne met en 
question le fait que la violence envahit la société 
contemporaine. Il est également évident qu'étant 
donné les moyens techniques de destruction 
massive et raffinée dont l'homme dispose, la 
société est en droit de s'inquiéter lorsque la 
violence apparaît comme l'unique mode de 
règlement des conflits, qu'ils soient personnels, 
interpersonnels ou communautaires. On espère 
que le travail de la Commission amènera les 
Canadiens à réfléchir à nouveau au phénomène de 
la violence. Si la violence est devenue, comme 
nous l'exposons dans ce mémoire, un facteur de 
mutilation de notre société, les données 
accumulées par la Commission peuvent constituer 
une source féconde de réflexion et d'action. Elles 
peuvent constituer une base valable d'explication 
et de remède à la violence. Les travaux effectués 
devraient nous rendre sensibles à l'empiétement 
croissant de la violence sur la vie quotidienne et à 
ses conséquences néfastes sur la qualité de la vie. 



228 



Exposé de nos préoccupations 

Ce mémoire traite spécifiquement de la nature de 
la violence à la télévision et des programmes 
regardés par les enfants depuis l'âge préscolaire 
jusqu'à l'école secondaire. Les journaux et les 
pièces de théâtre présentent moins d'intérêt pour 
ces enfants et leur sont moins accessibles et le 
cinéma peut être défendu. Précisons, cependant, 
que bien des facteurs", autres que la télévision, 
peuvent susciter des réactions hostiles et aboutir 
avec le temps à un comportement agressif: la 
pauvreté, l'injustice, la discrimination sociale et 
sexuelle et, particulièrement, le rejet de la part de 
parents hostiles. Ces facteurs, cependant, 
n'entrent pas dans les cadre du travail de la 
Commission; nous allons donc nous limiter à la 
violence à la télévision. 

La télévision comme moyen d'information 

La nature de la télévision est telle qu'elle utilise du 
matériel visuel pour exprimer une activité 
intérieure. Alors qu'au théâtre le personnage et le 
langage servent à exprimer le conflit dans l'espace 
restreint que représente la scène, à la télévision, le 
corps est le symbole de l'activité intérieure. La 
télévision est le lieu de l'action, du mouvement et 
de l'activité. C'est pour cette raison que la violence 
a toujours eu une place de choix à la télévision^. 
Cependant, l'évolution récente du style de 
violence présentée à la télévision est inquiétante. 
Dans les conflits traditionnels, blessures et morts 
faisaient partie du ballet prévu de la vie. Les balles 
pouvaient alors être les émissaires d'une belle 
mort propre. 

De nos jours, les balles déchirent les individus, 
causant d'énormes blessures sanglantes. La 
fusillade traditionnelle n'a plus rien à voir avec le 
coup de fusil suivi de la chute du corps mais 
constitue un paroxysme présenté en ralenti et 
prolongé aux limites du possible. Lorsqu'on 
repasse des "instantanés" des matchs profes- 
sionnels de football et de hockey, le choc brutal 
des athlètes est filmé de telle manière qu'il 
ressemble aux mouvements d'un ballet. Dans ces 
circonstances, les spectateurs sont hypnotisés par 
un véritable parti pris de destruction. Que penser 
du fait que les enfants grandissent au contact de 
cette nouvelle forme détaillée de la violence? D'un 



passage à tabac à une mutilation, et inversement, 
comment réagissent-ils intérieurement? 

L'enfant devant la violence 

Chez l'être humain, adulte ou enfant, la recherche 
montre que le comportement agressif est acquis^ et 
que ce comportement est acquis"* par l'imitation^ 
et le renforcement sélectif. Les parents en colère 
qui battent leurs enfants pour les punir de leur 
comportement violent ne font sans doute qu'ac- 
croître les tendances agressives de l'enfant^. Plus 
nombreux sont ceux qui ont une tendance innée à 
acquérir un comportement agressif, plus l'appren- 
tissage en est facile. 

Pensons un peu aux effets que peuvent avoir les 
passages violents de la Ligue nationale de hockey 
que l'on repasse plusieurs fois. Lorsque Maloney, 
attaquant Glennie par derrière, l'abat d'un coup 
de poing sur la tête, puis le secoue comme un 
pantin en lui frappant la tête sur la glace, la scène 
est repassée au moins sept fois. 

L'enfant et la violence à la télévision 

Etant donné les résultats des recherches, comment 
situer l'enfant devant la violence à la télévision? 
Un adulte responsable - et il y a bien des degrés 
de responsabilité - devrait être en mesure déjuger 
du bien-fondé artistique de l'usage de la violence à 
la télévision. La vaUdité du recours à la violence 
dépendrait alors du contexte artistique dans son 
ensemble. Le jour du chacal, qui a paru récemment 
à la télévision, en est un bon exemple. Il est filmé 
de manière très prenante et fascinante jusqu'au 
dernier moment. Il y a des meurtres mais la 
caméra ne s'attarde pas sur les blessures béantes et 
les morts bizarres. Tous les éléments de l'expé- 
rience sont là, le mal et le bien mélangés comme 
dans la vie. C'est la déclaration d'un artiste. 
L'adulte mijr doit pouvoir évaluer le thème du 
conflit et la façon dont il est décrit. Par contre, 
rien ne prouve que l'enfant devant le poste de 
télévision a déjà appris à contrôler ses émotions. 

L'enfant est en pleine évolution. Il apprend à se 
connaître et à connaître les autres à sa manière. Il 
devient conscient de ses responsabilités. Il 
découvre, à partir de sa propre expérience, les 
réponses qui lui sont particulières - comment 
pardonner, comment surmonter ses moments de 



229 



dépression. Bien que les résultats des recherches 
sur les effets de la violence télévisée sur les specta- 
teurs ne fassent pas l'unanimité, l'opinion la plus 
répandue est qu'elle augmente l'agressivité^ Les 
enfants ont davantage tendance à être violents et 
ils se font une fausse idée de la façon de résoudre 
les problèmes^; ils deviennent inquiets et peureux. 
Les conclusions basées sur des données 
scientifiques solides et non sur l'opinion de 
quelques chercheurs individuels occupent cinq 
volumes du Comité consultatif scientifique^ dont 
on n'a pas besoin de rappeler l'existence à la 
Commission actuelle sur la violence. Ceux qui ne 
sont pas au courant de ce rapport n'ont qu'à 
regarder autour d'eux de nos jours à Toronto pour 
arriver aux mêmes conclusions. Citons le cas 
suivant: un garçon de huit ans qui assiste à la 
découverte par la police d'un chauff'eur de taxi 
égorgé dans sa voiture dans une aire de station- 
nement commente avec un certain regret: "Ce 
n'est pas comme ça qu'on fait à la télévision". A la 
page deux de ce même rapport une remarque du 
Chef du Service de la Santé, Jesse Steinfeld est 
particulièrement pertinente: "Les données 
relatives à des phénomènes sociaux comme la 
télévision et/ou le comportement agressif ne 
seront jamais suffisamment claires pour que tous 
les chercheurs en sciences humaines puissent 
tomber d'accord sur une formulation définitive de 
causahté. Il vient cependant un moment où les 
données sont suffisantes pour justifier que l'on 
prenne des mesures'^, et ce moment est venu". La 
circulaire PlJl, publiée par le ministère de l'Edu- 
cation et exposant la politique provinciale en 
matière de programmes pour les cycles primaire et 
moyen des écoles élémentaires de l'Ontario est 
intitulée fort justement les années déformation^^ 
(The Formative Years). Elle présente ces années 
particulières comme l'occasion pour l'enfant de 
"partager la vie de la communauté avec compé- 
tence dans la joie et l'honnêteté". Elle insiste sur le 
fait que les programmes doivent permettre, outre 
leurs autres fonctions, de "développer le sens 
moral et esthétique nécessaire à une vie complète 
et responsable". Ces principes directeurs tendent à 
faire de l'apprentissage de l'enfant au cours de ses 
années de formation une préparation à l'avenir. 
Mais si l'on veut un monde meilleur, il faut 
commencer par améliorer la vie quotidienne. Il n'y 



a aucune raison de tout attendre de l'avenir si l'on 
ne peut déceler de signe d'espoir dans le présent. 

La jalousie n'engendre pas la justice, ni la 
cruauté la douceur, ni la haine l'amour, pas plus 
que la montée de la violence antisociale dans 
notre vie quotidienne ne risque d'engendrer un 
monde non violent. Par contre, on peut espérer 
voir émerger un style de vie non violent là où les 
rapports entre les individus sont fondamenta- 
lement non violents'^. Nous estimons que la 
télévision peut aider à créer ce style de vie et 
pourrait être pour la province une alliée valable 
dans sa politique des programmes; que la violence 
à la télévision devrait être considérée dans le 
contexte d'un problème plus vaste'^; et qu'il faut 
conjuguer nos efforts pour tenter de faire de la 
télévision le moyen d'enseignement qu'elle 
pourrait être. 

Recommandations 

Au moment de faire les deux recommandations 
suivantes, nous avons à l'esprit ces mots de la 
Commission sur la violence: 

"Une fois terminé, notre travail constituera un 
recueil complet et à jour d'écrits sur la violence 
dans l'industrie des communications et sur la 
violence dans la société. Ce recueil unique sera 
utile aux Canadiens pendant les années à venir et 
pourra servir de fondement à la recherche sociale 
future." Nous ne doutons pas de la valeur des 
résultats du travail de la Commission. Nous 
souhaitons cependant que tous les médias 
(imprimés, électroniques) accessibles au grand 
public fassent état de ces résultats et que ceux-ci 
soient suivis d'effets durables et à long terme. 

Nous faisons donc deux recommandations: il 
s'agit d'abord de mettre au point''', sur la base des 
résultats recueillis par la Commission et de préfé- 
rence en conjonction avec la circulaire FIJI du 
Ministère un guide de base indiquant comment 
regarder la télévision '^ comment en retirer 
davantage et comment et où faire des suggestions 
de programmes plus créatifs. Il s'agit pour nous 
d'insister pour que la télévision "cette salle de 
classe pré et postscolaire" soit utilisée à des fins 
éducatives valables. Les expériences partagées 
dans la salle de classe constituent le cadre concret 
nécessaire à l'acquisition de l'art d'écouter, de 



230 



parler, de lire et d'écrire ainsi qu'au dévelop- 
pement d'un système de valeurs personnelles. 
C'est ainsi qu'on apprend à prendre des décisions 
judicieuses et à apprécier les autres. 

C'est l'expérience vécue en commun par les 
enfants et l'enseignant qui marque très souvent la 
différence entre apprendre à vivre et regarder 
vivre. Il n'est pas facile de réaliser en classe ces 
expériences communes car les élèves, d'observa- 
teurs qu'ils sont, deviennent vite participants. La 
télévision, par contre, peut aller dans ce sens si ce 
qui a été vu la veille est mis à exécution à l'école le 
lendemain. Le guide de base que nous suggérons 
contiendrait des déclarations détaillées, des 
suggestions sur la façon d'analyser l'intérêt exercé 
par la télévision et son impact sur les spectateurs; 
une série de questions des rapports personnels des 
enfants ... un point de départ en somme. Il faudra 
faire preuve de dynamisme en la matière et 
empêcher que ce guide ne soit traité comme un 
sujet de plus à couvrir. Le jeu en vaudra la 
chandelle cependant si les enfants se rendent 
compte qu'ils participent à l'élaboration d'une 
nouvelle forme de société. 

La seconde recommandation concerne l'établis- 
sement d'un service indépendant de contrôle de la 
violence. Il ne faudrait pas confondre ce service 
avec la censure. Le critique du TVew York Times 
influence peut-être le choix des cinéphiles; il 
n'empiète pas sur leur droit de choisir ce qu'ils 
veulent voir. Il existe un certain nombre de 
modèles en ce qui concerne le contrôle de la 
violence à la télévision'^. Gerbner combine les 
éléments qualitatifs et quantitatifs. Dans son 
analyse du contenu des programmes de télévision, 
son système standard d'évaluation tient compte 
du nombre et du genre d'actions violentes et 
fournit un indice du nombre d'épisodes violents 
par heure de diff'usion. La manière dont 
l'agression est décrite peut être encore plus impor- 
tante que la dose de violence présentée. Pour 
déterminer ces éléments qualitatifs, on mesure la 
fréquence du recours à des tactiques violentes de 
la part des personnages, bons ou mauvais, et le 
pourcentage de personnages principaux impliqués 
dans des massacres, soit comme tueurs, soit 
comme victimes. Parmi les autres aspects 
mesurables de la violence, citons ses instigateurs, 
ses conséquences - récompenses ou punitions - et 



le type de personnages qui finissent toujours par 
être victimes. Les résultats des diff'érentes compo- 
santes - importance, taux et rôle - sont combinés 
pour constituer un indice global de violence. Si ces 
tendances relatives à la violence étaient rendues 
publiques de temps à autre comme taux de 
violence correspondant à certains réseaux, 
certains commanditaires, certains programmes, on 
pourrait désigner les responsables. En même 
temps, les réalisateurs plus créatifs, qui n'ont pas 
recours dans leurs programmes à la violence 
gratuite, verraient leurs efforts reconnus. 

Rappelons nos deux recommandations: 

1. Un guide basé sur les résultats de la 
Commission et, de préférence, en conjonction 
avec la circulaire PlJl du ministère sur la manière 
de regarder la télévision et d'en tirer davantage de 
profit et indiquant comment et où faire des sugges- 
tions pour obtenir des programmes plus créatifs. 
2. L'établissement d'un service indépendant de 
contrôle de la violence dont les responsabihtés 
seraient partagées entre le gouvernement, les 
enseignants, les parents et l'industrie des commu- 
nications pour améliorer la qualité de la télévision. 
L'abandon volontaire du recours automatique à la 
violence peut être l'occasion pour les réalisateurs 
de faire preuve d'imagination créatrice; loin de 
devenir insipides comme le craignent certains 
spectateurs, les programmes risquent au contraire 
d'être d'autant plus stimulants et excitants. Nous 
pourrons alors considérer sérieusement la 
télévision comme un instrument culturel et comme 
un tremplin de l'évolution sociale'^. 



231 



Notes 

1 Dans une société moderne, on peut considérer que 
l'agressivité provient, à des degrés divers, de trois sources 
essentielles. Il s'agit d'une part de l'agressivité créée et 
renforcée par les membres de la famille. Mais bien que 
l'influence familiale joue un rôle de premier plan dans 
l'élaboration du comportement social, la famille est prise dans 
un réseau d'autres systèmes sociaux. La sous-culture qui sert 
de cadre à l'individu et avec laquelle il a des contacts répétés 
est une seconde source d'agressivité. Le genre de 
comportement qui est donné en exemple et valorisé dans les 
sous-systémes de la communauté peut aller soit à l'encontre 
des influences familiales, soit dans le même sens. La troisième 
source d'agressivité est constituée par les symboles fournis par 
les mass médias, particulièrement la télévision. 

D'après Albert Bandura, Agression: a social learning analysis, 
Englewood Cliff's, N.J., Prentice-Hall, 1973 p. 93. 

2 Les réalisateurs de programmes reconnaissent en toute 
franchise que le conflit est essentiel à l'intérêt du drame et que 
la violence physique est la façon la plus facile et 
intellectuellement la moins exigeante de l'exprimer. 

Comme le disait un réalisateur: Si vous voulez faire une 
présentation dramatique d'un conflit à la télévision, le 
problème est le suivant: présenter l'homme contre la nature 
devient trop cher, l'homme contre Dieu est trop intellectuel, 
l'homme contre lui-même est trop psychologique et ne laisse 
pas assez de place à l'action, si bien qu'il ne reste 
habituellement qu'à présenter l'homme contre l'homme. 

Baldwin, T. F., et Lewis, C. Violence on télévision: The 
Industry looks at itself. In G. A. Comstock et E.A. Rubinstein 
(eds.). Télévision and social behaviour. Vol. 1 Media content 
and control. Washington, D.C.: Government Printing Office, 
1972, pp. 290-373. 

3 "L'imitation, processus plus subtil, contribue également à 
l'acquisition chez l'enfant du vocabulaire qui accompagne le 
comportement agressif." 

Feshbach, Seymour et Norma, "The Young Agressors" 
Psychology Today, Vol. 6: 1 1, avril 1973 p. 94. 

4 L'étude des familles des enfants agressifs montre 
pratiquement toujours que les parents de ces enfants ont 
tendance à être violents eux-mêmes, particulièrement 
lorsqu'ils punissent les enfants. 

Feshbach, Seymour . . . 

5 Lorenz, K., On Aggression, New York, Harcourt Brace 
Jovanovich, 1966. 

Bandura, Albert, Principles of Behaviour Modification. New 
York, Holt Rinehart et Winston, 1969. 

Bandura, Albert, Agression: a social learning analysis, 
Englewood Cliff's, N.J., Prentice-Hall, 1973. 

6 . . . nous avons découvert que les enfants réagissent à la 
violence réelle présentée à la télévision mais qu'ils ne 
réagissent pas à ses représentations dramatiques ou 
fantaisistes. Nos expériences ont révélé que la nature de la 
violence observée à la télévision - qu'elle soit considérée réelle 
ou irréelle - avait un efi"et sur le comportement agressif 
ultérieur. 

Feshbach, Seymour . . . 

7 Geen, R.G., et Berkowitz, L. Conditions favorisant les 
manifestations d'agressivité après l'observation de spectacles 
violents. Journal of Personality 1967, 35, 666-76. 

Stein, A.H. Friedrich, L.K. et Vondracek, F. Les programmes 



de télévision et le comportement de l'enfant. Dans J.P. 
Murray, E.A. Rubinstein et G. A. Comstock (Eds.), 
Télévision and social behaviour. Vol. 2. Télévision and social 
learning, Washington, D.C., Government Printing Office, 
1972, pp. 202-317. 

Steuer, F.B., Applefield, J.M. et Smith, R. L'agressivité à la 
télévision et l'agressivité dans les échanges entre enfants 
d'âge préscolaire. Journal of Expérimental Child Psychology, 
1971, 11427-47. 

8 Goranson, R.E. Violence dans les médias et comportement 
agressif: compte rendu de recherches expérimentales. Dans L. 
Berkowitz (Ed.) Advances in expérimental social psychology. 
Vol. 5, New York, Académie Press, 1970, pp. 1-31. 

Liebert, R.M. Télévision et apprentissage social. Rapports 
entre l'observation de spectacles violents et le comportement 
agressif. Dans J.P. Murray, E.A. Rubinstein et G.A. 
Comstock (Eds.), Télévision and social behaviour. Vol. 2 
Télévision and social learning, Washington, D.C. 
Government Printing Office, 1972, pp. 1-42. 

9 Siegel, A.E. Violence dans les mass médias. Dans D.N. 
Daniels, M. F. Gilula et F. M. Ochberg (Eds.), Violence and the 
struggle for existence, Boston, Little, Brown, 1970, pp. 193-239. 

10 Télévision et comportement social; rapports et 
communications. Rapport technique au Comité consultatif 
scientifique sur la télévision et le comportement social auprès 
du Chef du Service Fédéral de la Santé Publique des Etats- 
Unis. Publié par John P. Murray, Eli A. Rubinstein et George 
A. Comstock, É.-U. Government Printing Office, Washington, 
1972. 

1 1 229. - ( 1 ) Une enseignant a le devoir 

c) d'inculquer par ses préceptes et par son exemple le 
respect de la religion et des principes de la moralité judéo- 
chrétienne et le respect de la vérité, la justice, la loyauté, 
l'amour de la patrie, l'humanité, la bienveillance, la sobriété, 
le zèle, la frugalité, la pureté, la tempérance et toutes les autres 
vertus; (Loi sur l'éducation, 1974). 

12 II nous faut commencer par modifier notre société adulte, la 
société adulte réelle où nos enfants sont élevés, si nous 
voulons réduire l'agressivité. 

Feshbach, Seymour 

13 La présentation de thèmes agressifs peut en fait servir à 
contrebalancer l'hostilité du comportement. Proposer des 
solutions prosociales aux conflits permet aux spectateurs de 
réagir d'une manière plus constructive et d'avoir moins 
recours aux tactiques combatives. 

Chittenden, G.E. Etude expérimentale sur l'évaluation et la 
modification de l'afl^rmation de soi chez les jeunes enfants. 
Monographs ofthe Society for Research in Child Development, 
1942, VII, n° 1 (Série n° 31). 

"14 prim-er' (prim'er) n. 1 a first book in reading. 2 a beginner's 
book. 3 great primer. 18-pomt type. 4 long primer, 10-point 
type. (ME - Med.L primarius - L primarius first in rank. See 
Primary). 

prim-er^ (prim'er) n. 1 a person or thing that primes. 2 a cap or 
cylinder containing a little gunpowder. used for firing a 
charge of dynamite, etc. 3 a firsl coat of paint, etc. (-prime-) 

■'proposé en anglais seulement 



I 



232 



15 "Nous devons apprendre à nos enfants à distinguer entre les 
modèles agressifs sanctionnés par la société et ceux qui ne le 
sont pas." (Psychology Today) 

Feshbach, Seymour, "The Young Aggressors" 

16 Gerbner, G. La violence dans les drames télévisés: tendances 
et fonctions symboliques. Dans G.A. Comstock et E.A. 
Rubinstein (Eds.) Télévision and social behaviour. Vol. 1. 
Content and Control, Washington, D.C., Government 
Printing Office, 1972a, pp. 28-187. 

Un service public de contrôle de la violence est le premier 
pas dans le sens de la responsabilité sociale en matière de 
programmes de télévision commerciale. 

Bandura, Albert, Aggression 

Coffin, Thomas E. et Sam Tuchman (National Broadcasting 
Co. Inc. New York), "Rating Télévision Programs for 
violence: A Comparison of Five Surveys", Journal of 
Broadcasting. 1972-73, 17, 1 Wm, 3-20. 

Eleey, Michael P., George Gerbner et Nancy Tedesco 

(University of Pennsylvania, Philadelphia), "Apples. Oranges 
and ihe Kitchen Sink: An Anaiysis and Guide to the 
Comparison of "Violence Raùngs", Journal of Broadcasting, 
1972-73, 17, 1. Win, 21-31. Comments, 31-33, Rejoinder, 34- 
35. 

17 11 a été reconnu qu'en limitant le recours automatique à la 
violence on stimule la créativité plus qu'on ne la restreint. 
"Ces restrictions peuvent constituer un défi. Comment puis-je 
montrer la tension d'une manière neuve, sans avoir recours au 
coup de poing dans la mâchoire?" 

Baldwin, T. F. et Lewis, C. "Violence in Télévision: The 
Industry Looks at Itself. Dans G.A. Comstock et E.A. 
Rubinstein (Eds.) Télévision and Social Behaviour. Vol. 1, 
Media Content and Control. Washington, D.C., Government 
Printing Office, 1972, pp. 290-373. 

18 La télévision peut apprendre aux spectateurs à se comporter 
dans des situations variées qui dépassent de beaucoup le cadre 
de la famille ou de la communauté immédiate. 

Bandura, A. 



The Toronto Sun 
Toronto 

Au cours d'une récente enquête menée par le vice- 
président de (IL parmi les chefs d'entreprise, j'ai 
remarqué que la majorité d'entre eux pense que la 
presse quotidienne porte préjudice au monde des 
affaires, qu'elle y est opposée. Seulement un 
homme d'affaires sur 38 interrogés a indiqué qu'il 
faisait confiance aux journalistes. Il ne s'agit que 
d'un seul domaine. Mais il semblerait que ce genre 
de plaintes fasse boule de neige. 

Il n'y a pas si longtemps encore, les gens 
coupaient court aux discussions en déclarant 
qu'ils avaient lu telle ou telle chose dans les 
journaux. Dernièrement, j'ai lu le commentaire 
suivant à propos d'un homme politique: "Il ment 
comme un journal". Les journaux sont attaqués de 
toutes parts, que ces critiques soient fondées ou 
non. Plus troublés sont les temps et plus les 
attaques se font virulentes. Ces critiques semblent 
être directement fonction de l'intensité des frustra- 
tions du public face aux problèmes quotidiens. Et 
frustrations il y a! 

J'ai remarqué récemment que la Présidente 
critiquait les médias d'information pour le souci 
que leur causait l'enquête menée par cette 
Commission; si je me souviens bien, elle déclarait: 
"Les journaux ont perdu la tête". Il est possible 
que je sois sur la défensive, mais je n'ai sûrement 
pas perdu la tête. Par contre, je suis préoccupé. 

Actuellement dans le monde, la moitié des 
journaux ne jouissent pas de la liberté de la presse 
et cette liberté est menacée, dès que l'on 
commence à imposer des contrôles, même s'ils 
sont bien intentionnés. Au Sun, nous pensons que 
toute nouvelle forme de contrôle représente un 
danger auquel on doit s'opposer. 

Nous nous faisons l'écho de M. Daniel Patrick 
Moynihan, ancien ambassadeur des Etats-Unis 
aux Nations Unies, qui déclarait aux membres de 
"American Newspaper Publishers Assocation": 
"Le fait que la presse publie de mauvaises 
nouvelles est le signe d'un pays démocratique. 
Lorsque l'on arrive dans un pays où la presse ne 
publie que de bonnes nouvelles, on peut être 
presque sûr que les prisons sont remplies de bons 
citoyens". 

Le Sun a un peu plus de quatre ans. Il fut créé 



233 



sur les cendres d'un autre journal, sans que l'on ait 
fait des études de marché ou des recherches inten- 
sives. Mais je me souviens des discussions qui 
eurent lieu lorsque nous discutâmes de la taille, du 
format et du contenu. Nous savions que la radio 
avait changé considérablement. Les stations, 
autrefois dominées par un réseau particulier, 
s'étaient multipliées et spécialisées (musique 
folklorique, musique classique, nouvelles, et 
cetera). L'auditeur n'avait qu'à tourner le bouton 
pour entendre ce qu'il désirait et n'était plus 
astreint à écouter ce que le réseau lui imposait. 

Les magazines ont suivi la même évolution. 
Life, Look et autres revues d'intérêt général ont 
disparu. Les lecteurs s'intéressent maintenant aux 
magazines spécialisés, qu'il s'agisse de revues sur 
la pêche, le jardinage ou la mode. Bien qu'il soit 
exact que la télévision contrôle encore par ses 
réseaux la plus grande partie des masses, nous 
nous demandons combien de temps cela durera 
encore après l'introduction de la câblodiffusion et 
des 20 ou 30 stations qu'elle mettra à la dispo- 
sition du public. 

Les médias électroniques ont l'avantage d'être 
rapides. Ils constituent des rivaux sérieux, lorsqu'il 
s'agit de trouver des nouvelles et de mener des 
enquêtes, mais ils sont limités par le temps. Nous 
avons aussi affaire à des journaux hebdomadaires 
qui ont un certain succès et dont le nombre 
semble s'accroître. 

Les grands quotidiens, par contre, ne 
semblaient pas avoir réellement changé et cepen- 
dant, leur audience se fragmentait en petits 
groupes établissant leurs propres règles, leurs 
propres conceptions philosophiques et morales du 
monde et choisissant les faits en conséquence. Le 
processus de fragmentation a probablement 
commencé il y a de nombreuses années, mais je 
pense que les grands quotidiens n'en ont pas tenu 
compte. 

Nous parhons de la société, alors que les gens 
aujourd'hui sont préoccupés d'eux-mêmes. Nous 
avons pensé que nous devions communiquer 
davantage avec nos lecteurs. Nous avons pensé 
que nous devions adopter un format tabloïde 
parce que c'était un moyen de nous distinguer de 
nos concurrents. Nous avons pensé que nous 
devions être brefs, exprimer nos opinions, inter- 
préter et être directs. Nous avons pensé que nous 



devions offrir des nouvelles fraîches sous un 
aspect nouveau, différent de ce qui était présenté à 
la télévision. 

Nous avons suivi partiellement les idées de feu 
M. Barney Kilgore, qui fit passer le tirage du Wall 
Street Journal de 37,000 exemplaires à presque un 
million et demi. Il déclarait: "Il faut au lecteur 
autant de nouvelles utiles que nous pouvons lui en 
offrir. Par conséquent, il faut de nombreuses 
nouvelles brèves. Ajoutez ensuite quelques articles 
de fond et un éditorial solide, qui se lisent facile- 
ment. Suivez ce procédé, faites de la publicité et 
vous ne pourrez pas échouer". 

Nous avons pensé qu'un journal sans opinion 
était un journal sans personnalité. Au Sun, nous 
savons que nous avons été accusés, à plusieurs 
reprises, déjouer sur le côté sensationnel et 
d'insister beaucoup trop sur les mauvaises 
nouvelles. Je pense que la plupart des gens, qui 
nous critiquent, aiment cette forme de journalisme 
et aiment lire ces mauvaises nouvelles mais 
n'osent pas l'avouer, parce qu'on leur a appris que 
ce n'était pas bien. 

Du fait de son format, un journal tabloïde a 
tendance à faire un certain effet. Si le fait de 
présenter les événements de façon dramatique afin 
de frapper le lecteur, si le fait d'utiliser des gros 
titres et un style vigoureux, de nombreuses photos 
et bandes dessinées, si le fait de simplifier les faits 
pour les transcrire en langage de tous les jours 
constituent du journalisme à caractère sensa- 
tionnel, alors nous plaidons coupables. Notre 
tirage a plus que doublé depuis le début et ceci 
semble prouver que le lecteur préfère ce type de 
journalisme à une relation terne des événements. 

Pour ce qui est des mauvaises nouvelles ou des 
nouvelles violentes, je prétends qu'une arrestation 
par la police constitue une information légitime et, 
depuis le début, le Sun a décidé qu'il serait 
malhonnête de ne pas faire part des événements 
désagréables, s'ils font partie de la réalité. 

Il serait malhonnête et l'on ne rendrait certai- 
nement pas service au public si, chaque fois qu'un 
de ces événements prenait place, on décidait 
d'imprimer en contrepartie un article plaisant de 
la même longueur, chose que certains de nos 
critiques nous demandent de faire. 

On peut prétendre que le fait de dramatiser les 
mauvaises nouvelles et la violence entraîne une 



234 



escalade de la violence, mais on peut aussi prouver 
que c'est le compte rendu détaillé des désastres ou 
de la violence par les médias, qui pousse l'opinion 
publique à demander et à obtenir les réformes 
nécessaires. Récemment, j'ai été amené à conclure 
que c'est grâce aux reportages dramatiques à la 
télévision et dans les journaux du tremblement de 
terre en Italie que l'on a pu collecter des fonds 
dans le monde entier pour aider les victimes. 

La violence dans les médias est un sujet très 
vaste. Mais il faut sûrement distinguer la violence 
publiée dans les journaux de celle présentée à la 
télévision aux fins de divertissement. 

Dans la presse, nous n'avons rien à voir avec 
cette dernière. Par conséquent, nous nous 
limiterons au reportage de la violence dans les 
journaux. 

Ces reportages ont-ils une raison d'être? Oui, 
qu'il s'agisse du massacre aux Jeux Olympiques de 
Munich, de la guerre du Vietnam, de l'épuration 
au Cambodge par les communistes et même du 
meurtre Demeter à Mississauga. Ils ont une chose 
en commun: ils font partie de l'actualité. 

Traditionnellement, les journaux publient les 
nouvelles les plus importantes à la une et, au Sun, 
plus l'histoire est importante et plus les caractères 
d'imprimerie sont gros. Que l'événement primor- 
dial du jour soit une prise d'otages dans un de nos 
pénitenciers ou le budget du gouvernement, il 
aura droit à une manchette à la une. Certains de 
nos critiques prétendront que nous avons exploité 
l'histoire du pénitencier (mais ils ne sont pas 
nombreux - nous ne recevons guère de plaintes) 
mais rien ne sera dit dans le cas du budget. 

Quand le compte rendu de la violence 
constitue-t-il une forme d'exploitation et quand 
est-il une réflexion sur la communauté que le 
journal se propose de servir? 

Un journal responsable n'utilisera pas la 
violence uniquement pour augmenter son tirage et 
la majorité des quotidiens au Canada sont des 
journaux responsables. 

Mais nous n'évitons pas de faire part de la 
violence, lorsqu'elle aff'ecte ou risque d'affecter la 
communauté. 

Nous accepterons de publier, par exemple, dans 
le Toronto Sun, la photo d'un accident dramatique 
sur le Don Valley Parkway. Il est important que 
les habitants de Toronto sachent ce qui peut se 



passer et se passe en fait sur leurs autoroutes. Par 
contre, nous ne publierons pas la photo du même 
accident à la Nouvelle-Orléans, car elle n'aurait 
alors aucun intérêt à part son caractère violent. 

Une des tâches les plus importantes de notre 
journal consiste à faire part à la communauté dans 
son ensemble des idées et des événements des 
diff'érents secteurs de la communauté. Si les 
ouvriers du port local pensent que la commission 
portuaire est injuste envers eux et s'ils ont 
finalement recours à la violence contre la commis- 
sion, le reste de la communauté doit être informé 
de leurs sentiments et de leur comportement. S'ils 
font sauter l'immeuble de la commission, il 
incombe aux journaux de faire un compte rendu 
aussi dramatique que possible de l'événement. 

Les journaux sont moralement obligés de faire 
part à toute la communauté (les lecteurs du 
journal) du comportement antisocial de certains 
secteurs de la communauté, même si ce compor- 
tement est particulièrement violent. Le citoyen qui 
respecte la loi doit savoir ce que font les criminels. 
Ils menacent le mode de vie de la communauté et 
nous devons savoir qui ils sont. Plus leur compor- 
tement est violent, plus il est important que nous 
soyons au courant de ce qui se passe. 

Si les journaux semblent parfois donner trop 
d'importance à la violence dans la communauté 
par rapport, par exemple, à ce qui se passe à 
l'hôtel de ville, c'est parce que la violence 
constitue une menace vraie et directe (et parfois 
dramatique) pour la paix de la communauté. 

Qu'en est-il de la violence internationale? Le 
Toronto Sun aurait-il dû publier la photo du chef 
de la police de Saigon visant à bout portant la tête 
d'un jeune Viet Cong? La réponse est identique. 
Dans ce cas, le journal doit (pour ce qui est des 
nouvelles étrangères) montrer à ses lecteurs ce qui 
se passe dans le reste du monde. Si la guerre du 
Vietnam nous a amenés à cela (l'exécution 
publique d'un adolescent dans la rue principale de 
Saigon), il incombe au journal d'exposer la réalité 
dans toute son horreur, même s'il faut publier 
cette photo violente. 

Le problème de la violence raciale est un 
problème crucial pour les journaux. Quand le 
compte rendu de cette violence ne sert-il qu'à 
l'encourager? Dans quelle mesure la violence 
raciale disparaîtrait-elle d'elle-même si l'on n'en 



235 



parlait pas? Les propagandistes et les orateurs 
d'Allen Gardens plieraient-ils simplement bagage 
et rentreraient-ils chez eux si la presse et la radio 
les ignoraient? Peut-être que oui, mais peut-être 
que non. Sans dénonciation, ils risqueraient aussi 
d'étendre leur propagande. Il est possible que, 
sans l'attention des journaux, ils puissent recruter 
de nouveaux membres et prendre de l'importance 
à l'abri des critiques du public. 

Il me semble que les journaux n'ont pas 
vraiment le choix. Ils doivent prendre garde à ne 
pas se faire manipuler dans ce domaine; ils 
doivent s'assurer que leurs rédacteurs et journa- 
Hstes sont conscients de l'acuité du problème; ils 
doivent faire attention à ne pas être tendancieux 
dans leurs articles. Mais, finalement, ils doivent 
pubher ce qui se passe dans la communauté. 

Le Sun s'est vu parfois accusé de zèle excessif en 
matière de violence. Nos rapports de police sont 
nombreux et notre format tabloïde se prête à la 
présentation dramatique des événements qui sont 
souvent violents, mais il faut s'attendre à cela à 
Toronto. Personne ne peut nier que la ville est 
devenue plus violente. En 1974, il y a eu 35 
meurtres à Toronto; en 1975, 48; et cette année, 11 
y en a déjà 19 de plus que l'année passée. 

En fait, le nombre de crimes violents de toutes 
sortes est en hausse dans la plupart des centres 
urbains et Toronto ne fait pas exception. Si les 
journaux semblent consacrer de plus en plus 
d'articles à la violence, ils ne font en fait qu'in- 
diquer le changement qui survient dans leur 
communauté. C'est leur but. 

La composition de la section actualités du Sun 
est établie six jours par semaine entre lOh du soir 
et minuit. Un petit groupe de rédacteurs, sous 
l'égide du rédacteur en chef, décide parmi les 
85,000 à 90,000 mots quotidiens quels sont ceux 
qui présentent le plus d'intérêt. 

Nous ne cherchons pas à nous excuser. Nous 
devons prendre des décisions rapides et, bien sûr, 
partiales. Le lendemain, d'autres personnes rééva- 
luent ces opinions, moi y compris. Bien sûr, nous 
faisons des erreurs et nous continuerons à en faire. 
Mais tous les journaux responsables, y compris le 
Sun, réévaluent constamment leurs articles, car 
nous devons satisfaire nos lecteurs. 

Le problème du tirage est aussi un problème 
crucial, surtout au Sun, car nous ne Hvrons à 



domicile qu'un jour par semaine. Nos meilleurs 
censeurs sont nos lecteurs, et ce sont eux que nous 
devons satisfaire. 

Douglas Creighton 



236 



Professeur F.K. Jakobish 
German Department 
University of Waterloo 
Waterloo 

La télévision comme littérature 

La formation pédagogique que j'ai reçue à titre de 
professeur de littérature anglaise m'a enseigné 
quelles étaient les raisons habituellement évoquées 
pour justifier l'enseignement de la littérature à 
l'école. La raison la plus convaincante était que la 
littérature développe les capacités innées des 
élèves pour leur permettre de mieux apprécier 
leurs lectures personnelles, de faire preuve de 
discernement et de jugement dans le choix des 
textes qu'ils lisent en dehors de l'école. On 
présumait qu'ils oublieraient un grand nombre des 
faits appris en classe, mais qu'ils retiendraient 
toute leur vie certaines habitudes et méthodes liées 
à l'esthétique et au bon goût, qui sont la marque 
d'un individu cultivé. 

Il ne fait aucun doute qu'on peut avoir recours à 
d'autres raisons toutes aussi importantes pour 
justifier la place de choix, qui revient à la litté- 
rature dans les programmes scolaires. Cependant, 
elles sont toutes liées d'une certaine manière à 
l'expérience vécue des élèves. 

Par conséquent, il est tout à fait naturel que les 
fondateurs de notre système scolaire au dix-neu- 
vième siècle aient décidé que les études littéraires 
devaient comprendre les éléments caractéristiques 
de la situation littéraire de leur époque: la lecture 
de bons textes de prose, la déclamation de poèmes 
et la fréquentation du théâtre. En effet, ces 
activités constituaient la vie littéraire des gens de 
l'époque et ce fut vrai pour une bonne partie du 
vingtième siècle. Dans ma jeunesse, il n'était pas 
rare que le cercle familial se réunisse le soir pour 
hre. Quant aux gens qui étaient plus portés vers la 
culture, ils assistaient à une pièce de théâtre plus 
ou moins régulièrement, ce qui constituait une 
expérience enrichissante, ou ils allaient au concert 
et peut-être à l'opéra ou au ballet. Mais cela se 
passait avant l'avènement des médias électro- 
niques qui, de par leurs effets complexes sur la 
société et sur l'individu, nous ont précipités dans 
une ère nouvelle. 

De nos jours, il y a encore des gens qui 



s'adonnent à ces activités, mais toutes les statis- 
tiques indiquent une nette diminution du nombre 
des lecteurs de romans et de poésie et des specta- 
teurs de théâtre, bien que le niveau d'éducation et 
le temps libre se soient accrus d'une manière 
spectaculaire. Si l'on en juge d'après le nombre de 
recueils poétiques vendus annuellement, il semble 
que ce passe-temps ne soit guère plus populaire 
que la fauconnerie. Surtout parmi les plus jeunes, 
mais aussi parmi les générations plus âgées, c'est 
la télévision, la radio et le cinéma qui jouent le 
rôle incontesté de premier agent de la culture et 
des spectacles, supplantant la lecture et le théâtre. 
Seuls les traditionahstes étroits d'esprit déplorent 
cette situation. Notre ère, comme tant d'autres 
avant elle, a développé sa propre culture, ses 
propres médias et ses propres habitudes sociales. 
Que nous soyons d'accord ou non n'entre pas en 
ligne de compte. Les historiens du futur seront 
forcés d'admettre que la culture de notre siècle a 
été dominée par les médias électroniques. 

Or, j'ai nettement l'impression que ceux qui 
enseignent la littérature dans les écoles et les 
universités ne tiennent pas du tout compte de ce 
fait. La littérature, telle qu'elle est enseignée dans 
nos établissements scolaires consiste encore essen- 
tiellement à lire et à analyser de bons textes de 
prose, de poésie et de théâtre. Dans de nombreux 
cas, on sombre même dans un anachronisme qui 
n'a plus aucun rapport avec la réalité actuelle. Il 
est difficile de ne pas soupçonner les enseignants 
de vouloir maintenir à tout prix ou ressusciter les 
anciennes traditions. 

En attendant, ceux qui sont endoctrinés à 
contrecoeur par la Httérature du passé ne sont pas 
capables d'analyser la culture littéraire à laquelle 
ils sont exposés en dehors des heures de cours. Ils 
sont capables de disserter sur la structure d'un 
drame shakespearien que la plupart d'entre eux ne 
verront ni ne liront jamais à l'extérieur du 
programme d'enseignement, mais ils n'ont aucune 
idée de l'appareil dramatique de la télévision. Ils 
savent par coeur les sonnets complexes de 
Pétrarque, mais ils n'ont pas notion du rôle que 
jouent le rythme et les images dans les paroles des 
chansons qu'ils écoutent en disques ou à la radio. 
Ils sont capables d'analyser les personnages et 
l'intrigue de romans volumineux mais la plupart 
d'entre eux ne trouvent rien à dire sur les films 



237 



qu'ils ont vus. Il s'agit là de traditionalisme 
extrême et cela remet gravement en cause un 
système scolaire qui néglige de préparer les jeunes 
à participer totalement à la culture de leur époque. 

C'est parce que les enseignants ont omis 
d'enseigner des critères de valeur que la 
population regarde la télévision tous les soirs au 
lieu de choisir délibérément une émission pour 
une raison particulière attribuable à la seule 
nature de l'émission. D'autre part, les représen- 
tants des médias se permettent d'offrir un menu 
quotidien de bêtises sans intérêt et d'histoires à 
l'eau de rose parce qu'ils ont très bien compris que 
les spectateurs étaient incapables de faire preuve 
de discernement. Les médias électroniques à notre 
époque pourraient être les plus grands agents de 
diffusion culturelle de tous les temps, mais comme 
personne ne sait comment les aborder et que 
personne n'essaie de discuter ou d'évaluer les 
émissions offertes, celles-ci restent à un niveau 
parfaitement infantile. 

Je ne veux pas dire que les médias n'offrent que 
des distractions médiocres. Certaines chaînes de 
radio et de télévision, en particulier Radio-Canada 
et certaines chaînes éducatives ou spécifiques 
offrent régulièrement des émissions de qualité, ce 
qui est même parfois le cas des chaînes commer- 
ciales. Il ne fait aucun doute qu'une partie de la 
meilleure littérature de notre époque, sans doute la 
plus représentative, se trouve dans les médias 
électroniques. Mais on doit dire que seule une 
infime minorité des gens choisit ces émissions. La 
plupart d'entre eux ne sont pas suffisamment 
informés pour apprécier de telles propositions 
culturelles et, par conséquent, s'en tiennent aux 
feuilletons monotones et simplistes qui dominent 
la télévision ou au bruit de fond que fournit la 
radio. Il en est d'autres qui préféreraient un 
spectacle de meilleure qualité, mais comme ils 
n'ont pas appris à juger les émission, il leur est très 
difficile de faire ce choix. 

Le résultat, c'est que les gens perdent le sens des 
valeurs aussi vite qu'ils l'acquièrent car nos médias 
ont déjà dégradé certaines de nos valeurs. Il est 
difficile par exemple de concevoir que quelqu'un 
accepterait de lire ou d'assister à des représenta- 
tions sur scène aussi ennuyeuses que celles qui 
dominent les ondes. Cela s'applique certainement 
à la plupart des élèves et des étudiants puisque 



leurs lectures sont généralement de qualité 
supérieure à ce qu'ils regardent à la télévision. Il 
ne fait aucun doute que le processus d'enseigne- 
ment, particulièrement en ce qui concerne l'étude 
de la littérature, exerce une grande influence sur 
notre goiît et sur le choix que nous exerçons dans 
nos lectures. Or, cette influence s'arrête à la 
lecture; elle ne réussit pas à nous convaincre de 
lire au lieu de regarder ou d'écouter et, comme ces 
activités paraissent totalement étrangères à la 
lecture, elle ne semble pas affecter nos habitudes 
de spectateurs qui, en général, manquent 
totalement de raffinement, semblent imperméables 
à l'éducation et contraires aux critères de bon sens 
et de bon goût que nous manifestons en d'autres 
circonstances. L'industrie des communications a 
su tirer parti de cette situation et elle a fort bien 
réussi à provoquer systématiquement un besoin de 
spectacles faciles. 

Il semble que le contrôle des médias par les 
pouvoirs publics pourrait réduire le problème mais 
il est fort douteux qu'il puisse le résoudre. L'ingé- 
rence des pouvoirs publics dans le domaine de la 
culture n'est pas toujours une bonne chose et peut 
même s'avérer fort dangereuse. Mais notre 
système scolaire a été conçu particulièrement pour 
préparer les enfants à la vie, et entre autres, pour 
développer leur sens des valeurs en matière de 
culture et, à la limite, pour les inciter à préférer ce 
qui est meilleur ou plus valable. Or, ce système, 
qui est seul capable de nous enseigner à apprécier 
la télévision, n'a même pas essayé de nous servir 
de guide dans le domaine culturel le plus 
largement répandu et qui a sur nous le plus 
d'influence. 

Au cours des 20 dernières années, nous avons 
consommé passivement, sans discernement, des 
émissions qui ont été créées sans aucun souci des 
valeurs. Il est fort possible qu'elles aient eu un 
effet irréparable sur la génération actuelle, comme 
l'indiquent toutes les études et les commissions 
chargées d'étudier l'influence de la télévision. Il est 
possible que seule l'intervention des pouvoirs 
publics puisse permettre de remédier à la dégra- 
dation du goût de la génération actuelle en 
matière de spectacles. Il s'agissait après tout de la 
première génération de téléspectateurs et on peut 
excuser en partie les éducateurs d'avoir négligé 
leur responsabilité sociale en raison de la 



238 



nouveauté de l'organe d'information. Mais les genre n'est sans doute pas facile, mais elle est 

établissements d'enseignement n'ont plus aucune importante, intéressante et nécessaire, 

excuse à l'heure actuelle de persister à négliger les 
forces culturelles les plus puissantes de notre 
époque et la littérature qu'elles ont créée. 

L'ironie de la situation, c'est que nos écoles et 
nos universités sont dotées d'un équipement 
audio-visuel complexe, capable de diffuser, d'enre- 
gistrer et de repasser pratiquement n'importe quel 
programme diffusé sur les ondes, sur bandes, 
disques ou films. Par conséquent, on dispose des 
installations voulues mais on les utilise 
uniquement pour communiquer des faits et 
quelquefois elles ne servent à rien! Quant aux 
élèves, tout semble indiquer qu'ils répondraient 
plus favorablement à la littérature offerte par les 
médias contemporains qu'aux livres datant de 
l'époque de leurs grands-parents. Il semblerait 
donc que nos éducateurs aient fait preuve d'un 
manque d'initiative et d'originalité en refusant 
d'enseigner la télévision et les arts des médias 
connexes dans nos écoles et universités. Les 
arguments d'ordre scolaire ou pédagogique contre 
un tel enseignement ne sont plus de mise puisque 
les institutions d'enseignement européennes ensei- 
gnent la littérature des médias depuis longtemps et 
qu'un nombre considérable de thèses et d'études 
sont consacrées à ce sujet. 

Au cas où l'on interpréterait mal mon réquisi- 
toire, permettez-moi de répéter que je n'ai 
nullement l'intention de faire l'apologie de l'étude 
des médias. La nature des divers médias, leur 
historique et leur influence sur la population 
constituent une question d'ordre sociologique qui 
ne manquera pas d'intéresser bon nombre de 
personnes. Elle a d'ailleurs déjà été fort bien 
traitée. Ce que je préconise et ce que certains 
d'entre nous tentent de mettre en oeuvre, c'est une 
étude littéraire de la radio et de la télévision 
auxquelles on appliquerait les critères que l'on 
réservait naguère à l'étude des textes littéraires. 
Pour commencer, on devra sans doute se borner à 
une évaluation assez subjective de ce qui nous est 
offert par les médias. Mais il s'agirait là d'un 
premier pas qu'il faudra inévitablement faire 
suivre d'une analyse en fonction de nouveaux 
critères susceptibles d'être appliqués à de 
nouveaux genres littéraires. Une entreprise de ce 



239 



The Corporation of the 
Town of Kapuskasing 

Aux membres de la Commission, 

La ville de Kapuskasing est très heureuse que la 
Commission royale d'enquête sur la violence dans 
l'industrie des communications ait été établie. Elle 
espère que les délibérations qui ont lieu aujour- 
d'hui affecteront d'une manière modeste peut-être 
mais significative, le contenu de vos recommanda- 
tions finales au gouvernement de l'Ontario. 

Principes de base 

Avant de traiter de la réalité de la violence dans 
l'industrie des communications, il faut tenter de 
définir l'impact qu'ont les mass médias sur la 
société actuelle. 

Tout le monde reconnaît que les progrès 
techniques de l'industrie des communications ont 
profondément marqué nos habitudes personnelles, 
morales et culturelles. La vie de famille tradition- 
nelle que vous et moi avons connue dans notre 
jeunesse a été sérieusement affectée par l'afilux 
d'informations internationales, à tel point que, 
même si la famille moderne essayait de vivre 
repliée sur elle-même, elle ne pourrait jamais faire 
abstraction du monde extérieur, avec ce qu'il a de 
bon et de mauvais. La télévision et les autres 
techniques modernes de communications 
soumettent les adultes et les enfants à un flot 
d'influences extérieures dont les effets à long terme 
sur l'institution de la famille sont encore imprévi- 
sibles et le resteront sans doute longtemps. Mais il 
est certain que les valeurs de la vie familiale tradi- 
tionnelle vont être remplacées lentement et 
sûrement par d'autres choix plus souples et que 
l'isolement que l'on chérissait naguère a fait son 
temps. 

Les processus d'enseignement et d'appren- 
tissage traditionnels ont également été marqués 
par les mass médias. Il a fallu adapter les écoles et 
les programmes à des élèves qui sont mieux 
informés, des enfants qui passent plus de temps 
devant leur téléviseur qu'à l'école et qui sont 
mieux renseignés, ou du moins plus ouverts au 
monde que n'importe quelle autre génération dans 
l'histoire humaine. 

Les statistiques actuelles prouvent incontesta- 
blement que l'impact des communications de 



masse se fait sentir dans la vie quotidienne de tout 
le monde. Un sondage récent, effectué par la 
Société Radio-Canada ', a montré qu'à l'heure 
actuelle 85 pour cent de la population canadienne 
regardait la télévision au moins une fois pendant 
la journée et qu'en moyenne, à 8h du soir du lundi 
au vendredi, 83 pour cent de tous les Canadiens 
étaient devant leur petit écran. Chaque habitant 
passe en moyenne trois heures et quatre minutes 
par jour à regarder passivement le message qu'on 
lui adresse. D'autres sondages du même genre 
indiquent que les adultes consacrent en moyenne 
52 minutes par jour à la lecture des journaux. Si 
on fait le total, le Canadien moyen entend près de 
1 1,000 mots préparés à son intention chaque jour. 

Bien peu mettront en doute la réalité de ces 
chiffres. L'envahissement de notre vie par les 
journaux, les livres de poche, la radio et la 
télévision est devenu un lieu commun. Ces 
différents éléments ont d'ailleurs souvent 
contribué à notre développement personnel et 
culturel et avec des résultats positifs, car nul ne 
contestera que les mass médias sont enrichissants 
à bien des égards. Bien contrôlée la télévision 
constitue un outil merveilleux, très utile à l'épa- 
nouissement de la personne. Pour les jeunes, elle 
peut s'avérer un excellent divertissement et un 
moyen efficace d'améliorer la langue parlée; à 
d'autres encore, elle offre une agréable détente des 
pressions d'une journée au bureau. Les journaux 
et les magazines présentent également des 
avantages appréciables du point de vue de l'infor- 
mation comme de la conscience sociale. Celui qui 
parcourt régulièrement les nouvelles nationales et 
internationales comprend beaucoup mieux le 
monde qui l'entoure. 

L'industrie nationale des communications a sur 
la société un impact total et c'est à elle qu'incombe 
la responsabilité de la diffusion de l'information. 
Malheureusement, nos instruments de communi- 
cations et de publicité, quelle que soit leur 
apparence, ne font qu'exploiter les vieux et les 
jeunes sans aucun respect pour eux. Au nom de la 
libre concurrence et de la croissance, les 
principaux réseaux de télévision nous bombardent 
de violence réelle et imaginaire sous prétexte de 
nous divertir. Les parents et les enseignants se 
plaignent que la violence est trop souvent 
présentée comme le moyen de résoudre les 



240 



problèmes à la télévision et dans les journaux à 
sensation. Ces médias viennent troubler de 
meurtres réels ou imaginaires et d'autres scènes 
encore plus atroces le monde serein des enfants. 
Des études ont prouvé que les enfants qui regar- 
daient des spectacles violents à la télévision 
manifestaient deux fois plus d'agressivité que ceux 
qui n'avaient pas été exposés à de telles scènes. On 
a également établi que les longues heures passées 
sans surveillance à regarder des émissions 
violentes provoquent "de plus en plus l'aliénation, 
l'indifférence, l'agressivité et la violence chez les 
jeunes, dans tous les secteurs de notre société".^ A 
propos de la violence dans les médias, Borden 
Spears, dans un article publié par le journal The 
Toronto Star^, tire quatre conclusions 
"définitives": 

1. Le niveau de violence dans les médias est 
extrêmement élevé. 

2. Plus les gens sont exposés à des spectacles 
violents, plus ils sont agressifs. 

3. Le comportement de bon nombre de gens a 
été affecté par la violence qui leur est présentée 
par les médias. 

4. Un nombre considérable de personnes ont 
imité la violence qui leur a été présentée à la télé 
vision ou dans les journaux et les livres. 

Tout en admettant le bien-fondé de ces consta- 
tations, les rédacteurs et les directeurs de 
programmes estiment que les médias doivent 
d'abord satisfaire les désirs de leurs clients et qu'il 
incombe au téléspectateur d'exercer son propre 
contrôle. Ainsi, c'est aux parents d'évaluer les 
effets des émissions. Malheureusement, ceux-ci 
utilisent la télévision pour faire tenir tranquilles 
leurs enfants sans se soucier des effets que cela 
peut avoir sur eux. 

Etant donné l'irresponsabilité dont font preuve 
les représentants des médias et les parents, il 
semble que l'on ne puisse plus laisser diffuser des 
informations douteuses en toute liberté. Il faut que 
les agences gouvernementales exercent un certain 
contrôle pour préserver l'homme, son compor- 
tement et sa culture: d'où l'importance de votre 
Commission. 

Recommandations suggérées 

1. Faire une distinction entre le compte rendu de 



la violence véritable et la violence exploitée sous 
prétexte de divertir. 

2. La réalité et le compte rendu de la violence 
dans les sports, particulièrement au hockey, 
devraient être contrôlés, de sorte qu'il soit interdit 
de montrer à la télévision les altercations violentes 
entre les joueurs. Les commentateurs devraient 
s'en tenir aux qualités athlétiques des joueurs et 
non à leurs exploits violents sur la glace. Il devrait 
être interdit de rendre publics les surnoms violents 
de certains joueurs, tels que de Tigre, le Marteau 
et le Chien enragé. 

3. Il faudrait réserver certaines heures de la 
journée à des programmes destinés aux familles et 
aux enfants. Si de tels programmes étaient diffusés 
entre 5h et 9h du soir, la télévision pourrait 
vraiment être enrichissante. Les jeux télévisés, les 
émissions consacrées aux animaux sauvages et les 
documentaires seraient d'excellents programmes à 
la fois divertissants et instructifs. 

4. Les films et les programmes violents 
devraient clairement être indiqués comme tels et 
être réservés aux heures tardives ou matinales. 

5. Les informations nationales devraient 
s'efforcer de mieux équilibrer leurs nouvelles. Il est 
en effet très déprimant d'entendre chaque jour des 
nouvelles sur la violence dans le monde entier. 

6. Les journaux et les magazines qui font l'apo- 
logie de la violence et des gens violents devraient 
être totalement interdits; par exemple. Police 
Gazette, Allô Police, etc . . . 

7. C'est aux écoles qu'il devrait incomber 
d'enseigner aux jeunes comment utiliser les 
médias à bon escient pour s'instruire. 

8. Il conviendrait d'établir une agence chargée 
de surveiller régulièrement le niveau de violence 
dans les médias et peut-être de rappeler à l'ordre, 
chaque année, les représentants des médias qui 
semblent avoir manifesté trop de complaisance sur 
le sujet. Ce type de contrôle et d'audience, dont le 
public serait diiment informé, inciterait tout le 
monde à faire preuve de modération. Le Conseil 
de la presse de l'Ontario pourrait peut-être être 
chargé de surveiller la presse et le Conseil de la 
radiodiffusion et des télécommunications 
canadiennes pourrait jouer le même rôle pour la 
radio et la télévision. 

Ces quelques recommandations pratiques 
permettraient de remédier aux dangers potentiels 



241 



que présente l'abus de la violence dans les médias. 
Sans doute votre Commission en recevra de 
nombreuses autres et nous espérons qu'elles 
offriront des suggestions constructives pour parer 
aux dangers possibles. 

Il ne fait aucun doute que notre industrie des 
communications constitue un organe d'infor- 
mation sans pareil. C'est notre fenêtre sur le 
monde. Mais nul ne peut apprendre sans guide et 
les habitants de Kapuskasing demandent aux 
membres de votre Commission de les guider. 

Notes 

1 Le Toronto Star - Samedi, 10 janvier 1976, page Gl. 

2 Robert Werwick, Human Behaviour - The Family page 1 17. 

3 The Toronto Star, 17 janvier 1976, page B-2. 



Ellen Keetch, Thunder Bay 

Les enfants et la violence à la télévision 

J'enseigne la psychologie du développement au 
Collège de la Confédération. Je suis mariée et 
mère de trois enfants en bas âge. Mon époux et 
moi, nous étions préoccupés de l'effet néfaste de la 
télévision et nous l'avons interdite dans notre 
foyer pendant les trois derniers mois. Nous l'auto- 
risons à nouveau quelques heures le samedi matin 
pour que les enfants puissent regarder les dessins 
animés. 

Nous avons trois filles; l'aînée est âgée de huit 
ans et les deux jumelles ont cinq ans. Nous leur 
avons toujours interdit de voir des spectacles 
violents mais cette méthode ne s'est pas avérée 
satisfaisante parce que même les émissions qui 
sont soi-disant réservées aux enfants comportent 
souvent des scènes très violentes. En outre, nous 
avons trouvé que la télévision avait un effet surex- 
citant, surtout sur notre fille de huit ans. Elle a 
commencé à crier et à faire la sotte et ne 
s'entendait plus avec ses petites soeurs. Les 
jumelles n'étaient pas surexcitées, mais elles 
étaient littéralement hypnotisées par la télévision, 
ne répondaient plus lorsqu'on les appelait et ainsi 
de suite. Voici des exemples d'émissions soi-disant 
réservées aux enfants qui contiennent des passages 
violents: dans l'émission Disneyland, une histoire 
de marécage si je me souviens bien, un père alcoo- 
lique manifestait beaucoup de cruauté envers ses 
enfants et les maltraitait souvent; on ne le voyait 
pas carrément en train de battre ses enfants mais il 
les saisissait toujours brutalement et on voyait 
bien que les enfants étaient terrorisés. Ils avaient 
souvent faim. Une des scènes a littéralement 
terrifié mes enfants: deux garçons poursuivaient 
un opossum qu'ils devaient attraper pour dîner et 
le plus jeune, au risque de sa vie, a grimpé 
jusqu'au sommet de l'arbre pour déloger 
l'opossum afin que son frère puisse tirer dessus. 
Cette scène était très violente parce qu'on voyait 
très bien comment l'animal était abattu. J'ai 
interdit à mes enfants de regarder Disneyland. Ils 
aiment bien le voir mais ils tiennent à ce que nous 
le regardions ensemble. 

Le second exemple est tiré d'un extrait relati- 
vement récent de Little House on the Prairie. Dans 



242 



cette scène, la mère souffrait d'un empoison- 
nement de sang, dans la jambe, et elle délirait. Je 
pense qu'elle a ouvert la zone infectée avec un 
couteau de cuisine. L'une des jumelles était 
terrifiée et elle a accouru vers moi parce qu'elle 
pensait que la mère allait se couper la jambe. Je ne 
pense pas qu'il s'agissait là d'un spectacle pour les 
familles. 

Quant aux dessins animés, ils ont beaucoup fait 
parler d'eux, mais je dois dire en toute justice que 
je ne vois aucun inconvénient aux dessins animés 
du samedi matin, qui mettent en scène Bugs Bunny 
et le Roadrunner, etc . . . En fait, mes filles rient et 
je n'ai jamais remarqué qu'elles considéraient cela 
comme de la violence réelle. 

Nous étions inquiets lorsque nous avons 
supprimé la télévision parce que nous ne savions 
pas quel autre divertissement leur offrir. Nous 
avons été ravis de voir que nos craintes n'étaient 
pas fondées. Une fois le téléviseur éteint, nos filles 
ont trouvé comment s'amuser par elles-mêmes. 
Très vite, nous avons remarqué une différence 
sensible dans leur comportement, qui s'est 
nettement amélioré, et elles jouent très bien 
ensemble maintenant. Elles s'occupent à d'autres 
choses, elles jouent plus souvent dehors. Elles sont 
beaucoup moins bruyantes et l'aînée ne fait plus 
autant la sotte qu'auparavant. Il semble qu'elle 
était devenue très agressive à force d'être surex- 
citée, et pas nécessairement par la violence. 
L'émission Electric Company en fournit d'ailleurs 
un très bon exemple. Je n'ai jamais remarqué de 
scènes violentes dans ce programme mais je pense 
qu'il est à éviter pour les enfants, parce qu'il est 
beaucoup trop bruyant. Il semble que les enfants 
soient perpétuellement agressés par tout ce bruit et 
ces cris et qu'ils se mettent tout de suite à réagir de 
même. Il s'agit peut-être d'une violence des sens - 
n'entrant pas dans la définition usuelle de la 
violence. 

Veuillez m'excuser du peu de préparations. 



Port Colbourne High School 

Voici les résultats d'une étude comparative de 
plusieurs rapports rédigés par des adolescents et 
des adolescentes sur le sujet de la violence dans les 
médias et sur ses effets. 

Nous nous attendions à un vif contraste entre 
les textes des filles et des garçons mais, à notre 
grande surprise (je ne sais pas pourquoi), nous 
avons constaté qu'ils s'accordaient effectivement 
sur plusieurs points. 

Nous sommes conscients 

. . . que nous sommes sensibles à tout ce que 
nous voyons et lisons. 

La violence ne nous affecte même plus et cette 
situation nous alarme tous. Nous voyons une 
solution potentielle à nos problèmes dans les idées 
que les médias nous proposent. 

Je pense que le violence est à la fois bonne et 
mauvaise . . . elle vous enseigne à vous méfier mais 
pas à prendre conscience des choses qui vous 
entourent . . . 

La violence est très excitante et quelquefois 
amusante aux dépens d'autrui. Mais est-elle 
vraiment nécessaire et se pourrait-il qu'elle soit 
dangereuse? 

Ces rapports non officiels montrent 
effectivement que la violence est dangereuse. Nous 
avons même constaté qu'elle nous faisait du mal. 

Jennifer Parry, enseignante en sociologie 

E. D. Rossi, directeur du département d'histoire 



R. W. Staples 
Noialu 

"La violence pour le plaisir" 

G. Wayne Brown 
Sudbury 

J'ai appris que mes enfants ont assisté, dans le 
cadre de leur "enseignement", en septième et 
huitième année, à certaines manifestations de 
violence auxquelles j'avais moi-même été exposé. 
Il s'agissait, entre autres, d'extraits de films sur 
la seconde guerre mondiale montrant en parti- 
culier des soldats japonais en train d'éventrer des 



243 



femmes et des enfants. Le directeur de l'école a 
précisé que les élèves pouvaient refuser de voir le 
film, mais il m'a avoué qu'en fait, il leur aurait été 
assez difficile de le faire . . . 

Nous pouvons toujours éteindre le téléviseur 
(ou refuser d'en acquérir). Nous pouvons défendre 
le cinéma à nos enfants ou choisir les livres dans 
nos foyers. Mais nous sommes obligés d'envoyer 
nos enfants à l'école. Il faudrait donc un contrôle 
pour faire en sorte qu'on leur épargne des atrocités 
de ce genre au lieu de les forcer à les regarder. 



The East Parry Sound Board of Education 

Nous recommandons fortement à la Commission 
royale d'enquête sur la violence dans l'industrie 
des communications de demander au gouver- 
nement de l'Ontario d'accorder une sorte de 
ristourne fiscale aux commanditaires qui décident 
de promouvoir des spectacles familiaux, entre 5h 
et 9h du soir. La ristourne pourrait se chiffrer à dix 
pour cent environ des frais de publicité engagés. 
Thelma Blomme 



Mary Morrison 
Mississauga 

Avant l'avènement de la télévision, les enfants se 
formaient une image du monde dans la commu- 
nauté dans laquelle ils vivaient. Leurs idées 
naissaient de leurs contacts avec des personnes 
réelles et elles étaient ensuite soumises à 
l'influence de leurs parents et de leurs maîtres. 

Je soutiens que cette présentation graduelle du 
monde environnant a été supplantée en grande 
partie par la télévision qui présente aux jeunes 
enfants un spectacle effrayant et violent, sans 
aucune logique et sans aucun rapport compréhen- 
sible de cause à effet. Cette situation contribue 
beaucoup à angoisser l'enfant et à décourager ses 
efforts d'adaptation au monde tel qu'il leur est 
présenté. 



The Corporation of the City of Hamilton 
Status of Wonien Committee 
Hamilton 

Il va sans dire qu'une attitude plus discrète dans le 
compte rendu de faits divers comme le vanda- 
lisme, les attaques à main armée et les cambrio- 
lages ne porterait pas atteinte au droit des gens à 
l'information. Je pense que s'il y avait moins de 
publicité, les gens seraient moins tentés d'essayer 
d'attirer à leur tour l'attention sur eux. 
O. Ritchie 
Présidente 



Jean Carruthers 
Kapuskasing 

La chaîne de télévision locale bombarde sans arrêt 
les téléspectateurs d'extraits de films qui seront 
projetés dans les jours à venir. Ces extraits présen- 
tent, dans la plupart des cas, les scènes les plus 
violentes du film et, très souvent, ils mettent en 
scène deux personnages qui se disputent ou qui se 
battent. 



Big Brothers Association of Kitchener- 

Waterloo Inc. 

Kitchener 

Les maladies mentales constituent encore le 
problème de santé numéro un au Canada. Afin de 
protéger les adultes et les enfants débiles, nous 
devons rejeter les arguments en faveur de la liberté 
d'expression et de la liberté d'action chers aux 
"artistes" qui se moquent des principes démocrati- 
ques. 

Peter McGee 
Directeur administratif 



S. J. Wilson 

Department of Sociology and 

Anthropology 

Wilfrid Laurier University 

Waterloo 

Pour remplacer les modèles de comportement 
autrefois fournis par les parents et par les pairs, il 
semble que les médias suggèrent aux enfants et 



244 



aux adolescents que la société canadienne 
préconise une conduite violente et impulsive. 
Dans ce cas, nous devons nous demander si nous 
voulons effectivement encourager ce genre de 
comportement. Des modèles de ce genre ne 
risquent-ils pas de contrecarrer les objectifs 
culturels plus larges que nous visons? 



CKPR-TV 

Thunder Bay 

La violence exploitée par les médias n'est pas du 
tout à mon goût, mais je déteste encore davantage 
la censure institutionnelle et bureaucratique. 

Rebecca Johnson, directrice 
Comité consultatif 



Gibby Wright 
Ottawa 

Je m'excuse de soumettre ce rapport à une date 
aussi tardive mais j'espère qu'il s'avérera utile. 

Le mercredi 10 décembre (si mes souvenirs sont 
exacts), je suis arrivée au centre régional de 
détention d'Ottawa-Carleton, situé rue Innés, pour 
y enseigner un cours de yoga. Il était environ huit 
heures du soir et dans la cafétéria, on passait le 
film produit par Columbia intitulé "The New 
Centurions" (Les nouveaux centurions). 

Dans la première scène que j'ai vue, George C. 
Scott, chef de la police, après une conversation 
téléphonique, a sorti un revolver chargé du tiroir 
de son bureau, se l'est introduit dans la bouche et, 
appuyant sur la gâchette, s'est fait sauter la 
cervelle. 

Très surprise, j'ai demandé au gardien le plus 
proche si l'on s'inquiétait du contenu des films 
avant de les projeter car les scènes de violence se 
succédaient. Sa réponse a été très vague, si je me 
souviens bien; il s'est contenté de hausser les 
épaules. Deux ou trois jours plus tard, soit le 
vendredi 12 décembre ou le samedi 13 décembre, 
la scène qui passait à l'écran quand je suis arrivée 
à la cafétéria montrait un homme et une femme 
avant ou après leur rapport sexuel. Le film 
s'appelait ''Three Tough Guys"' (Trois durs à cuire). 
J'ai demandé à un fonctionnaire présent si les 



films étaient sélectionnés par un comité ou un 
organisme de contrôle et il m'a répondu "qu'on ne 
projetait aucun film contenant des scènes sexuelles 
ou violentes". C'est à ce moment-là que j'ai quitté 
la cafétéria pour me rendre à mon cours de yoga. 
Je dois dire que pendant les quelques minutes que 
j'ai passées à la cafétéria, peut-être 15 ou 20 
minutes au maximum en tout, je n'ai rien vu 
d'autre que des scènes sexuelles et violentes dans 
"The New Centurions et "Three Tough Guys". 
Voici des exemples: 

1. Une bataille entre deux bandes rivales qui se 
servaient de toute une série d'armes, de planches 
de deux sur quatre, de tout ce qui leur tombait 
sous la main, y compris des fusils et pour finir, se 
battaient férocement à coups de pieds et de 
poings. Ils se sont finalement dispersés lorsque la 
police est arrivée sur les lieux et que les représen- 
tants de l'ordre public se sont jetés dans la mêlée 
pour procéder à des arrestations. Au cours d'une 
chasse à l'homme extrêmement tendue qui a bien 
duré cinq minutes, un des hommes a réussi à 
s'enfuir en tirant plusieurs coups de fusil sur le 
policier qui le poursuivait; enfin celui-ci était 
tellement frustré qu'il s'est vengé en défonçant les 
vitres de la voiture de l'homme dans un excès de 
rage, pendant que les autres policiers se conten- 
taient de le réprimander en douceur, sans même 
essayer de l'empêcher de s'acharner ainsi sur la 
propriété d'autrui. Cette scène a été fort appréciée 
par les prisonniers qui exprimaient leur mépris et 
semblaient tous d'accord que les policiers sont 
tout aussi capables qu'eux de violer la loi, peut- 
être même davantage, puisqu'ils sont imbus du 
privilège que leur confèrent leur écusson, leur 
uniforme et leur statut de policier qui leur permet 
de passer inaperçus. 

2. D'autres scènes ont suivi, dont l'une montrait un 
policier qui s'enivrait pendant ses heures de 
service et qui gardait en permanence une bouteille 
de whisky cachée à l'intérieur d'une cabine de 
police-secours. 

3. Dans une autre scène, il était accroché à la 
portière de la voiture d'une femme habillée de 
façon provocante qui conduisait comme une folle 
en pleine circulation et qu'il suppliait de ralentir. 



245 



Avant de pouvoir descendre, il était exposé à des 
dangers à vous tourner les sangs, lorsque par 
exemple, la voiture fonçait malgré les feux cligno- 
tants réclamant la prudence ou les barrières 
blanches indicatrices de danger. Pour ceux qui 
n'auraient pas vu "The New Centurions", je 
voudrais préciser que le même agent de police - le 
principal protagoniste de la dernière partie du film 
- s'est fait abattre d'un coup de revolver par un 
fou à la fin du film. Je ne me reconnais pas le droit 
de parler pour les autres téléspectateurs mais j'ai 
remarqué que j'étais affectée physiquement. Je me 
trouvais désagréablement agitée, j'avais des palpi- 
tations et un rythme respiratoire plus élevé, je me 
sentais tendue et nerveuse. J'avais l'esprit confus 
et me sentais agressive et paranoïaque. Je sentais 
la poussée d'adrénaline dans tout mon organisme 
et ressentais un grand besoin d'agir. Il était 
environ 9h du soir: les prisonniers allaient se 
préparer à rejoindre leurs dortoirs pour se coucher 
une heure plus tard. 

Je vous laisse tirer vos propres conclusions. 



BahaM Community of Lucerne 
Aylmer, Québec 

Les progrès de la civilisation ont introduit dans le 
foyer une étrangère sur laquelle l'homme n'a prati- 
quement aucun contrôle. Il s'agit de la télévision, 
entre autres des mass médias. Elle s'efforce de 
satisfaire les désirs matérialistes des gens sans 
pratiquement rien faire pour les intéresser au 
développement des vertus humaines, à la psycho- 
logie de l'homme et à la réalisation de son destin 
sur terre. L'observation du comportement violent 
peut stimuler l'affectivité et pousser les gens à se 
conduire agressivement. Les enfants, doués d'une 
curiosité naturelle, sont particulièrement 
influencés par la télévision qui constitue d'ailleurs 
un maître très efficace. 

Docteur A. M. Ghadirian 



Ontario Library Association 
Toronto 

La violence n'est pas mauvaise en soi. Il vaudrait 



mieux la considérer comme un trait inhérent à la 
condition humaine et susceptible par là même de 
servir légitimement de sujet aux artistes, quel que 
soit leur moyen d'expression. 

L. A. Moore 
Président 



Mayor of Windsor's Ad Hoc Committee 
on Violence in the Windsor Community 

Nous savons que les statistiques sur la criminalité 
indiquent, malgré les fluctuations enregistrées 
d'une année à l'autre, que le nombre de crimes et 
le comportement violent dans notre société 
augmentent sans cesse. Ceci est particulièrement 
évident si l'on examine des périodes supérieures à 
une année. On constate également que l'âge des 
criminels dans la communauté diminue, ce qui 
prouve bien que le comportement criminel violent 
n'est plus l'apanage des adultes, et cela depuis 
longtemps. Si l'on examine les catégories d'âge, il 
apparaît clairement que la plupart des crimes 
violents dans notre société sont perpétrés par des 
adolescents ou des jeunes d'une vingtaine 
d'années. 

Walt Roryranow 
Président 



The Sudbury District 
Roman Catholic 
Separate School Board 
Principals' Association 

Les gens se préoccupent de savoir quelles seront 
les mesures prises une fois terminé le rapport de la 
Commission royale. Au cours des assemblées 
publiques auxquelles nous avons assisté ou lors 
des émissions radiophoniques locales réalisées en 
direct avec le public, on s'est montré sceptique 
quant aux résultats directs à escompter de la 
Commission. C'est également l'attitude qui a 
prévalu dans bien des conversations privées sur le 
sujet. La plupart des commissions publiques n'ins- 
pirent guère confiance aux gens qui les consi- 
dèrent uniquement comme des artifices politiques 
dont la seule fonction est d'offrir une échappatoire 



\ 



246 



aux frustrations et aux préoccupations. Ensuite, 
on place tous les textes sur une étagère où ils 
deviennent des ramasse-poussière (une expression 
beaucoup entendue). Les représentants locaux des 
médias ont exprimé la même opinion au sujet de 
la Commission. Nous sommes des éducateurs et 
des parents intéressés et inquiets. Nous avons reçu 
des réponses massives de particuliers nous 
demandant de les représenter auprès de la 
Commission. Malgré les critique des médias qui 
ont dénoncé nos préjugés inguérissables, malgré 
les éditoriaux locaux des représentants des médias 
qui ont porté des accusations diffamatoires contre 
les objectifs et les fonctions de votre Commission 
et de ses membres, nous vous présentons de 
nombreuses soumissions en provenance des 
citoyens de cette communauté qui ont suffisament 
pris à coeur le sujet pour rédiger une réponse 
individuelle qu'ils vous adressent dans l'espoir 
qu'un remède peut être apporté à la situation. 
Quatre-vingt-dix pour cent de nos correspondants 
sont vraiment très préoccupés par la situation. 
Pour eux, il y a un problème. Nous vous 
présentons leurs inquiétudes, à vous d'aller plus 
loin et de trouver des solutions détaillées. Les gens 
ont beaucoup de choses à dire sur la question. 
Soyons francs, votre Commission royale constitue 
actuellement notre seul recours contre la violence 
dans les médias. A vous déjouer! 

Jim Griffin 

Directeur 

de l'école de l'Immaculée Conception, 

Val Caron 

Larry McChesney, 

Directeur 

de l'école St-Michel 

Sudbury 

Ray Lyons, 
Ecole Ste-Thérèse, 

Sudbury 



Révérend C. Gordon Ross 

The North Bay Ministerial Association 

Nous ne pensons pas que l'autoréglementation de 
l'industrie des communications représente une 
solution viable au problème. L'expérience du 



passé a démontré que les intérêts des médias 
étaient en conflit avec l'intérêt public sur la 
question. Il semble par conséquent que, pour 
redresser le problème de manière à satisfaire les 
besoins du public en émissions télévisées plus 
équilibrées et plus responsables, il faudrait avoir 
recours à des règlements publics appliqués par une 
autorité publique soumise à des principes bien 
définis. 



Central Neighbourhood House, 
Toronto 

Nous ne pouvons pas établir avec certitude une 
relation de cause à effet entre les spectacles 
violents et les actes violents dont nous sommes 
témoins. Cependant nous avons vu que la violence 
est une réponse à un problème qui existe déjà. 
Lorsqu'un enfant, un adolescent ou un adulte se 
sent frustré, mécontent ou complexé, il se tourne 
vers les images qui lui montrent ce que font dans 
ces cas-là ses héros du petit écran. Nous disposons 
de tout un répertoire d'actes violents qui nous 
permettent de nous exprimer et sont une invite à 
des réponses tout aussi "irréelles" et qui 
n'apportent souvent rien de constructif à 
l'expression de la colère ou de la frustration. 

Jeanne Rowles 
Administratrice 



Rachel Haight, 
Ottawa 

Approuver la censure, c'est faire cause commune 
avec les imbéciles et les lâches. Puis-je vous 
signaler que, outre les organismes officiels 
constitués aux fins de censure, nous avons déjà 
une censure puissante, subtile et méconnue à 
l'oeuvre dans tous les médias. Il s'agit d'une 
censure qui s'exerce sans se préoccuper de ses 
effets sur la vie et le comportement humain, sans 
tenir compte des valeurs nécessaires à la société 
civilisée, sous l'impulsion de ceux qui, dans un but 
lucratif ou fascinés par le pouvoir, sont capables 
de produire des mots et des films insensés en 
quantité infinie. En inondant les kiosques à 
journaux, les cinémas, les écrans de télévision et 



247 



les microphones de textes qui n'expliquent rien, 
n'enseignent rien et ne divertissent pas vraiment, 
on décourage la communication réelle entre les 
gens car il devient financièrement bien difficile de 
soutenir la concurrence avec les mass médias, 
tandis qu'abruti par la quantité, on n'est plus 
vraiment capable ni de se divertir ni de faire 
preuve de discernement. Il ne suffira pas, pour 
résoudre ce dilemne, de nommer un conseil de 
censeurs mais, comme la maladie est grave et le 
traitement difficile, rien ne nous empêche de 
chercher un remède. 

J'espère que la Commission royale saura 
convaincre les médias et le public que la présen- 
tation incontrôlée de la violence, sous toutes ses 
formes physiques et psychologiques, tend à 
donner l'impression que la violence sans retenue 
fait partie du comportement "normal" de tout 
individu. En peignant la violence, on offre à l'ima- 
gination des exemples concrets sur la manière 
d'exprimer l'agressivité par l'action et on accroît la 
gamme des comportements agressifs. On suggère 
que la violence est justifiée du fait même que tout 
le monde y a recours. 

Les enfants de tout âge sont influencés par ce 
qu'ils voient et ce qu'ils entendent. Sinon, à quoi 
cela servirait-il de les envoyer à l'école? 

Mais, quelle que soit la méthode, il convient de 
présenter la violence (et la sexualité, qui est l'autre 
obsession commune à notre époque) non pas 
comme un spectacle gratuit, comme des phéno- 
mènes plus ou moins isolés, mais plutôt comme 
des traits de la nature humaine dans toute sa 
complexité. 



The Chronicle-Journal, 
The Times-News 
Thunder Bay 

The Chronicle-Journal (journal du soir) et The 
Times News (journal du matin) sont vendus quoti- 
diennement à quelque 34,500 exemplaires. Les 
deux journaux s'adressent à deux publics bien 
distincts. 

The Chronicle-Journal, qui tire à 27,000 
exemplaires, est lu à plus de 90 pour cent par les 
habitants de la ville de Thunder Bay. The 
Times-News dessert tout le nord-ouest de 
l'Ontario, de la frontière du Manitoba jusqu'à 
Wawa, à l'est. A peine 70% des 7,500 exemplaires 
de ce journal s'adressent au public de la ville de 
Thunder Bay. 

Les rédacteurs et le personnel des deux 
journaux sont nettement différents. Ils ont chacun 
leurs rédacteurs d'éditoriaux. En plus du 
personnel à plein temps, The Times-News a quatre 
cent cinquante correspondants, dispersés dans 
tout le nord-ouest de l'Ontario. 

Le propriétaire des deux journaux, Thomson 
Newspapers Limited, respecte l'indépendance 
rédactionnelle de ses éditeurs. Les points de vue 
exprimés dans ce mémoire ne s'appliquent qu'aux 
politiques et procédés de The Chronicle-Journal et 
The Times News. 

Plusieurs points du rapport intérimaire de la 
Commission, qui a été publié en janvier 1976, ne 
manquent pas de frapper le lecteur. 

Tout d'abord, il semble que la Commission ait 
réduit prématurément la portée de son mandat. 
Son mandat comprend l'étude des "effets sur la 
société de l'exhibition croissante de la violence 
dans l'industrie des communications". Mais, si 
l'on en juge d'après le texte de son rapport intéri- 
maire (I - 3), il ne s'agit plus que de "l'étude du 
danger possible que représente pour le pubhc 
l'exploitation croissante de la violence" dans les 
médias. Ce n'est pas du tout la même chose. 

En second lieu, il me semble que le rapport 
intérimaire n'établit pas une distinction suffisante 
entre le traitement par les médias des événements 
violents de l'actualité réelle et la violence imagi- 
naire créée expressément en vue de divertir - qui 
est essentiellement le fait des médias électroni- 
ques, la télévision et le cinéma en particulier. Ainsi 



248 



les mêmes termes sont souvent utilisés pour 
critiquer la violence imaginaire, telle qu'elle 
apparaît dans les spectacles télévisés, et pour 
parler des médias en général, y compris les 
journaux quotidiens. J'espère que cette confusion 
sera évitée dans les prochains rapports. 

En troisième lieu, le Rapport fait état (III - 19) 
du fait que "certains journaux semblent utiliser la 
violence comme stratégie concurrentielle de 
marketing" et que les sujets sont choisis en 
fonction de leur valeur commerciale. ... les 
nouvelles violentes semblent plus rentables que les 
autres (III - 19 & 20). En d'autres termes, la 
Commission semble croire que les journaux 
responsables sont prêts à publier n'importe quoi 
pour faire de l'argent. Si je proposais une politique 
aussi vulgaire aux rédacteurs des journaux de 
Thunder Bay, ils ne manqueraient pas d'exiger 
mon renvoi. En outre, je suis convaincu que les 
lecteurs se détourneraient en grand nombre de nos 
journaux si nous nous mettions à exploiter à tout 
prix la violence des nouvelles et ils auraient 
raison! 

Ceci dit, je pense que le fait d'être particuliè- 
rement exposé à la violence, que ce soit dans les 
médias ou ailleurs, peut affecter pour utiliser les 
termes de votre Rapport intérimaire, "notre sensi- 
bilité naturelle à la violence et l'aversion qu'elle 
nous inspire". 

Cette Commission royale pourra s'avérer utile 
même si son rôle se borne à inciter les médias à 
faire leur auto-critique. 

Il serait tout à fait ridicule pour The 
Chronicle-J ournal et The Times-News de gaspiller 
des colonnes précieuses pour y exploiter des 
événements violents. Nous nous attachons 
d'abord à définir et à rendre compte de l'ensemble 
des questions fondamentales qui intéresse 
Thunder Bay et le nord-ouest de l'Ontario. La 
région se trouve à la croisée des chemins et il est 
indispensable de bien informer les citoyens pour 
assurer son développement futur. L'urbanisme, la 
restauration de la côte, l'aménagement du port, la 
représentation et les systèmes électoraux, le 
zonage, la qualité de l'eau, le développement 
industriel, les services de santé, les réseaux de 
communications, les nouveaux lotissements, la 
qualité de l'environnement et de la vie, autant de 
questions qui exigent des reportages intelligents. 



En outre, nos lecteurs ont confirmé qu'ils ne 
considèrent pas la violence comme l'une de leurs 
priorités. Je parle de la violence des faits divers et 
des comptes-rendus des tribunaux. L'été dernier, 
nous avons demandé, entre autres choses, à 260 
lecteurs de The Times-News quelles étaient les 
nouvelles qui à leur avis devraient être plus 
développées. Ils ont demandé davantage de 
nouvelles régionales (58 pour cent des partici- 
pants), de nouvelles canadiennes (57 pour cent) et 
de nouvelles locales (51 pour cent). Les faits divers 
et des comptes-rendus des tribunaux se sont 
classés à la onzième place (seulement 31 pour cent 
des participants en ont demandé davantage). 

Cela ne veut pas dire que The Chronicle-J ournal 
et The Times-News ne publient pas de reportages 
sur les événements violents. Je veux dire 
simplement que nous refusons de les exploiter. A 
mon avis, la question n'est pas de savoir si l'on va 
publier ou non des reportages sur les événements 
violents mais plutôt de décider quelle est la 
meilleure façon de les traiter. 

J'aimerais signaler au passage que The 
Chronicle-J ournal et The Times-News, ne peuvent 
pas être tenus responsables de la manière dont les 
événements de nature violente sont (ou ne sont 
pas) exploités par les stations locales de radio et de 
télévision, même s'il arrive souvent que 
l'annonceur cite ces journaux. 

Je pense que dans toute discussion de repor- 
tages et d'événements violents il est bon et néces- 
saire de faire une distinction entre la violence 
collective et les actes violents individuels. 

On doit se demander si les reportages sur la 
violence collective tendent à désensibiliser les gens 
à la longue, ou si, au contraire, ils ont l'effet 
inverse et provoquent des réactions de dégoût et 
d'horreur. Prenons par exemple les nouvelles de la 
meurtrière guerre religieuse qui sévit en Irlande du 
Nord; je pense que c'est l'horreur qui l'emporte. Il 
est possible que le public sache mieux faire preuve 
de discernement et de bon sens qu'on ne le pense. 

Quant aux reportages sur les actes violents 
individuels, il faut distinguer entre la protestation, 
la violence accidentelle et la violence criminelle. 
Voici quelques exemples pour illustrer mon point 
de vue. 

Récemment, nous avons entendu parler d'une 
certaine agitation à la prison du district de 



249 



Thunder Bay qui se traduisait surtout par des 
lettres anonymes envoyées par des prisonniers et 
des coups de téléphone de leurs amis à l'extérieur. 
Nous avons eu beaucoup de difficultés à en savoir 
davantage car les fonctionnaires de la prison se 
sont montrés réticents et ont refusé l'entrée de la 
prison à nos reporters. Finalement, la violence 
s'est déclarée dans la prison. Sur notre demande, 
un député provincial local a obtenu la permission 
de pénétrer dans la prison, puis nous l'avons inter- 
viewé. Par la suite, des membres du Bureau de 
l'Ombudsman de l'Ontario se sont rendus sur les 
lieux. On a constaté un grave problème de surpo- 
pulation dans la prison, qui était surtout 
imputable au grand nombre de prisonniers 
détenus pendant de longues périodes en attendant 
leur procès qui ne cessait d'être remis. Les gouver- 
nements du Canada et de l'Ontario vont mettre en 
place des mesures visant à accélérer le processus 
judiciaire. Je crois que ce sont les reportages de la 
presse sur l'insurrection de la prison du district de 
Thunder Bay et ailleurs qui auront permis 
d'apporter ces mesures correctives. Mais, il y a 
encore des gens qui pensent que c'est le reportage 
de l'insurrection dans ces prisons qui a direc- 
tement provoqué les actions violentes qui y ont eu 
heu. Je ne partage pas leur avis. 

Nous rendons compte régulièrement 
(d'habitude sous forme de résumé) des accidents 
mortels, comme les accidents de chasse, de 
motoneige, de la circulation ainsi que des noyades. 
J'estime que ce genre de nouvelles fournit des 
renseignements essentiels au puh'ic qui, averti du 
danger, pourra prendre des précautions. 

Les comptes rendus de la violence criminelle 
constituent un domaine délicat où il faut particu- 
hèrement faire preuve de jugement. On ne peut 
pas prétexter du droit à l'information du public 
pour justifier de publier n'importe quoi, sans égard 
pour les lecteurs et sans considération pour les 
torts que l'on peut causer aux particuhers. Il est 
très difficile de trouver un juste milieu. Dans ces 
cas-là, nous essayons toujours de rester en 
communication avec le public et avec ceux qui 
risquent d'être affectés plus ou moins directement 
par notre reportage. Pour donner un exemple, je 
voudrais signaler une affaire locale de viol 
présumé, qui s'est produite récemment. L'affaire 
est encore devant les tribunaux et je peux donc 



seulement dire que les réactions que notre 
reportage du procès a suscitées dans le pubhc ont 
donné lieu à un changement de politique de notre 
part. 

Vous aimerez peut-être savoir quel rôle The 
Chronicle-Journal tiThe Times -N ews ']onQnX dans 
la vie des communautés qu'ils desservent. Dans 
nos éditoriaux, nous nous sommes toujours élevés 
avec vigueur contre la violence et nous conti- 
nuerons à le faire. Nous nous opposons particu- 
lièrement à la violence dans les sports comme le 
hockey où la jeunesse a tendance à trouver ses 
idoles. Nous avons prêté librement notre tribune à 
des gens célèbres dans le domaine de l'éducation 
et de l'écologie, et aux chefs de tribus indiennes. 
Nos journaux ont leur place dans les salles de 
classe des écoles de la ville où on les utilise en 
particulier pour enseigner la lecture. Nous 
sommes continuellement à la recherche de talents, 
dans la communauté, comme en témoignent nos 
dessins animés créés localement, nos critiques 
littéraires, nos colonnes destinées aux enfants et 
aux commentaires politiques. Nous faisons tout 
notre possible pour encourager nos lecteurs à nous 
écrire. En outre, nous avons l'intention de lancer 
bientôt une "rubrique d'opinions instantanées" 
reçues par téléphones pour permettre à nos 
lecteurs de s'exprimer sur les questions impor- 
tantes que nous publions, sans avoir à nous écrire. 
Nous envisageons même de publier une série 
d'articles pour exposer notre politique et nos 
procédés afin d'humaniser la "tour d'ivoire". 

Dans son Rapport intérimaire, la Commission a 
indiqué qu'elle va étudier l'opportunité d'un 
contrôle pubhc sur ce qu'elle appelle "la violence 
des médias". Permettez-moi de dire que je suis 
fermement opposé à l'ingérence gouvernementale 
dans le reportage des nouvelles. C'est ainsi que 
l'on finit par bâillonner les médias pour des 
raisons politiques. L'Inde en est un triste exemple. 
Ici même, l'idée simpliste de vouloir 
"canadianiser" à tout prix les revues a échoué 
lamentablement dans la confusion et la dissension 
la plus amère. J'insiste bien sûr sur le fait que le 
droit des médias à publier les nouvelles doit se 
doubler d'un sens aigu des responsabilités. Nous 
avons la chance, au Canada, d'avoir une longue 
tradition dans ce sens. Il est injuste de prétexter les 



250 



excès de quelques-uns pour réduire tout le monde 
au silence. 

Il me semble que cette Commission peut entrer 
dans les annales de l'histoire en dénonçant la 
violence imaginaire créée expressément en vue de 
divertir, particulièrement celle qui se manifeste 
dans les émissions policières et criminelles à la 
télévision et au cinéma. Le film américain 
Clockwork Orange en est un bon exemple, car il 
exploite véritablement la violence gratuite. 

Sur une note plus constructive, cette 
Commission pourrait rendre un service permanent 
au Nord-ouest de l'Ontario en relançant la chaîne 
proposée de télévision éducative, ce qui permet- 
trait de diffuser des nouvelles et des spectacles non 
violents dans de vastes régions de la province. 

J. Peter Kohi 
Rédacteur 



William M. Bean 
Thunder Bay 

Quand j'ai appris la création en Ontario de cette 
Commission, j'ai tout de suite tenu à faire une 
communication. 

J'y ai tenu d'abord parce que je suis un consom- 
mateur de médias; je dévore journaux et revues, 
écoute la radio partout où je me trouve et suis un 
fanatique de la télévision. Mais je ne suis pas 
seulement consommateur. En tant que rédacteur 
du quotidien local The Chronicle-Journal, je suis 
également producteur. 

(Je tiens à déclarer ici clairement que je ne parle 
nullement au nom du journal ni de son équipe de 
rédaction. Je parle en mon nom propre, en tant 
qu'individu impliqué quotidiennement dans la 
consommation et la production d'informations.) 

J'ai été heureux de constater que les médias 
attiraient de nouveau l'attention du public, car ils 
constituent une part de plus en plus importante de 
la vie quotidienne du citoyen moyen. Mais je me 
suis inquiété des mobiles qui ont présidé, du moins 
apparemment, à la création de cette Commission. 
Elle semble avoir été constituée en réaction aux 
divers événements violents qui ont eu lieu au cours 
de l'année passée et il semble qu'il s'agisse 
davantage d'une réaction que d'une réelle préoc- 
cupation de la part du public et du gouvernement. 

J'ai décidé de soumettre ce mémoire, car j'ai 
craint que cette réaction ne se manifeste par un 
contrôle de l'information par les pouvoirs publics 
ou une censure des films et de la télévision. 

Je vous remercie de votre intérêt et j'espère que 
ma participation à cette étude sera utile. 

En tant que consommateur des médias, il 
m'arrive plus souvent d'être choqué par la 
brutalité à la télévision et au cinéma que par la 
violence dans les rapports radiophoniques ou dans 
les journaux. 

On a qualifié de "cool" le cinéma et la télévision 
parce que la participation requise pour compléter 
les informations données est minime. Tout est à la 
portée des spectateurs, prêt à être absorbé sans 
effort. 

A mon avis, l'épithète "hot" leur conviendrait 
mieux car, s'ils requièrent peu de participation, ils 
fournissent visuellement toutes les informations. 
On peut voir le tremblement de terre secouer les 



251 



foyers ou le cadavre du tireur d'élite dégringoler 
de sa cachette. Les rapports fournis par les 
journaux et la radio nous informent aussi, bien 
sûr, mais ce sont les médias audio-visuels qui 
affectent le plus le spectateur. 

Il m'est bien souvent arrivé d'être choqué par la 
peinture de la violence au cinéma. Il ne m'est pas 
difficile alors de quitter la salle. 

Je lis les critiques de films et regarde les présen- 
tations publicitaires pour décider si le niveau de 
violence des films est trop élevé pour moi. 

Si je décide que le film est trop violent pour être 
agréable, je l'évite tout simplement. Il s'agit là 
d'un système très simple, à la portée de tous les 
consommateurs, et qui est utilisé par bien des 
cinéphiles dont les critères varient suivant le type 
de film. Mais cela ne marche pas toujours. 

J'utilise plus ou moins le même système pour la 
télévision. Dans bien des régions du pays, il suffit 
de tourner le bouton pour "quitter la salle". 

Je puis dire en toute honnêteté que je n'ai 
jamais regardé un programme de télévision que 
j'estimais être trop violent, or je suis un mordu de 
télévision. 

Je regarde la télévision pratiquement depuis que 
je suis assez grand pour tourner le bouton et j'ai 
grandi en compagnie des Three Stooges et de Tom 
andJerry - deux émissions qui ont dernièrement 
été la cible des parents désirant protéger leurs 
enfants de la violence. 

Je ne pense pas que cette "violence" ait eu sur 
moi des eflTets néfastes. Je n'assomme pas les chats 
avec de grands maillets de bois, je n'essaie pas 
d'éborgner les hommes chauves, et ceux qui 
m'entourent ne le font pas non plus. 

Cependant, c'est ce genre d'émissions de télévi- 
sion, et à un moindre degré certains films, que l'on 
rend responsables du nombre croissant d'actes de 
violence. 

Les critiques soutiennent que le public fait de la 
violence à l'écran le modèle de son propre 
comportement. 

Régulièrement, des autorités nous démontrent 
qu'un crime donné, une évasion par exemple, ou 
un vol, est lié à un film ou à une série télévisée et 
que la méthode employée est directement copiée 
d'un scénario. 

Je ne sais pas s'il existe une réponse à cette 
querelle des précédents, mais je doute fort que 



films et émissions de télévision puissent inciter des 
individus, qui n'auraient pas autrement fait preuve 
de violence, à commettre des actes violents. 

La violence dont j'ai parlé jusqu'ici concerne la 
fiction et la dramatisation d'événements réels. 

Il y a une autre forme de violence à l'écran, c'est 
la diffusion des informations. 

La télévision, la radio et la presse sont impli- 
quées, à des degrés variés, dans la diffusion des 
nouvelles. (Pour les besoins de la discussion, nous 
appellerons nouvelles, les reportages spéciaux, les 
reportages sportifs, les bulletins d'informations 
réguliers de la télévision et de la radio et les 
nouvelles offertes par les quotidiens et les magazi- 
nes.) 

Dans ce domaine, on tend surtout à critiquer les 
médias électroniques, mais les informations impri- 
mées, les journaux en particulier, ne sont pas 
exempts de violence. 

On tend à partir de l'hypothèse que le compte 
rendu des crimes amène les lecteurs à commettre 
des crimes eux-mêmes, comme le veut l'exemple 
maintenant célèbre des fusillades de Brampton- 
Ottawa. 

Je rejette cette hypothèse. Elle fait de la presse 
(si je peux utiliser ce terme pour couvrir l'aspect 
rédactionnel des médias) une gigantesque bande 
dessinée qui aurait le crime pour sujet. Certains 
semblent penser que la presse exploite la violence 
pour attirer le public. 

Les manchettes à sensation sont-elles destinées 
à stimuler la demande des lecteurs ou sont-elles 
une réponse à cette demande? J'insiste tout 
d'abord sur le fait qu'à mon avis, la presse au 
Canada présente les nouvelles de façon très sobre. 
Les manchettes sensationnelles des feuilles à 
scandales sont utilisées essentiellement par ces 
feuilles elles-mêmes. Bon nombre de journaux 
canadiens utilisent de grands caractères d'impri- 
merie mais les manchettes les plus importantes 
présentent des nouvelles du style "Nixon démis- 
sionne" (je me demande si une manchette comme 
celle-là inciterait les autres présidents à 
démissionner?). 

Je pense que l'importance accordée à un 
événement est directement proportionnelle au 
nombre de gens que cela peut intéresser. Un 
rédacteur apprend un événement, il jauge son 
importance, consulte ses pairs ou ses supérieurs, 



252 



puis décrit l'événement en tête du bulletin d'infor- 
mations ou en dernière page du journal. 

On accorde souvent de l'importance aux événe- 
ments criminels car ils violent les frontières de 
l'ordre social. Ils représentent des attaques de la 
dignité humaine et des valeurs sociales et il est 
essentiel que leur importance et leur fréquence 
soient dûment reconnues. 

Les histoires d'escroqueries dans les organismes 
gouvernementaux, de fraude fiscale, d'abus de 
pouvoir politique ou judiciaire, d'actes de 
corruption et autres crimes non violents (c'est-à- 
dire ne causant pas de préjudice physique) se 
voient accorder une importance qui est égale à 
mon avis à celle des crimes violents. 

Les nouvelles de nature non criminelle telles 
que les discours du trône, les taux d'imposition, les 
nouvelles subdivisions, les découvertes médicales, 
etc., font également l'objet d'un reportage. 

En première place, dans un bulletin radiopho- 
nique quotidien, on pourrait trouver un livre vert 
du cabinet le lundi, une piraterie de l'air le mardi, 
et l'approbation d'un projet de construction (pont 
ou mairie) le mercredi. 

Je ne pense pas qu'il y ait, de la part de la 
presse, un effort conscient pour souligner les 
événements criminels plus qu'il ne le faudrait. Je 
pense que ces événements ont de l'importante 
dans la mesure où un crime spécifique constitue la 
nouvelle la plus importante de la journée. 

Je pense que la presse, lorsqu'elle fait bien son 
travail, informe le public de ce qui se passe dans 
ce pays et dans le monde. 

Je suis sîir que vous avez pris connaissance du 
troisième volume du rapport du sénat sur les 
organes d'information [Senate Report on the Mass 
Media). J'ai l'impression que les gens interrogés 
ont estimé que les médias (c'est-à-dire le secteur 
rédactionnel des médias) faisaient du bon travail. 
J'espère que c'est également l'avis de cette 
Commission. 

Cette Commission a pour but, entre autres 
choses, "de décider s'il y a un rapport entre la 
violence décrite dans les médias et la fréquence 
des crimes violents dans la société". Je pense qu'il 
y a simplement un rapport entre les crimes et la 
rédaction des nouvelles - un crime violent est 
commis et les médias le signalent, en lui donnant 
l'importance qu'il mérite, c'est-à-dire, trois 



paragraphes en page 15 ou 400 mots à la une 
(veuillez excuser ces exemples tirés des journaux - 
c'est l'organe d'information que je connais le 
mieux). 

Je crains que beaucoup de gens ne soient pas 
d'accord avec moi, qu'ils croient que l'augmen- 
tation des crimes violents est le résultat des repor- 
tages des médias plutôt que la conséquence de 
l'instabilité économique, de l'évolution technique 
et de la déshumanisation qui semble accompagner 
la vie urbaine. 

Je pense qu'au fond d'eux-mêmes, les gens qui 
apprennent une mauvaise nouvelle ont toujours 
tendance à "tirer sur le messager" et je me 
demande si cette Commission ne constitue pas 
une tentative visant, sinon à supprimer le 
messager, du moins à le bâillonner. 

L'un des buts de la Commission est "de faire les 
recommandations nécessaires et appropriées 
relativement aux mesures qui pourraient être 
prises par la province de l'Ontario, par les autres 
paliers de gouvernement, par le grand public et 
par l'industrie des communications". Je 
m'inquiète fort de ce que ces "mesures" peuvent 
sous-entendre. Vous avez sûrement assisté déjà à 
une levée de boucliers au nom de la liberté de la 
presse. Pour ma part, en tant que consommateur 
et membre des médias, je ne suis pas totalement 
opposé à l'intervention de l'Etat dans l'économie 
des médias, mais je supporte mal la menace d'une 
ingérence des pouvoirs publics dans les salles de 
rédaction. 

Je crains que cette Commission ne constitue un 
ballon d'essai dans ce sens. Je m'oppose de toute 
ma force à une intervention directe dans le 
contenu rédactionnel des médias, tout particuhè- 
rement si cela signifie que l'Etat aura le dernier 
mot dans les décisions rédactionnelles. 

J'appuierai des mesures gouvernementales 
visant à encourager la création d'organismes 
autorégulateurs - comme des conseils de presse 
communautaires - mais je m'élève contre toute 
intervention directe dans les salles de rédaction. 

Je pense que le public serait d'accord avec moi. 
Pour revenir au volume trois de l'étude sur les 
organes d'information, le Rapport note que 78 
pour cent des participants ontariens au sondage 
ont dit estimer que les médias n'ont pas trop de 
liberté, et que la majorité des participants 



253 



ontariens ont jugé que le contrôle exercé sur les 
médias par les pouvoirs publics était suffisant. Les 
participants étaient divisés à peu près également 
sur le sujet de la censure, sauf pour la télévision, 
où 78 pour cent des participants ont demandé une 
censure plus stricte. (Pour défendre la télévision 
cependant, rappelons que les participants au 
sondage sont tombés d'accord pour reconnaître 
dans la télévision l'organe d'information qui leur 
permettait de voir la vie telle qu'elle est vécue, et le 
meilleur moyen de s'instruire). 

J'ai déjà dit que la violence était un fait. L'élimi- 
nation de la violence ne peut se faire simplement 
par la censure et je crois d'ailleurs que celle-ci ne 
la réduirait guère. Il faut, pour que diminue la 
violence, que des changements fondamentaux 
s'opèrent dans les êtres et dans leur milieu. 

Par "mesures" nécessaires pour limiter la 
violence dans la société, le gouvernement entend- 
il un contrôle direct de l'information sous une 
forme ou sous une autre? 

La création de cette Commission doit bien être 
une indication des intentions du gouvernement. 
La censure, même partielle, (en fait elle n'est 
jamais partielle) est pour moi inacceptable. 

Mais j'estime qu'il y a des méthodes indirectes 
qui pourraient être acceptables et je les ai déjà 
mentionnées. 

Si cette Commission est vraiment une réflexion 
de l'opinion et du désir populaire, cela peut 
signifier que le public est moins au courant qu'il 
ne le devrait de ce qui se passe dans les médias au 
niveau de la rédaction. Cela peut également 
indiquer que les moyens conventionnels à la 
disposition des particuliers pour leur permettre 
d'exprimer à la presse leur mécontentement ne 
sont pas efficaces. 

S'il accorde une telle importance aux crimes de 
violence, c'est que le rédacteur estime que ces 
histoires intéressent la communauté à un très haut 
degré. 

Peut-être que ce n'est pas le cas. 

Je refuse toute tentative du gouvernement 
visant à décider quelles nouvelles intéressent la 
communauté, mais j'aimerais que celle-ci nous 
dise ce à quoi elle s'intéresse. 

Cette participation de la communauté pourrait 
prendre la forme d'un conseil consultatif commu- 
nautaire qui compterait des représentants de tous 



les médias et divers citoyens, particuliers et repré- 
sentants de groupements. 

Le gouvernement pourrait alors encourager les 
médias qui participent à ces conseils - par des 
stimulants fiscaux par exemple, ou au contraire en 
imposant plus fortement ceux qui ne participent 
pas. 

Je pense qu'il serait également valable que tous 
les journaux de l'Ontario et que tous les centres de 
diff'usion appartiennent au Conseil de la presse de 
l'Ontario. 

Le Conseil constituerait un dernier recours pour 
les citoyens qui se plaignent des médias et ne 
peuvent obtenir satisfaction par les moyens 
conventionnels. 

Etant donné qu'il y a près de 200 centres de 
diff'usion et quotidiens en Ontario, il pourrait être 
utile d'instaurer des conseils de presse régionaux 
qui fonctionneraient sous l'égide de l'organisme 
provincial. 

Les plaintes des citoyens seraient soumises à un 
conseil central et seraient publiées sous forme de 
brochure à distribuer aux groupes de citoyens et 
aux membres des médias participants. Elles 
paraîtraient également parmi les informations ou 
les articles des médias concernés. 

Là aussi, on pourrait avoir recours à des stimu- 
lants fiscaux ou à des pénalités fiscales pour 
encourager ces conseils. 

L'influence de la participation de la commu- 
nauté aux conseils consultatifs et de l'autorégu- 
lation exercée par les conseils de presse ne 
s'arrêterait pas bien sûr à la violence. Les efforts 
déployés par ces groupes permettraient d'amé- 
liorer la qualité d'ensemble de l'information. 

Ces suggestions concernent la rédaction de 
l'information. Que dire des distractions? 

Pour la télévision, j'ai déjà fait une suggestion: 
que le spectateur change de chaîne. Dans la 
plupart des communautés de l'Ontario, le 
spectateur a le choix entre deux programmes de 
télévision. Dans certaines régions, particuliè- 
rement le Golden Horseshoe, les spectateurs ont à 
leur disposition un nombre impressionnant de 
stations canadiennes et américaines. 

Ici, dans le Nord, le choix n'est pas aussi vaste. 
Je pense que la Commission devrait inclure, au 
nombre de ses recommandations, que les agences 
fédérales concernées fassent tout leur possible 



254 



pour accélérer l'installation d'un second service de 
télévision pour les communautés uniquement 
desservies par CBC. 

J'aimerais aussi que la Commission puisse faire 
comprendre au public qu'il est possible de survivre 
sans regarder la télévision et que le spectateur ne 
risque pas de tomber raide s'il tourne le bouton. 

Je souhaite aussi que la classification des films 
soit plus raflfinée - et non plus restrictive - pour 
permettre aux cinéphiles de se faire une meilleure 
idée de ce qu'ils vont voir. On pourrait classer les 
films suivant le pourcentage de sexe ou de violence 
qu'ils contiennent. On pourrait utiliser une échelle 
de un à cinq. Par exemple, un film recevra le 
numéro quatre si son pourcentage de violence est 
de 50 à 70 pour cent. Un tel film pourrait être 
classé sous la rubrique Quatre-V. 

Je ne suis pas sûr que ceci soit la meilleure 
méthode mais je pense que vous voyez où je veux 
en venir. 

En tant que consommateur, j'aime choisir ce 
que je vais voir. Je peux changer de chaîne sur ma 
télévision, dans la ville où j'habite tout au moins, 
tandis que le cinéma a le monopole de ce qu'il 
présente. Une fois déboursés les dix dollars 
d'entrée et de rafraîchissement, il n'y a plus rien à 
faire. 

Du fait de la publicité préalable, un cinéphile 
sait d'avance si le film qu'il va voir est le genre de 
film - western, drame, histoire policière, comédie 
ou opérette - qui l'intéresse. Les scènes de sexe et 
de violence peuvent contribuer à l'intérêt d'un 
film, mais les avis différent sur le niveau accep- 
table de sexe ou de violence. 

Si le consommateur pouvait savoir d'avance, ou 
au moins se faire une idée de ce niveau, il serait 
mieux à même de choisir. Si le public ne veut 
vraiment pas voir de film de violence, les 
cinéphiles en grand nombre s'abstiendront et la 
source du problème "se tarira d'elle-même". 

Je vais cesser ici de plaider ma "cause". Je 
répète qu'en tant que consommateur et membre 
des médias, je m'oppose à toute suggestion - 
quelle qu'elle soit - d'une ingérence plus grande 
des pouvoirs publics dans le contrôle de l'infor- 
mation (je dis "plus grande" car les pouvoirs 
publics ont déjà limité les nouvelles en termes de 
diff'amation, obscénités et reportages municipaux). 

Je suis heureux de voir que la qualité de l'infor- 



mation fait à nouveau l'objet d'un examen public, 
mais je regrette que ce soit là, en apparence du 
moins, une réaction à une série d'événements 
survenus en une courte période de temps, plutôt 
que le résultat d'une préoccupation réelle quant à 
la qualité de l'information offerte au public par 
l'intermédiaire des médias. 

J'espère que les recommandations de la 
Commission iront au-delà de la réaction à court 
terme et ouvriront des perspectives d'avenir. 

William M. Bean 



255 



International Centre 
Queen's University 
Kingston, Ontario 

Je ne puis trouver d'arguments valables en faveur 
de la censure en Ontario, qu'il s'agisse de la 
pornographie ou de la violence (les deux sujets 
préférés de ceux qui nous protègent des vices 
sociaux). Par exemple, à mon avis, le film Les 
dents de la mer qui a remporté de nombreux 
grands prix est purement une obscénité au plein 
sens du terme. Bien que je n'ai pas vu Le dernier 
tango à Paris, ce que j'en sais me porte à croire que 
je n'aurais pas été aussi offensé que je l'ai été par 
Les dents de la mer, un film recommandé aux 
enfants! De plus, je n'ai pas vu Deep Throat (pour 
des raisons évidentes), mais ce que j'en sais me 
laisse croire qu'il s'agit là d'un humour assez 
inoffensif comparé au film qui se jouait derniè- 
rement au Canada dans des cinéparcs intitulé The 
Texas Chain-Saw Massacre. Comment une 
personne intelligente et ayant une certaine 
conscience sociale peut-elle interdire le premier 
film et permettre la projection du second pour 
occuper les soirées en famille? La censure sera 
toujours inutile, car ses jugements de valeur sont 
fondés sur l'expérience et le discernement limités 
de quelques personnes. 

... La violence dans les médias est un faux 
problème; ce qui importe, c'est la façon dont la 
société y fait face. Nous devrions apprendre aux 
enfants, dès leurs premières années d'école, à 
analyser les programmes proposés par les médias. 
Le programme scolaire devrait comprendre l'édu- 
cation des enfants dans ce domaine et l'établis- 
sement d'un système de valeurs ainsi que 
l'évaluation critique des médias, de la publicité et 
de toutes ces réalités de la vie quotidienne. Ce 
n'est que de cette façon que nous propagerons des 
attitudes saines, que nous examinerons nos 
priorités sociales et que nous remplirons nos 
obligations face au reste de l'humanité. 

Kaspar Pold, 
Secrétaire administratif 



Canadian Association 
of Chiefs of Police 
Ottawa 

Nous déplorons l'utilisation intensive d'armes à 
feu dans les programmes. Bien que les westerns 
aient une certai